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"Familles pauvres et nouvelles technologies"Monique Sassier et Jean Pierre Quignaux (Décembre 2000) Contribution au groupe de travail "Familles et Pauvreté"du Ministère de la Famille et de l'EnfanceL'UNAF participe activement aux travaux du groupe de réflexion "Familles et Pauvreté" créé en Septembre 2000 à l'initiative de Madame Ségolène Royale et qui est piloté par Mr Pierre Naves. Dans ce cadre, l'UNAF a fait valoir que les nouvelles technologies et notamment les technologies Internet/Intranet devaient être inclues dans les travaux parce qu'elles pouvaient, à l'avenir, se révéler comme des outils nécessaires pour parvenir aux objectifs donnés à ce groupe, à savoir :
L'absence d'une réflexion sur l'apport potentiel des nouvelles technologies à ces objectifs peut se révéler dommageable en partant des points de vue suivants:
1/ Fracture socialeIl n'est plus à démontrer que le "fossé numérique" qui sépare ceux qui ont accès aux nouvelles technologies et qui les maîtrisent de ceux qui n'y ont pas accès (et qui ne les maîtrisent pas) n'est que le nouveau miroir de la fameuse "fracture sociale" mais joue aussi un rôle d'accroissement de cette fracture. De ce point de vue, l'accès des familles pauvres aux nouvelles technologies et à leur maîtrise doivent faire l'objet d'une réflexion prioritaire à moins que l'on accepte que cet écart s'accroisse encore et que se pérennisent des situations encore plus inégalitaires. Cet état de fait a conduit certains pays comme les Etats-Unis, le Canada, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, le Québec, etc, à imaginer des mesures spécifiques en faveur des familles pauvres (système de redistribution d'ordinateurs d'occasion, formation, allocations Internet, etc.) Pour le moins, ces mesures seraient à étudier pour faire l'objet en France de mesures allant dans le même sens. Cette priorité se justifie de plus par le fait que ces nouvelles technologies sont susceptibles d'aider de façon nouvelle ces familles si leur équipement est accompagné d'une formation adéquate et surtout s'inscrit dans la création de réseaux locaux d'aide sociale leur offrant de nouveaux services. De ce point de vue, en complément au Brevet Nouvelles Technologies qui est en cours de création pour les élèves par le Ministère de l'Education Nationale, pourrait être créé un Brevet d'Internaute Confirmé que toute personne de 16 à 80 ans devrait être en mesure de pouvoir passer gratuitement dans les établissements publics ou dans les entreprises. Cette formation qualifiante (ex: brevet de secourisme) ne devra pas porter uniquement sur la maîtrise technique de l'Internet. Elle devra tout autant porter sur la maîtrise intellectuelle de la nature de l'outil (enjeux éthiques, juridiques, économiques, sociaux, etc.). Sous l'impulsion de l'UNAF le cahier des charges d'une telle formation à Internet pour tous, va être prochainement mis à l'étude par la DIF. Les familles et personnes pauvres devront être les premières à expérimenter cette formation, pouvoir en bénéficier, voire même pouvoir participer à son amélioration en tant que population test prioritaire.
2/ Situations familiales et personnelles de pauvretéLe constat doit être fait que, malgré une profusion d'aides spécifiques et une pluralité de services d'aides et d'accompagnement, depuis dix ans, la proportion des familles pauvres au sein de la population française ne semble pas avoir régressé significativement et se voit aujourd'hui composée de "travailleurs pauvres". Cette situation interroge la nature et la structure de l'aide sociale et la façon dont elle est conçue et diffusée aux familles et aux personnes concernées. Sur ce point, les nouvelles technologies présentent des opportunités qui peuvent être saisies. a) Vers de nouvelles médiations La première opportunité se pose en terme de médiation. Il ne nous semble pas certain aujourd'hui que la seule médiation des travailleurs sociaux sera suffisante pour (re)situer les familles et les personnes pauvres sur une trajectoire de sortie de la pauvreté et/ou pour mieux les aider à gérer leurs difficultés ou leurs problèmes. Tout semble se passer comme si cette médiation directe, ce face-à-face entre l'aidant institutionnel, voire l'aidant associatif agréé, et l'aidé conduisait désormais pour partie à un renforcement du statut et du vécu de pauvre, en tout cas, nul nest à labri de la création de stigmatisation. Les nouvelles technologies pourraient contribuer dans ce domaine à l'émergence de nouvelles médiations. Comment ? Par la mise en uvre de services nouveaux accessibles via Internet d'information, de prévention mais aussi et surtout d'aides à la décision permettant à l'aidé (famille ou personne) :
Ces services accessibles dans les foyers via Internet sur la TV ou par un ordinateur, dans les écoles, dans tous les lieux publics via des bornes Internet, dans les lieux spécifiques d'accueil, etc, sont à concevoir et à créer. Ils doivent l'être non pas en partant des institutions et des services existants mais en plaçant les besoins et les situations familiales et personnelles au cur des projets. Les expériences en cours en France et à l'étranger sont à étudier. Des expérimentations comme celle qui est prévue dans les Deux-Sèvres par le Ministre de l'Enfance et de la Famille et par l'UDAF de Charente-Maritime sont à multiplier aussi en direction des familles et personnes pauvres. Des groupes d'innovation sur le modèle créé par l'Education Nationale seraient à envisager. L'objectif visé ici est bien ici d'apprendre à l'aidé à (re)acquérir une volonté d'indépendance et d'autonomie informationnelle, conceptuelle et relationnelle par les NITC c'est-à-dire par les mêmes moyens d'autonomie que le reste de la population demain. A cet égard le métier des travailleurs sociaux doit lui aussi être remis en perspective. b) Vers de nouvelles perspectives Il est étonnant de constater que lors d'un colloque récent sur le travail social au 21eme siècle pas une seule fois les nouvelles technologies ont été mises en perspective comme moyen nouveau de médiation et de réinsertion mais aussi comme outil susceptible de rendre plus efficace le travail social et d'en modifier en partie la nature et le sens. Tout semble se passer actuellement comme si "les aidés pauvres" ne pouvaient tirer aucun partie des NTIC alors que l'on sait très bien que la maîtrise par tous de ces technologies induit de nouvelles relations culturelles, sociales et économiques. L'exemple des handicapés physiques et moteurs est de ce point de vue parfaitement clair. Tout semble se passer comme si la vie des familles pauvres n'avait pas à être simplifiée en priorité pour qu'elle puisse sortir de la complexité dans laquelle elles se trouvent souvent. Tout semble se passer comme si "les pauvres" avaient le temps pour comprendre et attendre, comme s'il était "naturel" qu'elles soient en situation de dépendance intellectuelle, informationnelle et relationnelle par rapport à l'aidé.
3 / Le travail social et les NTICSi le jugement est ici sévère, c'est à dessein. C'est pour dire que la formation des travailleurs sociaux aux nouvelles technologies est, elle aussi, urgente et qu'elle doit se faire en même temps que la conception de nouveaux services pour les familles et les personnes aidées. A l'instar de beaucoup d'autres domaines et métiers, face à la complexité, "l'exercice solitaire" du métier de travailleur social sera de moins en moins possible. L'accompagnement et le suivi personnalisé des aidés nécessitera la mise en réseau des "aidants" pour une plus grande efficacité mais aussi pour transformer le rapport de dépendance de l'aidé par rapport à l'aidant en rapport contractuel et de partenariat. C'est aussi à ce réseau que l'aidé devra pouvoir demander demain de l'aide et non à un aidant en particulier. C'est ce réseau qui devra sans doute mettre plus d'informations, de formations adaptées et de services à disposition de l'aidé pour l'inviter à se placer sur une trajectoire résiliente. De ce point de vue, la formation culturelle et pratique des travailleurs sociaux aux nouvelles technologies est un enjeu stratégique prioritaire quand bien la grande majorité d'entre-eux semblent ne pas encore vouloir le reconnaître. Ici encore, les expérimentations doivent être encouragées et les innovateurs soutenus. 4/ Pour une meilleure efficacité globale et localeSi les nouvelles modalités d'aides et d'accompagnement des familles et des personnes pauvres doivent se caractériser par une capacité de prise en charge de la diversité et de la spécificité des cas et permettre une individualisation et une personnalisation des aides visant à accroître la résilience, alors cela signifie que la création des conditions d'exercice de ces modalités ne peut être que locale. Il convient donc dencourager la mise en uvre de réseaux locaux de coopération sociale partant des besoins des familles et visant à trouver des réponses adaptées. L'objectif ne doit plus être seulement de rendre plus efficace la distribution d'aides standardisées en fonction de classification préétablies. Ici encore l'usage des nouvelles technologies est incontournable pour le partage d'expériences, de bonnes pratiques spécifiques, de savoirs et pour la capitalisation des savoirs-faire nécessaire à l'évaluation des situations particulières comme du travail du réseau. Il faut savoir admettre qu'un travail en réseau ne se décrète pas et qu'il ne peut être le fruit que de connivences. La formation comme l'animation des réseaux demandent du temps et un savoir-faire technique et culturel spécifique. Des investissements immatériels et financiers doivent être réalisés pour cela. Pour le moins la réflexion prospective des acteurs de terrain doit être mobilisée dans ce sens. Face à la complexité et la diversité des situations de pauvreté familiale ou personnelle, l'organisation et les procédures actuelles de lutte contre la pauvreté semblent insuffisamment opérantes. Si cela est, c'est qu'en ce domaine comme dans bien d'autres, la capacité de collecte de traitement et de diffusion de l'information de l'ensemble des acteurs concernés n'a pas encore atteint un niveau suffisant de sophistication. Les problèmes complexes ne se résolvent pas avec des solutions simples. Ce qui est sûr c'est qu'en "inputant" plus d'information dans un système, on réduit l'entropie qui le conduit à la mort et on relance sa dynamique. De ce point de vue, les moyens d'information et de communication de ce siècle nouveau doivent faire partie intégrante des nouvelles stratégies de lutte contre la pauvreté. |
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