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Pour une politique de le-familleContact : jquignaux@unaf.fr Haro sur lor noir /
La fin de la technophobie /
Vu à la télé / Portes et
fenêtres / Réalité et fragilité /
Ne plus attendre / De
lambition et des priorités
/ Pour une grande politique
e-familiale et sociale / Commençons
par faire tous les comptes / "Le cartable électronique ?"
Réunis lors du "Consumer Electronics Show" à Las Vegas au début de cette année, les grands de linformatique et des télécoms se sont accordés pour consacrer la naissance de: " le-famille ". Il fallait sy attendre ! Le-famille, le-foyer, le-maison semblent être désormais le jackpot espéré par tous les grands du tout numérique. Haro sur lor noirQuoi de plus normal ? Dans tous les sondages, sous sa forme nucléaire (parents et enfants), étendue (grands-parents et parentèle), monoparentale ou recomposée, la famille perdure comme une valeur forte. Quoi de plus professionnel que dimaginer que le vrai marché virtuel de demain soit la famille, plus que l'individu, quand on sait que celle-ci reste le réseau initial des liens personnels et lespace premier de léducation, de la culture, et de la socialisation ? Quoi de plus logique lorsqu'on constate que les familles sont des cellules de décisions économiques de premier rang sous langle du patrimoine, de lépargne, du crédit et de la consommation ? Quoi de plus stratégique lorsqu'on a compris que toutes les données qui caractérisent la vie des personnes, constituent lor noir de lâge de le-commerce ? La fin de la technophobie" Il faut prendre conscience que lInternet que nous connaissons aujourdhui nest encore quun prototype. Le concept dInternet a 30 ans, celui du WWW qui la révélé au grand public naura 10 ans quen 2002. LInternet de demain naura rien à voir avec ce que nous connaissons aujourdhui, tout pourra communiquer avec tout, homme et objet confondus" déclarait en substance Jean François Abramatic à la réunion 2000 de lInternet Society-France à Autrans. " La nouvelle vague technologique va mettre Internet à la portée de tous et sadapter à chacun, et non linverse Les plus réticents vont se voir offrir une vraie facilité daccès au réseau et pouvoir rester connectés sans être cloués devant un micro-ordinateur ou un clavier ". Les progrès de la reconnaissance vocale et la multiplication des portables supportant des transferts multimédia à très haut débit, vont par ailleurs accélérer la pénétration de lInternet dans le quotidien. Le Réseau des réseaux serait donc en passe de diluer la technophobie dans une évidence et une simplicité des usages inconnues jusqualors et de pénétrer ainsi, sans résistance, aucune dans lintimité des foyers Vu à la téléLa meilleure preuve est la télévision. Après des années de domination sans partage du foyer, lécran-totem autour duquel se réunissent ceux qui habitent sous le même toit, va prochainement devenir un complément du Net. Tous les grands constructeurs de TV sapprêtent à faire entrer Internet dans les postes de télévision. Prévus pour un prix inférieur à 4000 francs, les nouveaux " petits écrans " familiaux seront bien plus que des téléviseurs capables de naviguer sur Internet, déclarent tous ceux qui les fourbissent. Ils offriront une multitude de services interactifs (sports, météo, actualités, programmes de toute nature, etc). Grâce à un module de reconnaissance vocale et un microphone incorporés dans la télécommande, ils permettront de voter en ligne lors d'une émission, de rédiger son courrier électronique ou d'obtenir les sites Internet désirés, sans s'embarrasser d'un clavier. La vague devrait toucher la France avant la fin de lannée 2000. Simultanément, plusieurs industriels de l'électronique grand public affûtent le lancement en Europe dune panoplie de décodeurs ou de lecteurs (tel que liDVD) connectés aux téléviseurs pour les rendre capables de surfer sur le Net. Les monstres des nouvelles industries "dites" culturelles, les nouveaux méga-groupes multimédia et la grande distribution sont aussi embusqués et sactivent pour préparer les services et les contenus de la future e-TV. familiale. Portes et fenêtresDeux autres portes d'entrée, le magnétoscope numérique et les consoles de jeux, vont permettre à Internet de s'immiscer dans le quotidien des familles. Américains et Japonais se sont positionnés sur le nouveau marché des magnétoscopes numériques qui, dotés dun disque dur, autorisent lenregistrement de 14 à 30 heures de programmes. Reliés en permanence à des serveurs via Internet, ces nouveaux magnétoscopes, beaucoup plus rapides que les cassettes magnétiques, permettent aux téléspectateurs de mettre à jour leurs programmes, de disposer des émissions qui correspondent à leurs centres d'intérêt, de compléter leur information et, sans doute demain, de faire leurs achats sur le Net. Simultanément vont arriver dici à la fin de lannée 2000, les nouveaux fers de lance du jeu domestique, les nouvelles consoles de jeu de Sega et Nintendo dont la particularité, outre leur puissance accrue, sera de permettre des jeux en réseau et bien évidemment de disposer de toutes les fonctions classiques de l'Internet. A ces deux portes dentrée, sajoutent dinnombrables fenêtres qui, elles aussi, vont ouvrir les foyers au Réseau. Elles prennent la forme d'objets tels que le webphone, le visiophone, les ardoises magiques, etc, mais aussi de terminaux sophistiqués tel que celui que vient de dévoiler Intel. Conçu pour donner, grâce à une carte à puce, un accès personnalisé au Net à tous les membres dune famille, la fabrication de ce terminal familial par le géant mondial des microprocesseurs - qui ne sétait jusquici jamais lancé dans la fabrication déquipement - signifie clairement que leldorado du e-business est, bel et bien, devenu lespace familial en tant que tel. Réalité et fragilitéLa fuite en avant dans le cyberespace s'accélère donc. Rien ne semble plus pouvoir l'arrêter. Concentrée dans les mains de quelques-uns uns, une immense capacité de surproduction, de gestion et de transport sans frontières, de quantités colossales dinformations multimédia sest constituée. Livresse boursière sest emparée des valeurs de haute technologies et simultanément la promesse dun nouveau monde, dun nouvel âge des relations humaines, au niveau local et mondial, enflamment les esprits. Tout va-t-il cependant pour le mieux ? A bien y regarder, on peut en douter. C'est encore une minorité par rapport à une grande majorité, qui augmente son pouvoir par la vitesse de penser, de faire et dagir que lui confère la maîtrise d'une technique. La surproduction et le sur-usage de moyens dinfocommunication par quelques-uns saccompagnent toujours dun sous-accès, dune sous-maîtrise et dune sous-consommation des mêmes moyens par tous les autres. Quest-ce donc au niveau mondial que 200 ou 300 ou 500 millions de personnes disposant dun accès au Réseau des Réseaux, à la plus grande bibliothèque mondiale, à loutil qui savère tous les jours un peu plus comme le moyen de créer de la richesse, de travailler et de sinsérer dans la société de demain ? Quest-ce donc quun peu moins de 6 millions de Français découvrant lentement les potentialités du Net par rapport aux 54 millions dautres ? La réponse est évidente: une minorité de privilégiés solvables mais aussi, plus globalement, une dangereuse sous-consommation dinformations, de savoirs et de connaissances par rapport à une surproduction toujours plus concentrée de ces mêmes biens. Ainsi, aux inégalités sociales existantes, aux atteintes à la vie privée et aux fragilités techniques du Net que semblent révéler les récentes attaques contre Yahoo, e-bay, Amazon, semble aujourd'hui sajouter un risque économique lié à la logique commerciale et financière dans laquelle est entré le déploiement de lInternet. Continuer de privilégier des politiques économiques de surproduction pour des minorités solvables sans grandes politiques sociales de consommation visant l'universel, peut conduire - même si nous ne connaissons pas encore leur enchaînement ni leur forme - à de terribles déconvenues. Pourquoi la net-économie échapperait-elle aux cycles économiques ? Faut-il attendre ce qui peut se révéler être un bégaiement de l'histoire, un "remake" de la crise 1929 qui résulta, elle aussi, d'une surproduction de biens au regard d'une sous-consommation populaire ? Ne plus attendre.Ne pas attendre, ce serait sans doute commencer par se dire quen matière de société, la loi du plus fort et du plus solvable nest pas toujours la meilleure. Ce serait dés maintenant, comprendre, quil ne peut y avoir de net-économie soutenable sans e-société cohérente et homogène. Ce serait aussi accepter le fait que de grands ajustements sociaux doivent accompagner les grands changements structurels qui affectent l'économie sous l'effet des mutations techniques. Ce serait encore miser sur le fait que tout le monde "gagne" en prenant le pari de la diffusion rapide du progrès technique. Plus vite ces progrès bénéficieront à tous sans exception, plus stables et durables seront leurs effets économiques et sociaux. En dautres termes, plus vite seront mis en place les grands programmes qui viseront à permettre un accès de tous et une maîtrise par tous des technologies de la société de linformation, moins grands seront les risques financiers, économiques, sociaux et politiques que le déploiement de ces technologies peuvent induire par le seul jeu des lois du marché. Ainsi, face à la situation actuelle de surproduction de capacités informationnelles et communicationnelles, il semble être de la responsabilité politique, économique et sociale des Etats démocratiques, au nom du principe de précaution, de tout faire pour accroître rapidement non plus les usages marchands de ces technologies mais leurs usages sociaux par le plus grand nombre possible de citoyens. Comment faire ? Pour une grande politique "e-familiale" et socialeLes hommes du marketing ont raison : la clef de voûte de la société d'infoconsommation quils promeuvent est bien la famille car, par elle, passe la socialisation. Malgré ce fait, rares sont les initiatives commerciales visant à déployer les usages familiaux à caractère social, participatifs ou démocratiquee des nouvelles technologies car ces usages ne sont pas rentables à court-moyen terme et noffrent pas de perspectives spéculatives aux investisseurs. Par ailleurs, malgré de réelles avancées, les autres structures traditionnelles de la socialisation - à commencer par lécole - peinent à sadapter aux nouvelles technologies et ont de plus en plus de mal à jouer leur rôle de médiateur entre lespace familial et lespace civil " dit " adulte. Les enseignants renvoient par exemple la responsabilité de lillettrisme aux médias et aux familles qui la renvoient à leur tour aux enseignants. Enfin, toujours sous leffet des médias, la société civile remet de plus en plus en cause les structures de régulation sociale qui, souvent par défaut danticipation, absence de culture de linnovation mais aussi vieillissement, peinent, elles aussi, à prendre la mesure des changements en cours. Dans ce contexte où les responsabilités sindividualisent en même temps que les institutions traditionnelles perdent du terrain, seul lespace premier de léducation, de la culture et de l'apprentissage de la vie économique et sociale, c'est-à-dire la famille- garde effectivement un sens. Cest à cet égard quune nouvelle politique sociale e-familiale pourrait être résolument envisagée en France avant, pourquoi pas, d'être proposée à l'Europe. De lambition et des prioritésL'ambition d'un tel programme serait évidente: promouvoir radicalement en France un accès universel et un usage plus sûr de lInternet par toutes les familles, mais aussi la maîtrise des nouvelles technologies par toutes les associations familiales et sociales qui assurent, vis-à-vis des familles, des services daide, daccompagnement, de soutien, dinformation, de formation et déducation.
Commençons par faire tous les comptesProgramme utopique? Non, l'e-famille sera sans aucun doute l'imprimerie du 21eme siècle, l'espace grâce auquel s'écrira son histoire. Généraliser radicalement, rapidement et de façon égalitaire la maîtrise et les usages socio-familiaux des nouvelles technologies de l'information et de la communication ne serait-il pas le meilleur moyen de garantir, en France, à la jeunesse et à la société, un vrai avenir "e-démocratique", mais aussi, au passage d'offrir à la net-économie française et européenne des perspectives moins virtuelles ? " Commençons par faire les comptes ", en évaluons tous les risques qu'il y aurait à ne pas lancer un tel type de programme. Mettons dun côté, ses coûts et, de lautre, ses avantages. Tous les coûts et tous les avantages, directs et indirects, économiques, financiers, sociaux, culturels, politiques, à court, moyen et long terme. Faisons le bilan des trois. Il n'est pas si certain que l'ambition serait démesurée. Il n'est pas si sûr que nous en n'avons pas les moyens. Ne sommes-nous pas l'un des pays les plus riches du monde ? Les Français ne seraient pas prêts pour un tel programme ? C'est normal. La France, comme toute l'Europe vieillit : le neuf et le jeune la séduisent, mais lui font aussi très peur. Ce serait un électrochoc. Raison de plus ! Que vaut-il mieux ? Quest-il préférable ? Laisser saccroître le fossé numérique entre ceux qui maîtrisent les nouveaux outils de linformation, de la communication et de la connaissance et ceux qui nont pas les moyens de les maîtriser. Croire que le marché, saura, cette fois, ne pas produire dinégalités sociales intolérables? Penser qu'une société à deux, voire trois vitesses, puisse être une société pacifique, sûre et prospère? Quelles raisons inavouées pourraient empêcher notre pays, et pourquoi pas l'Europe demain, davoir dans ce domaine de très grandes ambitions économiques, sociales et citoyennes et de tenter, grâce à elles, de mieux bâtir l'avenir ?
"Le cartable électronique, une provocation ?"L'Internet et le multimédia sont avant tout des fabuleux moyens d'accès et de partage des savoirs et de la connaissance. A cet égard, il serait intolérable que, dans les années qui viennent, certains aient pu bénéficier très tôt de ces moyens et les maîtriser et d'autres pas. Par ailleurs, comme le montre, à la suite de nombreux autres, le rapport de Serge Pout-Lajus et de Sophie Tiévant(1), remis au Ministre de l'Education Nationale le 27 janvier 2000, "l'introduction des nouvelles technologies de l'information et de la communication dans la relation pédagogique dédramatise le face-à-face des enseignants et des élèves. En ouvrant l'école sur l'extérieur et sur des ressources culturelles vivantes, ces nouvelles technologies régénèrent également le rapport des élèves avec les savoirs et les contenus de l'enseignement et sont un facteur de pacification de l'éducation". Il est de plus en plus certain qu'une très grande révolution pédagogique couve sous l'effet du déploiement des technologies numériques dans tous les domaines de la société. Agir dès maintenant que chaque enfant en âge scolaire puisse disposer demain d'un équipement personnel portable et d'une adresse électronique lui permettant - en relation avec son ou ses enseignants- d'apprendre, de réviser, de se documenter, de chercher, qu'il soit à la maison, à l'école, à l'hôpital ou en vacances, n'est plus vraiment une utopie.
Imaginer que chaque enfant viendra demain à l'école avec un cartable électronique personnel acheté par ses parents grâce à la collectivité nationale n'est pas plus étranger que la généralisation de l'Education il y a un siècle. Constatant que les technologies de l'information et de la communication bouleversent radicalement la société et lui font courir des dangers en même temps qu'elles lui offrent de nouvelles opportunités de développement et de mieux-être, les familles sont aujourd'hui en droit d'appeler la collectivité nationale à imaginer et à mettre en uvre rapidement les moyens d'offrir à tous les enfants la possibilité de mieux maîtriser leur futur. La réunion par les pouvoirs publics de tous les acteurs publics et privés concernés par cette perspective apparaît aujourd'hui nécessaire compte tenu de la vitesse des évolutions et de l'inertie que manifestent encore, malgré des progrès évidents, la France, et l'Europe, dans ce domaine. (1) Observation et analyse dusages des technologies dinformation et de communication dans lenseignement , Serge Pouts-Lajus et Sophie Tiévant (OTE), Décembre 1999. |
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