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Internet et vous et nous ?
Article de réflexion (décembre 1999)

JP Quignaux : jquignaux@unaf.fr

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Les chiffres du déploiement des technologies de l’information et de la communication en France n’arrêtent pas de tomber... et nous alertent sur l’inéluctabilité du changement en cours et sur ses conséquences sur la société française. Le changement est global et local. Il touche la France et les Français. Il est notable à Paris comme en Province.

Internet et les Français : la question de l'égalité d'accès

Sur la base de sources reconnues (www.nua.ie, www.journaldunet.com) Télérama dans son numéro hors-série de novembre 1999 " Internet, et moi, et moi, et vous " chiffrait à 4;5 millions le nombre d’internautes français, soit 7,5 % de la population. L'étude Médiangles réalisée pour le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (www.csa.fr) dénombre, elle, 5,7 millions d’internautes, soit 12% de la population.

Selon cette même étude, un jour moyen, Internet compte 2,8 millions d’utilisateurs différents. D’ores et déjà, chaque jour en France on compte davantage d’internautes connectés que d’acheteurs de presse quotidienne nationale. Plus important encore, Internet est très largement perçu, par quatre français sur cinq, internaute ou non, comme une avancée en matière d’abord d’information, puis de culture et enfin d’éducation. Le temps consacré à Internet réduirait fréquemment la durée d’écoute de la télévision.

Les sites les plus fréquentés sont les moteurs de recherches, les sites d’actualités et d’information, les sites consacrés à l’informatique et au net lui-même, ceux dédiés à l’emploi et enfin les sites pratiques et de commerce. Les sites à caractère pornographiques seraient très peu visités (effet classique de sous-déclaration). Ceci n’empêche pas 9 Français sur 10 de se déclarer préoccupés par la possibilité d’accès des enfants à des sites à caractère pornographique, violent, ou raciste. 61 % déclarent qu’il s’agit là d’un danger à combattre absolument alors que 39 % déclarent que c’est une situation gênante mais un peu inévitable (32%) ou un signe de liberté (7%). Ceci montre que la problématique "Médias/protections de l'enfance" s'agrandit d'un nouveau média.

L’étude Médiangles montre encore qu’Internet est avant tout présent dans les familles avec enfants et que l’on observe un très fort déséquilibre de l’utilisation d’internet à domicile au détriment des catégories socio-professionnelles modestes : les ouvriers et employés sont ainsi deux fois moins représentés chez les internautes que dans la population française et, en revanche, les cadres et professions intellectuelles supérieures sont trois fois plus nombreux parmi les internautes à domicile que dans la population française. Enfin plus généralement, deux internautes à domicile, sur trois se recrutent dans les grandes villes de plus de 100 000 habitants, alors que celles-ci ne regroupent que 45 % de la population française.

Se pose donc avec acuité la question de l’égalité d’accès et de maîtrise des nouveaux moyens techniques par toutes les classes socio-professionnelles sans exception et sur l’ensemble du territoire français.

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Internet, le multimédia et les collectivités locales

Dans ce domaine, tout bouge très vite comme en ont témoigné " Les Etats-généraux d’espaces publics multimédias dans les collectivités locales" et les premières  rencontres des webmestres territoriaux " qui se sont tenus à Agen le 2 décembre 1999.

Si les internautes à domicile sont plus nombreux dans les grandes villes de plus de 100 000 habitants, il semble par contre que les collectivités locales de plus de 20 000 habitants (et parfois bien plus petites) ont bel et bien pris " le taureau par les cornes " pour offrir, dans les toutes prochaines années, à tous leurs concitoyens sans exception, des accès au net et au multimédia, cela dans le double souci, de lutter contre les inégalités sociales mais aussi de se positionner comme villes ou territoires numériques, c’est-à-dire comme espace offrant aux entreprises comme à leurs administrés les moyens d’insertion et de développement économique et social de la société de l’information.

Un espace public multimédia (EPM) est un lieu public animé par un ou deux formateurs avec l’aide parfois de bénévoles, ouvert à tous, comprenant le plus fréquemment de 7 à 15 machines en accès libre (ou sur réservation) dont la plupart sont connectées et une médiathèque.

Selon un sondage réalisé par la revue " Autoroute de l’information et Territoires ", co-organisatrice de ce colloque, environ 2000 espaces multimédias locaux auraient été ouverts au cours de ces toutes dernières années dans le but de sensibiliser, d’initier et de former aux technologies multimédia et à l’Internet leurs concitoyens et notamment les populations en difficulté.

  • 60 % des villes de plus de 20 000 habitants déclarent aujourd’hui avoir un projet d’investissement en cours dans la création d’espaces multimédias et dans le déploiement de lieux de proximité connectés en réseau permettant aux citoyens d’avoir accès aux ressources et services d’information et de communication, de formation et d’éducation, offertes par les technologies "on et off line ".
  • 94 % des mêmes communes considèrent qu’il s’agit d’équipements durables.

Il serait trop long de lister et de décrire la multiplicité et la diversité des expériences et des projets qui ont été conduits, pour les plus anciens, depuis 5 ans. Un constat s’impose. Il n’est plus un département en France sans expérience d’espaces publics multimédia ou sans projet d’ouverture à court terme d’EPM.

La majorité des villes et départements ayant développé des expérimentations pensent en effet que ces technologies induiront de nouvelles relations administrations/administrés et nécessiteront à terme une refonte de l’organisation communale. Bien qu’ayant ciblé à l’origine prioritairement les jeunes (collégiens et lycéens) et les demandeurs d’emploi, les EPM existant démontrent qu’ils attirent une population bien plus diversifiée incluant les artisans, les retraités, les mères de famille, etc. Leur taux d’utilisation est d’ores et déjà le double des autres espaces publics. Il ne faut pas y voir là un effet de la nouveauté car il apparaît que la fréquentation des plus anciens de ces EPM ne faiblit pas et que, progressivement, s’ajoute à leur fonction d’initiation et formation une fonction de conseils, de services et de centre de ressources qui conduit les collectivités les plus avancées à s’engager dans la voie d’une mutualisation des moyens techniques et humains à l’échelle de toute la commune mais aussi des cantons et des départements.

Cette voie de la mutualisation locale des moyens humains, techniques, et financiers, apparaît d’autant plus nécessaire que les administrations centrales prévoient, elles aussi, à l’horizon des toutes prochaines années, de déployer localement leur relais multimédia. Cela est vrai pour l’Education Nationale qui accélère ses investissements dans les technologies numériques, notamment dans les lycées, pour le Ministère de l’Emploi qui mise sur le réseau des ANPE, mais aussi pour le Ministère de la Culture, qui prévoit de créer un réseau regroupant ses futurs Espaces Culture Multimédia locaux.

On s’achemine ainsi progressivement vers la constitution, au niveau local, de véritables réseaux sociaux. Certains sont déjà fort avancés comme en région Nord-Pas-de-Calais qui compte 200 EPM, comme le réseau Strasbourgeois, ou encore comme dans les Deux-Sèvres où, autour de Parthenay, ville numérique pilote en Europe, 32 communes se sont dotées d’un EPM (ou sont en train de le faire) en favorisant leur implantation dans les collèges de façon à ouvrir l’école sur la ville.

Certes, nous sommes encore loin en France de la situation de ville telle que Stockholm et sa banlieue où 55 % des habitants utilisent régulièrement Internet, où l’administration municipale s’informatise à très grande vitesse, où chaque service aux administrés crée son site web en plus du site général de la ville, où chaque arrondissement est doté d’un point d’information citoyen connecté à Internet. Force est cependant de constater que la France et les Français, Paris et la Province vont sans doute, dans les cinq prochaines années, entrer très vite dans l’âge des réseaux et du multimédia.

Ceci n'est pas sans conséquence sur la vie associative familiale.

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Internet et la vie associative familiale

Avec les nouvelles technologies, pour le monde associatif comme pour le reste du monde, le centre tend à se confondre avec la périphérie et  la périphérie a  le même pouvoir d'influence que le centre. Il s’agit d’un réseau et non d’une pyramide.

Pour le monde associatif familial, qu'il s'agisse des rapports entre UNAF et UDAF ou entre Fédérations d'associations familiales et associations fédérées, l’avenir de ce monde est dans l’échange et la tranversalité et non dans la rétention ou le passage vertical de l’information et de la connaissance. Une petite phrase toute simple résume les enjeux : " Si tu ne sais pas, demande le et si tu sais partage-le ". Or la gestion partagée des interrogations, des questionnements, des informations, des savoirs et des connaissances est, à l’âge des réseaux, la garantie d’une valeur ajoutée, de la pérénité et de l’identité des organisations, en un mot, leur raison d’être. Au tout début du nouveau siècle, l’essentiel sera donc, de plus en plus, dans la densité, la qualité et la rapidité des échanges et dans la valeur ajoutée qu’ils créeront en termes de services rendus aux familles.

Exagération ? Non, simplement Anticipation. Cette dernière est stratégique pour l’avenir des associations familiales. Des stratégies à deux, cinq et dix ans doivent se dégager. Cinq ans, dix ans ne sont rien. Il suffit de regarder le passé pour s’en rendre compte et de projeter la perception de ce passé dans le futur pour en prendre conscience. Dix ans dans le futur, c’est demain. Comme dix ans dans le passé est hier.

L’actualité nous démontre tous les jours que la mutation induite par les "nouvelles" technologies (qui en fait ne le sont plus !) est bien plus radicale et rapide qu’on ne le pense. Même les acteurs traditionnels de la mondialisation l’apprennent à leurs dépends : l'échec du sommet de l’OMC en 1999 en est une illustration. Jamais, plusieurs dizaines de milliers de citoyens (mondiaux ?) venus de tous les horizons n’auraient pu alimenter le débat à Seattle sans de multiples et denses échanges préalables grâce à… Internet. L’émergence de l’usager, du citoyen, du consommateur et des familles dans la gestion locale et globale de ce monde n’est pas une illusion car les nouvelles technologies l’induisent en même temps qu’elles la rendent possible.…

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