Démographie : les chiffres 2010

21/02/2011

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En ce début d’année 2011, plusieurs études relatives à la démographie et à la famille ont été publiées.
- Le bilan démographique 2010 (INSEE)
- L’étude 2011, la jeunesse du monde (Fondation pour l’innovation politique)
- L’enquête familles 2011 (BVA pour la chambre des notaires).

Retour sur les éléments les plus significatifs résultant de ces études, avec un rappel des chiffres des années antérieures.

Avec une fécondité de 2,01 enfants par femme, les chiffres montrent que la crise économique n’a pas dicté les choix des familles. Des résultats qu’il faut attribuer notamment à notre modèle de politique familiale et mettre en perspective avec les perceptions qu’ont les Français de la famille.

 

1. Un taux de fécondité le plus fort depuis 35 ans, soit 2.01 % enfants/femme

En 2010, 828 000 bébés sont nés en France, dont 797 000 en métropole.

C’est autant qu’en 2006 ou 2008, années record parmi ces vingt-cinq dernières années. En France métropolitaine, le nombre de naissances n’a en effet jamais dépassé 800 000 depuis 1980 et 1981, deux années exceptionnelles depuis la fin du baby-boom en 1973.

La hausse de la fécondité depuis 2005 tient autant aux premières naissances qu’aux deuxièmes ou troisièmes naissances. Elle est liée à l’évolution des comportements à la fois chez les mères auparavant sans enfant et chez celles décidant d’agrandir leur foyer au-delà de deux enfants.

Dans la tendance des années précédentes, la fécondité se maintient ainsi à un haut niveau en France. Alors même que le nombre de femmes âgées de 20 à 40 ans a baissé, il est né en 2010, 20 000 bébés de plus qu’il y a dix ans. L’indicateur conjoncturel de fécondité atteint ainsi son plus haut niveau en France depuis la fin du baby-boom, avec 2,01 enfants par femme.

Graphique : Le taux de fécondité en France, en nombre d’enfants par femme, en France métropolitaine. Taux de fécondité en France Source : INSEE. Précision : en 2010, le résultat est de 2,01 pour la France entière

 

En 2010, la progression de la fécondité est imputable en totalité aux femmes de plus de 30 ans, et surtout à celles de 35 ans ou plus. Si la fécondité était restée la même depuis dix ans, seuls 776 000 bébés seraient nés en 2010, soit 50 000 de moins que les naissances réellement constatées. Inversement, le vieillissement de la population a un effet défavorable sur le nombre d’enfants à naître : si le nombre de femmes d’âge fécond avait été aussi élevé en 2010 qu’en 2000, il y aurait eu environ 30 000 naissances de plus.

Hausse des naissances hors mariage

Puisque le nombre des mariages baisse régulièrement et que celui des naissances se maintient à un niveau élevé, la part des naissances hors mariage ne peut que progresser en France : 54,8 % des naissances ont lieu hors mariage en 2010, contre 53,7 % en 2009 et 43,6 % seulement il y a dix ans. Les naissances hors mariage ne sont majoritaires que dans très peu de pays en Europe.

Les femmes accouchent à 30 ans en moyenne

L’âge moyen à l’accouchement continue sa progression. Pour la première fois en France, il atteint la barre symbolique des 30 ans. Barre déjà franchie en 2009 en métropole, c’est deux ans de plus qu’en 1988 et trois de plus qu’en 1982. Les femmes sont deux fois plus nombreuses qu’il y a vingt ans à accoucher après 40 ans, même si cela reste encore assez peu répandu. Il faut remonter aux années qui ont suivi la deuxième guerre mondiale pour trouver des naissances tardives aussi importantes. Seulement 46 % des bébés nés en 2010 ont une mère de moins de 30 ans, alors qu’ils étaient 62 % en 1990.

Partout en Europe, les femmes ont des enfants de plus en plus tard. La France se situe au niveau de la moyenne européenne qui s’établit à 29,9 ans en 2009 ; c’est en Irlande et en Italie que les femmes accouchent le plus tard, à 31,2 ans en moyenne.

2. Une « exception Française » (comparaison avec les autres pays européens)

La progression de la fécondité, quasi-générale en Europe depuis dix ans, est beaucoup moins marquée en 2009 (dernière année disponible) : la fécondité diminue par exemple en Allemagne, en Autriche ou en Espagne, alors qu’elle était déjà basse dans ces pays. En Europe, les femmes ont 1,6 enfant en moyenne en 2009, soit un niveau bien inférieur à celui de la France.

A part l’Irlande (2.07) et l’Islande (2.14), la France est en tête. Suivent : Norvège, Suède, Royaume uni.

Tableau : progression de la fécondité dans les différents pays de l’Union européenne et quelques autre pays

1980 1990 2009
Allemagne 1,56 1,45 1,35
Autriche 1,65 1,46 1,39
Belgique 1,68 1,62 1,83
Bulgarie 2,05 1,82 1,57
Danemark 1,55 1,67 1,84
Espagne 2,2 1,36 1,4
Estonie 1,63
Finlande 1,63 1,78 1,86
France métropolitaine 1,95 1,78 1,98
Grèce 2,23 1,39 1,45
Hongrie 1,91 1,87 1,33
Irlande 3,24 2,11 2,1
Italie 1,64 1,33 1,41
Lettonie 1,9 2 1,44
Lituanie 1,99 2,03 1,55
Pays-Bas 1,6 1,62 1,75
Pologne 2,26 2,05 1,4
Portugal 2,25 1,57 1,32
République tchèque 2,1 1,9 1,49
Roumanie 2,43 1,84 1,4
Royaume-Uni 1,89 1,83 1,94
Slovénie 2,1 1,46 1,41
Slovaquie 2,31 2,09 1,51
Suède 1,68 2,13 1,94

Autres pays :

1980 1990 2009
Fédération de Russie 1,86 1,9 1,56
Islande 2,48 2,3 2,14
Norvège 1,72 1,93 1,98
Turquie 4,37 3,01 2,12
Australie 1,89 1,9 2
Canada 1,64 1,68 1,66
Etats-Unis 1,85 2,08 2,12
Israel 2,76 2,69 2,9
Japon 1,76 1,54 1,4

Source : INED

Croissance de la population de la France plus vive et plus régulière que dans d’autres pays Alors qu’en 1985, la France avait le même nombre d’habitants que l’Italie et le Royaume Uni, en 2010, la France est en tête (65 millions, RU 62 millions, Italie 60 millions)

Graphique : populations en Europe (Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie) entre 1985 et 2010.

populations en Europe (Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie) entre 1985 et 2010.

Sources : INSEE, Eurostat.

L’Union européenne à 27 compte 501 millions d’habitants au 1er janvier 2010. Avec 13 % de la population européenne, la France est le deuxième pays le plus peuplé derrière l’Allemagne, dont la population décroît, (81,8 millions d’habitants), et devant la Grande-Bretagne et l’Italie (respectivement 62,0 et 60,3 millions d’habitants au 1er janvier 2010).

3. Une croissance démographique peu liée au solde migratoire

La population française continue de croître en 2010 au même rythme que les trois années précédentes. Il y a ainsi 358 000 personnes de plus en France entre le 1er janvier 2010 et le 1er janvier 2011, soit une augmentation de 0,55 % de la population.

Le solde naturel est estimé à 283 000 personnes. Il est légèrement supérieur à celui de l’an dernier. Le solde migratoire, estimé à + 75 000 personnes en 2010, participe donc moins à l’augmentation de la population française. La forte contribution du solde naturel à l’évolution de la population est un trait particulier à la France ; dans la plupart des autres pays européens, l’apport du solde naturel à la croissance démographique est moindre que celui du solde migratoire, notamment en Europe du Sud et de l’Est.

4. Une espérance de vie qui progresse

L’espérance de vie à la naissance progresse de quatre mois en 2010, aussi bien pour les hommes que pour les femmes. En 2008 et 2009, les gains d’espérance de vie avaient été très modérés et la forte hausse de l’année 2010 peut être considérée comme un rattrapage. Depuis 15 ans, l’espérance de vie progresse en effet très régulièrement, notamment pour les hommes, en dehors de quelques accidents dus aux aléas climatiques.
L’espérance de vie des Françaises (84,4 ans en 2009) est largement supérieure à celle des Européennes (82,6 ans). Seules les Espagnoles peuvent espérer vivre aussi longtemps. L’espérance de vie des hommes (77,7 ans en 2009) se situe également au-dessus de la moyenne européenne (76,7 ans en 2009) mais reste légèrement au-dessous de la moyenne de l’Europe des 15.

Cumul de points positifs : Selon l’INSEE, « les françaises ont la fécondité des pays du Nord et l’espérance de vie des pays du Sud ».

5. Un point marquant : une confiance malgré la crise

- Fort taux de natalité couplé avec période de crise
- A l’inverse des années 30 et 70 où baisse natalité liée à la crise, et à l’inverse de la période de baby boom couplée avec les 30 glorieuses
- Explication INSEE : notre système d’aides permet d’atténuer l’effet de crise (prise en charge du coût de l’enfant), la situation économique ne dicte pas les choix. Pascale Breuil, chef de l’unité des études démographiques de l’Insee, a ainsi déclaré lors de la conférence de presse de présentation des résultats : "s’il y a des considérations économiques qui peuvent rentrer en jeu, il y a aussi bien d’autres facteurs et qui jouent plus, notamment dans un pays comme le nôtre, où les parents bénéficient d’un certain nombre d’aides" publiques.

6. Les éléments d’explication

- techniques (recul de la l’âge de la maternité, d’où décalage dans le temps)
- politiques (mesures d’encouragement sous forme d’allocations, EAJE, réductions d’impôts)>
- psychologiques : confiance des Français dans la famille

A lier avec les résultats de l’étude européenne menée par la fondation pour l’innovation politique sortie le 19 janvier 2011 « 2011, la jeunesse du monde » :

- pour les jeunes français, la fondation d’une famille arrive en tête (pour 47 % alors que la moyenne des européens est de 39 %)) comme facteur d’une vie épanouissante, loin devant la liberté (17%) et l’argent (14%)
- de même, l’envie d’avoir des enfants arrive en 2nde position (58 %)
- alors que globalement, la vision des jeunes et des Français en général est pessimiste, seul le thème de la famille y échappe, c’est le seul domaine où il y a confiance.

7. Des résultats très positifs, mais qui restent insuffisants

- Seuil de renouvellement (2.1) pas atteint
- Vieillissement de la population (65 ans et plus : 17 % de la population)
- Depuis 10 ans, augmentation des couples sans enfant (45 % à 47 %) et diminution des familles de 3 enfants et plus (11 % à 10 % entre 1999 et 2007)

8. Diminution des mariages et hausse des PACS

Parler de « désamour » à l’égard du mariage est excessif même si la baisse se poursuit : 252 000 mariages en 2010 (contre 265 000 en 2009, 273 000 en 2007). La baisse du nombre de mariages, entamée bien avant l’arrivée du Pacs, se poursuit, même si elle semble s’être ralentie en 2010.

A noter toutefois que ce chiffre est quasi identique à celui de 1994 (253 476 mariages).

- quelques chiffres en mémoire (mariages) :

- 1950 : 331 100
- 1970 : 393 700
- 1980 : 334 400
- 1985 : 269 400
- 1990 : 287 100
- 1991 : 287099
- 1995 : 254700
- 2000 : 305 000
- 2010 : 252 000

Graphique : nombre de mariages de 1949 à 2007 (en milliers)

Selon vous, parmi les raisons suivantes, laquelle explique le plus pourquoi les gens se marient ou se pacsent

Source : INSEE

D’année en année, on se marie toujours de plus en plus tard  : l’âge moyen au premier mariage a augmenté en 2009, comme régulièrement depuis 35 ans, et ce, aussi bien pour les époux que pour les épouses. En dix ans, il a progressé de deux ans et atteint 31,7 ans pour les hommes et 29,8 ans pour les femmes.

Pour mémoire, le nombre des divorces en France

- 1970 : 39 000
- 1980 : 81 156
- 1990 : 105 813
- 1995 : 122 000
- 2000 : 116 000
- 2005 : 155 000
- 2009 : 130 600

Trois Pacs pour quatre mariages

Progression de 13 % du PACS (195 000, soit 3 PACS pour 4 mariages). mais moins rapidement que les années précédentes. 195 000 Pacs ont été signés en 2010, soit 13 % de plus qu’en 2009, après + 20 % en 2009 et + 40 % en 2008.

Tableau du nombre de PACS et de mariages conclus depuis 1990

Mariages Pacs Ensemble
1990 294 690
1991 287 897
1992 279 338
1993 262 696
1994 260 866
1995 261 813
1996 287 144
1997 291 163
1998 278 525
1999 293 544
2000 305 234 15 935 321 169
2001 295 720 15 435 311 155
2002 286 169 20 588 306 757
2003 282 756 25 819 308 575
2004 278 439 33 147 311 586
2005 283 036 52 800 335 836
2006 273 914 64 271 338 185
2007 273 669 95 708 369 377
2008 265 430 137 820 403 250
2009 251 478 166 056 417 534
2010 249 000 186 537 435 537

Sources : Insee, statistiques de l’état civil et ministère de la Justice - SDSE, fichiers détails Pacs.

- Le nombre de Pacs se rapproche de plus en plus de celui des mariages : 185 000 Pacs ont été signés par des partenaires de sexes différents, soit 95 % de l’ensemble des Pacs, quand 249 000 mariages ont été célébrés. Au total, il y a deux ans, on comptait deux mariages célébrés pour un Pacs conclu, on en compte cette année quatre pour trois Pacs.

Des motivations différentes dans le recours à l’un ou l’autre de ces modes d’union.

Graphique : Selon vous, parmi les raisons suivantes, laquelle explique le plus pourquoi les gens se marient ou se pacsent

Source : étude BVA - 20 minutes - Chambre des notaires de Paris (janvier 2011)

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