Rencontre annuelle des Présidents d’UDAF et d’URAF : " Réforme de la dépendance : quels enjeux ? quelle place pour les familles ?"

26/04/2011

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Ces 16 et 17 avril, les présidents d’Unions départementales (UDAF) et régionales (URAF) des associations familiales ont consacré l’essentiel des travaux de leur rencontre annuelle, qui se tenait à Dinan, au thème de la dépendance.

« La réforme de la dépendance, quels enjeux ? Quelle place pour les familles ? » - François Fondard, Président de l’UNAF

Dans son discours introductif, le Président de l’UNAF, François Fondard, a rappelé que « les familles sont les premières concernées par cette question. Elles y consacrent plus de 7 milliards d’euros. Elles sont largement sollicitées lorsque la personne âgée dépendante reste à domicile. Plus de 4 millions d’aidants familiaux interviennent régulièrement et à titre non professionnel. Pour l’UNAF et plus largement, ce débat dans lequel l’UNAF est très largement présente pose la question du regard que la société pose sur le vieillissement et la place accordée aux personnes âgées. »

Il a décliné les propositions de l’UNAF qui s’articulent autour des 5 points principaux :
- priorité au maintien à domicile,
- réduction des restes à charge pesant sur la personne âgée et sa famille,
- soutien accru aux aidants familiaux,
- large prise en charge publique et universelle nécessitant des ressources supplémentaires,
- représentation des famille dans les instances de pilotage.
Accéder à la totalité du discours

Afin d’alimenter la réflexion, l’UNAF a souhaité élargir le débat en faisant intervenir le point de vue :

- d’un spécialiste de la vieillesse et de la personne âgée au sein de notre société, Serge Guérin, sociologue, auteur de nombreux ouvrages portant sur la vieillesse, qui collabore très régulièrement avec l’UNAF ;
- du Président de l’Assemblée des Départements de France, M. Claudie Lebreton, compte tenu du rôle important exercé par les conseils généraux dans ce domaine.


"Il n’y a pas eu de vieillissement" - Serge Guérin, sociologue

Avec humour et dynamisme, mais aussi le souci du mot et du chiffre juste, le sociologue Serge Guérin, spécialiste du grand âge, a invité les participants à faire preuve d’optimisme, et à se saisir de la question de la perte d’autonomie en changeant d’abord leur regard sur la vieillesse et le vieillissement. "Notre société se veut forte et performante : ce qui est maladie, vieillesse, déclin, semble alors un aveu d’échec", or "si l’on fait la somme de toutes les populations vulnérables, plus de la moitié de la population est vulnérable. Est-ce à eux de s’adapter à la société ?".

Serge Guérin, sociologue.

Pour le sociologue, "l’âge à changé : tant qu’on ne l’aura pas compris, la notion de vieillissement fera peur", ce qui lui a permis d’affirmer qu’en fait "il n’y a pas eu de vieillissement" : en 2015, il y aura autant de personnes de plus de 75 ans qu’il y avait de personnes de plus de 60 ans en 1950. Or, les plus de 75 ans d’aujourd’hui ont une situation identique à celle des plus de 60 ans d’il y a un demi-siècle. Pour Serge Guérin, la perte d’autonomie même est à relativiser : "à 85 ans, l’on est majoritairement autonome", et les bornes d’âges restent artificielles : "à 59 ans, l’administration considère un aveugle comme "handicapé", et à 62 ans, elle le considère comme "dépendant", alors qu’il est la même personne.

Serge Guérin a conclu son intervention en appelant de ses vœux, face à la perte d’autonomie, une prise en compte du rôle social des aidants, qu’il considère comme un "enjeu majeur de solidarité", un accent mis sur la prévention, et une philosophie du "vivre avec" dans le cadre d’un "accompagnement bienveillant".

"Dignité, fraternité et solidarité" - Claudy Lebreton, président de l’ADF

Claudy Lebreton, président de l’Assemblée des Départements de France (ADF), a présenté la vision départementale de la question de la dépendance, s’appuyant en partie sur les travaux en cours de l’ADF sur ce thème, travaux qui s’achèveront par une conférence nationale le vendredi 20 mai. Du point de vue démographique : pas de catastrophisme", a-t-il rappelé, en notant que l’évolution prévue du nombre de personnes dépendantes connaîtra des rythmes contrastés (assez lente entre 2015 et 2030), et que ce n’est qu’après 96 ans que la majorité des individus est logée en établissement.

Claudy Lebreton, président de l'Association des Départements de France

Le président de l’ADF a en particulier insisté sur les questions des périmètres de la dépendance. Périmètres respectifs du handicap et de la dépendance, d’abord, car de nombreuses dimensions communes aux deux domaines incitent à une "convergence sans confusion" dans leur traitement. Comme Serge Guérin, il relève l’absurdité des différences de traitement du handicap entre l’avant et l’après 60 ans. Périmètres du soin et de la dépendance, ensuite (quels financements de l’assurance maladie en particulier), et périmètres de l’hébergement et de la dépendance, notamment dans le financement de l’accueil en établissement.

Claudy Lebreton a aussi souligné la charge croissante de la dépendance sur les comptes des départements, la part des financements nationaux se réduisant chaque année. Il a rappelé que départements sont eux-mêmes très inégaux devant le phénomène. Rappelant les conclusions du HCAAM, il a appelé à la nécessaire fluidification du parcours des personnes en perte d’autonomie entre les différents types d’établissement, qui est inflationniste par nature. Enfin, il a appelé de ses vœux des améliorations possibles de la Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie (CNSA), tant sur son champ d’action (qu’elle puisse contractualiser à la fois sur le handicap et sur la dépendance), que dans sa gouvernance.

C’est, comme l’avait fait précédent intervenant, en appelant un changement du regard porté sur le grand âge que C. Lebreton a souhaité conclure : "Avant d’être un retraité, une personne âgée, on demeure un citoyen avec ses droits et ses devoirs". Selon lui, ce dossier exige "de l’audace et de l’imagination", et de rester "attachés à nos valeurs intemporelles : dignité, fraternité et solidarité".

"Les familles : principaux soutiens des personnes âgées" - Christiane Basset, vice présidente de l’UNAF

La vice-présidente de l’UNAF et Présidente du département « Protection sociale : famille, santé, vieillesse », Christiane Basset ,a présenté les grandes orientations adoptées par l’UNAF dans le cadre du débat public sur la perte d’autonomie :
- Intégrer le vieillissement de la population dans l’ensemble des politiques publiques ;
- Axer la politique de prise en charge de la dépendance sur le maintien à domicile ;
- Réduire les restes à charge pesant sur les personnes âgées et leur famille ;
- Développer l’accompagnement et le soutien des aidants familiaux ;
- Accroître les financements dédiés à la dépendance ;
- Prévoir une prise en charge publique et universelle de la dépendance ;
- Associer les représentants des familles dans les instances de pilotage et à la gouvernance de la prise en charge de la dépendance.

Concluant sur ce point, Christiane Basset a rappelé que "les familles sont les principaux soutiens des personnes âgées : l’UNAF demande à être représentée au sein de la CNSA."

Aidants familiaux : "Comment faire pour que solidarité publique et solidarité familiale se complètent ?" - Guillemette Leneveu, directrice générale de l’UNAF

Guillemette Leneveu, directrice générale de l’UNAF a fait un point sur les 4 millions d’aidants familiaux : leur profil et leur rôle présent et à venir.

Qui sont les aidants familiaux : "des enfants principalement, mais aussi des conjoints, des beaux-fils et belles filles". Leur âge moyen de 58 ans les place au sein d’une "génération pivot", ayant à la fois leurs enfants et leurs parents à charge. Elle souligne que, si les femmes sont encore majoritaires, de plus en plus d’hommes seront aidants, dont ils constituent déjà 38% des troupes.

Courses, budgets, aide administrative : leur rôle est extrêmement divers, mais il peut être extrêmement lourd à porter. Lorsqu’un aidant est seul à intervenir auprès d’une personne en perte d’autonomie, il lui consacre 5 heures par jours.

"Les aidants familiaux vont être plus rares" : les évolutions démographiques, les naissances plus rares et plus tardives, la généralisation du travail féminin, réduisent le temps disponible pour l’aide.

Leur profil va aussi se modifier : près d’un tiers des personnes dépendantes vivront en couples en 2030, contre 16% aujourd’hui : l’aidant sera donc de plus en plus le conjoint. Guillemette Leneveu a rappelé que les enfants sont prêts à s’investir, mais s’ils sont aidés financièrement. Plus généralement, la complémentarité entre solidarité publique et privée joue comme une émulation : "s’il y a davantage d’intervention publique, les solidarités privées se développent d’autant plus."

G. Leneveu a conclu en présentant les propositions issues de l’UNAF et des membres du Collectif inter-associatif d’aide aux aidants familiaux (CIAAF), fondé en 2006 :

- un meilleur effort sur la conciliation vie professionnelle et vie familiale (41% des aidants ont un emploi), avec une harmonisation des congés, et une sensibilisation des entreprises.
- l’organisation du soutien aux aidants : l’offre de répits, mais aussi de services d’information, d’accompagnement. Une place particulière doit être faite aux 300 à 400 000 tuteurs familiaux en charge d’un majeur protégé, qui ont besoin d’informations et d’un soutien spécifique.

***

Ces quatre interventions, suivies d’un débat, ont nourri le travail en atelier des participants, qui portait sur quatre thèmes : les besoins des personnes âgées, l’intervention des familles et des aidants familiaux, l’offre de service apportée par le réseau associatif (maintien à domicile, accompagnement bénévole), les enjeux financiers pour les familles (reste à charge, obligation alimentaire, recours sur succession, etc).

Les intervenants et le travail en ateliers ont permis aux UDAF et URAF de faire le point sur le double rôle à jouer sur ce dossier :

- défendre, dans les débats et concertations, les intérêts des millions de familles qui sont ou seront confrontées à la perte d’autonomie. A très court terme, il s’agira pour elles de faire peser la voix des familles dans les débats interdépartementaux et inter-régionaux organisés jusqu’à la fin du printemps par le Gouvernement ;
- rechercher, promouvoir, toutes les solutions de services associatifs pouvant aider et accompagner ces mêmes familles.


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