Assises nationales sur le harcèlement à l’École

09/05/2011

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L’UNAF, représentée par Patricia Humann, Coordonnatrice du Pôle Éducation, a participé aux Assises nationales sur le harcèlement à l’Ecole les 2 et 3 mai 2011, organisées par le Ministère de l’Education nationale, de la jeunesse et de la vie associative.

Ces assises ont permis aux acteurs de l’Education nationale et à leurs partenaires, une prise de conscience face à ces phénomènes de harcèlement, qui certes, ont toujours existé (la littérature sur le sujet est abondante, cf « Le petit chose ») mais qui, comme le soulignait la pédopsychiatre Nicole Catheline , s’inscrivaient autrefois dans une société plus hiérarchisée où chacun avait clairement sa place, ce qui était sans doute plus protecteur.

Il s’agit par ailleurs de phénomènes dont on connaît mieux aujourd’hui les conséquences psycho-sociales délétères, aussi bien pour la victime que pour le « harceleur », dans une société où les jeunes vulnérables ont de moins en moins leur place.

La victime est bien souvent un enfant ou un adolescent stigmatisé car un peu différent (roux, petit, gros, bon élève, mauvais élève …). Une dynamique se met en place entre la victime, le bourreau, les spectateurs et les facteurs pathogènes sont la durée, la répétition, l’absence de sens pour la victime qui ne comprend pas pourquoi cela lui arrive, qui « sidéré » par ce harcèlement ne répond pas dés le départ, ce qui renforce la perception par le harceleur qu’il a raison de le harceler.

L’accent a été mis, aussi bien par Eric Debarbieu , grand expert du phénomène de la violence à l’école (Observatoire internationale de la violence à l’école) auprès du ministre Luc Chatel, que par les autres experts, sur la vulnérabilité de la victime et du harceleur.

La double peine pour la victime, souvent obligée de quitter l’établissement aussi bien que la non prise en compte du harceleur qui devrait être à la fois sanctionné et éduqué, peut avoir des conséquences graves aussi bien aujourd’hui pour l’enfant ou l’adolescent que pour l’adulte de demain : absentéisme, chute des résultats scolaires, phobie scolaire, isolement, dépression voire suicide et, plus tard, problème d’estime de soit et de manque d’ambition pour les uns, incapacité à l’empathie et difficulté d’insertion sociale et professionnelle pour les autres.

Les parents ont ici toute leur place pour être très attentifs aux changements d’humeur de leurs enfants et doivent savoir que ces phénomènes existent pour poser des questions directes (« est-ce qu’on t’embête à l’école »), comme le souligne Nicole Catheline, montrant ainsi que cela ne fait pas peur aux adultes et qu’ils vont trouver une solution.

Avec toute la communauté éducative, ils doivent former ce qu’Eric Debardieux appelle « une bande d’adultes » responsable, face aux « bandes de jeunes ».

Le professeur Marcel Rufo a rappelé qu’il faut « en finir avec la complicité étrange de l’institution scolaire » face à ce problème, pendant les heures de récréation « les adultes eux ne doivent pas être « en récréation ». Il faut en finir avec la fameuse « neutralité pédagogique ».

De nombreuses expériences étrangères ont été présentées, notamment en vue d’imaginer les facteurs clefs de succès des programmes permettant de lutter contre le harcèlement scolaire dont on retiendra surtout : faire de la prévention dès l’école maternelle (cf à ce sujet : « l’éducation à la non violence à l’école et dans la famille » conférence organisée par l’UNAF en nov 2009) pour :
- créer un « humanisme de coopération »,
- fédérer le groupe d’enfants car cela ne va pas forcément de soi,
- parler de citoyenneté et de vivre ensemble à l’école (atelier philo),
- utiliser les lieux de paroles existants,
- sensibiliser la classe à ces phénomènes,
- construire un règlement,
- inciter les adultes à la créativité pour y faire face.

Un film particulièrement intéressant a été diffusé pendant les assises, réalisé par l’association la Cathode avec des élèves du lycée Claude Bernard à Paris.

Le ministre Luc Chatel a clos ces assises en indiquant les pistes d’action du Ministère pour lutter contre le harcèlement scolaire :

1. Connaître et faire reconnaître le harcèlement scolaire grâce à un guide réalisé avec l’aide de Nicole Catheline, adressé à tous les établissements et consultable en ligne, qui indiquera notamment les critères simples auxquels tous les adultes à l’école doivent être attentifs : retards, absences, phobies scolaires, visites répétées à l’infirmerie, et un appel particulier à la vigilance dans certains lieux (cour de récréation, toilettes) ;

2. Formation aux enjeux de tous les acteurs. Un réseau de formateurs académiques représentant les divers métiers de l’école sera mis en place. Un représentant des associations de parents d’élèves sera formé par académie ;

3. Un partenariat avec e-enfance pour la création d’un site Internet dédié, avec des ressources pédagogiques utiles ;

4. Un traitement des cas avérés avec une réforme des sanctions éducatives des auteurs et des outils sur le harcèlement sur Internet pour les chefs d’établissement ;

5. Un partenariat avec Facebook permettant aux élèves harceleurs de ne plus pouvoir poursuivre leurs victimes : interdiction de compte Facebook, aide au dépôt de plaintes dans le cas de cybercriminalité ;

6. Outil d’éducation de l’agresseur.

Les Assises en ligne

@ : phumann@unaf.fr

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