"La question du genre" : l’UNAF adresse ses positions au ministre de l’Education, Luc Chatel

03/10/2011

La publication de manuels de SVT (sciences de la vie et de la terre) de classe de 1ère ES et L pour la rentrée 2011 a été remise en cause et a suscité un large débat sur la place accordée aux études de genre. L’UNAF a invité son Conseil d’administration à réfléchir sur cette question. Une prise de position commune a été arrêtée et adressée à Luc Chatel, ministre de l’Education.

Positions de l’UNAF

A la lecture du programme comme des manuels, l’UNAF reconnaît que le sujet est complexe, d’autant plus que la question du genre est étudiée sous l’angle de l’identité et de l’orientation sexuelle. Les études de genre sont importantes dans le champ de la réflexion et doivent être abordées dans de bonnes conditions. Ainsi, si l’UNAF est favorable à l’étude de cette question au sein du lycée, elle souhaite néanmoins qu’elle soit traitée de manière différente. En effet, nous ne croyons pas que les cours de SVT soient le meilleur lieu pour ce faire. Nous suggérons qu’éventuellement une référence explicite à ce concept puisse être introduite dans le manuel SVT, mais dans ce cas il est nécessaire de dire que la question est étudiée en cours de sciences économiques et sociales en 1ère ainsi qu’en philosophie en terminale.

Étudier la question en cours de sociologie, de philosophie, voire en éducation civique, juridique et sociale.

Le sujet est complexe. Il ne peut uniquement être abordé en peu de temps, par des enseignants qui n’ont pas toujours la formation nécessaire. Toutefois, il est important que les élèves aient une connaissance et matière à réflexion dans ce champ d’études. C’est pourquoi nous proposons qu’il soit mieux développé dans le cadre d’autres disciplines.

En classe de 1ère ES : cette question fait déjà partie du programme Sciences économiques et sociales, comme nous le constatons dans le tableau ci-joint.

En classe de terminale : cette question pourrait être intégrée aux programmes de philosophie en L et ES, puisque l’élève doit maîtriser le repère : « Genre/espèce/individu » et que cette question peut être abordée dans diverses parties, comme : la conscience, le désir, la justice et le droit, l’Etat, la liberté. Les professeurs de philosophie sont mieux formés à aborder ces questions théoriques et ayant en outre une formation en philosophie des sciences.

Les programmes scolaires de SVT de 1ère L et ES mériteraient d’être reprécisés.

Les manuels doivent aborder et étudier la question de la distinction sexuelle Masculin/Féminin. Ils peuvent faire référence par ailleurs à la notion de distinction de genre, mais seulement en explicitant ce concept et en renvoyant à d’autres cours dispensés dans le cadre d’autres disciplines.

L’UNAF propose qu’une commission se réunisse pour mieux définir les objectifs et le contenu de cet enseignement « Féminin/masculin » et qu’une nouvelle circulaire plus précise soit diffusée. Dans tous les cas, pour cette année scolaire, le débat étant vif, il conviendrait de ne pas intégrer cette partie dans le programme pour l’épreuve anticipée du baccalauréat de SVT en fin de 1ère.

La question de la labellisation et de la conformité des manuels par rapport aux programmes.

La liberté éditoriale des manuels est la raison invoquée par le Ministre Luc Chatel et par l’Elysée pour ne pas intervenir. Or, il est affirmé par certains qu’il y a un décalage entre les manuels et le programme, à la fois dans l’esprit et dans la lettre.

On peut donc s’interroger sur la contradiction entre la procédure rigoureuse et concertée de construction des programmes (consultation notamment du Conseil supérieur de l’éducation, en commission spécialisée puis en séance plénière, dont fait partie l’UNAF) et la liberté laissée aux éditeurs scolaires pour construire ces manuels, dont la fonction première est d’être un outil de mise en œuvre des programmes, comme le souligne un récent rapport de l’inspection générale de l’éducation nationale (juillet 2010) sur ce sujet .

Ce même rapport indique qu’une totale liberté est laissée en France aux éditeurs scolaires, ce qui n’est pas le cas dans de nombreux pays européens . Même si ces manuels sont construits par des équipes d’auteurs : des professeurs, des inspecteurs territoriaux (qui donnent leur avis à titre personnel), voire des universitaires et des chercheurs, et si leurs maquettes sont testées auprès d’un panel de professeurs avant qu’ils ne soient mis sur le marché, il n’existe pas d’instance délivrant un label de conformité des manuels par rapport aux programmes tels que décrits dans les circulaires ministérielles.

Or la responsabilité du manuel scolaire est importante : non seulement il se doit d’être fidèle à un programme mais il reflète aussi, comme le souligne le même rapport, les « idéaux que s’efforcent de déployer et d’entretenir les instances éducatives » d’un pays. Il revêt une dimension à la fois éducative et officielle. D’où un certain malaise face à un discours gouvernemental qui se dédouane de toute responsabilité.

L’UNAF souhaite qu’une procédure de labellisation et de conformité des manuels par rapport aux programmes soit créée. Sans pour autant intervenir dans les choix éditoriaux, il s’agirait de contrôler l’adéquation des manuels aux programmes.

Développer l’éducation affective et sexuelle dans les collèges et les lycées.

Les programmes de SVT de 1ère L et ES abordent les notions de différenciation sexuelle et d’orientation sexuelle, ainsi que de procréation. Ces notions sont au cœur du projet des cours d’éducation affective et sexuelle dans les collèges et lycées, tel que définie par la loi et auquel les familles sont particulièrement attachées.

La loi du 4 juillet 2001 sur l’interruption volontaire de grossesse et la contraception fixe les modalités actuelles de l‘éducation à la sexualité. Elle dispose que, en plus des cours de biologie, « une information et une éducation à la sexualité soient dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins trois séances annuelles ». Dans les faits, ces séances sont rarement dispensées aux élèves, ou tout du moins de façon insuffisante et la mise en application de la loi de 2001 est loin d’être généralisée sur l’ensemble des établissements scolaires. Comme l’indique un récent rapport de l’IGAS sur l’« Evaluation des politiques de prévention des grossesses non désirées et de prise en charge des interruptions volontaires de grossesse suite à la loi du 4 juillet 2001 », paru en octobre 2009, « l’information et l’éducation à la sexualité à l’école n’est pas perçue ni appliquée comme une obligation légale ».

En l’absence de bilan des actions engagées depuis 2001, il n’est pas possible de mesurer l’ampleur des efforts à accomplir pour satisfaire aux dispositions de la loi qui prévoit trois séances annuelles dans tous les établissements scolaires et pour tous les élèves, de la maternelle à la terminale. Mais tout laisse à penser que le chemin à accomplir reste important. Ce qui en dit long sur la manière dont est appliquée la loi. Il est plus que souhaitable que la circulaire du 17 février 2003 soit appliquée. Cette dernière indique notamment que « dans le cadre de sa mission d’éducation et en complément du rôle de premier plan joué par les familles, l’école a une part de responsabilité à l’égard de la santé des élèves et de la préparation à leur future vie d’adulte : l’éducation à la sexualité contribue de manière spécifique à cette formation dans sa dimension comme dans son inscription sociale ». Ce sont là des préoccupations communes que partage l’UNAF et qu’il convient aujourd’hui d’accompagner.

Renforcer la formation des intervenants en éducation affective et sexuelle.

La circulaire indique qu’ « une information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins trois séances annuelles ».

Plus loin il est précisé que « Au collège et au lycée, ces séances sont prises en charge par une équipe de personnes volontaires, constituée avec un souci de pluralité, associant autant que possible, dans la logique du projet d’établissement, enseignants et personnels d’éducation, sociaux et de santé, formés à cet effet ».

La circulaire rappelle qu’il peut également être fait appel à des interventions extérieures, sachant qu’il est préconisé de faire appel à des associations ayant reçues l’agrément (notons que la circulaire n’en fait pas une condition obligatoire même si elle le « recommande »).

L’UNAF souligne que, de son point de vue, il ne devrait pas être possible d’intervenir dans les écoles, collèges, lycées sur ces sujets sans avoir reçu cet agrément.

Ainsi, selon l’UNAF :

- Ces séances peuvent être dispensées par des personnels de l’éducation nationale (enseignants ou infirmières). Toutefois, l’UNAF demande que dans ce cas, ces derniers ne soient pas dans le même temps enseignants dans les classes concernées, et qu’ils aient bénéficié d’une formation spécifique pour ce faire.
- Elles peuvent également être dispensées par des conseillers conjugaux et familiaux qui doivent alors être spécifiquement formés.
- Enfin, par des intervenants d’associations agréées en éducation affective et sexuelle ayant également bénéficié d’une formation spécifique.


PDF - 6.7 ko

tableau_theorie_du_genre.pdf
Haut de page