Recherches Familiales 2014 - Appel à articles "Famille et corps : identité et transmission"

19/11/2012

Famille et corps : identité et transmission

Recherches Familiales n° 11, janvier 2014

Fréquemment, le corps est perçu et conçu comme le substrat matériel de l’individu, voire dans certaines cultures comme le support matériel d’une entité immatérielle. Le corps serait ainsi, par essence, individuel. Il se distingue ainsi de toute entité collective, notamment de la famille.

Pourtant, nous pouvons adopter une analyse inverse et estimer qu’au contraire les relations, et interactions, entre famille et corps sont multiples : le corps produit la famille, tandis que la famille façonne le corps. A titre d’exemple, l’étude de trois dimensions du corps permet de soutenir cette analyse.

Le corps comme gène

Si l’on adopte un point de vue « biologique », la famille, dans sa dimension « filiation », se transmet et se reproduit par les gènes. Dans quelle mesure toutefois cette dimension génétique fait-elle famille ? Dans les droits européens par exemple, les différences sont marquées : le droit allemand permet d’établir une filiation ou de modifier une filiation sur présentation d’une simple « preuve » génétique ; le droit français en revanche fait primer – ou tout du moins considère également fortement – la notion d’engagement initial que constituent le mariage (avec la présomption de paternité), la reconnaissance et la possession d’état. En bref, dans le droit français, une filiation ne peut être établie sur présentation de tests génétiques, surtout si cet établissement « casse » une filiation antérieure, que dans des conditions fortement encadrées (demande de test par le juge, délais, etc...).

Dans l’imaginaire, aussi, cette notion de gène fait sens. Elle remplace la notion de « sang » (« être du même sang » ; rappelons d’ailleurs que « parents de sang » est toujours une notion du Code civil français). En France, des familles qui valorisent fortement dans la filiation la notion d’engagement initial, d’éducation, etc. ne négligent pas pour autant cette dimension génétique. Par exemple, des parents qui s’engagent dans un processus d’assistance médicale à la procréation (AMP) avec donneur, demandent couramment pour le second enfant le même donneur que pour le premier (demande qui n’est pas satisfaite dans le droit français), afin que leurs enfants soient ainsi plus « frères » et « sœurs ». Des enfants issus de ces AMP réclament également un accès à leurs origines puisque, entre autres, ils craignent d’avoir des relations sexuelles et affectives avec de potentiels frères et sœurs génétiques. La notion d’inceste, dans les esprits, n’est donc pas que sociale et anthropologique ; elle est aussi génétique.

Le corps comme sexe

Les études de genre ont permis une grande avancée dans la réflexion sur le corps. Elles dévoilent notamment tous les processus de construction sociale d’une distinction entre les sexes. Etre homme et femme n’est pas qu’une « donnée naturelle », physique, c’est aussi – et avant tout ? – une construction sociale et culturelle. « On ne naît pas femme, on le devient » affirmait Simone de Beauvoir… Parallèlement, cette dimension « sexe » demeure. La distinction sexuelle fait toujours sens, notamment dans le domaine de la famille. Comme le gène, le sexe fait famille ; à l’inverse, la famille contribue fortement aux distinctions de genre.

L’identité repose toujours, dans la plupart des pays, sur cette distinction de sexe. Dans les états-civils ou les documents d’identité, le sexe est toujours indiqué. Dans le domaine familial, ces pays distinguent aussi souvent le père de la mère, y compris dans le registre fondateur de l’identité, l’état-civil. De rares pays ont aboli cette distinction, pour la remplacer par le terme générique et asexué de « parent » (par exemple en Espagne). De nombreux pays distinguent également les sexes dans les formes juridiques d’union, notamment du mariage. La distinction de sexe marque donc toujours le droit de la famille, dans son volet « union » comme dans son volet « filiation ».

Toutefois, quelle est sa « force » sur le plan anthropologique, psychologique ou social ? En bref, est-ce que la distinction « père » ou « mère », « fils de » ou « fille de », « époux » ou « épouse » est toujours signifiante ? Est-ce que cette distinction est performative, dans les institutions comme dans les pratiques ? Certes, les analyses de « genre » nous permettent de comprendre en quoi ces pratiques et structures sont socialement et culturellement construites. Mais, est-ce que la connaissance de ce processus de construction délégitime totalement, pour expliquer les références comme les pratiques, la référence au sexe ? Au nom de l’égalité et de la non-discrimination, la distinction des sexes doit-elle (selon les auteurs mais aussi les acteurs et les bénéficiaires) être supprimée de tout texte de loi ou administratif ? Dans le domaine professionnel, cette distinction tend à perdre sa légitimité. Mais dans le domaine de la famille, qu’en est-il ? Par exemple, la paternité signifie-t-elle la même chose que la maternité ? Au nom d’un « nécessaire » accompagnement maternel du nourrisson, faudrait-il par exemple, accorder des droits ou accompagnements spécifiques aux mères lors de la grossesse ou lors des premiers mois de la naissance, qui reposeraient sur des considérations autres que strictement médicales ?

Le corps physique

Le corps est aussi un arrangement d’organes complémentaires qui donnent une apparence. Cette troisième dimension est fortement liée aux deux premières. La constitution et les apparences physiques découlent entre autres de son sexe et d’un héritage génétique. Toutefois, le contexte dans lequel ce corps prend forme, contexte environnemental, social, etc. module aussi ce physique. Comme la famille fait partie de ce contexte, elle influence aussi fortement les paramètres physiques de l’individu.

Prenons en exemple : les comportements alimentaires. La plupart des comportements de l’enfant et une partie des comportements de l’adulte sont inculqués par sa famille, ses parents la plupart du temps. Or, ces comportements ont une influence certaine sur sa santé, son apparence physique, son corps… La famille modèle le corps.

Prenons un autre exemple : les « marqueurs identitaires corporels ». Certes, selon une analyse commune, dans les sociétés occidentales, que ce soient sous la forme de coiffures, de tatouages, piercings et autres implants, le corps devient l’objet d’une personnification singulière, le support d’une affirmation identitaire originale, la marque d’une individualisation de l’individu social. Toutefois, dans d’autres sociétés, les « marques corporelles », telles que la scarification, les excisions ou les circoncisions, marquent par le corps une appartenance sociale, religieuse, ethnique, sexuelle voire familiale. Peut-être d’ailleurs que cette fonction de « marqueur identitaire familial » s’observe, comme héritage culturel ou comme innovation, dans les sociétés occidentales.

Les articles proposés pourront ainsi étudier l’une de ces dimensions du corps : le gène, le sexe, le physique. Sur la base d’études juridiques, sociales, médicales, psychologiques, anthropologiques, ils chercheront à montrer en quoi l’une le gène et/ou le sexe, aujourd’hui « fait famille ». Ils pourront aussi s’attacher à montrer en quoi le corps est modelé par la famille et en quoi la famille modèle ce même corps.

Tous les articles proposés doivent donc s’articuler autour de ces deux thèmes : « corps » (dans sa dimension génétique, sexuée ou physique) et « famille ». Ils peuvent se fonder sur une étude de cas ou sur des comparaisons, sur un terrain « hexagonal » ou « étranger », sur des statistiques ou sur des entretiens et de l’observation, etc. Dans tous les cas, la méthode utilisée devra être explicitée.

Les articles entièrement rédigés sont à proposer au Comité de lecture de Recherches Familiales avant le 15 mai 2013. La revue paraîtra en janvier 2014.

Indications techniques 1- Article : 30 000 caractères, notes de bas de page et espaces compris. L’article doit être accompagné d’un résumé de 700 à 900 caractères, espaces compris. 2- Références : Ne pas utiliser le système américain (nom de l’auteur et page entre parenthèses), mais le système « français » de référence intégrale en note de bas de page. 3- Notes de bas de page : Utiliser ce système de renvoi de note de bas de page (Tout article ne respectant pas ces indications devra être modifié par l’auteur) : Jacques COMMAILLE, François de SINGLY (dir.), The European Family. The Family Question in the European Community, Londres, Springer, 1997. Pierre COURTIOUX, Olivier THEVENON, « Les politiques familiales dans l’Union européenne et la Stratégie de Lisbonne : quelques enseignements de l’expérience française », Horizons stratégiques, n° 4, pp. 176-195, 2007, p. 180. Gösta ESPING-ANDERSEN (dir.), Why we Need a New Welfare State, Oxford, Oxford University Press, 2002.

Les articles sont soumis au comité de lecture.

Nous vous rappelons également que vous pouvez nous proposer des articles « hors thème » (30 000 signes) pour la partie « Travaux », ainsi que des notes de lecture « Vient de paraître » ou des notes de lecture croisées, portant sur un même ouvrage, dans la partie « Discussion » (8 000 signes). Pour ces notes de lecture publiées dans cette dernière partie, nous demanderons une réponse à l’auteur de l’ouvrage.

Envoyer votre article (fichier en format word ou rtf) par courrier électronique à recherches.familiales@unaf.fr. Date limite d’envoi : 15 mai 2013. Un accusé de réception vous sera envoyé.

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