L’UNAF auditionnée sur le projet de loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République

28/01/2013

Photo : salle de classe

Rémy Guilleux, Vice-président de l’UNAF, Président du département "Education - Jeunesse" a été auditionné par le rapporteur de la Commission des Affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale, le député du Nord, Yves Durand, sur le projet de loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République. Assistait également à cette audition la Députée de la Gironde Madame Martine Faure en charge au sein du Groupe SRC de la question de l’école.
Rémy Guilleux était accompagné de Patricia Humann, Coordonnatrice du pôle "Education - Handicap - Petite enfance" et de Claire Ménard, Coordonnatrice, chargée des Relations parlementaires.

Rémy Guilleux a détaillé, point par point, les objectifs et les moyens déclinés dans le projet de loi et son annexe. Il a donné sur chaque dispositif envisagé le sens et l’argumentation du positionnement de l’UNAF.

Sur les objectifs tout d’abord, Rémy Guilleux a souligné que l’UNAF était en phase avec les objectifs retenus dans le projet de loi de programmation tout en soulignant pour chacun d’entre eux le sens précis que l’UNAF en retenait.

- Sur l’objectif de faire réussir l’ensemble des élèves, au-delà des indicateurs chiffrés de 80 % d’une classe d’âge au niveau bac et de 50 % des élèves menés vers un diplôme de l’enseignement supérieur, l’UNAF souhaite réaffirmer la nécessité pour tous les jeunes d’avoir une qualification. Cette nécessité permet ainsi d’englober les jeunes décrocheurs et de préciser ainsi comment les « raccrocher ».

- Le projet de loi fixe également un objectif de lutte contre les disparités territoriales. L’UNAF est totalement en phase avec cet objectif.

- Sur la réaffirmation du socle commun de connaissances et de compétences auquel on adjoint maintenant un complément culturel et artistique, pour l’UNAF, il est impératif effectivement de définir ce socle mais, au-delà, de permettre aux familles dans leur diversité de s’approprier cette définition. Il est important de faire de la pédagogie du socle auprès de toutes les familles et de tenir compte du fait que le langage de l’école n’est pas toujours un langage commun. Il s’agit là d’un défi à relever en commun avec les familles et l’école.

Sur les moyens ensuite, Rémy Guilleux a souligné les points suivants en lien avec chaque thématique :

- Réinvestir les moyens humains à la fois quantitativement et qualitativement.
Pour l’UNAF, la formation des enseignants doit intégrer la confrontation à la réalité de la pédagogie. Les moyens humains sont là pour renforcer la qualité de la relation, l’animation, pour mettre les enfants en dynamique, en solidarité. Ainsi se forge une qualité relationnelle entre le professeur et ses élèves, clef de la réussite des enfants.

- Donner la priorité à l’école primaire.
Cette priorité est effectivement essentielle car le primaire correspond à la première mobilisation des enfants sur l’envie d’apprendre. C’est à ce stade que les premiers germes du décrochage futur peuvent prendre racine.
Concernant la maternelle, l’UNAF a eu souvent l’occasion de le rappeler : elle est pour un accueil des enfants dès 3 ans. La scolarisation à 2 ans n’est pas un levier de réussite pour les enfants. Si elle est réalisée dans de bonnes conditions, elle peut avoir des atouts en termes sociaux. L’UNAF est davantage favorable à des classes passerelles entre les structures d’accueil de la petite enfance et la maternelle. Une généralisation de l’école à 2 ans n’est pas sans risque et les conditions d’accueil doivent être repensées en termes de nombre d’adultes par enfant ou encore en termes de locaux.

Sur l’école élémentaire, l’UNAF est satisfaite de voir inscrit l’apprentissage d’une langue vivante étrangère dès le cours préparatoire.

S’agissant de la gouvernance de l’école, Rémy Guilleux a souhaité mettre en avant l’importance de la relation de l’école à son territoire et aux acteurs de ce territoire. Le directeur d’école occupe une place centrale : c’est le chef d’équipe qui incarne le projet éducatif vis-à-vis de l’extérieur, qu’il s’agisse du milieu associatif, du monde économique ou encore des élus locaux. Le statut du directeur est donc particulièrement important. Le projet de loi ne l’évoque pas.

- Le projet de loi est porteur d’une grande ambition pour le numérique.
Pour l’UNAF, l’usage et la valorisation de ces outils sont intéressants pour participer à la connaissance et la créativité des élèves. C’est un bon outil également pour faciliter les relations de l’école avec les parents mais qui doit rester au service de la relation humaine. Cette dernière doit être conservée et entretenue.

- Faire évoluer les politiques de réussite éducative et les dispositifs de lutte contre le décrochage.

Cette priorité a été l’occasion pour Rémy Guilleux de rappeler la position de l’UNAF sur la loi de lutte contre l’absentéisme scolaire maintenant abrogée : face à l’absentéisme scolaire de leurs enfants, les parents n’ont pas à être punis mais doivent être accompagnés.
Le point positif dans le projet est de désigner un référent dans l’établissement, qui ait le souci au quotidien de la problématique du décrochage. L’étude qualitative de l’UNAF sur l’absentéisme scolaire a souligné cependant aussi l’importance d’instaurer un lien direct avec les parents pour traiter rapidement la difficulté et éviter ainsi que les choses ne s’amplifient.

L’UNAF regrette toutefois que le projet ne donne pas suffisamment de pistes pour permettre le « raccrochage ».

- Rénover le système d’orientation et d’insertion professionnelle et développer l’évaluation.
Faut-il le rappeler : pour bon nombre de décrocheurs ou de jeunes sortis du système scolaire sans qualification, le lien avec la mauvaise orientation est avéré. Dans les lycées professionnels, le taux de décrochage est particulièrement élevé car les jeunes ne se sentent pas à leur place.

Pour l’UNAF, l’orientation est donc un point essentiel. Il faut bien prendre en compte qu’elle est moins une étape ponctuelle qu’un processus continu.
L’orientation doit tout d’abord permettre la connaissance de soi (connaître ses talents) mais aussi la connaissance des formations et la connaissance du monde professionnel. Si le projet de loi indique bien ces éléments, il ne détaille pas les moyens mis en œuvre pour y parvenir. Il s’agit de préciser comment on imagine le tutorat par exemple.

- Améliorer le climat scolaire.
Pour y parvenir, le projet de loi met l’accent sur le renforcement des équipes notamment avec des assistants de prévention et de sécurité mais aussi sur l’enseignement moral et civique. L’UNAF ne peut que partager ces valeurs universelles en mettant en exergue que c’est la recherche de la solidarité, du respect de soi et des autres qui doit guider cet enseignement. Une vigilance doit être portée sur le contenu de cet enseignement et le lien à faire également avec les manuels scolaires qui traiteront de ces sujets.

L’UNAF souhaite également sur ce point que la question de l’affectation de jeunes professeurs encore inexpérimentés dans les établissements les plus difficiles puisse trouver une réponse plus appropriée.

- Modifier en profondeur l’organisation des enseignements et leur évaluation
Le projet de loi met en place le Conseil national d’évaluation du système éducatif et le Conseil supérieur des programmes. Rémy Guilleux a rappelé les missions de l’UNAF de donner avis et de représenter les familles : missions distinctes des associations de parents d’élèves et justifiant dès lors de prendre place au sein du conseil de l’évaluation.

Les autres points de la réforme

- Repenser le collège unique
Pour l’UNAF, cette volonté de repenser le collège doit avoir pour guide la prise en compte de la diversité des jeunes. Comme pour le primaire il faut rompre avec la stricte approche des disciplines abstraites et valoriser le champ du technologique et des sciences appliquées. Développer la culture scientifique et technologique suffisamment tôt, c’est permettre à certains jeunes d’aller vers le lycée professionnel vécu comme un projet personnel choisi et non comme une voie d’échec.

L’UNAF regrette la suppression des dispositifs de l’apprentissage junior et du « dispositif d’initiation aux métiers en alternance » (DIMA). Il y avait dans ces dispositifs les potentialités pour recréer chez les jeunes de l’intérêt et revenir ensuite vers la scolarité.
Enfin, l’UNAF est attachée à la progressivité des apprentissages. La notion de cycle est importante. Il faut structurer les liens entre maternelle et CP, entre élémentaire et collège entre collège et lycée et entre lycée et enseignement supérieur. Quand les différents niveaux se parlent les transitions se passent mieux pour les élèves.

- Le lycée
Il fait laisser vivre la réforme récente du lycée. Rémy Guilleux a toutefois précisé un point. L’augmentation du nombre des bacheliers tient en bonne part aux baccalauréats professionnels. Certains ont ensuite la volonté de poursuivre leur scolarité et se tournent vers l’université et les IUT. Cette aspiration doit être accompagnée et mieux prise en compte car pour l’instant ces jeunes s’engouffrent dans l’université et en sortent au bout d’un an avec beaucoup d’aigreur et en situation d’échec.

- Les rythmes scolaires
La proposition d’étalement des cours sur 4 jours et ½ va dans le bon sens. Si l’idée est bonne, il reste de nombreuses incertitudes dans l’organisation, la mise en cohérence avec les activités complémentaires. Il faudrait un chef de file pour organiser concrètement ces nouveaux rythmes scolaires dans les écoles. Des précisions pour la mise en œuvre sont nécessaires au-delà même des questions de coût qui entrent aussi en ligne de compte.

- Les modalités d’évaluation
L’évaluation des élèves nécessite une véritable révolution culturelle : il faut s’inscrire dans une dynamique de progrès et ne pas seulement pointer les limites des élèves.

- Un parcours d’éducation artistique et culturelle
Ce parcours est bien évidemment une bonne chose à condition que cet apprentissage se retrouve dans l’évaluation de l’élève. Tout ce qui concourt à développer des aptitudes est intéressant. Cela pose toutefois la question de la capacité du système scolaire à prendre en compte l’expérience acquise à l’extérieur par le jeune, son ouverture sur le monde, sa mobilité, tout en cultivant également la proximité.

- L’internat
L’internat scolaire répond à des besoins d’aujourd’hui. Il ne faut pas pointer des populations particulières mais reconnaître que cela correspond aux attentes de certains jeunes.

- L’accueil des élèves en situation de handicap
Le projet de loi ne fait pas de grandes propositions sur ce sujet même s’il est abordé. Pour l’UNAF, il faut avoir le souci de la continuité dans l’accueil et éviter des ruptures dans les modes de prise en charge et de prise en compte du handicap.

- La promotion de la santé
Si la promotion de la santé est importante, il importe surtout de rendre les jeunes acteurs de leur propre santé. Développer des actions permettant une prise de conscience que chacun doit conserver son capital santé et être solidaire de la santé des autres.

- Redynamiser le dialogue entre l’école et ses partenaires.
Cette thématique renvoie à l’ouverture de l’école dans son territoire. Le premier des partenariats à renforcer est bien évidemment le partenariat entre l’école et les familles. La réussite scolaire des jeunes repose en bonne part sur la dynamique de ce partenariat.

En conclusion de cette audition très soutenue et avec une bonne écoute, le rapporteur, Monsieur le Député Yves Durand a rappelé les moyens mis dans cette réforme avec 60 000 postes ouverts concentrés sur le primaire et la lutte contre le décrochage. Il a ajouté que « si les moyens ne font pas tout, sans les moyens on ne fait rien. ».

Retrouvez en complément, la note d’information sur le projet de loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République, validée par le Conseil d’administration de l’UNAF.

@ : phumann@unaf.fr


Image : Photo : salle de classe

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