Note de Problématique

Enfant : Peut-on construire son histoire personnelle sans histoire familiale ?"

21/03/2013

La position défendue de tout temps par l’UNAF et les UDAF est qu’un enfant a besoin, pour se construire, d’un père et d’une mère.

D’un père et d’une mère ? De son père et de sa mère ? De "père et mère" ou de "père ou mère" ?

Au-delà d’une stricte approche sémantique, la formulation renvoie à de nombreuses situations dans lesquelles un enfant peut se trouver, que ce soit dans le cadre d’une famille recomposée ou parce que la vie, plus cruelle encore, l’a conduit à perdre très jeune l’un de ses parents, voire les deux : enfant né dans le secret (ex "né sous X"), enfant orphelin ou enfant qui ont une famille de substitution mais la liste pourrait s’allonger.

Trois types de situations auxquelles l’UDAF de l’Allier a souhaité consacrer sa 4ème session de l’Université des familles, parce qu’un proverbe africain le dit clairement : "L’homme sans racine n’a pas d’avenir". Elle a souhaité le faire en s’interrogeant sur l’impact que peut avoir un tel évènement sur la capacité d’un enfant à se construire pour devenir un adulte responsable. Sept auditions d’acteurs-témoins ont donc été organisées en présence d’administrateurs de l’UDAF entre mai et octobre 2012 avec des personnes âgées de 25 à 60 ans s’étant trouvées à un moment donné de leur enfance dans l’une ou l’autre de ces situations, et devenus - récemment ou il y a plus longtemps - père ou mère de famille. Ce groupe de travail a également entendu, es qualité, la responsable du Conseil Général de l’Allier en charge des questions d’adoption et de naissance dans le secret.

Que retenir de ces auditions ?

Si savoir "qui je suis" est fondamental pour chaque individu, cela semble toujours passer par la connaissance de son inscription dans une lignée. Cette question se pose avec encore plus d’acuité pour ces enfants. Ne rien dire de ses origines conduit l’enfant à se construire sur une illusion. La révélation doit, de l’avis général, être faite au plus tôt, car plus elle est tardive, plus grand est le traumatisme : tous nos interlocuteurs ont tenu le même langage. Dans le cas des enfants abandonnés, la tromperie découverte venant se surajouter à l’abandon conduit à un vide. Dans celui des enfants adoptés, cela ne peut que conduire à une crise de confiance avec la famille de substitution.

Cette question de l’identité se retrouve également dans la question du nom : celui donné à la naissance, celui acquis par l’adoption, celui du père que l’on n’a pas connu….

Nés dans le secret, orphelins ou adoptés, tous disent s’être sentis "différents, même si les autres ne le savaient pas". Difficile, dans ces conditions de ne pas "chercher ses racines", nécessairement sources d’un sentiment de différence, encore plus dans le cas de l’adoption internationale où l’une de nos interlocutrices a parlé d’écartèlement entre deux familles, deux pays et deux cultures… Sinon, "on est seul avec d’autres autour de soi" et l’on ne peut compter que sur soi-même. C’est aussi ce sentiment d’être "hors norme" qui conduit à un très fort besoin d’intégration par la réussite.

Ce sentiment d’insécurité persistant se retrouve dans le besoin exprimé "d’aimer et d’être aimé". Comme tout le monde ? Surement ; et même un peu plus car persiste toujours, tapie au fond de chacun d’eux(elles) la peur de décevoir et donc d’être de nouveau rejeté(e) ou abandonné(e). On trouve de même le besoin d’être encouragé, d’être valorisé pour contrer un manque de confiance en soi.

Second élément essentiel de la construction de la personnalité : la recherche de la mère biologique, recherche qui s’apparente le plus souvent à un parcours du combattant. Chaque refus auquel l’enfant se trouve confronté dans sa quête contribue à une idéalisation de cette mère, avec le risque d’un profond désenchantement si la quête aboutit.

Un autre élément fort, abordé par nombre de nos interlocuteurs, est celui de la place du père : père biologique (dont on ne sait rien), père adoptif, père de substitution trouvé dans la figure d’un oncle, d’un grand-père… Beaucoup évoquent ce manque d’un élément masculin dans la construction de leur personnalité. Ils évoquent non seulement l’absence de leur géniteur, mais aussi celle d’un père durant leur enfance. Mais si l’on prend la question par l’autre bout, quelle place pour le père dans le cas d’un accouchement dans le secret ? Sauf par le truchement de la mère, si elle l’accepte et le prévoit, un tel enfant n’a aucune possibilité de pouvoir réinscrire son existence dans une lignée paternelle.

Inscrire son histoire personnelle dans une histoire familiale, c’est par la naissance d’un ou de plusieurs enfants que nos interlocuteurs l’ont fait, se trouvant de ce fait à l’origine d’une nouvelle "lignée". Tous nous l’ont dit : un enfant ne comble pas le manque existant, mais c’est un vrai bouleversement. Mais là encore, si cette affirmation peut s’appliquer à tout nouveau parent, l’insécurité vécue du fait de l’abandon, de la naissance dans le secret ou parce que l’on est devenu trop tôt orphelin provoque un effet grossissant : "Ce que j’avais refoulé est ressorti au moment de ma grossesse", "C’est la première fois que je ressemblais à quelqu’un", "Je ne voulais pas transmettre ma peur de l’abandon", "Comment transmettre quand on ne sait pas d’où l’on vient ?".

Enfin, deux de nos interlocuteurs ont évoqué la même thématique, l’une sous forme de besoin (celui de rechercher d’autres adoptés pour se rendre compte qu’elle n’était pas la seule dans cette situation), l’autre sous forme de regret (ne pas avoir pu rencontrer d’autres enfants orphelins s’étant trouvés dans la même situation). Une nouvelle illustration de ce que, sous l’apparence d’une intégration dans la société, ces enfants se sentent toujours "différents".

Ce qui renvoie, en forme de conclusion, au propos tenu par l’une de nos interlocuteurs sur ce qui permet la construction de la personnalité d’un enfant : NOM / AMOUR / CONSIDERATION.

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