Forte mobilisation pour la journée nationale de l’UNAF : "Familles en marche contre l’illettrisme et pour le développement de la lecture"

21/10/2013

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Décrété Grande Cause nationale 2013 par le Premier ministre, l’illettrisme touche aujourd’hui 7% des adultes, soit 2,5 millions de personnes. L’UNAF a organisé une journée nationale d’étude vendredi 11 octobre 2013 sur le thème "Familles en marche contre l’illettrisme et pour le développement de la lecture". Objectif : réunir les forces vives au sein du mouvement familial et réfléchir ensemble à mieux lutter contre ce fléau. Cette journée animée par Rémy Guilleux, Vice-président de l’UNAF, Président du département "Education -Jeunesse" et qui a rassemblé 70 personnes issues des UDAF et des associations familiales a permis de retracer plusieurs années de partenariat avec l’ANLCI.

Eric Nédélec, Coordonnateur national de l’ANLCI a, dans son introduction, rappelé qu’en 2008, seul un petit nombre d’UDAF et d’associations s’étaient montré intéressées par cette problématique, lors d’une réunion similaire : aujourd’hui ce même thème fait salle comble.

Il a ensuite redéfini ce qu’est l’illettrisme, à ne pas confondre avec l’analphabétisme ou le français langues étrangères car il concerne des personnes ayant été scolarisées en France. L’illettrisme concerne surtout aujourd’hui des zones rurales faiblement peuplées, d’où l’importance de s’appuyer sur les associations familiales souvent les seules présentes dans ces lieux.

Puis il a rappelé que la moitié des illettrés ont des emplois ; ils doivent donc développer des stratégies pour que personne ne se rende compte de leur handicap, ce qui ne facilite pas la tâche des services du personnel qui souhaitent y remédier. Il a aussi rappelé le cercle vertueux que représente une action dans le cadre du travail, qui a des conséquences positives dans la famille (notamment pour les enfants) et dans les relations sociales.

Alain Bentolila, Professeur à la Sorbonne, a développé ce qui lui semble important de faire « pour les petits enfants qui ont la chance d’avoir des parents qui les écoutent ». Pour lui, pas besoin d’être agrégé de grammaire pour élever ses enfants, l’illettrisme n’étant ni une question de fautes d’orthographe ni une question de style. Les illettrés ont des difficultés à faire passer leur pensée vers l’autre, que ce soit à l’oral ou à l’écrit, car souvent c’est la langue qui est touchée dans sa globalité. La langue est ce qui fait l’humain, et l’utiliser veut dire partager sa pensée, vouloir être compris. Ecrire signifie confier sa pensée à quelqu’un qui n’est pas là. La langue est une prise de pouvoir sur le monde, elle permet de le nommer. Ceci a trois conséquences :
- 1. La violence : sans les mots pour expliquer sa pensée, le passage à l’acte violent est très rapide. Quand on ne peut faire passer sa pensée à l’autre, on est incapable de faire passer son humanité ;
- 2. Si on n’a pas la capacité à maîtriser la langue, on n’est pas capable de réfuter, de dénoncer la manipulation. Cela engendre de la crédulité, de la vulnérabilité intellectuelle. Un peuple analphabète est un peuple crédule, ce qui peut bien arranger certains dictateurs ;
- 3. L’illettrisme « plombe » les entreprises. 50% des illettrés sont salariés, ils n’ont ni formation, ni évolution. Ils sont fragiles. Il faut trouver des moyens d’y remédier. Et Alain Bentolila est confiant dans les capacités du numériques pour les aider.

Quelques réflexions d’Alain Bentolila pour les familles : "La langue est ce que l’on doit à ses enfants. Il faut donner des mots nouveaux à ses enfants ou à ses petits enfants. Leur faire comprendre que c’est une chance. Nous vivons une époque où le mot nouveau peut être perçu comme ridicule. Il faut combattre cela. Le livre est souvent associé à la féminité. Peut-être que derrière la peur des livres il y a la peur des femmes ?".

... suivies de quelques conseils aux parents : "On est dans une difficulté à accepter les mots rares et précis. C’est donc aux parents d’expliquer qu’un mot est un trésor, à eux de trouver le temps de « donner un mot » à l’enfant, et d’en parler. Il faut poser le mot au milieu des enfants et les faire réagir. Il ne faut pas aller directement au dictionnaire. Un enfant qui découvre la langue a besoin d’être conforté dans cette découverte. Il faut qu’il soit conscient que la langue se découpe (en mots, en phrases ...). Il a peu conscience de tout cela. Il faut lire aux enfants mais pas forcément le soir car il vaut mieux lire pour les réveiller que pour les endormir. Lire n’est pas forcément suffisant. Il faut faire raconter l’histoire aux enfants, leur demander « quel film tu t’es fait dans ta tête ». La fonction imageante n’est pas toujours possible et c’est important de s’en rendre compte. Quand il y a des images dans un livre, il vaut mieux les montrer après avoir lu. Il faut aussi que l’enfant sache que le livre n’autorise pas tout. S’il invente ce qui n’est pas dans le livre, il faut lui faire réécouter ce que la personne qui a écrit le livre a dit. Savoir ce que c’est que lire précède l’apprentissage de la lecture.

Il faut aussi que les enfants sachent ce que parler veut dire. Il y a des enfants qui n’ont pas eu la chance qu’on leur dise qu’on ne comprend pas ce qu’ils disent. Il faut leur dire que rien n’est plus important pour nous que de les comprendre, que leur parole compte pour nous. Il ne faut pas confondre fusion intellectuelle et fusion affective. La mère ou le père doit dire « je t’aime mais je ne te comprends pas, réexplique moi ». La langue fait grandir l’enfant. L’enfant découvre la langue pour grandir. »

Pour clôturer la rencontre, l’UDAF de Haute-Saône et d’Ille-et-Vilaine, ont présenté leurs actions auprès de personnes illettrées, grâce à un réseau d’une centaine de bénévoles. Christian Pierre, chercheur à Rennes et formateur des bénévoles qui interviennent auprès des personnes illettrées a développé sa méthode. Enfin, l’UDAF de Haute-Loire a présenté une action mise en place à destination des enfants et qui consiste à créer des ateliers de cuisine pour leur apprendre à la fois la lecture et le calcul.

@ : phumann@unaf.fr

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