Salle comble pour la conférence UNAF « Quelles solutions pour les décrocheurs »

22/09/2014

Logo éagir ensemble contre l’illettrisme"

L’UNAF a organisé le 16 septembre dernier, une conférence sur le phénomène du décrochage scolaire, animée par Rémy Guilleux, Vice-président de l’UNAF, Président du département "Éducation - Jeunesse", avec le concours de Patricia Humann, coordonnatrice du pôle "Éducation - Handicap - petite enfance", qui s’est jouée à « guichet fermé ». Il s’agissait de comprendre et d’analyser pourquoi chaque année, 130 à 150 000 jeunes sortent du système scolaire sans diplôme, soit parce qu’ils décrochent en cours d’année, soit parce qu’ils ont échoué aux examens (CAP, BEP, bac) et ne se représentent pas à la rentrée suivante. L’occasion aussi de présenter les solutions de « raccrochage » pour ces jeunes. Pour échanger autour de ce sujet et tenter de comprendre les multiples facteurs favorisant le décrochage scolaire ainsi que les solutions de remédiation, l’UNAF avait invité experts et professionnels de l’éducation qui ont apporté leur témoignage et leur éclairage.

Rémy Guilleux a introduit la rencontre en rappelant dans un premier temps tout l’intérêt que l’UNAF porte au thème de l’Éducation, puisque que c’est ce sujet qu’elle a choisi de traiter dans son prochain rapport moral 2014/2016 et à la nécessaire implication de tous les acteurs, familles, professionnels et partenaires, pour mener une réflexion globale et précise sur ce sujet. Puis Patricia Humann a dressé un rapide panorama des chiffres du décrochage scolaire.

Vidéo-animation : les chiffres des sans diplôme, du décrochage et des sortants précoces

Jean-Marie Petitclerc, éducateur spécialisé, fondateur et directeur de l’association Le Valdocco, expert des questions d’éducation dans les zones sensibles : « Le décrochage : une réalité, un problème crucial dans notre pays, avec la non maîtrise par de nombreux jeunes des apprentissages fondamentaux »

Dans son intervention, il est revenu sur les difficultés majeures rencontrées par les enfants et les adolescents notamment dans les quartiers sensibles. Il a reconsidéré les trois champs de vie du jeune : la famille, l’école et la rue, qui obéissent à trois cultures différentes, parfois contradictoires : la culture familiale où se perpétue la tradition familiale, l’école où se transmettent les valeurs républicaines et la rue, où se vit une « culture entre pairs », « entre jeunes », cette culture ayant tendance à tout envahir du fait de la « connexion » permanente des jeunes. La vocation de l’association est de permettre à l’enfant de trouver une cohérence entre ces trois champs de vie en rassemblant l’ensemble des adultes autour de lui.

Puis il a analysé les facteurs du décrochage scolaire, les différentes étapes traversées par le jeune puis énoncé quelques préconisations : meilleure prise en compte des préoccupations du jeune, travail sur la qualité de la relation jeunes / enseignants, sans nier « l’affect », mobilisation des parents, éducation à la mobilité pour sortir des quartiers, favoriser la mixité sociale, changer le regard porté sur l’enfant en valorisant ses savoirs faire, développer les compétences pédagogiques des enseignants... Pour cela, l’autonomisation des établissements scolaires serait nécessaire ainsi que l’amélioration de la formation des enseignants.

Eric Nédelec : Coordonnateur national de l’ANLCI : "Se réunir pour mieux agir"

Eric Nédelec a en quelques mots rappelé que cette conférence se tenait dans le cadre des journées « Agir ensemble contre l’illettrisme » mises en place le 8 septembre dernier pour une semaine de mobilisation. Puis il est succinctement revenu sur les méthodes de travail et la pédagogie menées au sein de l’ANLCI en matière d’illettrisme : se réunir pour mieux agir, « chacun respectant la place de l’autre ».

Marianne Eshet, déléguée générale de la fondation SNCF : "L’engagement de la Fondation SNCF au sein d’un collectif d’entreprises : associations, entreprises, salariés d’entreprises, experts de l’éducation : tous mobilisés autour de l’enfant

Marianne Eshet a ciblé son intervention sur l’engagement de la Fondation SNCF au sein d’un collectif de 7 entreprises (Caisse des Dépôts, Deloitte, France Télévisions, HSBC France,ManpowerGroup, SNCF, Total), et de 6 associations (Entraide Scolaire Amicale, ZUPdeCO, Proxité, Réussir Moi Aussi, le Valdocco et l’Association Culturelle du Collège Jean Lurçat) qui mènent des actions dans le domaine de la prévention du décrochage scolaire.

Objectif de cette « Alliance des mécènes pour l’éducation » : comment mettre en place une démarche globale autour de l’enfant ? :
- accompagnement individuel de l’enfant et soutien ;
- sensibilisation et implication des familles ;
- accompagnement de l’enfant dans sa classe et au sein de son quartier ;
- développement de l’esprit d’équipe.
Cette alliance fonctionne avec un conseil d’experts engagé pour construire une initiative originale et innovante (Alain Bentolila, Jean-Michel Blanquer, Marcel Rufo...).

La compétence des salariés est sollicitée également puisqu’ils peuvent devenir bénévoles dans les associations (mécénat de compétences).

L’Alliance des mécènes pour l’éducation accompagne aujourd’hui 120 enfants sur trois années. La qualité de son action se base sur la richesse des échanges, comme en a témoigné Matthieu Lantier de Proxité, présent dans la salle.

Par ailleurs, la Fondation SNCF a trois axes d’intervention via un appel à projets annuel et décentralisé. Sont ciblés :
- la prévention de l’illettrisme dès la petite enfance : rappelons que la Fondation SNCF soutient le dispositif « Lire et faire lire », porté par l’UNAF et les UDAF et certains projets des UDAF autour des actions familiales contre l’illettrisme ;
- favoriser le « vivre ensemble », rassembler des publics qui se côtoient peu pour « faire ensemble » ;
- entreprendre pour la mobilité.

Jean-Marc Rémy, chargé de mission "décrochage scolaire " à la DGESCO (Ministère de l’éducation nationale) : pour favoriser la remédiation, les solutions de "raccrochage" du jeune, il a été ajouté au Code de l’Éducation un article 14 qui donne un vrai droit au jeune de poursuivre sa scolarité au-delà de ses 16 ans tant qu’il n’a pas obtenu le diplôme du second cycle du secondaire souhaité.

Jean-Marc Rémy a rappelé la priorité actuelle de l’Éducation nationale portant sur la prévention. Le rôle des familles est par ailleurs reconnu comme fondamental et le ministère prône une alliance éducative avec les familles, une vraie ouverture de l’école sur son territoire.

Il a aussi présenté le réseau FOQUALE , « formation-qualification-emploi » basé notamment sur les lycées de la deuxième chance (micro-lycées), le service civique, la clause sociale au bénéfice des jeunes dans les marchés publics passés par l’Éducation nationale (insertion des jeunes dans les entreprises), l’entrée des jeunes dans des CFA/UFA, ou la reprise d’études dans un collège ou lycée classique.
Aujourd’hui 180 000 jeunes sont repérés chaque année, 100 000 passent un entretien, 34 000 entrent dans le réseau FOQUALE, 20 000 reprennent une formation et 3000 sont un service civique. A ces 23 000 jeunes, on peut rajouter 11 000 qui sont suivis par la mission de lutte contre le décrochage scolaire (MLDS).

Pour conclure, il a rappelé l’actuel bilan réalisé par l’Éducation nationale et le Secrétariat général pour la modernisation de l’action publique sur le décrochage scolaire et les solutions de remédiation et préconisé de le consulter sur le site Internet du Ministère. Ce rapport donnera lieu à un plan concerté.

Joël Cantaut, Chef d’établissement au Lycée de la Nouvelle chance Alfred Kastler à Cergy Pontoise : La pédagogie est fondée sur une bienveillance exigeante

Joël Cantaut a présenté l’organisation et le fonctionnement du lycée de la nouvelle chance de l’académie de Versailles qu’il a créé et qu’il dirige. Ce lycée est adossé à un lycée classique et compte 100 places pour des « raccrocheurs », ce qui est peu au regard des 10 % de décrocheurs de son Académie.

Deux objectifs essentiels sont poursuivis dans ce micro-lycée : resocialiser et rescolariser les élèves qui ont quitté le système éducatif souvent depuis plusieurs années, majoritairement des hommes, souvent fragiles à la fois socialement et psychologiquement. Les médecins scolaires sont donc très associés. Le recrutement se fait sur la base de la motivation des jeunes et de leur capacité à intégrer les classes de série générale et technologique. Les enseignants sont à temps partagés sur le micro-lycée et le lycée classique. La pédagogie est fondée sur une bienveillance exigeante avec un accompagnement individuel renforcé. L’équipe d’enseignants travaille par ailleurs de façon collective et se forme pour mieux accompagner ses élèves. Le micro-lycée associe les parents dès que cela est possible.

Projection du film documentaire "In extremis" soutenu par l’UNAF

La conférence s’est clôturée par la projection d’un documentaire "In extremis", réalisé par Colette Ouanounou, qui met en scène une classe de "raccrocheurs" au micro Lycée d’Ivry sur Seine. Cette classe a écrit et joué une pièce de théâtre en collaboration avec des personnes âgées d’une maison de retraite de la ville. Ce film retrace leur rencontre et le ressenti de chacun tout au long de la réalisation de ce projet. Ce documentaire a été soutenu par l’UNAF. Il sera prochainement consultable sur le site Internet de l’UNAF.

@ : phumann@unaf.fr


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