Communiqué de presse n°2.15.01.15

Suite aux attentats : La Ministre de la famille consulte l’UNAF et les associations familiales

15/01/2015

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Après les attentats, l’UNAF a immédiatement répondu à l’appel d’unité nationale du Président de la République. Avec la même détermination, l’UNAF a répondu présente à l’invitation de Laurence Rossignol, Secrétaire d’Etat en charge de la famille, qui a réuni ce matin l’UNAF et des mouvements familiaux.

La Ministre a confirmé que les familles ont un rôle majeur à jouer dans l’apprentissage du civisme et la transmission des valeurs de tolérance, de respect de l’autre. Elle s’est dite en accord avec l’UNAF sur la nécessité d’encourager les parents et de les soutenir dans leur mission éducative.

Comme l’a indiqué le Président de l’UNAF, il faut commencer par analyser les facteurs de risque au niveau familial et social qui se sont accumulés dans cette tragédie : des parcours familiaux chaotiques qui exposent à une perte de repères, le passage en prison et son rôle parfois destructeur, le vide institutionnel dans certains territoires comblé par des groupuscules extrémistes, Internet et son influence dans l’enrôlement de publics fragiles.

Pour l’UNAF, un travail en profondeur sur le moyen et long terme s’impose.

1. Le rôle essentiel des familles dans l’apprentissage des valeurs. Pour enseigner la citoyenneté, il faut mobiliser, en premier lieu, les familles. Mais encore faut-il reconnaitre que les familles rencontrent de nombreux obstacles dans l’exercice de cette mission d’éducation et de transmission. Ainsi, il faut trouver les moyens de mieux soutenir encore les parents dans leur rôle éducatif, les aider à préserver du temps pour la vie familiale, les aider à faire face à la concurrence des médias, dynamiser des solidarités de proximité quand les solidarités familiales sont distendues, améliorer les parcours des enfants suivis en protection de l’enfance, ou encore valoriser et soutenir le rôle des pères parfois absents.

2. Ensuite, l’école : Elle ne peut être seule pour diffuser les valeurs républicaines auprès des enfants et des jeunes. Sans un travail spécifique auprès des familles, l’action isolée de l’école peut même écarter certaines familles de valeurs qui semblent partagées par tous, mais dont elles se sentent éloignées, ou qui ne trouvent pas écho dans leurs réalités de vie. Les parents doivent être convaincus pour devenir des relais de ces convictions. L’UNAF propose que l’école s’ouvre aux parents et que les « espaces parents » deviennent des espaces de soutien à la parentalité.

3. Internet et les médias : Qu’Internet permette, parfois impunément, de véhiculer des images et des messages de haine contraires aux valeurs républicaines nécessite un contrôle plus efficace et des sanctions de la part des pouvoirs publics. Par ailleurs, durant les événements récents, la capacité des médias à s’autoréguler peut être questionnée avec, entre autres, la diffusion en boucle d’images d’assassinat : une saisine du CSA nous semble nécessaire sur ce sujet.

4. La prison : En contradiction avec sa mission de réinsertion, elle peut être une étape destructrice. Or, être parent et être reconnu comme tel, même quand on est incarcéré, permet de maintenir l’estime de soi et une utilité sociale. En partenariat avec l’administration pénitentiaire, l’UNAF réfléchit aux moyens de faire du maintien des liens familiaux un outil de reconstruction des personnes incarcérées.

5. Embrigadement extrémiste et dérives sectaires : Les procédés d’embrigadement présentent des similitudes fortes avec les pratiques sectaires. La MIVILUDE, dans laquelle siège l’UNAF, pourrait être davantage mobilisée pour donner aux parents des outils pour repérer des signes d’embrigadement de leur enfant.

Les mouvements familiaux invités (Associations familiales protestantes, Confédération nationale des associations familiales catholiques, Confédération syndicale des familles, Conseil national des associations familiales laïques, Familles de France, Familles rurales et Union des familles laïques), ont tour à tour apporté leur analyse, nourrie par leurs actions de terrain :
- La nécessité d’écouter ceux qui pensent différemment afin de comprendre le décalage entre les valeurs et les réalités, et de savoir comment les expliquer car « des mots mal compris engendrent des maux ».
- L’échec de la politique de la ville qui s’étiole et « qui a abordé le bâti, en oubliant l’humain ».
- Les difficultés économiques et le chômage, qui entrainent la perte de confiance et la déconsidération des adultes par la société et par leurs enfants… La perte d’espoir et l’absence de perspectives pour des jeunes, même diplômés, qui « n’ont rien et n’ont donc rien à perdre, faisant d’eux des proies aisées » pour les manipulateurs extrémistes.

L’UNAF salue l’initiative de la Ministre de la Famille. L’UNAF est prête, avec l’ensemble de ses membres, à poursuivre la réflexion et à renforcer, aux côtés des pouvoirs publics, le travail d’accompagnement des familles.

Discours du président de l’UNAF, François Fondard.

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Intervention de F. FONDARD Président de l’UNAF

Réunion tenue par Laurence ROSSIGNOL
Secrétaire d’Etat à la Famille, aux personnes âgées et à l’autonomie
Jeudi 15 janvier 2015

Les événements tragiques qui ont affecté notre pays la semaine dernière interpellent
chacun d’entre nous dans ses responsabilités de citoyen, de militant mais aussi de parent.

En tant qu’institution de la République et actrice de la démocratie, l’UNAF, au nom de l’ensemble des familles, a souhaité dès le lendemain de l’attentat contre Charlie Hebdo, répondre à l’appel d’unité nationale du Président de la République et réaffirmer son attachement aux valeurs de notre République : Liberté, Egalité et Fraternité.

La mobilisation découlant de ces événements a été spontanée. Elle donne l’occasion aux pouvoirs publics et aux acteurs de la société civile, d’organiser des réponses dans la durée. Nous voulons y prendre toute notre part. En organisant aujourd’hui cette réunion, nous saluons, Mme la Ministre, votre initiative d’y associer le Mouvement familial.

Notre conviction est double  :

1°) Les services publics et notamment l’école ne peuvent être seuls pour diffuser les valeurs républicaines auprès des enfants et des jeunes. Sans un travail spécifique auprès des familles, l’action isolée de l’école peut même écarter certaines familles de valeurs qui semblent partagées par tous, mais dont elles se sentent éloignées, ou qui ne trouvent pas écho dans leurs réalités de vie.

Les parents doivent être convaincus pour devenir des relais de ces convictions.

C’est la raison pour laquelle la réunion que vous avez initiée est importante aussi sur le plan symbolique : on a jusqu’à présent beaucoup évoqué le rôle de l’école mais très peu celui des familles. Il faut les remettre au premier plan ! C’est pourquoi nous avons répondu immédiatement présents.

2°) La question de la tolérance, du respect des différences concerne l’ensemble des familles. Pour conforter le message d’unité du 11 janvier, il faut donc s’adresser à l’ensemble d’entre elles. Ne parler qu’à une partie des familles serait injustifié et aurait un effet stigmatisant.

Selon nous, la priorité est :

- d’analyser les facteurs de risque au niveau familial et social,
- d’affirmer le rôle primordial des familles dans la transmission des valeurs
républicaines,
- de mesurer les difficultés qu’elles rencontrent dans cette mission,
- de contribuer à des solutions concrètes.

Analyser les facteurs de risque

Au-delà de l’émotion immédiate, il faudra prendre le temps de l’analyse.

A l’origine de ces attentats, des facteurs de risques semblent s’être accumulés :

- des parcours familiaux chaotiques qui exposent à une perte de repères,
- Internet et son rôle dans l’enrôlement de publics fragiles,
- le passage en prison et son rôle parfois destructeur,
- le vide institutionnel dans certains territoires comblé par des groupuscules extrémistes.

Le rôle essentiel des familles dans l’apprentissage des valeurs

Pour apprendre la citoyenneté il faut mobiliser tous les acteurs éducatifs et en premier lieu, les familles.

Encore faut-il que les familles puissent assurer cette mission difficile d’éducation et de
transmission. Or nombreux sont les obstacles qui peuvent l’entraver :

- des difficultés générales : consacrer du temps à ses enfants quand on doit assumer des horaires de travail atypiques et contraints, faire face à la concurrence des médias et réseaux sociaux, s’organiser et se doter de repères malgré l’absence de solidarités familiales de proximité, suivre la scolarité de son enfant dans un contexte parfois marqué par la défiance entre école et famille, assumer la charge matérielle d’une famille dans un contexte économique difficile pour beaucoup d’entre elles ;
- les cas particuliers des parentalités compliquées ou empêchées doivent aussi être évoqués : séparations, deuils, monoparentalité, grande pauvreté.

Face à ces événements exceptionnels et à ce sursaut exceptionnel, il s’agit de réfléchir ensemble à des questions qui doivent être traitées en profondeur sur le moyen et le long terme :

- comment mieux soutenir les parents qui en ont besoin dans leur rôle éducatif ?
- comment aider les familles à préserver des temps pour la vie familiale ?
- comment outiller les familles pour faire face à la concurrence des médias ?
- comment dynamiser et organiser des solidarités de proximité quand les solidarités
familiales sont distendues ?
- Comment organiser le dialogue entre les pouvoirs publics et les musulmans puis
organiser la représentation des familles musulmanes ?
- comment améliorer les parcours des enfants suivis en protection de l’enfance ?
- comment valoriser et soutenir le rôle des pères parfois absents ?

Nous sommes à votre disposition pour poursuivre et renforcer le travail déjà mené sur ces questions.

La place de l’école

La mobilisation de l’école, seule, est insuffisante pour la transmission des valeurs car c’est un travail cohérent entre les familles, l’école, les médias et les acteurs culturels, les associations, qu’il faut mener tout au long du parcours de l’enfant. Il faut que l’école ancrée dans un territoire s’ouvre davantage, en offrant un espace de soutien à la parentalité qui permette d’entrer en contact avec des familles qui sont parfois difficiles à approcher même pour les associations.

Nous proposons que des locaux pour les parents, prévus par la loi de refondation de l’école, puissent être animés, notamment par des associations familiales, sur des thèmes qui dépassent la seule scolarité et permettent un véritable échange entre parents sur leur rôle d’éducateurs.

Les médias et internet

Ils sont une véritable problématique sur laquelle les pouvoirs publics doivent être plus offensifs. L’usage des réseaux sociaux et d’internet, qui permettent de véhiculer, parfois impunément, des images et des messages de haine contraires aux valeurs républicaines, nécessite un contrôle plus efficace et des sanctions de la part des pouvoirs publics. Cela permettra aussi de mieux protéger les jeunes et de soutenir des parents souvent démunis pour agir contre ces dérives.

La responsabilité des médias est aussi en cause avec la diffusion en boucle d’images d’assassinat durant les événements récents : ceci interpelle sur leur capacité d’auto régulation. Une saisine du CSA nous semble nécessaire pour aborder ce sujet.

La lutte contre les dérives sectaires.

Les procédés d’embrigadement des groupes extrémistes présentent des similitudes fortes avec les pratiques des groupes sectaires. La MIVILUDE, dans laquelle nous siégeons, pourrait être davantage mobilisée pour donner aux parents des outils pour repérer des signes d’embrigadement de leur enfant. Les associations peuvent relayer plus largement des informations sur ce sujet, au-delà de la plate-forme de signalement qui permet d’éviter les départs.

La prison

On en voit l’effet destructeur. Il faut que la période d’incarcération prépare la réinsertion. Etre parent et être reconnu comme tel, même quand on est incarcéré, permet de maintenir l’estime de soi et une utilité sociale sur lesquels on peut s’appuyer.

Nous avons organisé mardi une université des familles à ce sujet avec l’administration pénitentiaire : nous ferons de nouvelles propositions pour faire du maintien des liens familiaux un outil de reconstruction des personnes concernées.

Le vide institutionnel dans certains territoires
Vous allez, Madame la ministre, généraliser les schémas départementaux des services aux familles : il faut mobiliser ces outils pour qu’ils permettent un diagnostic sur les besoins du territoire en termes d’accompagnement des familles, et une action effective.

Nous souhaitons que les UDAF, les associations familiales, mais aussi d’autres associations, en soient parties prenantes afin que ces schémas puissent mobiliser l’ensemble des moyens et pas seulement ceux des services publics ou administratifs.

Mme la Ministre, vous savez que les associations familiales sont aux côtés des familles pour les accompagner dans leur vie quotidienne. Je vous remercie de leur donner la parole.


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CP 02.15.01.15
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