Compte-rendu de la table ronde "Etre aidant et travailler" UNAF/MACIF

19/10/2015

Logos Macif et UNAF

Compte-rendu des échanges de la conférence débat sur les aidants salariés du 5 octobre 2015 à Paris, coorganisée par l’UNAF et la MACIF.

Bernard Tranchand, vice-président de l’UNAF a ouvert la conférence débat sur les aidants salariés le 5 octobre 2015 à laquelle étaient présents Jean-Philippe Vallat, sous-directeur et Jeanne Le Penglaou, chargé de mission handicap.

Cette conférence « Etre aidant et travailler : quels leviers pour faciliter la conciliation entre vie d’aidant et vie professionnelle ? » a été l’occasion de riches échanges entre les aidants, les organisations syndicales, le monde associatif et les chercheurs.

Myriam Bobbio, coordinatrice du pôle Economie, Consommation et Emploi a présenté le guide réalisé avec l’ORSE à destination des entreprises pour la prise en compte de leurs salariés aidants.

Extrait de l’introduction du vice-président de l’Unaf, Bernard Tranchand

« L’Unaf, qui a pour mission légale de défendre et représenter l’ensemble des familles en France, s’est engagée depuis plusieurs années en faveur d’une reconnaissance par la société du rôle crucial et prégnant des aidants familiaux. Souvent invisibles, ces aidants familiaux sont pourtant des maillons essentiels de notre cohésion sociale. En assumant l’accompagnement d’un proche et en conservant leur activité professionnelle, ils font preuve de dévouement parfois au détriment de leur propre santé.

L’Unaf œuvre également pour favoriser une meilleure articulation entre la vie professionnelle et la vie familiale. C’est une préoccupation majeure des salariés. Ces questions de conciliation se posent tout au long de la vie, et pas seulement au moment de l’arrivée d’un enfant. Les salariés devraient pouvoir parler de leur situation d’aidant dans le monde professionnel, comme ils parlent de leur situation de parents. Forte de la nouvelle étude qui vous sera présentée, Marie-Andrée Blanc, présidente de l’Unaf souligne : « Cette étude confirme qu’une plus grande information sur les dispositifs d’aide aux aidants est nécessaire. Au sein du Collectif inter Associatif des Aidants familiaux (CIAAF), nous jugeons qu’il est urgent de simplifier et d’élargir l’accès aux congés, notamment, en créant un congé de présence familiale. » »

Le sociologue Franck Guichet a fait une présentation des aidants aujourd’hui, et conclut sur les leviers et les freins dans le développement des actions de soutien des aidants :

« La proximité, l’articulation du soutien avec l’offre d’accompagnement pour les personnes aidées, la prise en compte de la relation entre aidants et aidés, et le caractère militant de la démarche, sont des facteurs qui favorisent la réalisation des actions. De plus, le soutien aux aidants devient une véritable source d’innovation, dès lors qu’il suppose de nouer de nouveaux partenariats, ou bien de réinterroger une posture et des pratiques professionnelles à l’égard des personnes aidées.

En revanche, pour les associations qui se retrouvent isolées, quand il n’y a pas une offre suffisante d’accueil ou d’aide à domicile, ou encore un manque de coopération entre les institutions, c’est la possibilité d’offrir un soutien qui est compromise. Les associations rencontrent parfois des difficultés à repérer et s’adresser aux aidants.

Pour conclure, le principal facteur de motivation des aidants repose sur la préservation volontaire des liens d’affection avec la personne aidée. Les aidants manifestent une sensibilité, et même une responsabilité vis-à-vis de la personne aidée. Or, il existe aussi de puissants mécanismes d’assignation, qui ne permettent pas aux aidants d’être reconnus pleinement dans leur rôle, et qui montrent la limite des solidarités de proximité si elles ne sont pas soutenues et renforcées par des politiques publiques. »

Témoignage d’Evelyne Julien, chargée de gestion administrative et aidante salariée, membre du CIAAF :

« Je suis la maman d’un jeune de 28 ans, handicapé de naissance. Je travaillais dans un poste avec des responsabilités, mais lorsque mon fils a commencé à grandir, ce n’était plus possible de concilier les deux. J’avais deux solutions : soit je m’occupais de mon fils, soit je le plaçais en institution.

J’ai alors adapté ma carrière professionnelle en changeant de métier dans un premier temps ; puis en créant mon entreprise, ce qui m’a permis de m’adapter au handicap de mon fils en travaillant la nuit ou le week-end sans que cela pose de problèmes. J’ai réussi à m’organiser car mon logement est aussi mon lieu de travail. C’est une organisation minutieuse que d’être aidant et qui laisse peu de place à l’improvisation. Je peux laisser mon fils 2 ou 3 heures tout seul, mais pas plus car il n’a pas assez d’autonomie pour se prendre en charge, pour se faire à manger, etc.

Je continue à travailler car c’est un besoin financier et important pour la couverture sociale. Le travail est une bouffée d’oxygène qui permet de ne pas s’enfermer dans l’aide. Quand on s’enferme dans ce binôme aidant/aidé, cela risque de mal finir car on n’a plus de regard sur la société extérieure, on devient dépendant de la personne aidée, et inversement. Cela enlève de l’autonomie à la personne aidée si on est 24/24h avec elle. C’était une question de « survie » psychologique aussi bien pour moi que pour mon fils. De plus, dans ce genre de situation, on peut devenir très vite maltraitant ou maltraité. Pour toutes ces raisons, il est indispensable de ne pas devenir uniquement un binôme. C’est aussi bénéfique pour l’aidé car ça lui permet d’avoir dans son entourage d’autres personnes. »

Un an après sa sortie, Myriam Bobbio, coordinatrice du pôle Economie, Consommation et Emploi a présenté le premier guide à destination des entreprises sur les aidants familiaux. Pédagogique et méthodologique, ce guide UNAF-ORSE propose des solutions et des exemples de mises en œuvre, notamment dans le cadre des négociations sociales d’entreprise ou de branche.

Résumé des interventions syndicales :

Martine Keryer (CFE-CGC)

« Le sujet des aidants commence à peine à être abordé en entreprise. Notre travail principal est de former les délégués syndicaux afin de repérer les aidants en difficulté, de leur faire prendre conscience de leur statut et de les aider. 80% des personnes qui sont en situation d’aide ne savent pas qu’elles sont aidantes, c’est la problématique principale.

Il est important de signaler qu’une entreprise performante est une entreprise qui fait attention à ses salariés. Les accords de qualité de vie au travail sont le meilleur moyen pour garantir un bien-être au travail, et donc une bonne performance de l’entreprise. Une nouvelle édition de la bande dessinée CFE-CGC sur le handicap intègre un nouveau chapitre dédié aux aidants familiaux. »

Esméralda Arozarena-Nazzareni (CGT)

« Notre objectif est de mobiliser l’ensemble de nos fédérations en s’adressant aux salariés. Les salariés aidants ont des difficultés à informer l’employeur et à en parler aux autres salariés.

Les conditions de travail sont un sujet important à traiter, il faut adapter l’organisation du temps de travail des aidants afin d’éviter d’engendrer une souffrance au travail. Il y a très peu d’accords. Il y en a besoin pour aborder les questions de l’organisation du temps de travail, de la formation professionnelle, et du déroulement de carrière. Notre souci, ce sont les petites entreprises, car elles sont moins visibles. »

Jean-François Cimetière (CFDT)

« L’égalité femmes-hommes est importante pour nous. La problématique des aidants familiaux est un sujet assez nouveau car une majorité de femmes sont aidantes et c’est une situation qui pendant longtemps a été plus ou moins admise. Aujourd’hui, lorsqu’il y a des dispositifs pour les aidants en entreprise, et notamment dans les PME, c’est lié à la personnalité du chef d’entreprise qui est lui-même aidant, ou l’a été, et non pas à une initiative globale. Aujourd’hui, les mesures prises pour les aidants dans les grands groupes sont principalement destinées aux cadres qui ont la possibilité d’être plus flexibles dans leur travail, contrairement à une caissière ou un ouvrier par exemple. Des dispositifs existent mais il y a de fortes inégalités géographiques, et des inégalités selon le statut des employés (cadre ou non) et selon le statut de l’entreprise (PME/TPE ou grosse entreprise). »

Etre aidant et travailler, présentation de l’enquête Macif-Unaf par Nicolas Sirven et Michel Naiditch, chercheurs à la fondation de l’université Paris-Descartes :

« On en recense 8.3 millions en France et environ la moitié d’entre eux sont salariés, soit 15% de la population active.

Les aidants ne se consacrent pas uniquement aux personnes âgées : près de 40% des salariés aidants s’occupent de leur conjoint ou de leur enfant. Leur activité professionnelle est un facteur d’équilibre pour 74% d’entre eux. Pour autant, les aidants n’informent pas forcément leur entreprise de leur situation et un certain nombre d’aidants considèrent que l’aide qu’ils apportent nuit à leur carrière (58% des répondants) ou à leur rémunération (54%).

Mener de front vie d’aidant et activité professionnelle ne se fait pas sans contrainte puisque 50 % des personnes interrogées ont dû aménager leurs horaires de travail et 36 % les ont diminué.

Pour autant, 72% des salariés aidants connaissent mal voire ignorent l’existence de dispositifs de soutien légaux tels que le congé de soutien familial et le congé de solidarité, auxquels ils peuvent avoir droit. Seuls 2% d’entre eux y ont recours. »

Autres résultats de l’enquête sur ce lien.


Image : Logos Macif et UNAF
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