Agnès Buzyn, Ministre des solidarités et de la santé intervient à l’Assemblée générale de l’UNAF : discours en ligne

27/06/2017

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Les 24 et 25 juin 2017, s’est déroulée à Blois l’Assemblée générale de l’UNAF. Sous la présidence de Marie-Andrée Blanc, Présidente de l’UNAF, cette assemblée a réuni près de 500 militants familiaux venus de Métropole et de l’Outre-mer à laquelle s’est jointe, en fin de matinée, Agnès Buzyn, Ministre des solidarités et de la santé. Dans son discours, la présidente de l’UNAF est revenue sur les enjeux prioritaires pour les familles. Elle a rappelé la nécessité de « Donner confiance aux familles » et formulé auprès de la Ministre, des propositions concrètes. L’UNAF a confirmé à la ministre sa volonté de s’associer pleinement aux réflexions et travaux qu’elle sera amenée à mettre en œuvre durant cette nouvelle mandature et apporter ainsi sa contribution aux politiques publiques pour les familles.
Dans son allocution, la Ministre a annoncé les chantiers sur lesquels elle entend travailler et la méthode de travail qu’elle souhaite mettre en œuvre. Pour la Ministre : "La politique familiale n’est pas une politique solitaire, c’est une politique partenariale, j’en suis convaincue. Être ministre de la famille ce n’est pas seulement travailler pour les familles, c’est aussi travailler avec les familles".

Discours de Marie-Andrée BLANC Présidente de l’UNAF

Madame la Ministre,
Mesdames et messieurs les élus,
Monsieur le Vice-Président du Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge,
Monsieur le Directeur général de la CNAF,
Mesdames et messieurs les présidents et directeurs,
Mes chers amis,

L’an dernier, nous recevions le Président de la République, François Hollande, à notre Assemblée Générale. Cette année, nous avons l’honneur et le plaisir de vous recevoir, madame la Ministre. Soyez la bienvenue !

Il y a 1 mois, vous preniez vos fonctions, confirmées ce mercredi. Votre présence témoigne de votre intérêt pour les familles, pour l’UNAF et son réseau. Je vous en remercie très chaleureusement.

Lors de notre rencontre, début juin, j’ai, d’emblée, apprécié vos qualités d’écoute et de dialogue, votre franchise, et votre volonté d’agir.

Je vous ai présenté l’originalité de notre statut, de nos missions confiées par le Législateur : représenter aujourd’hui les 18 millions de familles et donner avis aux pouvoirs publics sur tous les sujets qui les concernent. Aux côtés de l’UNAF, 99 UDAF et 13 URAF, 71 mouvements familiaux et 7 000 associations familiales adhérentes, font vivre le pluralisme. Sachez que la diversité des familles est bien présente au sein de l’UNAF, toutes les configurations familiales, toutes les sensibilités, y sont représentées.

Vous avez face à vous, des militants familiaux, venus de tous les départements et régions de France, de métropole et d’outre-mer. Plus de 15 000 représentants bénévoles relaient la voix des familles accompagnés de 7 100 salariés pour apporter des services aux familles. Ils interviennent, chaque jour, dans des territoires souvent délaissés par les services publics. Ils sont des acteurs de cohésion sociale indispensables à notre société.

Madame la Ministre,

Vous pourrez compter sur la loyauté de l’UNAF, sur notre contribution aux politiques publiques pour les familles. Mais vous pourrez aussi compter sur notre indépendance d’esprit, et parfois même, sur notre sens critique ! Nous revendiquons la liberté de choisir nos orientations et nos actions, pour défendre au mieux les intérêts des familles, sans lien de subordination avec l’Etat.

Durant la campagne électorale, nous avons formulé des propositions. Elles sont constructives et réalistes pour améliorer la vie des familles. Sur cette base, nous avions rencontré à deux reprises l’équipe d’Emmanuel Macron, puis le futur Président de la République, en personne.

Chers amis,
Dimanche dernier, une nouvelle Assemblée Nationale a été élue avec un renouvellement inédit : 432 nouveaux députés, soit les 3/4 de l’Assemblée. Je vous demande, sans tarder, d’aller les rencontrer. Faites- vous connaître, allez leur présenter nos missions. Invitez-les et montrez ce que vous faites ! Parlez-leur des difficultés concrètes des familles, mais aussi des publics vulnérables que vous accompagnez. Et relayez nos propositions de politique familiale !
Quand l’UNAF sera auditionnée à l’automne, notamment sur les projets de lois budgétaires, il faut que les députés connaissent déjà notre rôle dans les territoires.
Je compte sur vous !

Vous m’avez dit, Madame la Ministre, préférer l’action aux annonces. Permettez-moi, de vous dire quels sont les enjeux prioritaires pour les familles.

Premier enjeu : donner confiance aux familles

Cet objectif, qui a pour corollaire une relance de la politique familiale, n’est pas utopique.

Ces dernières années, les familles ont été durement mises à contribution, avec, pour certaines d’entre-elles, des pertes financières massives sans équivalent. Les familles aux revenus moyens ou modestes n’ont pas été épargnées, ni les familles nombreuses, ni les parents de jeunes enfants.

Ces remises en cause successives ont généré un climat d’inquiétude et de défiance.

La chute du nombre de naissances depuis 2 ans ne peut être ignorée. Le taux de fécondité qui était de 2,03 en 2011 est passé à 1,92 enfants par femme. Aucun spécialiste n’exclut un lien entre cette baisse et les atteintes portées à la politique familiale. N’a-t-on pas joué aux « apprentis sorciers » en privilégiant à chaque fois le court terme ? Depuis des années, des réformes mal calibrées ont davantage détruit l’existant, qu’elles n’ont construit de nouvelles solutions pour les familles.

Pourquoi s’en inquiéter ?

D’abord parce les parents souhaitent avoir plus d’enfant : 2,39 selon les enquêtes. Leur désir d’enfants est contrarié.

Ensuite, la chute de cet indice de fécondité menace gravement l’équilibre de notre système de retraites par répartition. Le HCAAM pour la branche maladie, le COR pour les retraites, avaient fondé depuis 2012 leurs scénarios d’équilibre sur la base de 1,95 enfant par femme pour les 40 ans à venir. A peine 5 ans après, ce scénario est déjà ébranlé.

Il faut redonner un cap, de la vision, de l’espoir. Il faut donner confiance aux familles !

Le Président de la République a annoncé une grande réforme des retraites pour l’an prochain. La relance de la politique familiale doit être intégrée à cette réflexion !

Oui, nous l’affirmons : les dépenses de la branche famille sont des investissements nécessaires à l’équilibre, à moyen et long terme, de tout notre système de protection sociale.

En priorité :

-  Nous souhaitons que la prime de naissance soit à nouveau versée avant la naissance. Cela relève d’une simple mesure règlementaire.

-  Nous voulons rediscuter avec vous de la modulation des allocations familiales, qui ne tient pas compte des couples biactifs et qui frappe sévèrement les familles nombreuses. Nous sommes ouverts à une réflexion sur le montant des allocations familiales selon la taille des familles, l’âge des enfants, et leur mode de revalorisation.

-  Nous avons des propositions à vous faire pour rendre moins injuste la réforme de la PAJE qui frappe les jeunes familles.

Sur le plan fiscal, nous avons entendu l’engagement d’Emmanuel MACRON de relever le plafond du quotient familial.

Mais attention, l’augmentation de la CSG est aussi au programme. Or, la CSG n’est pas « familialisée » contrairement à l’impôt sur le revenu. Il faut – par mesure de justice - intègrer les charges familiales dans le calcul de la CSG.

Toujours sur la fiscalité, pour faciliter la transmission du patrimoine entre les générations, le régime des donations mérite d’être réexaminé.

Deuxième enjeu : investir dans la prévention et l’accompagnement des risques

Il y a d’abord les risques proprement familiaux comme la séparation, le veuvage, la monoparentalité. De nombreuses difficultés en découlent tant sur le plan psychologique que financier, ou de l’emploi. Notre réseau est engagé dans la médiation familiale, les réseaux d’entraide, le parrainage de proximité. Certains dispositifs comme la médiation ou les espaces rencontre visent à maintenir le lien entre les enfants et leurs parents, et à apaiser les conflits. Or, certains services sont contraints de fermer par manque de financement.

En votre qualité de ministre de la protection de l’enfance, vous reconnaîtrez le caractère choquant de la situation : les juges ordonnent des mesures qui, faute de moyens, ne sont pas suivies d’effets. Tout comme le Haut conseil de la famille, nous plaidons pour la mise en place des conditions d’un service pérenne de la médiation familiale et des espaces de rencontre.

Pour protéger les enfants et les adultes contre toutes les formes de violence ou de pression au sein de la famille, la place du Juge est souvent nécessaire. Elle a été supprimée pour les divorces par consentement mutuel, sauf demande écrite formulée par les enfants. Nous persistons à regretter cette mesure décidée à la hâte, par simple amendement et sans étude d’impact. L’Assemblée devrait renforcer son rôle d’évaluation des politiques publiques : nous suggérons qu’elle mène une mission d’information sur les effets de cette réforme, tant pour les enfants, que sur les contentieux post divorces.

Il y a aussi les risques liés au surendettement. Les séparations peuvent entraîner des fragilités économiques. Nous proposons la mise en place d’un accompagnement budgétaire, dans le cadre des séances liées à la Garantie d’impayés des pensions alimentaires.

Les chiffres sont alarmants : plus de 800 000 ménages ont un dossier à la Banque de France, dont la moitié sans le soutien d’aucune structure. Et chaque année, près de 200 000 nouveaux dossiers sont déposés. En amont, 750 000 ménages par an sont au bord du surendettement. Eux aussi doivent être accompagnés, avant qu’il ne soit trop tard.

Notre réseau des UDAF est en première ligne dans ce domaine. Nous sommes : • le premier réseau associatif siégeant en commissions de surendettement • le premier réseau de plateformes de microcrédit personnel • le premier réseau de Points conseil budget (les PCB) de niveau 1. Nous avons activement participé à l’expérimentation des PCB, dans le cadre du plan de lutte contre la pauvreté.

Nous attendons la publication du rapport d’évaluation commandé par votre ministère en vue d’une généralisation. Nous souhaitons explorer avec vous les pistes envisageables, y compris en termes financiers. Cela aurait du sens de se tourner vers la taxe sur le secteur du jeu et des casinos perçue par l’Etat, qui représentait en 2015, plus de 5 milliards d’Euros. Une part infime de son produit suffirait à financer cette activité de prévention du surendettement.

Autre risque, celui lié à la santé, sujet que vous connaissez parfaitement. Le réseau des UDAF est l’un de ceux, avec la Ligue contre le cancer, à mobiliser le plus de représentants - près de 500 - qui œuvrent chaque jour au sein des établissements de santé. Sans compter nos représentants qui siègent dans les organismes d’assurance maladie.

Nous avons participé à la création de l’Union nationale des associations d’usagers du système de santé, l’UNAASS, rebaptisée « France Assos Santé. Un collège famille y a été constitué, aux côtés des associations de patients, de personnes handicapées et âgées. Nous sommes pleinement présents dans la gouvernance de ce nouvel acteur. Dans les régions, les URAF et les UDAF se mobilisent pour participer à son développement.

Nous partageons votre volonté de mettre l’accent sur la prévention, qui reste largement sous investie. Cela commence par les PMI.

Pour accompagner les évolutions du système de santé, les soins à domicile, la chirurgie ambulatoire, la télémédecine, il faudra imaginer des moyens pour aider l’entourage familial qui sera indispensable.

Enfin, il est prévu de réviser les lois de bioéthique. Nous attachons beaucoup d’importance au processus d’information, de consultation des citoyens, de concertation, qui sera mené en amont du projet de loi, ceci pour permettre à la société d’appréhender les enjeux, dans un climat que nous voulons apaisé.

Le risque lié à la perte d’autonomie  : Avec la loi d’adaptation de la société au vieillissement, les aidants familiaux sont mieux reconnus, mais il reste encore beaucoup à faire. La durée du congé « proche aidant » doit être augmentée pour mieux correspondre aux situations des personnes aidées, qu’elles soient handicapées, dépendantes ou en longue maladie. Pour être réellement pris, il doit être indemnisé à un niveau suffisant. Les droits à la retraite doivent pouvoir être maintenus pour ne pas pénaliser les aidants, qui sont, bien souvent, des femmes.

Troisième enjeu : mettre les enfants, les jeunes et leurs parents au cœur des politiques publiques

Malgré l’action déployée par la CNAF et les CAF, les résultats sont décevants en matière de Petite enfance, montrant les limites du système actuel. Notre politique d’accueil de la petite enfance doit être refondée.

La gouvernance est éclatée entre plusieurs niveaux d’interventions publiques, plusieurs financeurs, avec une offre différenciée et segmentée, et une pluralité de gestionnaires. Nous sommes favorables à rendre opposables les schémas départementaux des services aux familles, dans lesquels les UDAF sont actrices. Une collectivité chef de file en matière de petite enfance doit être désignée.

Pour les familles, la recherche d’une solution d’accueil reste le parcours du combattant. La part d’enfants de moins de trois ans gardés principalement en crèche, est passée de 10 à 13%. A ce rythme, il faudrait trois quarts de siècle pour que la moitié des enfants de moins de 3 ans soient gardés en crèche !

Le recours aux assistants maternels baisse depuis 3 ans. C’est un point d’alerte. Cette profession souffre d’un sentiment d’isolement, de manques de formation, de perspective d’évolution et de reconnaissance. Pourtant, cette forme d’accueil est bien plus répandue que les crèches et elle est la moins coûteuse. Elle doit devenir une priorité d’attention des pouvoirs publics.

Il faut créer des liens entre les modes d’accueil et faire des crèches, des pôles de compétence « petite enfance ». Elles pourront ainsi jouer un rôle moteur dans l’organisation de plates formes de services, de formations, d’accueil pour les assistants maternels et gardes à domicile. Pourquoi ne pas imaginer des crèches ouvertes à tous les parents pour du soutien à la parentalité ? Rapprocher l’accueil collectif de l’accueil individuel permettra de mieux accompagner les enfants, les parents, les professionnels et de renforcer l’efficience de la dépense publique.

Mais, tout ne se joue pas avant 3 ans. Pour les parents, le plus dur reste parfois à venir ! Ils nous le disent dans l’enquête sur les 6-12 ans, que nous réalisons actuellement avec le concours de la CNAF, dans le cadre des observatoires de la famille.

Et puis au-delà, se pose la question de l’adolescence et de la jeunesse.

Etre parent, c’est pendant 20 à 30 ans de sa vie, penser chaque jour à ses enfants, même au travail, être présents, les éduquer, tout en restant impliqué dans sa vie professionnelle.

Le monde du travail doit mieux intégrer la situation de parent ou d’aidant familial des salariés. La semaine prochaine, nous accueillerons à l’UNAF, avec l’OPE, des sociétés qui s’engagent à nos côtés en ce sens.

Votre Gouvernement devra s’impliquer aussi. Qu’en sera-t-il des congés familiaux, aujourd’hui peu lisibles, peu indemnisés, peu attractifs ? Comment inciter les employeurs à permettre aux pères de recourir plus systématiquement au congé de paternité ? Comment la future loi travail intégrera-t-elle la question de la conciliation ? Nous souhaitons qu’elle constitue un droit systématiquement traité dans les négociations d’entreprise.

Nous voulons aussi retravailler sur la réforme du congé parental qui risque de se solder par un terrible échec. L’amputation de la durée d’indemnisation des familles est une mesure injuste qui va mettre en difficulté de nombreux parents, et parmi eux, les plus modestes. Nous souhaitons réfléchir avec vous à l’option d’un nouveau congé parental plus court et mieux rémunéré qui soulagerait la tension sur les modes d’accueil, tout en étant plus attractif pour les pères. Il faut aussi laisser le choix aux familles d’un congé jusqu’à l’entrée à l’école, qui permette de tenir compte de leurs contraintes, tant en terme d’emploi que de solutions d’accueil. La commission européenne a mis sur la table une proposition de directive qui semble aller dans ce sens.

Quelques mots sur l’école. C’est le premier sujet de préoccupation des familles. Nous fondons de grands espoirs sur les pistes annoncées par le nouveau ministre de l’éducation nationale. Nous souhaitons aussi le développement des espaces parents dans les établissements scolaires. Plusieurs UDAF ont commencé à s’y engager. L’objectif est de rapprocher les familles de l’école, mais aussi de pouvoir y mener des actions de soutien à la parentalité. Des financement doivent être dégagés.

Dans le domaine du numérique, nous devons sensibiliser les parents de très jeunes enfants, sur un usage maitrisé et contrôlé des écrans dans le foyer. C’est une question de santé publique. Nous avons engagé un travail en commun avec l’association des pédiatres, pour développer des outils utiles et pertinents à leur destination. Les professionnels de la petite enfance y auront toute leur place.

Cette démarche mérite être relayée par un message grand public. Nous voulons y travailler avec le CSA, et nous espérons le soutien de votre ministère.

Mme la Ministre, vous souhaitiez des propositions concrètes, nous avons répondu à vos attentes !

Nous souhaitons qu’elles puissent être examinées dans le cadre de la négociation qui va s’ouvrir autour de la future COG Etat-CNAF pour les 5 ans à venir. Vous pouvez compter sur l’UNAF pour s’associer pleinement à vos réflexions.

Dernier enjeu : une meilleure prise en compte des vulnérabilités

Comme le rappelle régulièrement l’INSEE, la politique familiale est la politique publique qui contribue le plus à la réduction des inégalités sociales. Pour autant, elles ne sont pas qu’économiques : elles sont aussi liées aux handicaps, à la maladie, à l’absence d’entourage familial, aux discriminations, au délaissement de certains territoires. Comment mobiliser davantage les capacités des personnes ? Comment mieux s’appuyer sur l’entourage familial ?

C’est le thème de notre AG : à partir d’exemples de vulnérabilités, nous réfléchirons sur les meilleurs moyens d’accompagner les personnes, dans le sens du respect et de la valorisation de leur autonomie.

La précarité et la vulnérabilité : notre réseau les côtoie chaque jour.

Avec près de 147 000 personnes suivies dans les services, les UDAF sont le premier opérateur associatif dans le domaine de la protection juridique des majeurs. Comme le montre notre observatoire national, ces personnes sont particulièrement démunies : les 2/3 perçoivent un minimum social. Les UDAF gèrent aussi le plus grand nombre de mesures d’aide à la gestion du budget familial qui relèvent de la protection de l’enfance. Une mesure trop mal-connue et pourtant efficace pour éviter le placement des enfants.

Nous travaillons à améliorer la qualité de l’accompagnement. Nous sommes également engagés dans l’information et le soutien des tuteurs familiaux. Une enveloppe nationale de 3 millions d’euros a été dégagée par votre ministère qui a lancé un appel à projets. Ce financement devra être pérennisé pour 2018 et les années suivantes.

Le Défenseur des droits et la Cour des Comptes ont publié deux rapports sur la protection des personnes vulnérables. Avec le ministère de la Justice, vous êtes en charge de ce dispositif. Nous soutenons la recommandation de la Cour que l’Etat renforce son pilotage et la coordination de cette politique publique.

Madame la Ministre,

Tous ces chantiers sont motivants. Nous savons que des priorités devront être définies : nous serons toujours à votre disposition pour en échanger.

Nous voulons que notre pays réussisse, que les familles reprennent confiance.

Avec l’ensemble du Mouvement familial, l’UNAF, les URAF, les UDAF seront des alliés exigeants et responsables pour les 5 années à venir.

Je vous remercie.

Prise de parole de la ministre des solidarités et de la santé à l’occasion de l’assemblée générale de l’UNAF, le 24 juin 2017 SEUL LE PRONONCE FAIT FOI

Madame la présidente,
Mesdames et messieurs les élus,
Monsieur le Vice-Président du Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge,
Monsieur le Directeur général de la CNAF,
Mesdames et messieurs les présidents et directeurs,
Mesdames, Messieurs,

18 millions de familles. 16 millions de jeunes de moins de 20 ans, dont 2,3 millions d’enfants de moins de 3 ans.

Près de 800 000 bébés qui naissent en France chaque année.

Ce sont autant de familles, de jeunes, d’enfants, qu’il vous revient de représenter, et pour lesquels il me revient de porter la politique du Gouvernement. Pour vous comme pour moi, la responsabilité est lourde, et la mission exaltante.

Passionnante aussi, car – vous êtes encore mieux placés que moi pour le savoir – les besoins et attentes de ces familles changent au même rythme que notre monde évolue : vite, très vite.

Le visage même de ces familles a changé. Aujourd’hui un enfant sur deux naît hors mariage, un enfant sur cinq vit dans une famille monoparentale, un enfant sur neuf vit dans une famille recomposée. Et toutes les familles, quelles qu’elles soient, sont confrontées à l’émergence de nouvelles questions éducatives.

Dans ce monde plus rapide, plus complexe, sans doute plus incertain, plus d’un parent sur cinq déclare avoir souvent rencontré des difficultés dans l’éducation de ses enfants. Les attentes d’accompagnement et de soutien des familles sont fortes et appellent des réponses aussi urgentes qu’ambitieuses.

L’UNAF ET LE RESEAU DES UDAF PORTENT CES ATTENTES, CES BESOINS, ET OCCUPENT DANS NOTRE PAYS UNE PLACE PARTICULIERE

Forte de ses 8000 salariés et des 7000 associations qu’elle rassemble, votre union réunit des mouvements divers, aux sensibilités variées : laïcs et confessionnels, représentants des centres urbains, des banlieues et des zones rurales, mouvements anciens ou plus nouveaux. Et vous savez faire vivre, dans l’unité et dans la diversité, tous ces acteurs, au service des familles. Parce que vous êtes des partenaires essentiels de la conduite des politiques familiales.

Vous l’êtes tout d’abord parce que la loi vous confie des missions. Je pense évidemment à votre mission de représentation officielle des familles. Je pense aussi, c’est un autre exemple, que c’est à vous qu’il revient de formuler, dès qu’il est question de famille, des avis auprès des pouvoirs publics.

Mais vous êtes également des partenaires essentiels par ce que vous jouez, je le sais, un rôle majeur dans le champ de la protection juridique des majeurs.

Enfin, si votre rôle est crucial, c’est aussi du fait de votre expertise et de la qualité de vos propositions, qui justifient que l’UNAF et les UDAF soient associées aux chantiers qui demandent une expertise fine des besoins des familles.

Les propositions de l’UNAF et des UDAF sur les orientations et la mise en oeuvre de la politique familiale seront donc toujours écoutées avec attention. C’est la raison pour laquelle j’ai tenu à m’entretenir, dès mon entrée en fonctions, avec votre présidente, Marie-Andrée Blanc, et c’est pourquoi j’ai la joie de m’exprimer devant vous aujourd’hui, à l’occasion de votre assemblée générale annuelle.

Je suis bien consciente – c’est la rançon de la gloire – que l’UNAF et les UDAF ont été très sollicitées ces dernières années.

Sur les quatre dernières années, en effet, les travaux conduits par les corps d’inspection et de contrôle ont beaucoup mobilisé la présidente, les administrateurs et les équipes de l’UNAF ainsi que des UDAF. Tous ont su faire preuve d’un grand professionnalisme et je souhaite saluer les efforts que vous avez tous déployés pour vous rendre disponibles et répondre à ces nombreuses sollicitations.

Mais ces efforts n’ont pas été vains, vous le savez. Les recommandations de la Cour des Comptes donnent lieu à des mesures dont plusieurs ont déjà été engagées, et dont la mise en oeuvre doit se poursuivre dans un esprit de sérénité, de confiance et de coopération.

POUR REPONDRE AUX ATTENTES ET AUX BESOINS DES FAMILLES, JE SERAI TOUJOURS A VOS COTES

Les différents champs de mon ministère – solidarités et santé - sont complémentaires, ils se renforcent mutuellement. Vous le savez bien, vous qui mobilisez depuis longtemps des intervenants dans les établissements de santé, et qui, encore récemment, avez participé à la création de l’Union nationale des associations d’usagers du système de santé, l’UNAASS, devenue « France Assos Santé ».

Je m’appuierai sur ces complémentarités pour porter la politique familiale avec vigueur, plaisir et enthousiasme. Parce que, si mon périmètre de compétence est vaste, les familles y ont toute leur place, j’ai à coeur de vous le dire aujourd’hui.

LA POLITIQUE QUE JE MENERAI, AVEC TOUT LE GOUVERNEMENT, S’ATTACHERA D’ABORD A RENOVER L’ACCOMPAGNEMENT DES FAMILLES

Je pense d’abord aux solutions d’accueil de la petite enfance et aux dispositifs de soutien à la parentalité. A côté du soutien financier apporté par les allocations familiales et le quotient familial, ce sont des piliers de la politique familiale, depuis la conférence de la famille de 1998. Ce sont aussi - le soutien à la parentalité et l’accueil du jeune enfant - des dispositifs de prévention essentiels, et je voudrais insister sur ce point. Le Président de la République s’est engagé à conduire la révolution de la prévention en matière de santé, et j’agirai en ce sens, mais je pense que cette révolution vaut tout autant en matière de politique familiale. Or les services d’accueil de la petite enfance et de soutien à la parentalité permettent justement d’agir précocement, pour répondre à des situations susceptibles de se détériorer.

Avec eux, nous pouvons désamorcer des situations avant qu’elles ne deviennent problématiques mais nous pouvons aussi, quand le problème est déjà avéré, le détecter rapidement et orienter la famille vers la réponse adéquate.

Enfin - je ne vais pas m’étendre sur ce point mais vous le savez- les services d’accompagnement des familles sont non seulement des outils de prévention, mais aussi puissants vecteurs d’égalité des chances.

C’est pourquoi, je souhaite construire, en partenariat avec les collectivités locales, la Branche Famille, les gestionnaires de services et bien sûr l’UNAF, une offre globale et cohérente de services d’accompagnement des familles. Mon ambition, c’est que cette offre couvre depuis la naissance de l’enfant jusqu’à son accession à l’autonomie, et qu’elle soit à même de répondre en même temps aux besoins des enfants et à ceux de leurs parents. Les solutions d’accueil du jeune enfant seront renforcées pour permettre aux familles de trouver une solution adaptée à leurs besoins. Il y a en effet des besoins spécifiques des enfants, je pense par exemple au handicap. Et il y a des besoins spécifiques des parents, je pense par exemple aux horaires adaptés, ou encore aux problématiques de conciliation vie familiale – vie professionnelle. Je m’engagerai pour la qualité de l’accueil du jeune enfant, tant individuel que collectif : que l’on parle des crèches ou des assistants maternels, on parle d’investissement pour l’avenir. Avec mon collègue ministre de l’éducation nationale, je travaillerai pour renforcer la liaison avec l’école ainsi que la préscolarisation précoce dans les quartiers prioritaires. Ces objectifs, je veillerai à ce qu’ils soient déclinés à l’occasion de la préparation de la prochaine convention d’objectifs et de gestion de la CNAF, pour la période 2018-2022.

Quant à la politique de soutien à la parentalité, je veux qu’elle soit mieux structurée et plus lisible pour les parents. Nous devons décloisonner et améliorer l’articulation des acteurs les uns avec les autres. Parce que nous devons nous attacher, tous ensemble, à être dans une logique de résultats, non de moyens, pour offrir le meilleur service possible aux parents. Et nous devons, en renforçant la lisibilité de notre action, mieux faire connaître aux familles tout ce à quoi elles ont droit.

Des groupes de travail, ont été lancés pour co-construire, avec l’ensemble des acteurs concernés, une stratégie nationale qui clarifiera les objectifs de cette politique, ses contours, ses principes de mise en oeuvre, et guidera l’action des pouvoirs publics pour les cinq ans à venir. Je sais que l’UNAF y participe activement, et je veux vous en remercier.

JE VEUX AUSSI – C’EST UN DEUXIEME CHANTIER - TRAVAILLER SUR LA PROTECTION DE L’ENFANCE

C’est le rôle de mon ministère de définir la stratégie nationale pour la protection de l’enfance. Je souhaite qu’il le fasse en structurant l’ensemble des interventions auprès des enfants en danger ou en risque de l’être autour des besoins fondamentaux de l’enfant. Parce que, pour protéger les enfants, on ne peut pas faire autrement que de partir de leurs besoins.

Cette stratégie nationale pour la protection de l’enfance nous la construirons, bien sûr, en nous appuyant sur les recommandations du Conseil national de la protection de l’enfance, dans lequel l’UNAF est fortement impliqué, je le sais.

Elle doit faire une large à place à la prévention parce que, comme je vous l’ai déjà dit, il vaut mieux, en matière de politique familiale comme en matière de politique de santé, prévenir que guérir.

Elle devra aussi permettre de lutter toujours plus contre les violences faites aux enfants. A cet égard, je veux vous dire que la mise en oeuvre du premier plan interministériel de mobilisation et de lutte contre les violences faites aux enfants est une des mes priorités.

MAIS LA POLITIQUE FAMILIALE NE S’ARRETE PAS A L’ENFANCE ET A LA PARENTALITE, IL Y A AUSSI D’AUTRES CHANTIERS A CONDUIRE

Je pense par exemple au chantier des solidarités intergénérationnelles. Il faut que nous renforcions le soutien aux aidants familiaux. Ils sont, encore plus que d’autres, sujets à l’épuisement physique et moral, aux maladies. Je mettrai en oeuvre l’engagement du Président de la République de leur assurer un soutien médical plus poussé. Je serai attentive à valoriser les dispositifs de répit : l’accueil de jour, l’hébergement temporaire, le relayage à domicile (souvent appelé baluchonnage), ou encore le congé de proche aidant, qui n’est pas assez connu.

Enfin, nous renforcerons l’information et le soutien aux tuteurs familiaux. La loi du 5 mars 2007 portant réforme de la protection juridique des majeurs a réaffirmé le principe de primauté familiale dans l’exercice des mesures de protection. Pour le rendre effectif, elle a prévu une information ou un soutien aux tuteurs familiaux en vue de les aider à exercer le mandat de protection de leur parent que leur a confié le juge.

Mais moins de la moitié des mesures nouvelles de protection juridique sont exercées par un membre de la famille ou un proche. Aussi, pour développer ce dispositif insuffisamment mis en oeuvre, une dotation supplémentaire de 3 M€ - qui sera déléguée en régions en juillet - permettra à l’Etat de financer en 2017 de nouvelles actions. En parallèle, d’autres travaux vont être engagés pour améliorer d’autres volets de la politique de protection juridique des majeurs. Je pense notamment au pilotage du dispositif, ou encore aux recommandations éthiques et déontologiques pour l’activité de mandataire judiciaire.

JE VAIS FINIR PAR QUELQUES MOTS SUR LA METHODE DE TRAVAIL : DANS LA MISE EN OEUVRE DE TOUTES CES ORIENTATIONS, L’ETAT JOUERA PLEINEMENT SON ROLE, MAIS IL LE FERA EN S’APPUYANT SUR L’ENSEMBLE DE SES PARTENAIRES INSTITUTIONNELS ET ASSOCIATIFS

La politique familiale n’est pas une politique solitaire, c’est une politique partenariale, j’en suis convaincue. Etre ministre de la famille ce n’est pas seulement travailler pour les familles, c’est aussi travailler avec les familles.

Ces dernières années ont vu de grands progrès dans la construction du dialogue entre les différents partenaires : des schémas départementaux des services aux familles ont été déployés, des protocoles de prévention ont été établis, le Conseil national de la protection de l’enfance et le Haut Conseil des familles, de l’enfance et de l’âge ont été installés.

Nous disposons désormais d’instruments très précieux qui nous aideront à mieux éclairer les enjeux, identifier les priorités, fédérer les acteurs du territoire, et mobiliser les énergies. Mais il nous reste à travailler encore pour achever de structurer, autour de l’Etat, la gouvernance nationale de la politique familiale.

Je compte bien m’engager pleinement dans cette perspective. Et je sais pouvoir compter sur l’UNAF et les UDAF pour m’y aider.

Je vous remercie.

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