Réalités Familiales n°118/119

L’argent dans les familles, quels enjeux relationnels à travers les différents cycles de la vie ?

05/07/2017

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Par Nicole Prieur, Philosophe, thérapeute familial - Dirige le conseil scientifique du CECCOF-Formation www.parolespdepsy.com

Liens d’argent, liens de cœur, liens de sang, nouvelles complexités au XXIe siècle. L’argent dans les familles n’est pas qu’une simple monnaie.

LA DOUBLE VALENCE DE L’ARGENT

Les deux niveaux qui le constituent sont particulièrement imbriqués :
- Le niveau purement économique, la valeur monétaire liée à l’argent ;
- Le niveau extra-économique représente toute l’épaisseur symbolique véhiculée par un billet et son implication dans les interactions.
Il participe au vaste réseau d’échanges de dons, dettes et loyautés entre générations qui constituent la dimension éthique du lien familial.
Plus que jamais les transformations de notre société, l’évolution des structures familiales, la révolution anthropologique à l’œuvre au XXIe siècle complexifient l’équilibre entre les liens de sang, de cœur et d’argent.

Les solidarités intergénérationnelles connaissent un développement intense. Aussi bien en tant que dons descendants des générations âgées vers les plus jeunes, qu’inversement. L’entrée plus tardive des jeunes adultes sur le marché du travail, les retours chez les parents en cas de chômage ou de séparation, les transmissions de biens des parents à leurs enfants, l’allongement de la vie et le risque de dépendance des parents vieillissants, tout ceci questionne les liens de filiation, l’appartenance, les sentiments de dette réciproque et interroge chacun dans sa responsabilité et ses devoirs vis-à-vis des autres membres de la famille. Les générations « médianes » se voient dans l’obligation de soutenir et les parents et les enfants, au moment où elles pensaient se libérer un peu de la famille.

Ces liens soudent mais créent aussi des contraintes qui vont à l’encontre des aspirations actuelles à l’autonomie. On voit aussi se renforcer un sentiment de « droit » et « dû » qui peut amener certains jeunes adultes à réclamer par voix de justice davantage d’aide financière de la part des parents.
L’argent circule donc sur plusieurs générations, et même au-delà de la mort des plus anciens, il a une incidence certaine sur l’économie pulsionnelle d’une famille, au moment des héritages, mettant souvent à l’épreuve la fratrie, susceptible d’être tentée par une logique des règlements de comptes.

L’argent est un fait de langage qui véhicule des messages non exprimés en tant que tels. On attend qu’il vienne attester l’importance que l’on a pour les autres, qu’il témoigne amour, affection et attention.
Il soulève des affects et sentiments puissants. C’est un objet de fascination, la richesse pouvant donner l’illusion de puissance. C’est un obscur objet de désir dont on ne mesure pas toujours les conséquences qu’il peut avoir sur la qualité des relations affectives. Quand, dans une famille recomposée, les demi-frères et sœurs ne bénéficient pas de la même aide financière pour leurs études ou leur installation, qu’est-ce que cela induit ? Quand une femme de 35 ans, mère de 2 enfants, retourne vivre chez ses parents après un divorce et/ou chômage, cela transforme et sa place de mère auprès de ses enfants, et sa place de fille auprès de ses parents, et sa place de sœur auprès du reste de la fratrie. Il peut engendrer de la culpabilité, voire de la honte lorsqu’on en gagne peu ou moins que son partenaire, sa fratrie… Il peut fragiliser des identités, engendrer une mauvaise image de soi.

L’argent est un objet paradoxal, pouvant être un facteur de bonne entente et/ou générateur de conflit, au service de l’être et de l’avoir, de l’indépendance et de l’emprise. Il peut venir amplifier les paradoxes que chacun d’entre nous entretient dans nos relations quotidiennes.

Fonctions relationnelles de l’argent au cours des différents cycles de la vie de famille

Dans les familles, il est constitutif du lien, il ordonne des places, organise des relations, il peut parler d’amour comme d’emprise, de solidarité comme d’inégalité, de générosité comme de pouvoir. De plus, un même billet n’aura pas le même impact symbolique aux différents moments de la vie de famille. Chaque cycle de vie appelle un nouvel équilibre relationnel, et introduit une crise « normale », plus ou moins durable, profonde, pouvant être dépassée –presque - sans douleur, ou au contraire se transformer en impasse. A chaque passage d’un cycle à un autre, l’argent aura un rôle différent, en lien avec le précédent.
Situer les relations familiales dans leur historicité est important pour mieux comprendre l’articulation entre toutes ces étapes. Saisir l’objet argent et ses fonctions permettra de mieux en contrôler ses effets.
Nous aborderons ici deux temps forts, la constitution du couple, la naissance d’un enfant et ses premières années.

LE COUPLE ET SON ÉCONOMIE CACHÉE

Sous l’égide du dicton « En amour, on ne compte pas » l’argent demeure tabou, or c’est une des premières causes de conflits. Il fragilise d’autant plus les liens que les partenaires n’osent en parler.

Inégalités de revenus et équité

Une des difficultés à laquelle le couple est rapidement confronté est relative à l’inégalité de revenus, liée aux écarts de salaires entre hommes et femmes. Ces inégalités peuvent rendre difficile le sentiment d’équité auquel chaque partenaire aspire. Souvent les couples pensent qu’il suffit de mettre en place une stratégie budgétaire pour éviter ces pièges et ces risques. Trois stratégies se dégagent.
- Ce qui est à toi est à moi, un seul compte commun. La vision du couple est solidaire, et se structure autour du partage, qui vise à effacer les différences d’apport si elles existent. Symboliquement cela signifie qu’un partenaire + un autre partenaire= un couple (1+1=1). Le « nous » est fort, constitué de deux « Je » qui peuvent s’y fondent.
- Préserver son indépendance, deux comptes séparés. Ce qui prévaut, c’est surtout la volonté de ne pas se fondre totalement dans le couple, il y a deux « Je » qui font vivre le « Nous », mais chaque « Je » se réserve le droit d’avoir une part de « soi » qui échappe au « Nous » et se réalise en dehors du couple.
- Stratégie de la cause commune. Un compte commun est ouvert, à côté de deux comptes personnels. Cela traduit une recherche d’équilibre qui préserve une part d’indépendance tout en ayant une part réservée à la « cause commune » soit le couple ou/et la famille.

Mais, aucun modèle ne préserve le couple d’un sentiment d’injustice, de souffrance, tant la dimension extra-économique a bien plus d’impact sur les relations de couple que sa dimension purement économique. L’équité relève davantage de « l’économie cachée du couple. »

L’économie cachée du couple

C’est la partie immergée de l’iceberg, c’est à dire tout ce qui est en jeu dans la relation, à propos de l’argent mais relève en réalité d’un tout autre ordre. C’est par exemple, tout ce qui se joue implicitement quand un conflit explose à partir de l’achat d’un pull, d’une dépense.
Mettre à jour cette économie cachée est une invitation à aller visiter les fondements du couple, ce qui le renforce, lui permet de durer et d’être épanouissant. Comme par exemple les besoins de reconnaissance de chacun, de réassurances identitaires, affective et existentielle, de confiance mutuelle. Chacun a besoin de sentir qu’il a sa place qu’il est respecté dans son couple. Ce qui consolide une relation amoureuse c’est lorsque chacun aide l’autre à avoir confiance en soi-même, quand chacun renforce l’autre dans son être propre, dans son estime personnelle. Si le couple parvient à mettre en place ces éléments structuraux, cette architecture du lien, alors on pourrait dire que peu importe la stratégie budgétaire mise en place.

Co-construire son rapport à l’argent

L’un est cigale, l’autre fourmi ? En réalité, le rapport que chacun entretient à l’argent est directement façonné par son histoire familiale (a-t-on ou non manqué d’argent ? l’argent était-il sacré dans la famille d’origine ? etc.), et cette part d’héritage symbolique est quotidiennement confrontée à celle de notre conjoint. Ce qui peut susciter nombre d’incompréhensions et/ou de reproches (« Chez moi, on ne jette pas l’argent par les fenêtres » ou « chez moi, l’argent c’est fait pour le plaisir »). Une confrontation qui traduit par ailleurs, au-delà même du rapport à l’argent, une façon différente d’appréhender la vie : certaines natures prévoyantes préfèrent épargner pour se projeter dans le futur quand d’autres, plus épicuriennes, font le choix de profiter du jour présent. Le moindre achat peut alors devenir problématique, parce qu’il sous-tend des peurs, des différences de valeurs, bref des enjeux implicites et souterrains.

Cette part d’héritage symbolique est peu analysée par rapport à d’autres éléments de l’histoire familiale comme les comportements parentaux que l’on ne se gêne pas pour remettre en cause. Critiquer sa famille d’origine sur le plan de l’argent constituerait une attaque virulente, proche d’une trahison que l’on ne se sent pas toujours en droit de faire. Il y a comme un respect qui s’impose : « Mes parents ont fait ce qu’ils ont pu pour que nous ne manquions de rien ». Apparaît une reconnaissance, voire une gratitude que l’on n’observe pas sur les autres plans de la relation parents/enfants. Comme si les dons des parents étaient plus lisibles quand ils étaient matérialisés par l’argent, comme si, pour un enfant, ils étaient plus facilement perceptibles, repérables par rapport à tous les autres dons impalpables.
Compte tenu de cela, il est nécessaire de co-construire une représentation de l’argent commune au couple, dans laquelle chacun se reconnaît tout en se différenciant de sa famille d’origine. La cigale apprendra à économiser un peu sans crainte, la fourmi à dépenser avec plus de plaisir.

Valoriser le « travail non monnayable », qui n’est pas évalué par l’argent.

Dans la mesure où l’argent s’inscrit dans le vaste réseau d’échanges dans le couple, il est important pour la femme de valoriser le temps qu’elle passe au « care » de la famille, à toute l’énergie non monnayable qu’elle passe pour entretenir le réseau amical, les loisirs propices au bien-être du couple.

QUAND L’ENFANT PARAIT

Là, grand changement, l’argent devient un élément explicite et constitutif du lien parental. On en tient compte dans le projet d’enfant on ne veut pas devenir parent sans pouvoir donner le mieux à son enfant, le confort et l’aisance nécessaires à son bon développement. Les réalités concrètes s’imposent d’elles-mêmes, relatives au mode de garde, à la question des congés parentaux ou non, de modifier le travail de la mère ou non.

Évidemment, les différences relatives aux engagements différents des deux familles d’origine vont aussi avoir une influence certaine sur la constitution du couple parental. Comment accueillir les cadeaux généreux des grands-parents sans perdre sa propre place de parents, sans engendrer trop de loyautés, sans perdre son indépendance. Comment gérer les inégalités des dons dans les deux familles d’origine ?

La naissance d’un enfant constitue un moment favorable …

… Pour que le couple co-construise son rapport à l’argent, car autour du berceau les bons sentiments président et on n’a pas envie de conflictualiser les choses, chacun veut le meilleur pour l’enfant.

Chez les jeunes enfants, une conscience précoce et réaliste ….

Dès qu’ils commencent à savoir à compter, les enfants constituent les premières bases de leur rapport à l’argent. Dans la génération actuelle des enfants, en âge de l’école primaire, nés avec le XXIe siècle, il est frappant et nouveau de constater, la conscience précoce qu’ils en ont et la familiarité qu’ils entretiennent très vite avec lui, sans scrupule ni réserve.
Dès 3-4 ans, ils perçoivent l’importance de l’argent dans la société, le pouvoir qu’il peut offrir. Ils voient que, pour obtenir tel ou tel bonbon ou jouet attirant, les parents doivent sortir des billets ou une petite carte de couleur bleue.

Dès 7-8 ans, les enfants sont capables de mettre en place de véritables stratégies pour obtenir ce qu’ils convoitent. Ils connaissent assez tôt, plus ou moins approximativement, le prix des choses, savent combien coûtent les jeux, les vêtements. Ils calculent avec pertinence pendant combien de semaines il faudra économiser l’argent de poche pour s’acheter telle ou telle chose, ils font des prévisions, voire des « stat » sur ce qu’ils recevront à leur anniversaire, à Noël de la part des parents, des grands-parents, marraines, parrains… Bref, certains établissent un véritable budget prévisionnel dès l’âge du primaire !
Du fait du fonctionnement plus démocratique au sein des familles, les petites filles et petits garçons du XXIe siècle sont aussi directement impliqués dans des décisions liées aux grosses dépenses. Ils y participent activement. Ils donnent leur avis sur les vacances, sur l’achat de la voiture, ils orientent des choix. Ils entendent parler factures, frais, pensions à la maison.
L’argent, ce n’est plus une affaire exclusivement d’adultes.

…mais une conscience anxieuse

Sans aucun doute, ce sont des enfants de la crise ! Nés et élevés dans cette réalité. Ils ne sont donc pas épargnés par l’anxiété un peu générale qui les entoure. Cette conscience anxieuse est assez frappante au cours des consultations d’enfants, car elle apparaît depuis peu de temps, environ huit/dix ans.
Les enfants ont, en effet, une sensibilité très forte vis-à-vis de la précarité, même ceux issus de milieux considérés comme favorisés.
La représentation que les enfants ont de l’argent renforce le vécu menaçant du monde qui les entoure, et l’idée que la famille ne les met pas à l’abri des diverses catastrophes. Ils ne perçoivent pas celle-ci comme un cocon séparé du monde, comme on aimerait quelquefois nous le faire croire. Cela a un certain nombre de conséquences psychiques sur leur développement. Les parents tombent ainsi assez vite de leur piédestal : ce sont des personnes fragiles, pouvant être mises en difficulté sur bien des plans. Ce n’est pas facile de les considérer longtemps comme des figures identificatoires, et des figures d’autorité. Pendant l’enfance, la construction du sentiment du continuum d’existence est nécessaire pour forger un peu de sécurité intérieure. Or l’argent n’a plus, aux yeux des enfants, cette fonction. Jusqu’à récemment, il était considéré comme ce qu’on devait amasser, épargner pour préparer l’avenir. Le présent devait assurer le futur. Aujourd’hui, le présent doit d’abord s’assurer lui-même, l’avenir est pour le moins incertain.

…Et confuse

En fait, il y a comme une dysharmonie dans le rapport des enfants à l’argent : d’un côté, une perception précoce ; de l’autre, un manque de maturité inévitable compte-tenu de leur âge. S’ils sont très tôt informés, ils n’ont pas les outils adéquats pour comprendre les rouages subtils de la finance, ils sont submergés par des informations qu’ils n’ont ni le temps ni les moyens d’ordonner ou de rassembler. Ils perçoivent des incohérences qui constituent autant de zones d’ombre et de flou. « Ma mère, je ne la vois pas travailler mais elle dépense, je crois qu’elle est en congé maladie... C’est bizarre » - « Mes grands-parents, ils ont une grande maison avec piscine, et ils ont un appartement à Paris, mais ils disent que depuis qu’ils sont à la retraite, ils n’ont pas beaucoup de sous ».
On peut donc avoir des sous sans travailler, et avoir des maisons sans avoir de sous… Pas facile d’y voir clair !

L’argent de poche, un outil pédagogique précieux

Pour l’enfant, recevoir de l’argent de poche, cela représente indéniablement un passage, passage de la petite enfance à l’enfance. Il est responsabilisé, doit apprendre à gérer des choix, des renoncements, des frustrations, la temporalité du désir qui ne peut être satisfait immédiatement, résister à la pression et aux tentations de la publicité. La gestion de l’argent participe véritablement à son apprentissage de l’autonomie et de la liberté. C’est aussi une occasion pour transmettre aux enfants un certain nombre de valeurs morales. L’argent véhicule des valeurs inhérentes à une famille, chaque billet porte l’empreinte d’un vécu familial, son usage est lié à une histoire, la représentation qu’en fait l’enfant l’inscrit dans une appartenance et une filiation.

L’apprentissage de l’usage éthique de l’argent

Gérer son argent de poche est aussi un moyen d’être sensibilisé aux injustices et inégalités sociales. Cette confrontation dérangeante pourrait être, déjà dans la famille, l’occasion d’échanges plus fournis. L’occasion d’évoquer comment cette pauvreté se met en place, comment les richesses sont inégalement réparties dans le monde, dans les sociétés, comment elle existe aussi ailleurs dans d’autres continents, ouvrir les enfants sur les disparités.
C’est l’occasion d’aborder le risque de la démesure que peut entraîner l’argent. Dire et redire l’importance d’en faire un « moyen » et pas un but en soi. Les échanges pourront mettre en évidence les nuances qu’il est bon d’apporter à propos de l’argent : qu’il est légitime de vouloir en gagner mais pas de n’importe quelle manière, et ne pas en faire un instrument ni de pouvoir ni d’emprise.

L’ARGENT, ENTRE MESURE ET DEMESURE

La dimension morale passe par la prise en compte du besoin de l’autre comme aussi important que le sien propre.

Aristote aborde la question de l’argent sous l’angle du concept de mesure. Dans les deux sens du terme : mesure comme quantification. L’argent, quantifie la valeur marchande d’un bien, en déterminant son prix.
Mais il est, ou devrait être mesure, en tant que modération, modération de son propre désir.

L’usage de l’argent peut être moral, nous dit-il à condition qu’il y ait limitation de son propre désir de pouvoir. Dans une transaction monétaire, on n’échange pas que des biens, il faut aussi se vouloir mutuellement du bien. Ce qui fait obstacle au contrat moral, nous dit Aristote, c’est quand l’argent qui, au départ, n’est qu’un moyen, devient le désir de lui-même, le désir du pouvoir qu’il procure, ou de l’illusion de pouvoir. Il n’y a, alors plus d’échanges entre personnes. Dans ce cas l’argent, instrument de mesure, introduit le risque de la démesure.

La monnaie n’est pas soumise seulement à une loi, une convention économique, mais à une loi morale, sous-jacente, implicite, indispensable pour ne pas déshumaniser l’échange. Il est d’ailleurs intéressant de constater que monnaie, en grec, se dit Nomisma, et a la même origine étymologique que Nomos, la loi. On ne peut pas faire tout et n’importe quoi de son argent, encore moins de l’argent des autres.

Ainsi, la double polarité de l’argent produit inévitablement une tension entre éthique, et pouvoir - tension qu’il faut surmonter sans cesse. Si le désir de pouvoir dépasse l’éthique, on ne respecte plus la loi morale. Le point d’équilibre reste sans cesse à redéfinir.

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