Actualités législatives du 5 au 9 février 2018 : pauvreté à l’école : table ronde de grands témoins et audition des ministres

13/02/2018

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Actualités législatives du 5 au 9 février 2018 : pauvreté à l’école : table ronde de grands témoins et audition des ministres

La commission des affaires sociales et la commission des affaires culturelles se sont réunies le 7 février sur le phénomène de grande pauvreté, facteur d’inégalités scolaires, en réunissant trois témoins qui ont formulé leurs préconisations dans leurs ouvrages, enquêtes ou rapports.

Véronique Decker est directrice d’une école élémentaire de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Dans son dernier ouvrage « L’École du peuple » paru en juin 2017, elle décrit, à partir de récits tirés de son expérience quotidienne, un monde où la mixité sociale n’existe plus, avec des écoles « ghettoïsées ». L’éducation prioritaire n’a pas les moyens de rétablir de l’équité entre les écoles. Quant aux difficultés sociales des parents, elles sont très importantes : nombre d’enfants n’ont pas de logement, les dispositifs sociaux qui existaient pour accompagner les gens disparaissant les uns après les autres.

Marie-Aleth Grard, vice-présidente du mouvement ATD Quart Monde, insiste sur la confiance à instaurer entre élèves, parents et enseignants. Selon l’association, il est indispensable de changer de regard sur la pauvreté.

Inspecteur général de l’Éducation nationale, Jean-Paul Delahaye, qui a été Directeur général de l’enseignement scolaire au ministère de l’Éducation nationale, s’est vu confier en 2015 une mission sur la grande pauvreté et la réussite scolaire. Dans son rapport « Grande pauvreté et réussite scolaire : le choix de la solidarité pour la réussite de tous », il observe notamment combien la question de la restauration scolaire, des fournitures scolaires, celle des matériels nécessaires pour certaines formations, le coût des sorties, sont sensibles pour beaucoup de familles. Le rapport pointe que l’échec scolaire des enfants des milieux populaires résulte pour partie de l’organisation du système scolaire qui persiste à trier et sélectionner les élèves. L’État devrait garantir, non une égalité des chances, mais une égalité des droits sur l’ensemble du territoire.

L’après-midi les deux ministres, Mme Agnès Buzyn, Ministre des solidarités et de la santé, et M. Jean-Michel Blanquer, Ministre de l’Éducation nationale sont intervenus dans le cadre de ce travail parlementaire pour présenter les dispositifs mis en place par le Gouvernement.

Au cours de l’audition, M. jean-Michel Blanquer a mis en avant la nécessité de la bonne relation parents-école comme facteur de réussite d’un système éducatif. « La question du lien avec les parents est un sujet dont nous parlons beaucoup avec Agnès Buzyn car c’est faire d’une pierre plusieurs coups en étant attentif à la communication qui existe entre l’institution et les parents d’élèves. C’est pourquoi il y a un dispositif qui existe déjà et auquel je souhaite donner plus d’ampleur. C’est le dispositif de la mallette des parents, qui est un moyen notamment en début d’année à l’occasion de réunions en petit groupe de rencontrer les parents d’élèves a fortiori dans les zones les plus défavorisées et à l’occasion de ces rencontres de faire passer un message de confiance mutuelle entre les parents et l’école et qui parfois peuvent déborder sur d’autres questions telles que la santé et pour ne prendre qu’un exemple la question du temps de sommeil nécessaire. Ce sont autant de sujet sur lesquels on a besoin de se parler et que les objectifs soient partagés entre les parents et l’école. C’est un point décisif car la bonne relation parents-école est un des facteurs de réussite d’un système éducatif »

Dans son intervention, Mme Agnès Buzyn a mis en avant la question de la pauvreté des enfants et des jeunes : « J’ai été frappé par le changement de visage de la pauvreté dans notre pays, notamment par l’accroissement important de la pauvreté des enfants et des jeunes et pour vous donner quelques chiffres 3 millions d’enfants vivent dans des familles, qui vivent sous le seuil de pauvreté : cela représente 20 % des enfants français, 33 % des enfants, qui vivent en famille monoparentale. Ces sont des chiffres exorbitants et il m’a semblé nécessaire de cibler ce plan de lutte contre la pauvreté sur la pauvreté des enfants et des jeunes parce-que je considérai que ce n’était pas tolérable que les enfants pauvre d’aujourd’hui soient les adultes pauvres de demain. Car nous savons que c’est cette dynamique vicieuse qui s’instaure car quand on vit dans un milieu pauvre dans l’enfance, on n’accède pas à la prévention, à l’emploi, à la formation, à l’éducation de la même façon qu’un enfant favorisé. Quelque part le droit commun ne suffit pas pour sortir ces familles et ces enfants de la pauvreté. Nous avons ciblé la stratégie que nous souhaitons mettre en œuvre sur cette population particulière, qui est une spécificité assez française et notamment le caractère d’assignation à résidence de ces populations dans la pauvreté est une caractéristique française. Cela n’a pas été simple auprès des associations au départ, qui souhaitaient que le plan envisage la pauvreté de l’ensemble de ses composantes. Il nous a semblé cependant qu’un ciblage ne voulait pas dire que l’on excluait les autres populations mais qu’au contraire elles pouvaient être embarquées par un certain nombre de mesures, notamment que nous embarquions par ce plan les familles pauvres et nous aurions de toutes façons des mesures contre la grande exclusion. »

Retrouver l’intégralité des auditions des ministres en regardant la vidéo

@ : cmenard unaf.fr

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