Pouvoir d’achat

L’UNAF auditionnée par la mission d’information sur la mesure des grandes données économiques et sociales

29/01/2008

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L’UNAF a été auditionnée, le 23 janvier 2008, par la mission d’information sur la mesure des grandes données économiques et sociales sur le pouvoir d’achat.

Le Président de l’UNAF, François Fondard, accompagné de Marcel Fresse, Administrateur et de Jean-Louis Dubelloy, Coordonnateur, ont été auditionnés le 23 janvier 2008. Ils ont été reçus par le président de la mission, Pierre-Alain Muet et par le rapporteur, Hervé Mariton, qui leur ont accordé une écoute cordiale et attentive.

Après avoir donné une vision globale du point de vue des familles et de leur ressenti sur l’évolution récente du pouvoir d’achat, l’accent a été mis sur l’originalité de l’expérience menée par l’UNAF depuis maintenant plus de cinquante ans, avec les budgets-types familiaux qu’elle calcule chaque mois. Ils illustrent toute la différence que l’on doit attendre entre une mesure des prix, et une mesure des dépenses, beaucoup plus proche d’une évaluation du coût de la vie. L’UNAF a essentiellement insisté sur le fait qu’un pouvoir d’achat se mesure par référence à des dépenses et non à des prix.

Petit rappel : L’Assemblée nationale a créé une mission d’information sur la mesure des grandes données économiques et sociales. Cette mission, commune à la commission des finances, à la commission des affaires économiques et à la commission des affaires culturelles, réalisera d’ici avril 2008, un rapport portant principalement sur la mesure des prix et du coût de la vie.


Ci-dessous, la note remise à la mission

Assemblée nationale, Mission d’information commune « Grandes données économiques et sociales » : audition de l’UNAF au sujet de la mesure du pouvoir d’achat, le 23 janvier 2008.

Le passage à l’euro semble être le catalyseur d’un sentiment grandissant dans la population que l’évolution du coût de la vie est sous-estimée par les indicateurs macro-économiques. L’instrument principal de mesure en la matière, devenu universel, est l’indice des prix de l’INSEE. Cet indice est-il faux ? Est-il aussi universel que l’usage qui en est fait le laisserait supposer ? Existe-t-il d’autres moyens de connaissance et de mesure ?

1/L’indice de l’INSEE : un très bon instrument, mais pas universel :

Comme le relève le Centre d’analyses stratégiques, « L’indice des prix à la consommation (IPC) calculé par l’INSEE mesure la variation du niveau général des prix entre deux périodes. Il ne s’agit ni d’un indice de dépense ni d’un indice de coût de la vie, mais d’un instrument de mesure de l’inflation, fondé sur l’observation mensuelle des prix... » (Note de veille n°32, 30 octobre 2006).

L’UNAF tient en très haute estime l’indice calculé par l’INSEE, et préconise d’orienter les recherches vers l’analyse non plus seulement des prix, mais aussi et surtout des dépenses : nombreux sont ceux qui pensent que les relevés des prix sont corrects, mais qu’ils ne reflètent pas exactement l’évolution de la consommation des ménages, et que l’impression de perte de pouvoir d’achat doit être au moins aussi liée - sinon plus - à l’évolution des dépenses qu’à celle des prix, la notion de « dépense » devant être entendue au sens le plus commun du terme (sortie d’argent, débours) et non au sens plus restreint que lui confèrent les économistes.

2/ Distinguer prix et dépenses :

Prix et dépenses sont deux notions distinctes : leurs conséquences sur le pouvoir d’achat peuvent en effet varier différemment dans certaines circonstances. En voici deux exemples :
Lorsque les prix étaient encore soumis au contrôle des pouvoirs publics, il s’est trouvé une période où le prix de certaines catégories de pain a été bloqué (gros pain, essentiellement). Mécontents, les boulangers ont cessé de fabriquer ces catégories. Le résultat, peu après, fut que le prix du pain n’avait pas changé, mais que les dépenses de certains ménages, elles, avaient bien augmenté : le poids et la quantité du pain consommé restant les mêmes, la consommation s’était reportée du gros pain sur la baguette, plus coûteuse mais seule disponible.
Prenons deux salariés qui gagnent actuellement le même salaire, et qui reçoivent une augmentation de 3%. Le premier, locataire de son logement, est obligé d’aller à son travail en voiture : son pouvoir d’achat régresse en raison de la forte augmentation des loyers et des carburants. Le second, propriétaire de son logement, peut gagner son travail par les transports en commun : son pouvoir d’achat augmente.

3/ Nécessité d’une panoplie d’instruments :

L’INSEE a été mandaté pour construire un indice de prix, et il s’est acquitté de sa tâche avec un succès indéniable. Mais on ne peut faire dire à un instrument, aussi perfectionné soit-il, davantage que ce pour quoi il a été conçu, et l’indice des prix n’est en aucun cas un indice de dépenses.
D’autre part, de la même façon que la comptabilité nationale , il s’agit d’un instrument qui reflète une évolution globale, et qui ne peut donner une image des multiples situations souvent très disparates. Il est délicat, d’ailleurs, de lui demander une vision plus fine, dans la mesure où il sert d’index à peu près universel contre l’inflation : peut-on mettre en œuvre des indexations appuyées sur des instruments diversifiés ? L’idée est séduisante, car elle permettrait de diminuer un facteur d’injustice et d’inflation : lorsque tout le monde se réfère à un seul repère, d’un côté l’indexation ne reflète pas l’intégralité de l’évolution des prix des secteurs où il y a réellement eu montée des prix, mais d’un autre côté, elle profite indûment aux secteurs dont les prix ont peu ou pas évolué. Recourir à un seul index peut être facteur d’inflation.

Ceci militerait donc pour la recherche d’une certaine diversité dans les instruments de mesure, et si l’UNAF préconise depuis bien longtemps qu’un indice de dépenses vienne compléter l’indice des prix, il faudrait là aussi une diversité des champs d’analyse (types de ménages et de situations, essentiellement). Bien entendu, tout n’est pas réalisable immédiatement, mais l’indice des prix n’a pas été construit en une fois, et l’important est d’entamer les travaux.

4/ Des phénomènes nouveaux :

Lorsque l’on veut mesurer l’évolution des dépenses, il faut tenir compte d’un trait particulier de la consommation moderne, qui tend à déplacer sans cesse les achats vers des produits plus divers. Or les raisons de cette diversité se modifient avec les nouveaux moyens dont dispose l’appareil commercial. L’attitude théoriquement rationnelle du consommateur, qui va se tourner vers le produit qui lui semble le plus avantageux, se heurte maintenant de plus en plus aux possibilités d’action de la grande distribution. Celle-ci peut modifier très rapidement l’assortiment des produits proposés, rendre subreptices des augmentations de prix, et imposer des modifications de dépense. La revue LSA (Libre Service Actualité) a montré récemment les effets de la montée en gamme des assortiments de produits offerts. La comparaison des prix des biens éliminés des rayons des magasins, avec ceux des biens destinés à les remplacer a accusé en 2007 une hausse de 8,8 % sur un an, avec des sommets à plus de 50% ! Le prix d’un bien précis peut très bien ne pas varier, et donc ne pas entraîner de variation de la mesure, mais s’il devient absent des rayons, l’achat du client devra bien se reporter sur un autre bien de remplacement, dont le prix, lui, ne sera généralement pas le même.

Et certains autres aspects des stratégies commerciales, bénéfiques pour l’usager, sont sources de casse-tête pour le statisticien chargé d’enregistrer des variations de prix ou de dépense : comment évaluer des politiques tarifaires qui font de chaque cas une exception ?. Y a-t-il maintenant dans un train beaucoup de passagers qui paient le même prix pour une même prestation ? Comment en tirer une évaluation représentative qui soit à l’abri des critiques faciles ?

5/ Le cas des dépenses contraintes :

Sur la notion de dépense : celle qui est prise en compte, logique pour les économistes, est trop restrictive si l’on veut étudier le pouvoir d’achat. Les ménages sont en effet conduits à supporter des frais non pris en compte par les instruments actuels. Sans avoir la prétention d’apporter une réponse exhaustive, on peut évoquer des voies de recherche, dont il faudrait examiner attentivement la pertinence, et voir ensuite s’il est possible d’en réaliser l’évaluation répétée dans le temps.

Ainsi, certains « débours », non considérés comme des dépenses, sont pourtant bien supportés par les ménages, qui doivent en soustraire le montant de leurs ressources. Et ceci sans porter de jugement sur leur légitimité, puisque le premier exemple qui vient à l’esprit est celui des impôts directs, mesurés par ailleurs, mais pas dans un indice de prix. Or les impôts locaux connaissent une hausse qui pèse sur les esprits. Dans un contexte de mondialisation, qui impose de prendre en compte l’ensemble des phénomènes qui modèlent le comportement économique, ce genre d’omission devient une erreur lorsqu’on étudie non plus seulement les prix, mais le coût de la vie.

Le cas du logement appelle une réponse plus élaborée que celle que peut donner un indice de prix. Il est indéniable que l’achat constitue un investissement. Mais la mesure du pouvoir d’achat doit en tenir compte d’une autre manière que celle qui est utilisée actuellement : il s’agit bien d’un « débours », dont les conséquences pour le ménage sont ressenties d’un point de vue comptable : la vente ultérieure du bien n’est dans la plupart des cas qu’une hypothèse, l’intention étant bien de se loger, et le résultat concret, de diminuer dans l’immédiat les facultés de dépenses.

D’autres dépenses appellent une étude. Certaines d’entre elles sont étrangères à un indice de prix, mais pourraient peut-être être intégrées dans un indice de dépenses ; d’autres relèvent du comportement (contraint) des consommateurs et excèdent l’objet de cette note, centrée sur l’évaluation. Mais elles constituent autant de pistes de réflexion, qui nécessiteraient un approfondissement :

Les contraintes imposées aux consommateurs. La multiplication des abonnements (téléphonie, internet, notamment) peut entraîner l’apparition de certains frais qui n’étaient auparavant que tout à fait exceptionnels - résiliations d’abonnements et pénalités parfois très lourdes, par exemple. La connaissance des clients, souvent insuffisante, des conditions matérielles, juridiques et financières des rupture des contrats sont cause de bien des déboires. La toute récente « Loi Chatel » ne fait, sur ce point précis, que réaffirmer la captivité des consommateurs. Mais on en trouve d’autres exemples avec la vente plus ou moins forcée, plus ou moins subreptice, de biens ou de services inutiles ou redondants. : polices d’assurances couvrant plusieurs fois le même risque (par exemple, même si le coût est très faible dans ce cas, le rapatriement en cas d’accident à l’étranger, couvert par des contrats spécifiques, mais aussi par une carte de crédit, par une assurance auto, voire par des extensions de l’assurance-logement, et d’autres encore...), ou couvrant inutilement des risques improbables pour un client mal informé ; achats groupés, dont les banques nous donnent des exemples significatifs avec leurs « paquets » de services dont certains éléments sont parfois inutiles, là encore, pour le client, mais qu’il doit acheter avec le reste.
Le cas des transferts de risques et de frais. La grande distribution reporte sur le client l’entreposage et la conservation des produits. C’est le client qui se dotera de la place et des dispositifs de conservation des aliments, par exemple, et qui devra donc en supporter les frais (achat de l’équipement nécessaire, coût de fonctionnement) mais aussi les risques (conséquences d’une panne...). Ces risques, sans être fréquents, constituent une forme de dépense qui n’est pas prise en compte par une étude sur la variation des prix, et dont on pourrait trouver d’autres exemples...

6/ L’amélioration des échelles d’équivalence :

Les échelles d’équivalence (dites aussi d’unités de consommation) permettent d’attribuer à chaque personne d’un ménage la part des dépenses qui peut lui être attribuée, compte tenu des économies d’échelle.

Il existe plusieurs échelles (« d’Oxford », Eurostat, sont les principales). Sans prétendre à une exactitude absolue, ces instruments sont précieux, mais encore insuffisants.

Ainsi, la plus communément utilisée (échelle Eurostat) attribue 1 part au premier adulte, 0,5 part à toute autre personne de 14 ans et plus, et 0,3 part aux enfants de moins de 14 ans. Ce manque de détail selon l’âge est regrettable. La première des échelles d’Oxford, par exemple, maintenant obsolète, prenait en compte cinq tranches d’âge. Les lacunes concernant les grands enfants et les jeunes adultes non autonomes sont devenues particulièrement sensibles.

On peut également regretter que les échelles actuelles omettent l’effet du rang (un enfant de 12 ans n’a pas exactement le même montant de dépenses selon qu’il est l’aîné ou le cadet, par exemple).

Nous souhaiterions donc qu’un organisme officiel approfondisse ces instruments d’analyse pour mieux appréhender le montant des dépenses correspondant d’une part aux divers âges, tout particulièrement à ceux qui s’étalent de la prime enfance jusqu’à l’entrée dans la vie active (au-delà du découpage actuel limité aux plus et moins de 14 ans), et d’autre part à différentes situations relatives à la taille du ménage (y compris pour les diverses catégories de personnes isolées).

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