RSE

L’UNAF a assisté aux Premières rencontres parlementaires sur le thème de la Responsabilité Sociale et Environnementale (RSE)

29/04/2008

Le jeudi 10 avril 2008, l’UNAF a participé aux premières Rencontres parlementaires sur la Responsabilité Sociale et environnementale (RSE). Cette rencontre s’est tenue à la Maison de la Chimie, sous l’impulsion de Monsieur Alain Gest, député de la Somme et président de la sous-commission Environnement et Territoire à l’ Assemblée Nationale.

Depuis la loi "Nouvelles Régulations Economiques" (NRE), votée en 2001, les entreprises cotées en bourse sont tenues d’inclure, dans leur rapport annuel à leurs actionnaires, les informations concernant les conséquences sociales et environnementales de leurs activités. Environ 50 % d’entre elles ont appliqué cette loi.

L’objectif de la rencontre : mesurer l’impact financier de cette loi, évaluer le maintien de la compétitivité des entreprises en question et envisager la possibilité de son extension aux PME, voire à l’ Etat lui-même ainsi qu’aux collectivités territoriales.

Car, la commande publique dans son ensemble, génère 15% des émissions de GES (Gaz à Effet de Serre) et la lutte contre le réchauffement climatique doit être l’affaire de tous, public ou privé.

Deux tables rondes se sont succédées :

1. La dimension environnementale

Claude Kergomard, climatologue, a confirmé la réalité et la rapidité du changement climatique et la responsabilité de l’ humanité dans ce domaine. Il a rappelé la nécessité absolue de l’éthique de responsabilité vis-à-vis des générations futures et des plus pauvres, ainsi que l’éthique de conviction dont nous devons faire preuve par l’exemplarité ;

Jacques Brégeon, directeur du Collège des Hautes Etudes de l’Environnement et du Développement Durable (CHEE&DD), a rappelé les grands enjeux du Développement durable (DD). A côté du réchauffement climatique, la fin de l’énergie pas chère, la quête des ressources en eau, l’alimentation et matières premières, l’explosion démographique annoncée pour 2050 (9.5 milliards d’habitants) vont mettre l’écosystème planétaire en danger. Il faudra s’accorder à la fois sur les objectifs (viable, vivable, équitable) mais aussi mettre en œuvre des politiques dans un cadre éthique (Global Compact ) de précaution, de responsabilité et de transparence, et ces politiques devront être évaluées ex et ante. Il s’agit d’inventer un nouveau monde en intégrant les contraintes du présent ;

Arnaud Lucaussy de SFR, a rappelé que le secteur des Télécommunications permet de communiquer à distance et donc de réduire les GES, tout en favorisant le savoir.
Rappelons que SFR possède 16.000 sites antennes en France, a 18 millions de clients dont un million reçoit sa facture par internet. Les choix de l’entreprise se font à la fois sur l’économique (consommation de matières premières, recyclage des mobiles, visio conférences, etc.) et sur le social (aide pour l’association « La Voix de l’ Enfant », intégration paysagère des sites antennes) ;

Joan Péan, de l’agence de conseils en Développement Durable « La Fibre » a souligné l’urgence de faire prendre conscience à l’opinion publique, des enjeux du développement durable même si les enfants sont déjà très au courant et les parties prenantes des entreprises de plus en plus intéressées. Pour simplifier, les entreprises sont passées d’une phase de réactions à des problèmes environnementaux ou sociaux (pollution, travail des enfants, etc.) à une phase de responsabilité (agences de notation, image de marque, sources d’économies, conserver les salariés, etc.) afin de se retrouver dans un cercle vertueux ;

Monsieur Doucin, de Max Havelaar, a expliqué les missions de son association qui intervient sur les 3 domaines du Développement durable : économie, avec des prix minimum garantis et des contrats durables, environnement en limitant l’emploi de pesticides et d’engrais, en favorisant l’agriculture bio et familiale et en respectant la biodiversité ; social en aidant à l’organisation des producteurs en coopératives.

2. La dimension sociétale

François Fatoux, de l’ ORSE (Observatoire sur la Responsabilité Sociale des Entreprises) a souligné que la loi RSE est plutôt destinée aux grandes entreprises et qu’elle est difficilement applicable aux PME en l’état. Si l’on veut appliquer la loi à l’Etat lui-même et aux collectivités territoriales, il faut réformer l’Etat. Quelques principes à mettre en œuvre : pragmatisme (audit, labellisation …), démarche de progrès dans la durée, implication des parties prenantes (dialogue, engagement …) et regard croisé public-privé ;

Anne-Sophie Leroy, coordinatrice DD de la branche Exploitation de Total a fait part de l’ expérience qu’elle a vécue en Afrique. L’industrie pétrolière (très intensive en capital) agit dans des pays pauvres où la main d’œuvre est précaire et peu formée et dont la gouvernance est fragile (publication des sommes versées par le groupe aux gouvernements). Total engage des personnels qualifiés sur place et forme en apprentissage la main d’œuvre non qualifiée, renforce le tissu économique local par le microcrédit et cherche à améliorer ses relations avec les communautés riveraines ;

Gilles Vermot-Desroches, comité ONG-Entreprises du MEDEF, directeur DD de Schneider Electric a rappelé les trois enjeux pour Schneider Electric :

- 1) être leader du marché local dans les PVD et en produisant partout ;
- 2) être en transformation permanente ce qui implique l’importance du capital humain et une bonne gestion des ressources humaines pour retenir les collaborateurs
- 3) le Développement durable qui "change la donne", par ex. 100.000 salariés manquent pour mettre en œuvre l’efficacité énergétique dans le bâtiment.

Il constate également :

- que la loi NRE implique des progrès dans la concurrence entre entreprises ;
- que les mentalités face au Grenelle de l’Environnement ont évolué : (le thème du développement durable jusqu’alors réservé aux spécialistes s’ouvre au dialogue avec la société civile) ;
- que l’enjeu sociétal de l’entreprise est d’avancer collectivement (enjeu mondial d’engagement sociétal) et de s’adapter rapidement pour faire face à un monde qui change.

Jean-Marie Descarpentries, président de l’association Fondact constate qu’il y a une nécessité urgente à réconcilier capital et travail. Contrairement au modèle anglo-saxon actuellement dominant, les salariés doivent être bénéficiaires et pas seulement acteurs pour être motivés. Il préconise trois types de mesures :

- 1) Mise en place d’un tableau de bord de progrès humain sur lequel l’on mesurera les points de satisfaction du collaborateur :

- + d’avoir : emplois, salaires, bonus , actionnariat,…
- + de bien être qui entraine la motivation : conditions de travail, santé, équilibre vie privée/vie professionnelle, responsabilité, reconnaissance, fierté,…
- + de savoir : améliorer l’employabilité par la formation continue
- + de responsabilité sociétale : en intégrant les personnes handicapées, les minorités visibles, les jeunes des banlieues, etc ;

- 2) Le partage des progrès par l’intéressement (qui touche seulement 8 millions de salariés en France sur 21 millions). La participation doit être considérée comme le dividende du travail , équivalent au dividende actionnarial, le capital étant rémunéré par l’augmentation de valeur des actions ;

3) Le développement des relations entre le Parlement et les entreprises qui ne se connaissent pas assez. Il faut stopper l’inflation des lois qui étouffe les entreprises et proposer des mesures structurantes (bilan de progrès humain, dividende du travail et pas seulement du capital, pas de bonus pour les PDG qui procèdent à des licenciements collectifs, l’ Europe doit montrer l’exemple …)

Marcel Grignard, secrétaire national CFDT rappelle que la loi de modernisation sociale a organisé une nouvelle articulation entre le capital et le travail. Les entreprise doivent se re-responsabiliser car le tissu social a éclaté et l’intérêt commun est difficile à percevoir. La Responsabilité Sociale et environnementale est le moyen de repenser globalement l’intérêt des individus et celui de la société. Cependant, les trois domaines du développement durable ne doivent plus être abordés de manière cloisonnée. Pour réussir le pari du Développement durable, il faut offrir aux salariés les moyens de cette mutation.

Alain Gest a conclu cette rencontre : le changement climatique et ses causes humaines sont aujourd’hui connus. Il faut du volontarisme pour obtenir des résultats et l’Etat, en France, doit être exemplaire. La démographie mondiale représente un formidable défi mais bien souvent, les délais restent trop longs entre l’alerte donnée et les premières mesures prises (25 ans pour le changement climatique par exemple.)

Toutefois, des éléments sont rassurants : espoir dans le progrès technique, prise en compte des ressources humaines, facteurs d’économie sur les entrants.
Des nouvelles mesures d’évaluation avec des tableaux de bord sont à prévoir ainsi que l’extension de la Responsabilité Sociale et environnementale à l’Etat et aux collectivités territoriales. Afin de ne pas risquer un conflit d’intérêt entre le social et l’environnemental, la prise en compte du capital humain est importante tout comme l’écoute pour mettre en œuvre la cohérence des valeurs.

Haut de page