Trois questions à ...

Michel Godet

30/09/2003

Illustration article Michel Godet, professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers, titulaire de la chaire de prospective industrielle, est auteur du livre "Le choc de 2006" (ed. Odile Jacob, 2003).

Dans votre ouvrage, vous mettez l’accent sur les implications de ce choc démographique... quelles sont elles pour la politique familiale ?
La démographie est la clef pour plusieurs questions clefs de la politique familiale : celle de la natalité, des retraites, de la place de la jeunesse... Notre pays a connu récemment une embellie de sa natalité, embellie qui s’avère aujourd’hui fragile. Dans une société vieillissante, si la natalité ne se redresse pas, les jeunes seront de moins en moins nombreux à devoir payer toujours plus pour leurs ainés. La représentation politique joue contre eux. Par exemple, les femmes de 25 à 39 ans qui mettent au monde les trois quarts des enfants ne représentent que 12% des votes. Au total, plus des deux tiers des ménages (au sens de l’INsee) n’ont pas d’enfants. Que ce soit par l’accueil de familles étrangères ou par un regain de natalité, il faut atténuer le rétrécissement de la base de la pyramide des âges.

D’où vient l’essoufflement démographique ?
Le désir d’enfant n’est pas moindre qu’auparavant. seulement les familles sont rationnelles : elles ont compris qu’en ayant moins d’enfants, elles vivaient plus à l’aise et étaient mieux à même de transmettre un bagage pour la vie.
Tous les indicateurs de niveau de vie en fonction du nombre d’enfants montrent un seuil de dégradation pour les familles de trois enfants. 25% des couples avec 3 enfants déclarent ainsi "qu’ils y arrivent difficilement"’.
Les entreprises ont leur responsabilité : car trop souvent elles briment celles qui exercent des responsabilités et qui dans le même temps, préparent l’avenir. Ces dernières sont culpabilisées et l’on sait que les 4/5 des tâches domestiques leur reviennent. Rappelons que le taux d’activité des femmes chute fortement au troisième enfant.

Que conseilleriez-vous aux pouvoirs publics en matière de politique familiale ?
La France est en Europe un des seuls pays à avoir gardé une certaine politique familiale. C’est un héritage du Gaullisme de la Libération, mais à force de confondre politique familiale et politique sociale, cette politique est délaissée.
Depuis 1958 la place de la branche famille au sein de la Sécurité Sociale s’est réduite de 35% à 12%. Les prestations versées à celles appartenant aux familles aisées ou de revenus moyens ont fortement diminué, sans qu’ait été véritablement améliorée la situation de leurs homologues modestes.
Plus généralement, faute d’une politique familiale volontariste, on verra se multiplier les familles "peau de chagrin" et la solitude des plus âgés.
Il faudrait aussi des mesures fortes, comme des bourses d’étude automatiques pour les enfants de familles nombreuses, ou faire en sorte que les réductions pour les transports soient aussi avantageusespour les familles nombreuses que pour les personnes âgées, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
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