Depêche de l’Agence Focus

Rémy Guilleux (UNAF) : “Politique familiale et politique de la jeunesse ne s’opposent pas : elles sont complémentaires.”

01/09/2009

Illustration article

De l’agence Focus - Le débat public sur les propositions de la Commission de concertation sur la politique de la jeunesse, publiées le 7 juillet dernier (Voir Articles Liés), reste encore ouvert pour deux à trois semaines, mais les réunions techniques et interministérielles ont déjà commencé. Inquiet de l’absence de réaction de l’exécutif à la suite de la publication de ce “Livre vert”, le haut commissaire à la jeunesse à été rassuré le 20 juillet dernier par Nicolas Sarkozy. “Il m’a dit, a précisé Martin Hirsch après avoir été reçu à l’Elysée, que sur les jeunes, il était décidé à avoir une politique forte et ambitieuse” (Voir Articles Liés). Et cela semble bien être aujourd’hui, pour le président de la République, une des priorités de la rentrée. Rémy Guilleux, administrateur de l’Union nationale des associations familiales (UNAF), qui a participé activement depuis le mois de mars aux travaux de cette Commission de concertation, a précisé à l’Agence Focus les enseignements qu’il a tiré de cette démarche tout en soulignant que l’UNAF reste “disponible pour prolonger la réflexion, convaincue de la nécessité de valoriser la complémentarité entre politique familiale et politique de la jeunesse”. Un point sur lequel l’UNAF demeurera vigilante. Et une précision qui peut être utile à l’heure des arbitrages.
Comment, de votre point de vue, se sont déroulés ces quatre mois de concertation ?
Rémy Guilleux : A la demande du président de l’UNAF, François Fondard, j’ai effectivement suivi les travaux de la commission de concertation sur la politique de la jeunesse présidée par Martin Hirsch, haut commissaire. L’UNAF a participé à tous les groupes de travail mis en place au sein de cette commission ; six groupes spécifiques ont conduit leurs travaux selon des calendriers différents mais toujours avec un rythme intense.
Plusieurs propositions de l’UNAF ont été reprises dans le livre vert notamment sur l’orientation, sur la formation en particulier en alternance, sur le logement, sur la santé, sur la citoyenneté ainsi que sur les ressources, même si sur ce sujet, les débats ont été plus difficiles.
L’UNAF a apprécié l’ambiance qui a régné tant dans les groupes de travail que lors des séances plénières. Qualité d’écoute, profond respect des expressions des uns et des autres ont toujours été présents. Je crois que cela mérite d’être souligné parce qu’on a pas très souvent la possibilité de travailler dans un tel état d’esprit sur des sujets aussi sensibles.
Quels sont, pour vous, les premiers enseignements qui se dégagent de cette concertation ?
R.G. : Tout d’abord, l’affirmation d’une considération, d’une ambition pour la jeunesse, pour toute la jeunesse, l’expression d’un message fort en direction de tous les jeunes ; étant entendu que la jeunesse n’est pas un groupe homogène et qu’il sera nécessaire de conduire des actions ciblées. D’autre part, la volonté exprimée par la commission d’inscrire les propositions dans une démarche qui valorise les talents et les atouts plutôt que les limites des jeunes. Ce comportement nous parait très important en particulier dans le domaine de l’orientation et de la formation.
Sur quels aspects avez-vous particulièrement insisté ?
R.G. : En premier lieu, l’UNAF a rappelé avec force qu’il ne doit pas y avoir opposition entre politique familiale et politique de la jeunesse. Pour l’UNAF, c’est un principe essentiel. L’UNAF a aussi souligné que le processus d’entrée dans la vie d’adulte pour une jeune est progressif avec des étapes, des transitions, des hésitations. C’est le résultat d’une construction continue qui commence dès le plus jeune âge. C’est donc un processus qui se vit d’abord au sein des familles, quelles qu’elles soient.
Est-ce que vous avez eu à cet égard des craintes et pensez-vous avoir été écoutés ?
R.G. : En effet, certaines contributions proposaient de reconsidérer la question du quotient familial et des allocations familiales au delà de 18 ans. La tentation peut effectivement être grande de « ponctionner » les allocations familiales pour répondre partiellement aux besoins de financement nécessaires à la mise en œuvre d’une politique de la jeunesse. A l’UNAF, nous considérons que le quotient familial est un des éléments structurants de la politique familiale. Le remettre en cause, c’est remettre en question la politique familiale dans sa globalité. Nous ne pouvons pas l’imaginer et nous avons d’ailleurs clairement indiqué que nous ne pourrions que nous opposer à une telle perspective. Nous pensons avoir été entendus. Pour autant, certaines questions ne sont pas tranchées notamment celles des ressources des jeunes.
Précisément, sur la question des ressources, que pensez-vous des propositions qui ont été faites ?
R.G. : Sur cette question le débat reste ouvert. Deux scenarii ont été proposés : le premier consisterait à mettre en place pour chaque jeune une dotation en capital, le second correspondrait à un dispositif d’actions ciblées telles que nous en avons déjà connues par le passé. La question n’a pas été tranchée.
En revanche, me semble-t-il, deux volontés ont été clairement exprimées : d’une part, apporter dès maintenant des réponses aux situations d’urgence dans lesquelles se trouvent certains jeunes, d’autre part, engager une démarche d’expérimentation sur les différentes propositions en matière de ressources.
En tout état de cause, pour l’UNAF, les dispositifs d’accompagnement des jeunes en matière de ressources devront placer le jeune au centre de la démarche, l’inviter à la responsabilité et éviter de l’ « enfermer » dans une situation d’assistance. Enfin la solution retenue devrait respecter le rythme de chaque jeune dans son environnement familial, avec ses étapes, ses hésitations et ses transitions. Pour les jeunes en situation de grande difficulté, l’UNAF souhaite que des actions soient mises en œuvre dans les meilleurs délais. En effet, face à ces situations, il faut être pragmatique et efficace pour éviter à tout prix que des jeunes s’enfoncent inexorablement dans l’exclusion professionnelle et sociale.
Et maintenant qu’allez-vous faire ?
R.G. : Le 06 Juillet lors de la dernière séance plénière de la commission de concertation, Monsieur le Haut Commissaire Martin Hirsch nous a invité à ne pas nous arrêter en chemin, à imaginer des réponses aux problèmes qui n’ont pas été complètement traités, à rappeler que ce livre vert constitue un puits de « matériaux » susceptibles de contribuer demain à l’élaboration d’une politique de la jeunesse.
L’UNAF reste disponible pour prolonger la réflexion, convaincue de la nécessité de valoriser la complémentarité entre politique familiale et politique de la jeunesse. L’UNAF sera vigilante sur ce point. Ne pas impliquer, ne pas considérer les familles dans la définition d’une politique de la jeunesse constituerait à nos yeux une profonde erreur parce que les familles demeurent les « premiers aménageurs » du futur. Ce sont bien les familles qui accueillent les enfants qui seront les jeunes de demain.
Pour l’UNAF, aucune famille ne doit être perdante dans la mise en place d’une politique de la jeunesse. Au contraire, cette politique doit accompagner le jeune et sa famille dans une dynamique de projet. Elle doit permettre et respecter la possibilité de choix de chacun dans un parcours vers une autonomie durable parce qu’arrimée à une réelle insertion professionnelle et sociale.
PP/AB/AB
Haut de page