UDAF 88 - Vosges

La Bioéthique : des questions qui concernent les familles !

09/11/2009

Pour répondre à son rôle d’information des familles, l’UDAF proposait récemment une soirée de réflexion ouverte à tous, en la salle des fêtes de Jeuxey.

Entre les Etats généraux de la bioéthique, qui se sont tenus de février à juin dernier et la discussion parlementaire à intervenir au cours du premier trimestre 2010, il a semblé important à l’UDAF d’inviter les familles à prendre la mesure des enjeux afin de se faire un avis et prendre part au débat.

Dans ce but, elle avait invité Mme le Docteur Mougenot, Chef du service Pédiatrie de l’Hôpital Jean Monnet d’Epinal et membre du Comité d’éthique de cet établissement et le Professeur Henri Joyeux, Professeur de cancérologie et de chirurgie digestive à la Faculté de Médecine de Montpellier, mais également militant familial puisque Président de "Familles de France", et également administrateur de l’UNAF.

Qu’est ce qu’un comité d’éthique d’établissement ?

Mme le Docteur Mougenot a tout d’abord évoqué la mise en place et la composition du Comité d’éthique local qui concerne l’ensemble de l’agglomération spinalienne. Créé en septembre 2008 il s’intitule "Comité d’Ethique du Pôle de Santé spinalien" et concerne l’Hôpital Jean Monnet, l’Hôpital de Golbey, les établissements privés, et la médecine libérale. Il regroupe des soignants dont les infirmières générales de J. Monnet et de la Ligne Bleue ainsi que les médecins des principaux services, en particulier la réanimation, les soins palliatifs, la cancérologie. Il se réunit une fois par trimestre et n’a traité à ce jour que des sujets généraux pour permettre la mise à niveau du groupe.

Les Etats généraux : partager le savoir... en déterminer le sens

Le Docteur Mougenot a ensuite rappelé que les Etats généraux se sont achevés le 23 juin 2009, à l’occasion du Forum de Paris, concluant ainsi 6 mois de réflexion et de débat. Ils traduisaient la volonté des Pouvoirs publics de promouvoir une réflexion instruite et éclairée du plus grand nombre sur des questions qui engagent notre avenir commun. Dans chacun des forums, un panel de citoyens formés pendant deux week-end a interrogé un comité d’experts avant de rendre un rapport émettant leur avis par rapport aux questions soumises. Un site internet permet à tous ceux qui le souhaitent d’émettre un avis.

La fonction des États généraux peut se résumer ainsi :

"Ouvrir un espace de temps qui permette d’éprouver ensemble la consistance de cet assentiment sur les principes de l’anonymat, de la gratuité, de la dignité d’une personne et du respect de cette personne, et d’éprouver aussi le bien fondé de ces principes au regard des évolutions de la science et des nouvelles applications rendues possible par le perfectionnement des techniques. Partager le savoir – experts et savants éclairent l’opinion sans s’y substituer – les citoyens s’instruisent des progrès de la science et en détermine le sens. … Au nom de quoi autoriser ou interdire ? Que sommes-nous prêts à consentir ? Sur quels principes doit-on s’accorder ? Faut-il satisfaire toute demande ? Quelle conception de la dignité, de la liberté de l’égalité avons-nous ? Enfin dans quelle société désirons-nous vivre ?"

Nous sommes à l’aube d’une nouvelle humanité …

Dans un second temps, le Professeur Henri Joyeux est intervenu en affirmant d’emblée : "Nous sommes à l’aube d’une nouvelle humanité grâce au développement des techniques…".

Il aborda avec la passion mais aussi l’humour qui le caractérisent, les sujets qui, selon lui posent question, et d’expliquer pourquoi. Il utilisa des mots simples à la portée de tous, en émaillant son propos d’exemples tirés de son expérience, pris tant en France qu’à l’étranger.

La gratuité des dons doit être maintenue, il faut le rappeler car de nombreux groupes de pression se manifestent pour transformer les produits du corps humain en marchandise. Par contre, il est favorable à la levée de l’anonymat du don de gamète de nature à responsabiliser les donneurs et à supprimer les risques de maladies génétiques liés à des unions d’enfants consanguins qui ne peuvent pas savoir aujourd’hui qu’ils ont une parenté génétique. "Donner une partie de son patrimoine génétique pour constituer pour moitié un être humain ne peut être assimilé à un don d’organe".

Quant à la question des cellules souches, il fait la différence entre les cellules issues du cordon ombilical dont l’utilisation ne pose aucun problème éthique et les cellules souches embryonnaires dont l’utilisation doit être interdite. A cette occasion, il évoque le sujet du bébé ou de "l’enfant médicament" conçu pour apporter une guérison à son aîné en affirmant qu’une telle évolution n’a pas de sens.

Et d’aborder ensuite la Procréation Médicalement Assistée (PMA). Elle ne doit pas avoir pour objectif de permettre à des parents de même sexe d’être parent. Un enfant pour se construire a besoin d’un père et d’une mère, affirmant également que les différenciations sexuelles sont fondatrices de notre humanité. Pour ces raisons essentielles la PMA doit être réservée aux couples stériles constitués d’un homme et d’une femme.

Le don d’enfant pourrait se substituer à l’abandon.

Abordant cette question de la PMA, il n’a pas manqué non plus d’évoquer le sujet sensible de l’adoption, rappelant qu’une prochaine loi devait intervenir sur le sujet. Il préconise la légalisation et la médiatisation du don d’enfant pour l’adoption, en multipliant les possibilités selon les désirs des parents donneurs et des adoptants, dans l’intérêt surtout des enfants. Elles rendraient caduques les dénis de grossesse ou de naissance. L’abandon de grossesse ou d’enfants se transformerait ainsi en don d’enfant orienté vers les nombreux couples (père-mère) qui souhaitent adopter. Dans ces cas, le mot abandon d’enfant doit être supprimé de notre vocabulaire.

Le diagnostic préimplantatoire, pour le Professeur Joyeux, conduit de fait à l’eugénisme, car la tentation est grande, dans ce cas, de faire des choix quant à l’enfant à naître. Par contre, selon lui, le diagnostic prénatal, la médecine prédictive, présente de nombreux avantages, en particulier celui de permettre, après avoir décelé chez l’enfant à naître une prédisposition inscrite dans ses gênes, de lui proposer le régime alimentaire et le mode de vie qui vont lui permettre d’éviter de développer telle ou telle pathologie.

La greffe d’utérus alternative à la grossesse pour autrui ?

La question de la gestation pour autrui, autrement dit "les mères porteuses" a également été un temps fort de son intervention. Auditionné sur le sujet par une commission parlementaire qui souhaitait entendre sa position, il a affirmé d’entrée que cette question était aujourd’hui dépassée. En effet une équipe américaine, autour du Docteur Giuseppe Priore, a obtenu toutes les autorisations nécessaires à la réalisation régulière de transplantations d’utérus. Elle a été réussie expérimentalement chez l’animal, du plus petit jusqu’à celui qui est le plus près de l’homme, le babouin. Le traitement immunosuppresseur destiné à éviter un rejet ne gêne ni la procréation, ni le développement d’une grossesse et la mise au monde d’un enfant normal.

La question éthique se pose comme pour toutes les transplantations, avec une différence de taille : pour la greffe d’utérus, il ne s’agit pas de sauver une vie, mais de permettre de donner la vie. Se pose alors la question : où trouver l’organe à greffer ? donneur vivant ou décédé ? Une fille pourrait-elle recevoir le don d’utérus de sa mère compatible, ce qui lui permettrait d’avoir un enfant se développant dans le même utérus où elle a, elle-même, passé 9 mois ? Cette greffe pose beaucoup moins de problèmes éthiques que la grossesse pour autrui.

Pour conclure, le Professeur Joyeux a affirmé tout le bien qu’il pensait de la démarche des Etats généraux de la bioéthique développant même la suggestion que, sans attendre l’échéance de 5 ans fixée pour un réexamen des dispositions législatives en vigueur, l’on puisse proposer aux citoyens de façon régulière, par le biais de colloques, de se tenir informés des progrès de la science et des questions qu’ils posent à la société.

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