Note de problematique

« Autorité et Morale : qu’est-ce qui fait encore autorité ? Ou en est-on de la morale ? »

21/02/2006

C’est une opinion presque universellement admise dans les sociétés développées que celles-ci se caractérisent par une double crise, de l’autorité et de la morale, que les conditions de la vie moderne, et en particulier l’individualisation, ont précipité le déclin, voire la chute, et de l’une et de l’autre.
Par là, les sociétés modernes, malgré quelques poches de résistance, seraient entrés dans une crise généralisée de la transmission, puisqu’elles ne pourraient plus transmettre que la religion de l’individu, plaçant ce dernier au centre des processus d’éducation, suspendant toute possibilité de transmission à son consentement, à son bon plaisir, voire à son plaisir tout court, faisant de l’éducation, de la formation, une transmission de forme et non plus, ou beaucoup moins, de contenu.
Or, ces représentation du fonctionnement de nos sociétés demandent à être interrogées.

Or, ces représentation du fonctionnement de nos sociétés demandent à être interrogées. Ne s’y reflète-t-il pas d’abord la crainte d’une atomisation du social dans l’individualisme, la nostalgie d’un monde plus simple (encore une représentation, d’ailleurs), l’impossibilité d’admettre qu’un autre ordre se met ou s’est mis lentement en place, lui aussi facteur de morale, de valeurs et de croyances communes, et non moins réglé par le respect de l’autorité ?

Si un étranger à notre monde était brutalement projeté ici et maintenant, il serait très étonné que nos sociétés soient perçues comme « laxistes », immorales et perdues par la dissolution de l’autorité. Jamais des sociétés n’ont été aussi réglées que les nôtres ; lois, règlements abondent, et nous ne pouvons rien faire qui n’ait été décrit, conceptualisé, prévu par un texte, un code, prémédité dans des procédures, examiné par des commissions, dans un environnement lui aussi complètement normalisé ; partout nous sommes soumis à l’autorité : de la force publique, dans toute entreprise ; à l’école ; dans le sport ; dans le loisir. Quant à la vie de famille, les commentateurs du droit ne cessent de dire qu’elle n’a jamais été aussi contrainte, aussi incarcérée dans un réseau d’obligations qui font les beaux jours des revues spécialisées, et surchargent les tribunaux de procédures contentieuses (songeons au divorce, par exemple).

Toutefois, selon les secteurs, l’autorité est plus ou moins battue en brèche. A l’école, mais aussi dans la famille, où les maîtres et les parents sont obligés de constater la difficulté de faire respecter des éléments de discipline élémentaire - souvent, d’ailleurs, alimentaires. Pourquoi ? C’est ce qu’il faut essayer de comprendre.

L’autorité parentale

Une importante réforme de l’autorité parentale a eu lieu en 2002 (loi du 4 mars 2002). L’article 371 du Code civil é été laissé dans son état d’origine : « L’enfant, à tout âge, doit honneur et respect à ses père et mère. » La majorité ne met nullement fin, par conséquent, à ces obligations. L’essentiel de la réforme a consisté en une redéfinition de l’autorité parentale, dont le contenu a été approfondi et les modalités précisées. L’article 371-1 du Code civil définit dorénavant l’autorité parentale comme « un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l’intérêt de l’enfant » ; elle « appartient aux père et mère jusqu’à la majorité ou l’émancipation de l’enfant » ; elle vise « à le protéger dans sa sécurité, sa santé et sa moralité » ; à « assurer son éducation et permettre son développement, dans le respect dû à sa personne » ; il est enfin stipulé que « les parents associent l’enfant aux décisions qui le concernent, selon son âge et son degré de maturité ».*

Deux remarques.

D’une part, dans une première rédaction, l’assemblée nationale avait écrit que c’était l’intérêt de l’enfant qui fondait l’autorité parentale - bévue qui aurait pu être lourde de conséquences. Après une intervention, lors de leur audition au sénat par le rapporteur Laurent Béteille, de l’UNAF- intervention aussi énergique que didactique -, le parlement, à l’initiiative de L. Béteille reprise par Marc Dolez à l’assemblée, a reconnu son erreur et salué en séance cette clarification qu’elle attendait : c’est le fait d’être parents, la filiation une fois établie, donc les auteurs de l’enfant, qui confère l’autorité parentale, et celle-ci a pour finalité l’intérêt de l’enfant. CQFD.

D’autre part, l’exercice de l’autorité, signe des temps, ne peut plus se dispenser d’associer aux décisions les sujets de ces dernières.

D’où ces deux difficultés : comment juger de l’intérêt de l’enfant ? Et comment l’associer aux décisions ? Comment résoudre un conflit ? Associer l’enfant aux décisions n’implique pas de se rendre aux avis du sujet de la décision : sinon, c’est que l’autorité sur sa vie lui a été transférée. Transférer précocement aux enfants l’autorité sur leur vie est non seulement un leurre, mais les priver de leur enfance et inverser le processus d’autonomisation : les enfants indépendants trop tôt font les enfants et les adultes dépendants plus tard.

PAUL YONNET

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