UNAF - Les familles, l’UNAF et le développement durable

Déclaration

Les familles, l’UNAF et le développement durable

23/10/2003

Par René BOUÉ, Administrateur de L’UNAF, Chargé du dossier « Développement Durable ».

FAMILLES ET DÉVELOPPEMENT DURABLE
 :

"La présente intervention part du constat que dans la littérature relative au DD, on ne trouve pratiquement jamais le mot « famille ». On y parle de « locataire », « d’usager », « d’habitant », de « consommateur », de « citoyen », c’est-à-dire d’un certain nombre de fonctions des individus, ignorant donc le groupe familial en tant que tel.

Pourtant, dans la grande majorité des cas, c’est la famille qui occupe le logement - pour l’essentiel espace commun - elle qui consomme, elle qui supporte les divers impôts, etc. Ceci en fait le premier destinataire, individuel et collectif, le destinataire final - et souvent la raison d’être - des services et des biens produits. Les familles sont donc, à ce titre, un des principaux agents économiques de nos sociétés.

Au-delà de ces aspects évidents, et pourtant souvent oubliés, il en existe d’autres encore plus fondamentaux pour « penser famille » lorsque l’on parle de DD, comme projet d’une société viable à long terme :

  • Dans la plupart des pays, la famille est considérée comme la cellule de base des sociétés et, à ce titre, elle est prise en compte par les constitutions suivant en cela la Déclaration universelle des Droits de l’Homme qui, en son article 16, indique : « La famille est l’élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la société et de l’État. ».
  • Les familles assurent le renouvellement des générations et c’est sur elles que repose la perpétuation de l’humanité.
  • La famille reste le premier lieu d’éducation des enfants. Ceux-ci, aux différents âges de la vie, concourent en retour, à l’adaptation de leurs parents et grands-parents aux évolutions des sociétés (inter-générations). C’est aussi le lieu de transmission de cultures et de valeurs.
  • La famille est également le premier lieu de cohésion sociale, de solidarité, d’apprentissage de règlement des conflits, inévitables entre les personnes qui composent le groupe familial, mais aussi, des contradictions qui naissent entre les fonctions de chaque individu : producteur, consommateur, parent mais aussi conjoint, etc.

Ce faisant, les familles connaissent les exigences de la nécessaire cohérence collectives, démarche tout aussi indispensable en matière de DD puisque nous savons que celui-ci doit concilier diverses approches souvent considérées comme antinomiques.

  • Par ailleurs, au moment ou l’on déplore que parmi les trois « piliers » du DD, l’humain est souvent considéré comme une variable d’ajustement passant après l’économique et l’environnemental, qui plus que les familles peut être sensible à cet aspect, à la lutte contre l’exclusion, le handicap, etc. ?
  • Enfin, en raison de l’amour que portent les parents à leurs enfants et des souhaits de bonheur qu’ils ont pour eux, qui, plus que les familles, peut être attaché à la construction d’une société durablement viable, favorable à l’épanouissement de leur descendance ?

Ainsi, parce qu’il s’agit d’un projet de société pour nous et les générations à venir, d’une question vitale pour l’humanité (au sens de « question de vie ou de mort »), les familles en tant que telles sont les premières concernées, même si elles n’en sont pas toujours conscientes.

Leurs responsabilités et leurs atouts reposant sur leur vécu, justifient pleinement leur engagement dans la démarche de DD. Cela pose aussi de nouvelles exigences aux associations familiales, à leurs Fédérations nationales tout comme à l’Institution familiale (UNAF-URAF-UDAF) et au-delà.

Des exigences qui doivent conduire le Mouvement familial, non à faire la même chose que les autres, mais à mettre l’accent sur ses apports spécifiques, sur une « valeur ajoutée » propre, à partir des besoins des familles et de leur expérience, sur ce qui risquerait à manquer si leurs représentants n’étaient pas là.

UNAF-URAF-UDAF ET DÉVELOPPEMENT DURABLE :

Les missions de l’UNAF, le grand nombre des champs couverts, la diversité des représentations assumées, expliquent que par la force des choses, le mouvement familial agit depuis longtemps dans les domaines de ce que nous appelons aujourd’hui le « DD », à l’image de Monsieur Jourdain qui faisait de la prose dans le savoir.

Certes, depuis de nombreuses années, l’UNAF et les UDAF interviennent explicitement dans le domaine de l’environnement : journées d’études nationales et déconcentrées, (eau, énergie, déchets, bruit, pesticides, etc.) et représentations multiples. Elles participent aux dispositifs d’aménagement du territoire et de politique de la ville. Ceci étant, il faut prendre garde à ne pas réduire le DD à ces seuls aspects, il faut en faire découvrir toutes les dimensions et leur nécessaire cohérence, leur faire prendre conscience que le DD est d’abord un regard, une vision et une démarche.

Pour toutes ces raisons et parce que les Pouvoirs publics ont eux-mêmes pris en compte le DD et créé un Secrétariat d’État spécifique, l’UNAF, en vertu de ses missions, a été conduite à :

  • Considérer le DD comme partie intégrante de la « Politique familiale globale ».
  • Élaborer une stratégie pour sensibiliser, informer, former les militants familiaux, pour identifier les sujets et les lieux précis pouvant constituer pour les familles, des occasions concrètes de mettre en pratique la démarche de DD.
  • Retenir cinq priorités pour les trois prochaines années :
    • L’effet de serre : habitat, transports, équipements collectifs, mode de production.
    • Les modes de consommation et d’usage : déchets, eau, économie solidaire, commerce équitable et produits « éthiques ».
    • L’éducation au DD dans le système scolaire, par les « contrats éducatifs locaux » (CEL) et dans les familles.
    • Le développement de la construction HQE (Haute Qualité Environnementale), dans le secteur du logement social (par les administrateurs UDAF dans les CA. HLM), dans les équipement collectifs (rôle des administrateurs UDAF dans les CA des CAF pour les équipements de la petite enfance) par exemple, etc.
    • Attirer l’attention sur la dimension éthique, « immatérielle » du DD, pour arriver à une société ou l’homme soit bien au centre, et par exemple :
      • une société qui ne se préoccuperait pas de sa structure démographique serait-elle une société durablement viable (et pas seulement à cause des retraites...)
      • Une société qui accepterait le clonage reproductif de l’homme, ou la marchandisation du corps humain, serait-elle une société longtemps vivable ?
      • Une société qui ne réussit pas à intégrer une grande partie de sa jeunesse - c’est-à-dire son avenir - comme c’est le cas aujourd’hui, ne court-elle pas à sa perte ?
      • Une société qui refuserait de prendre en compte les familles migrantes, a-t-elle un avenir à l’heure de la mondialisation ?

Autant de questions généralement absentes des discours relatifs au DD, et pourtant...

Ces priorités retenues et affirmées, l’UNAF, les UDAF, retiendront les niveaux pertinents d’intervention avec une priorité aux « Agendas 21 », aux « Pays et leur Conseil de développement », aux « Contrats de ville » et autres GPV, qui s’ajouteront au CESR, Comité de bassin, etc.

Le plan international ne sera pas oublié, l’UNAF étant sollicitée pour aider au développement des associations familiales à l’Est de l’Europe comme dans les pays de l’hémisphère sud. Cela nous parait en effet une condition préalable à la mise en place de ce que l’on qualifie, un peu trop vite parfois de « nouvelle gouvernance », et qui est loin d’être acquis, même chez nous.

En guise de conclusion, face à un objectif aussi ambitieux, il nous faut reconnaître malgré tout, que les familles ne sont pas toutes ou toujours exemplaires (observer les contenu des caddies qui sortent des hypermarchés est un exercice qui nous contraint à la modestie...), que les associations qui travaillent à coté de nous dans d’autres secteurs, font œuvre également utile.

Pour autant, le Mouvement familial doit assumer ses responsabilités et les missions que la loi lui donne, ce qui suppose et légitime que la place correspondante lui soit faite comme aux autres acteurs, d’autant plus qu’en matière de DD, moins qu’ailleurs, on ne peut être efficace seul.

C’est aussi, pour une part, ce que nous demanderont nos partenaire du DD dans nos champs d’intervention plus spécifiques, qui nous permettra de mieux tenir notre place et de mieux remplir nos missions, en sachant qu’il ne suffit pas de vouloir seulement accueillir les familles, selon la thématique de ce séminaire, mais qu’il faut d’abord travailler à ce qu’elles-mêmes accueillent le projet et les exigences d’une société durablement viable afin qu’elles en soient toujours plus des acteurs conscients."

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