UNAF - L’UNAF auditionnée sur l’encadrement de la publicité télévisuelle à l’égard des enfants

Audition au Sénat

L’UNAF auditionnée sur l’encadrement de la publicité télévisuelle à l’égard des enfants

05/07/2010

Le mardi 29 juin 2010, Olivier Gérard, coordonnateur du pôle média, TIC et Université des familles à l’UNAF, accompagné de Claire Ménard, Chargée de mission, chargée des relations parlementaires et du CESE, a été auditionné par le sénateur Jacques Muller, dans le cadre d’un travail en cours sur la publicité télévisuelle à l’égard des enfants.

En introduction le sénateur a précisé que ce travail était mené conjointement par quatre sénateurs (Mme Evelyne Didier (CRC, Meurthe-et-Moselle), M. Jean-Pierre Godefroy (PS, Manche) et M. Jean-Pierre Sueur (PS, Loiret) en vue de l’élaboration d’une proposition de loi s’inspirant de la loi suédoise et visant à l’interdiction de la publicité télévisuelle à destination des enfants de moins de 12 ans.

Le sénateur a ajouté que, s’agissant plus globalement d’une question sociétale, cette proposition de loi qui devrait venir en discussion à l’automne serait précédée d’un colloque sur le même thème pour embrasser la multitude des problématiques tournant autour de la publicité à destination de la jeunesse (lutte contre l’obésité, multiplication des supports numériques, éducation, autorité parentale …). Il a souhaité recueillir la position de l’UNAF à la fin d’une longue série d’auditions.

En introduction, Olivier Gérard a rappelé que l’UNAF s’est intéressée à cette question de la publicité télévisuelle pour les enfants depuis de nombreuses années à la fois sous l’angle de la publicité venant interagir sur la relation parent-enfant mais aussi sous l’angle du rôle de la télévision comme outil de transmission de savoirs.

En premier lieu,l’UNAF a souligné l’impact de la publicité sur les jeunes enfants en rappelant quelques données chiffrées marquantes : 60 % des enfants demandent à leurs parents d’acheter ce qu’ils ont vu à la télévision et 90 % des parents admettent ne pas savoir leur refuser.
Au-delà des chiffres, l’influence de la publicité interfère dans les relations parents-enfants et dans la construction des modes et styles de vie véhiculés au travers du message publicitaire face à laquelle l’enfant n’est pas en capacité de prendre le recul suffisant.

Pour répondre à la question de l’interdiction ou de la régulation de la publicité à destination des jeunes, l’UNAF a pris le soin de rappeler en préalable que cette question doit être tranchée globalement.

En effet, l’enfant « baigne » dans un océan multimédiatique et numérique dès son plus jeune âge (télévision, internet, téléphone portable, jeux vidéos, …). Il convient donc d’adopter une démarche permettant de créer des « zones blanches » c’est-à-dire des espaces médiatiques protégés de toute publicité pour les enfants dans une approche globale des médias.

Au sein du média télévision, l’encadrement de la publicité à destination de la jeunesse doit tenir compte, non seulement des programmes jeunesse mais également des programmes familiaux tout en intégrant de nouveaux phénomènes médiatiques tels que la publicité clandestine ou le placement de produit.

Pour tenir compte du nécessaire équilibre du modèle économique face à l’apport financier que représente la publicité, l’UNAF propose de traiter la suppression de la publicité dans les programmes jeunesse en distinguant les programmes pour enfant au sein des chaines généralistes et les chaines spécifiquement dédiées aux enfants.

  • Pour l’UNAF, la suppression de la publicité dans les émissions jeunesse des chaines du service public doit s’intégrer dans le cadre de la loi sur la nouvelle télévision publique et les débats en cours quant à la suppression ou non de la publicité. Si la publicité devient absente des chaines de service public, la question des programmes jeunesse sera tranchée.

L’enjeu sera alors de mettre en œuvre une véritable politique audiovisuelle publique de l’enfance et de la jeunesse en développant des programmes adaptés à tous les âges de l’enfant et valorisant les créations originales et propices au développement de l’enfant. Dans ce cadre, le développement d’une chaîne spécifiquement dédié à l’enfance devra aussi être envisagé.

  • Concernant les chaines commerciales généralistes, l’UNAF estime que la suppression de la publicité dans les programmes pour enfant doit être envisagée. Une piste alternative pourrait être de favoriser une approche positive en ciblant le type de produits autorisés dans les programmes pour les jeunes.
  • La question se pose de façon différente pour les chaines commerciales spécifiquement dédiées aux enfants. L’UNAF estime que la suppression totale de la publicité n’est évidemment pas envisageable mais qu’il convient probablement de renforcer l’encadrement de celle-ci :

- en interdisant la publicité pour certains produits aujourd’hui autorisés notamment les produits alimentaires en encourageant la co-régulation publicitaire au-delà de la seule autorégulation en donnant aux Pouvoirs publics et à la société civile toute sa place pour réguler ce qui est donné à voir aux enfants dans les programmes jeunesse ;

- en renforçant les sanctions en cas de manquement aux règles professionnelles et déontologiques.

L’UNAF a terminé sur la nécessaire définition d’une véritable politique d’éducation à la publicité, qui ne doit pas être confiée aux seuls professionnels. Il s’agit de donner aux enfants, comme aux parents, la capacité de décrypter et d’analyser le message publicitaire. La famille mais aussi l’école sont deux lieux sur lesquels il faut miser pour donner aux enfants les moyens de mieux comprendre l’objectif publicitaire, de mieux comprendre que la publicité n’est pas la réalité, de développer un sens critique et de discernement.

En faisant de la publicité en élément de l’éducation de l’enfant et du dialogue parental, l’UNAF estime que les parents seront mieux à même de limiter le temps passé par l’enfant devant la publicité et pourront leur donner la capacité de comprendre les objectifs publicitaires rendant ainsi l’exposition moins impactant.

Le sénateur a été particulièrement sensible à l’approche globale souhaitée par l’UNAF pour répondre concrètement à une véritable question sociétale au-delà de l’approche aujourd’hui trop compartimentée de lutte contre l’obésité ou de prévention contre les jeux d’argent en ligne par exemple.

@ : cmenard unaf.fr

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