UNAF - Internet et vous et nous ?

Internet et vous et nous ?

30/11/1999

JP Quignaux : jquignaux unaf.fr

Sommaire

Les chiffres du déploiement des technologies de l’information
et de la communication en France n’arrêtent pas de tomber... et
nous alertent sur l’inéluctabilité du changement en cours et sur
ses conséquences sur la société française. Le changement est global
et local. Il touche la France et les Français. Il est notable à Paris
comme en Province.

Internet et les Français  : la question de l’égalité d’accès

Sur la base de sources reconnues (<a
href="http://www.nua.ie/surveys/how_many_online/europe.html">www.nua.ie, <a
href="http://www.journaldunet.com/">www.journaldunet.com) Télérama dans son
numéro hors-série de novembre 1999 " Internet, et moi, et
moi, et vous " chiffrait à 4 ;5 millions le nombre d’internautes
français, soit 7,5 % de la population. L’étude Médiangles réalisée pour
le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (www.csa.fr)
dénombre, elle, 5,7 millions d’internautes, soit
12% de la population.

Selon cette même étude, un jour moyen, Internet compte 2,8 millions
d’utilisateurs différents. D’ores et déjà, chaque jour en
France on compte davantage d’internautes connectés que
d’acheteurs de presse quotidienne nationale
. Plus important
encore, Internet est très largement perçu, par quatre français sur cinq,
internaute ou non, comme une avancée en matière d’abord d’information,
puis de culture et enfin d’éducation. Le temps consacré à Internet
réduirait fréquemment la durée d’écoute de la télévision.

Les sites les plus fréquentés sont les moteurs de
recherches, les sites d’actualités et d’information, les sites
consacrés à l’informatique et au net lui-même, ceux dédiés à l’emploi
et enfin les sites pratiques et de commerce. Les sites à caractère pornographiques
seraient très peu visités (effet classique de sous-déclaration). Ceci
n’empêche pas 9 Français sur 10 de se déclarer préoccupés
par la possibilité d’accès des enfants à des sites à caractère
pornographique, violent, ou raciste
. 61 % déclarent qu’il
s’agit là d’un danger à combattre absolument alors que 39
 % déclarent que c’est une situation gênante mais un peu inévitable
(32%) ou un signe de liberté (7%). Ceci montre que la problématique
"Médias/protections de l’enfance" s’agrandit d’un nouveau
média.

L’étude Médiangles montre encore qu’Internet est avant tout
présent dans les familles avec enfants et que l’on observe un
très fort déséquilibre de l’utilisation d’internet à domicile
au détriment des catégories socio-professionnelles modestes 
 :
les ouvriers et employés sont ainsi deux fois moins représentés chez
les internautes que dans la population française et, en revanche, les
cadres et professions intellectuelles supérieures sont trois fois plus
nombreux parmi les internautes à domicile que dans la population française.
Enfin plus généralement, deux internautes à domicile, sur trois se recrutent
dans les grandes villes de plus de 100 000 habitants, alors que celles-ci
ne regroupent que 45 % de la population française.

Se pose donc avec acuité la question de l’égalité d’accès
et de maîtrise des nouveaux moyens techniques
par toutes les
classes socio-professionnelles sans exception et sur l’ensemble
du territoire français.

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Internet, le multimédia et les collectivités locales

Dans ce domaine, tout bouge très vite comme en ont témoigné<a
href="http://ait.afuu.fr/agen.html"> " Les Etats-généraux d’espaces
publics multimédias dans les collectivités locales" et les premières 
rencontres des webmestres territoriaux "
qui
se sont tenus à Agen le 2 décembre 1999.

Si les internautes à domicile sont plus nombreux dans les grandes villes
de plus de 100 000 habitants, il semble par contre que les collectivités
locales de plus de 20 000 habitants (et parfois bien plus petites) ont
bel et bien pris " le taureau par les cornes " pour
offrir, dans les toutes prochaines années, à tous leurs concitoyens
sans exception, des accès au net et au multimédia, cela dans le double
souci, de lutter contre les inégalités sociales mais aussi de se positionner
comme villes ou territoires numériques, c’est-à-dire comme espace
offrant aux entreprises comme à leurs administrés les moyens d’insertion
et de développement économique et social de la société de l’information.

Un espace public multimédia (EPM) est un lieu public
animé par un ou deux formateurs avec l’aide parfois de bénévoles,
ouvert à tous, comprenant le plus fréquemment de 7 à 15 machines en
accès libre (ou sur réservation) dont la plupart sont connectées et
une médiathèque.

Selon un sondage réalisé par la revue " Autoroute de l’information
et Territoires ", co-organisatrice de ce colloque, environ
2000 espaces multimédias locaux auraient été ouverts au cours de ces
toutes dernières années dans le but de sensibiliser, d’initier
et de former aux technologies multimédia et à l’Internet leurs
concitoyens et notamment les populations en difficulté.

  • 60 % des villes de plus de 20 000 habitants déclarent aujourd’hui
    avoir un projet d’investissement en cours dans la création d’espaces
    multimédias
    et dans le déploiement de lieux de proximité
    connectés en réseau permettant aux citoyens d’avoir accès aux
    ressources et services d’information et de communication, de
    formation et d’éducation, offertes par les technologies "on
    et off line ".
  • 94 % des mêmes communes considèrent qu’il s’agit d’équipements
    durables.

Il serait trop long de lister et de décrire la multiplicité et la diversité
des expériences et des projets qui ont été conduits, pour les plus anciens,
depuis 5 ans. Un constat s’impose. Il n’est plus un département
en France sans expérience d’espaces publics multimédia ou sans
projet d’ouverture à court terme d’EPM. 

La majorité des villes et départements ayant développé des expérimentations
pensent en effet que ces technologies induiront de nouvelles
relations administrations/administrés
et nécessiteront à terme
une refonte de l’organisation communale. Bien qu’ayant ciblé
à l’origine prioritairement les jeunes (collégiens et lycéens)
et les demandeurs d’emploi, les EPM existant démontrent qu’ils
attirent une population bien plus diversifiée incluant les artisans,
les retraités, les mères de famille, etc. Leur taux d’utilisation
est d’ores et déjà le double des autres espaces publics
.
Il ne faut pas y voir là un effet de la nouveauté car il apparaît que
la fréquentation des plus anciens de ces EPM ne faiblit pas et que,
progressivement, s’ajoute à leur fonction d’initiation et
formation une fonction de conseils, de services et de centre de ressources
qui conduit les collectivités les plus avancées à s’engager dans
la voie d’une mutualisation des moyens techniques et humains à
l’échelle de toute la commune mais aussi des cantons et des départements.

Cette voie de la mutualisation locale des moyens humains, techniques,
et financiers, apparaît d’autant plus nécessaire que les administrations
centrales prévoient, elles aussi, à l’horizon des toutes prochaines
années, de déployer localement leur relais multimédia. Cela est vrai
pour l’Education Nationale qui accélère ses investissements dans
les technologies numériques, notamment dans les lycées, pour le Ministère
de l’Emploi qui mise sur le réseau des ANPE, mais aussi pour le
Ministère de la Culture, qui prévoit de créer un réseau regroupant ses
futurs Espaces Culture Multimédia locaux.

On s’achemine ainsi progressivement vers la constitution, au niveau
local, de véritables réseaux sociaux. Certains sont déjà fort avancés
comme en région Nord-Pas-de-Calais qui compte 200 EPM, comme le réseau
Strasbourgeois, ou encore comme dans les Deux-Sèvres où, autour de Parthenay,
ville numérique pilote en Europe, 32 communes se sont dotées d’un
EPM (ou sont en train de le faire) en favorisant leur implantation dans
les collèges de façon à ouvrir l’école sur la ville.

Certes, nous sommes encore loin en France de la situation de ville
telle que Stockholm et sa banlieue où 55 % des habitants utilisent régulièrement
Internet, où l’administration municipale s’informatise à très
grande vitesse, où chaque service aux administrés crée son site web
en plus du site général de la ville, où chaque arrondissement est doté
d’un point d’information citoyen connecté à Internet. Force
est cependant de constater que la France et les Français, Paris et la
Province vont sans doute, dans les cinq prochaines années, entrer très
vite dans l’âge des réseaux et du multimédia.

Ceci n’est pas sans conséquence sur la vie associative familiale.

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Internet et la vie associative familiale

Avec les nouvelles technologies, pour le monde associatif comme pour
le reste du monde, le centre tend à se confondre avec la périphérie
et la périphérie a le même pouvoir d’influence que le centre.
Il s’agit d’un réseau et non d’une pyramide.

Pour le monde associatif familial, qu’il s’agisse des rapports entre
UNAF et UDAF ou entre Fédérations d’associations familiales et associations
fédérées, l’avenir de ce monde est dans l’échange et la tranversalité
et non dans la rétention ou le passage vertical de l’information
et de la connaissance. Une petite phrase toute simple résume les enjeux :
Si tu ne sais pas, demande le et si tu sais partage-le ".
Or la gestion partagée des interrogations, des questionnements, des
informations, des savoirs et des connaissances est, à l’âge des
réseaux, la garantie d’une valeur ajoutée, de la pérénité et de
l’identité des organisations, en un mot, leur raison d’être.
Au tout début du nouveau siècle, l’essentiel sera donc,
de plus en plus, dans la densité, la qualité et la rapidité des échanges
et dans la valeur ajoutée qu’ils créeront en termes de services
rendus aux familles
.

Exagération ? Non, simplement Anticipation. Cette dernière est
stratégique pour l’avenir des associations familiales. Des stratégies
à deux, cinq et dix ans doivent se dégager. Cinq ans, dix ans ne sont
rien. Il suffit de regarder le passé pour s’en rendre compte et
de projeter la perception de ce passé dans le futur pour en prendre
conscience. Dix ans dans le futur, c’est demain. Comme dix ans
dans le passé est hier.

L’actualité nous démontre tous les jours que la mutation induite
par les "nouvelles" technologies (qui en fait ne le sont plus !)
est bien plus radicale et rapide qu’on ne le pense. Même les acteurs
traditionnels de la mondialisation l’apprennent à leurs dépends
 : l’échec du sommet de l’OMC en 1999 en est une illustration.
Jamais, plusieurs dizaines de milliers de citoyens (mondiaux ?)
venus de tous les horizons n’auraient pu alimenter le débat
à Seattle sans de multiples et denses échanges préalables grâce
à… Internet. L’émergence de l’usager, du citoyen,
du consommateur et des familles dans la gestion locale et globale de
ce monde
n’est pas une illusion car les nouvelles technologies
l’induisent en même temps qu’elles la rendent possible.…

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