UNAF - Les Réseaux d’écoute, d’Appui et d’Accompagnement des Parents au cœur du soutien à la parentalité

Réalités Familiale n°100-101

Les Réseaux d’écoute, d’Appui et d’Accompagnement des Parents au cœur du soutien à la parentalité


15/01/2013

Au cœur du soutien à la parentalité, les actions des réseaux d’écoute et d’accompagnement des parents sont, certes parmi les actions les plus innovantes, les plus adaptées aux besoins des parents, les plus diversifiées, mais aussi les plus difficiles à promouvoir. Engagé à tous les échelons des REAAP, le réseau des unions d’associations familiales participe à faire vivre, animer, organiser et faire évoluer ce dispositif.

Par Sophie Maggiani
Chargée de mission à l’UNAF

1/ Origine

Les REAAP sont issus des travaux préparatoires à la conférence de la Famille de juin 1998 qui portait sur « les services aux familles et à la parentalité ».

Créés par la circulaire DIF/DGAS/DIV/DPM N°1999/153 du 9 mars 1999, les Réseaux d’Ecoute, d’Appui et d’Accompagnement des Parents (REAAP), dont sont membres les UDAF, ont pour objectif de conforter les compétences des parents à travers le dialogue et l’échange pour valoriser leurs capacités.
L’idée était alors de sortir du discours ambiant normalisateur qui jugeait les parents et les disqualifiait (menace de suppression des allocations familiales, discours normalisateurs qui jugent les parents et les disqualifient, etc.)
Pour sortir les parents de leurs difficultés éducatives, le soutien était alors préférable à la sanction.

L’action des REAAP a été guidée par le principe suivant : dans les métiers sociaux, il faut sortir de la dichotomie qui oppose les professionnels « sachants » et les parents « non sachants ». Ici, les professionnels, souvent bénévoles, viennent en soutien. Ils ne sont pas là pour porter de jugement. Les professionnels n’interviennent pas pour « éduquer » les parents afin qu’ils deviennent de « bons parents ». Les REAAP reposent sur le postulat qu’en rencontrant d’autres parents, les parents vont pouvoir interroger leur propre parentalité sans avoir peur d’être jugés ; ils vont pouvoir s’ouvrir aux autres et partager leur réflexion.

Les REAAP proposent :

  • de conforter les parents dans leurs ressources pour valoriser et mobiliser leurs compétences ;
  • de mettre en réseau ;
  • de favoriser la concertation entre les acteurs publics et privés afin qu’ils se connaissent et puissent reconnaître les apports spécifiques ;
  • de penser l’articulation entre liens familiaux et liens sociaux ;
  • de travailler ensemble au niveau de la collectivité territoriale.

Plus qu’un dispositif, les REAAP sont une démarche dont l’objectif prioritaire est de conforter les parents en leur permettant d’identifier leurs ressources, de reprendre confiance en leurs capacités et de les valoriser. Lieux neutres, d’écoute, d’appui et d’accompagnement à l’intention de tous les parents, les REAAP sont pour l’UNAF un formidable dispositif de prévention primaire.

2/ Comment caractériser les actions des REAAP ?

Les REAAP proposent des actions collectives qui s’inscrivent dans des lieux neutres. Ils sont de libre adhésion et interviennent en prévention primaire. Ils s’adressent à tous les parents.
L’intervention des REAAP est adaptée aux besoins des parents et aux caractéristiques locales.

Une méthode partagée
S’appuyer sur les ressources des parents et non sur les problèmes,

Reconnaitre les parents dans leurs valeurs et pratiques éducatives,

Donner aux parents une réelle place, un pouvoir, un droit à l’initiative et à la parole, les rendre acteur du débat sur la parentalité,

Se centrer sur la dimension collective de l’accompagnement des parents,

Construire dans les actions un savoir croisé autour de la parentalité entre parents, professionnels et bénévoles,

Permettre d’échanger et de débattre avec d’autres parents mais aussi avec des acteurs,

Rencontrer, échanger, créer, agir ensemble localement.

Les typologies d’action
Les actions menées dans le cadre des REAAP sont multiples et la plupart existaient déjà bien avant le lancement des REAAP, certaines étant de création récente. Leur diversité est telle qu’il est difficile de les recenser.
On peut déplorer que ces actions soient souvent mal connues des parents comme de ceux qui ont en charge l’animation des REAAP. Les « porteurs » de ces actions sont nombreux, (Politique
de la Ville, CAF, Education nationale, PJJ, associations familiales…),
ce qui participe au manque de lisibilité tant décrié.
Il est illusoire de prétendre dresser un catalogue des activités de soutien à la parentalité, tant celles-ci sont foisonnantes et diverses.

De nombreuses distinctions seraient à opérer :

  • selon que le soutien est direct ou indirect ;
  • selon les organismes (publics ou privés) qui le procurent ;
  • selon qu’il s’agit d’actions
    « bilatérales » (mettant en présence un ou les deux parents et un conseiller, médiateur ou spécialiste) ou proposées à des groupes de parents ;
  • selon l’âge des enfants ;
  • selon le mode de soutien (information, conseil, rencontres, groupes de parole, assistance téléphonique…) ;
  • selon les objectifs privilégiés (sanitaire, éducatif, scolaire, culturel…)

On peut néanmoins en distinguer 5 catégories :

  • actions centrées sur les échanges entre parents, groupes de parents, groupes de parole ;
  • actions destinées aux parents de très jeunes enfants, aux abords de la naissance (périnatalité), dans les crèches et les haltes-garderies ;
  • actions destinées à intensifier les relations entre les parents et l’école ;
  • actions péri ou parascolaires ;
  • activités culturelles et de loisir.

Ces actions doivent toucher les parents et donc être proposées au plus près des familles dans une dimension locale, sur des micro-territoires pour réussir à créer une dynamique autour des échanges.

Les grands sujets abordés

Les thématiques les plus fréquemment abordées par les REAAP concernent l’accueil du jeune enfant, le sommeil, l’autonomie, l’entrée à l’école, les fratries, l’adolescence, les conduites à risques, les médias, l’orientation scolaire, etc.
L’UNAF voit poindre des pistes sur les besoins émergents fondés sur les études et enquêtes récentes menées par le réseau sur le thème de la parentalité (périnatalité, rythmes de vie de l’enfant, orientation scolaire, pratiques numériques des adolescents,
addictions, etc).

La charte

La Charte des initiatives pour l‘écoute, l’appui et l’accompagnement des parents a été rédigée en 1999, par l’ensemble des acteurs alors impliqués dans le déploiement des REAAP, convaincus de leur richesse et de leur originalité.

Cette dernière a pour but de servir de cadre aux initiatives que les pouvoirs publics souhaitent voir se développer et qu’ils soutiennent financièrement. Elle énonce dix principes d’action et d’animation autour de cinq axes fondamentaux :

Principes de la charte REAAP

  • « valoriser les compétences des parents, en respectant et confortant leur propre sens de la responsabilité, de l’autorité, de l’éducation et de la transmission des valeurs ;
  • « être ouvert à tous les parents, en privilégiant la proximité avec leurs lieux de vie ;
  • « encourager les responsables de ces divers lieux à accueillir et développer de nouvelles initiatives, tout en les inscrivant dans la durée ;
  • « prendre appui sur un réseau mobilisable et compétent, alliant bénévoles et professionnels, le secteur public et le secteur associatif ;
  • « participer à un « système d’animation partagée, qui permette une circulation des informations, l’évaluation des actions, une capitalisation des savoir-faire, la transparence, la rigueur, la visibilité et un fort développement de ce mouvement ». »



Les principes de la Charte demeurent d’actualité et devraient continuer de guider les politiques de soutien à la parentalité.

3/ La place des unions et associations familiales dans ce dispositif

Si le mouvement familial est fortement impliqué dans la plupart des dispositifs de soutien à la parentalité (médiation, parrainage de proximité, etc), il l’est plus encore dans les REAAP dont l’objectif est d’aider les parents, tous les parents dans leur fonction parentale : toutes les familles, issues de tous milieux sociaux, de toutes les origines culturelles peuvent se poser des questions quant à l’éducation de leurs enfants, souhaitent disposer de lieux d’échange, de services adéquats, leur permettant la rencontre avec l’autre, qui partage les mêmes doutes et les mêmes questionnements. L’idée sous jacente est bien celle de « s’autoriser à parler », ce qui ne va pas forcément de soi, et qui nécessite parfois un accompagnement. Il importe avant tout de rompre l’isolement des parents et d’inciter les familles à ne pas se replier sur elles-mêmes. L’idée est d’arriver à créer ou recréer du lien, permettre la rencontre et l’échange autour des expériences de vie de chacun, autour de la confrontation des différentes manières d’être et de faire, ceci pour concourir à recréer une communauté éducative.

Il paraît indispensable au mouvement familial de prendre en compte les besoins fondamentaux des parents tels qu’ils sont identifiés par les parents eux-mêmes et les professionnels et bénévoles qui les accompagnent au quotidien. Sur le terrain, au travers des actions que mènent les UDAF et les associations familiales, on observe une diversité d’actions qui témoignent d’une nécessaire adaptation des actions de soutien à la parentalité aux besoins des familles. Il s’agit effectivement de proposer du « sur mesure » et non du « prêt à porter », les contours de chaque initiative ayant été dessinés par les préoccupations des parents, par leurs interrogations.
Ce dispositif original, bien qu’existant déjà bien avant les travaux de 1999, s’appuie sur les initiatives nombreuses qui existent déjà, généralement menées dans un cadre associatif. Il s’agit à la fois de les renforcer, de les développer, d’en susciter des nouvelles avec le souhait constant de mettre en réseau les intervenants. La dimension participative est ici essentielle pour jouer le jeu des interactions entre chaque participant. Le tissu associatif semble être le plus à même pour ce faire.

D’un département à l’autre, les éléments contextuels peuvent aussi varier. Les réponses apportées par le réseau des UDAF s’adaptent à ces réalités multiples, témoignant de la qualité du diagnostic territorial réalisé avec la participation des familles et la collaboration avec les différents partenaires. Cela n’est possible que par la collaboration entre parents, bénévoles et professionnels pour un partenariat éducatif. La place du professionnel est à repenser, au sens d’être au service des parents et non en position d’expert, faire avec plutôt qu’à leur place, les respecter et les valoriser dans leur rôle plutôt que de pointer leurs défaillances. Il est pour nous évident que la parentalité implique l’idée de la proximité.
L’ensemble de notre réseau d’UDAF et d’URAF est impliqué dans le déploiement des actions de soutien à la parentalité, que ce soit à travers l’organisation de conférences, la tenue des universités des familles sur des thématiques liées à la parentalité.
Une cinquantaine d’UDAF est fortement impliquée au travers de la réalisation d’actions menées avec et pour les parents.
En 2010, 29 UDAF étaient impliquées dans le pilotage des REAAP, et 5 UDAF jouaient le rôle d’animateur au niveau départemental.

4/ Les réflexions en cours

Le rapport de la Cour des comptes

Le 4 février 2009, la Cour des comptes rendait un rapport intitulé « Les politiques de soutien à la parentalité », concluant à la nécessité d’une réorganisation.
En analyse à ce rapport, l’UNAF soulignait cet empilement, un besoin de réorganisation, de clarification du pilotage et de l’animation tant au niveau national que départemental et la nécessité d’une sécurisation du financement de ces différents dispositifs. Nombre d’actions de soutien à la parentalité souffrent d’un mode de financement précaire. Accompagner les parents dans un processus de prévention ou de changement prend pourtant du temps. Certaines actions, certaines structures, doivent arrêter leur intervention non pas sur une évaluation négative, mais pour des raisons financières. La question majeure de ces dispositifs de soutien à la parentalité est de savoir comment les faire vivre et avec quels moyens les pérenniser.

Le plan national de prévention de la délinquance

La proposition inscrite officiellement dans le plan national de prévention de la délinquance pour 2010-2012 au chapitre
sur « la responsabilisation des
parents et le soutien à la parentalité », s’oriente vers la responsabilisation des parents en stipulant que « le soutien à la parentalité, composante indispensable de la prévention de la délinquance, doit être mieux coordonné et réorienté vers les familles fragiles sur un plan socio-économique ou qui rencontrent des difficultés particulières.[…] L’objectif est d’aider les parents dont les enfants sont les plus exposés à la délinquance. […] Le ciblage des actions sur les parents les plus marginalisés doit être renforcé. »
Ainsi on est loin des principes qui ont guidé la mise en place des dispositifs tels que les REAAP qui ont vocation à s’adresser à tous les parents, sans les stigmatiser. Les parents doivent rester les premiers éducateurs de leurs enfants.

Au contraire nous devons faire connaître le réseau des REAAP auprès de toutes les familles, à travers un partenariat fort et un maillage territorial associant l’Etat, la CAF , le Conseil général, la Justice, la MSA, les centres communaux d’action sociale, les centres sociaux, et les associations familiales.

La mise en place du pilotage national

Les mêmes orientations alarmantes ont été préconisées au moment de la mise en place de la nouvelle organisation du pilotage au niveau national, avec l’installation du Comité national de soutien à la parentalité, créé par décret, sous l’égide du Secrétariat d’Etat à la Famille et la Solidarité. Il est préconisé que le soutien à la parentalité et notamment le REAAP soit réorienté vers les familles fragiles sur un plan socio-économique ou qui rencontrent des difficultés particulières.
Or, cette orientation est en complète contradiction avec le principe généraliste des REAAP qui ont vocation, depuis leur mise en place, à s’adresser à l’ensemble des familles. L’UNAF souhaite rappeler que toute famille peut être confrontée à un moment ou un autre à un questionnement, une difficulté voire une souffrance. Alors gardons le principe d’universalité des REAAP et ne laissons aucune famille seule avec ses doutes.

Décret du 2 novembre 2010 portant création du Comité national de soutien à la parentalité.

Une question demeure : quelle définition de la « parentalité » et quel périmètre du soutien à la parentalité ?

Les débats qui ont lieu au sein des différents comités et groupes techniques montrent combien il est périlleux de s’aventurer à en donner une définition qui fasse consensus et qui satisfasse chacun. Les contours sont variables et ce que l’on en attend l’est tout autant.

Comment évaluer des politiques que l’on a du mal à définir et dont les objectifs attendus ne sont pas partagés ?

L’UNAF réinsiste sur le caractère généraliste des dispositifs de soutien à la parentalité et met en garde contre le « ciblage » des actions vers des populations « à risque » ou identifiées comme telles. Il convient également d’être vigilant à ce que le soutien ne devienne pas une forme de prise en charge où le professionnel ferait « à la place du parent en difficulté ». Les professionnels ou les bénévoles qui interviennent auprès des parents, viennent en soutien mais ne se substituent aux parents en aucun cas ! Ils ne sont pas là pour porter de jugement. Les professionnels n’interviennent pas pour « éduquer » les parents pour qu’ils deviennent de « bons parents ».

Dès 1999, au moment des travaux menés autour de la Conférence de la famille, l’UNAF était présente pour participer au déploiement des REAAP et à la rédaction de la charte les encadrant. A travers l’action au quotidien des UDAF qui portent des initiatives localement, l’UNAF réfléchit aux contours du soutien à la parentalité et à ses évolutions. C’est pourquoi, il nous a semblé essentiel d’insister sur « l’esprit » des REAAP, et sur le sens de cette approche originale qui consiste à placer les parents au cœur des projets. Il convient aujourd’hui de veiller à ce que les REAAP demeurent des espaces de confiance et de respect ouverts à tous les parents, et chaque acteur impliqué dans le déploiement de ce dispositif doit y veiller. La parentalité est multiple et évolue dans le temps en fonction des caractéristiques familiales et de l’âge des enfants, la parentalité se vit et existe différemment
en fonction des événements de la vie. ■

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Pour commander ce numéro :

Réalités Familiales n° 100-101, « Soutien à la parentalité : avec et pour les parents »
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28, place Saint-Georges 75009 Paris Tél. : 01 49 95 36 00
E-mail : realites.familiales unaf.fr

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