UNAF - Familles fragilisées : le logement et l’information en cause

Colloque

Familles fragilisées : le logement et l’information en cause

23/05/2005

La FNARS et l’UNAF ont co-organisé les 19 et 20 mai 2005, un colloque sur le thème « Familles Fragilisées : questions et regards croisés ». Pendant deux jours, les membres des deux réseaux ont travaillé et débattu, notamment au sein d’une après midi consacrée à 14 ateliers thématiques, dynamisés par les interventions d’acteurs de haut niveau de la recherche ou du monde associatif.

Voici les premiers enseignements que l’UNAF en retire.

Hubert Brin, Président de l’UNAF, a souligné en introduction que les politiques familiales universelles, « formidable garantie de prévention » de la fragilité des familles, doivent à ce titre être sans cesse défendues. Nicole Maestracci, présidente la FNARS a résumé ainsi le thème central du travail : « faire en sorte que les politiques publiques n’accroissent pas la fragilité des personnes les plus démunies ».

(Intervention de Hubert Brin)

Serge Paugam (Directeur de recherche, CREST- laboratoire de sociologie quantitative), à la lumière de comparaisons européennes, a fourni un cadre de travail innovant aux participants en analysant la manière dont la pauvreté, en France, prend un caractère « disqualifiant », générateur d’exclusion, au travers d’études statistiques sur l’entrecroisement du lien social, et en particulier sur l’impact du chômage sur la rupture de ces liens. Selon cette analyse, la France suit un modèle de « responsabilité partagée » de la pauvreté, famille et pouvoirs publics se renvoyant trop souvent la tâche de l’inclusion sociale des chômeurs. Serge Paugam appelle de ses vœux une vraie recherche de complémentarité.

Le logement au cœur de la fragilité des familles

C’est la question de la crise du logement qui a généré les interventions les plus revendicatives. Pour tous, cette crise est devenue un facteur clé de fragilité des familles.

« Qu’est-ce que cette société qui met des contraintes telles sur le logement qu’elle renvoie vers la précarité de très nombreuses familles, voire vers l’urgence ? » s’alarmait en introduction Hubert Brin. Nicole Maestracci a longuement commenté le chiffre des 15000 enfants aujourd’hui hébergés par les structures d’urgence de la FNARS : « ... Ca signifie qu’on n’a pas fait évoluer les politiques publiques en même temps qu’on faisait ce constat là...tout ceux qui sont dans la salle, et qui pour partie gèrent des structures, savent qu’il y a 10 ou 15 ans nous n’étions pas dans cette situation là. Ca nécessite qu’on mette en place une autre politique ».
Martin Hirsch, invité à commenter le rapport sur la « nouvelle équation sociale », a lui aussi appelé de ses vœux une vraie politique publique du logement. "D’abord, il y a une responsabilité particulière des pouvoirs publics qui n’ont pas vu monter la crise. Il y a eu l’effet d’une rupture démographique considérable, que ce soit le vieillissement ou l’augmentation de toutes les couches de la population, et il n’y a pas eu de politique publique en face depuis un certain nombre d’années. Ca impose un rôle des pouvoirs publics. Et, deuxième chose, il y a quand même une question centrale qui est de savoir si on attend que coincident l’offre et la demande pour s’attaquer à des situations inacceptables, ou bien commence-t-on maintenant  ?’

Le logement a constitué un thème essentiel et consensuel lors des travaux en ateliers, qui concernaient pourtant des thèmes très divers : les membres des deux réseaux ont fait le même constat d’insuffisance et d’inadaptation des solutions d’hébergement pour les familles fragilisées, le manque de places en CHRS, le recours aux hôtels (qui selon plusieurs participants procède d’un véritable choix politique de ne plus accueillir), et l’allongement des durées de séjour en hébergement par manque de logement de sortie. Cri d’alarme plus général : le manque global de logements accessibles aux familles fragilisées, la difficulté à faire prendre en compte les besoins de ces familles dans des programmes locaux de l’habitat élaborés par les communautés de commune, et le décrochage des aides au logement par rapport à la montée des loyers et le coût de la vie. Synthétisant ces travaux, la consultante Marie-Françoise Lefilleul parle de « constats banals mais accablants sur lesquels tous les participants se retrouvent... le logement est vital pour les familles et le parcours de survie que mènent les familles fragilisées et que nous contribuons à leur faire mener est par lui-même générateur d’exclusion sociale ».

Plusieurs participants aux tables rondes ont enfin dénoncé le caractère « incantatoire » du droit au logement, ou de règlements sans traduction concrète (telle l’inscription prioritaire sur des personnes en logement d’urgence sur les listes d’attentes de logement).

La question de l’organisation des responsabilités au niveau de la puissance publique est pour Bernard Lacharme, secrétaire général du Haut comité pour le logement des défavorisés qui évoque « un éclatement des responsabilités publiques qui aboutit à une irresponsabilité au niveau du citoyen ». Il faut selon lui que le citoyen puisse « trouver face à lui un responsable politique qui ait tout les outils en main pour pouvoir répondre à cette obligation fixée dans la loi qui est le droit au logement ». L’échelon idéal serait celui de l’intercommunalité, qui permettrait en outre une plus facile gestion politique de l’individualisme des citoyens, qui rejettent souvent l’idée de la construction de logements sociaux près de chez eux.

Informer les familles, et les connaître

L’information a été l’autre fil directeur des échanges.

  • Information des familles fragilisées elles-mêmes en premier lieu.

Pour les participants, informer les familles fragilisées, c’est aider les personnes à être autonomes et inscrites dans un lien de citoyenneté. Plusieurs exemples de ce besoin d’information et de connaissance des droits ont été évoqués : informer les pères en rupture familiale sur leurs droits et devoirs, informer les familles faisant l’objet d’une mesure de Tutelle aux prestations sociales enfant (TPSE) sur le sens, les objectifs, la durée, les limites de cette mesure, ou encore informer les familles entrant en CHRS des conditions et du sens de ce séjour.
Le souhait d’une information plus accessible, plus proche et plus lisible, proposée quand on est en mesure de l’entendre et de se l’approprier, redite, renouvelée, durable... a été développé dans les ateliers et les tables rondes.

  • Information sur la mesure de la fragilité, ensuite

Autour du thème « Mieux connaître pour mieux agir » ont été développées les difficultés méthodologiques de la connaissance des familles fragilisées, ainsi que des exemples d’études.

Gilles Séraphin (UNAF), en commentant l’enquête « Vulnérabilité au sein de la famille » du réseau des Observatoires de la famille, a souligné l’utilité opérationnelle de toutes les questions inhérente à la définition de la pauvreté ou de la fragilité, lorsqu’il s’agit de connaître les familles qui en sont victimes : « Chaque professionnel en contact avec ces dites familles, dites fragiles, dites fragilisées, chaque citoyen qui prend position ou qui organise la vie en société par l’intermédiaire de la vie communale, associative, etc. doit prendre possession de quelques-unes de ces interrogations et de quelques-uns de ces outils pour évaluer les limites de sa réflexion et de ses pratiques, voire pour les faire évoluer. »

intervention de Gilles Séraphin

A plusieurs reprises ont aussi été évoquées toutes les situations de fragilité non signalées : « Il y a aussi beaucoup de familles que nous n’accueillons pas, qui ne sont prises en charge par personne, et dont les situations s’aggravent. Plus elles s’aggravent, moins on peut intervenir en amont, plus c’est un problème pour l’ensemble de la société » alerte ainsi Nicole Maestracci.

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