UNAF - L’UNAF a participé au colloque « Éclairages sur la qualité du travail : Recherches issues de l’enquête Conditions de travail »

L’UNAF a participé au colloque « Éclairages sur la qualité du travail : Recherches issues de l’enquête Conditions de travail »

29/11/2016

Bannière « Eclairages sur la qualité du travail »

L’UNAF, représentée par Myriam Bobbio, Coordonnatrice du pôle « Économie - Consommation et Emploi », a assisté au colloque « Éclairages sur la qualité du travail : Recherches issues de l’enquête Conditions de travail » qui s’est tenu le 22 novembre 2016, à Paris.

La période récente a été marquée par de nombreux changements organisationnels au sein des entreprises et la montée du sentiment d’insécurité économique des salariés, en France et en Europe. Les conditions de travail ont été fortement impactées. Ces changements peuvent avoir une incidence sur la santé physique et mentale des actifs, notamment en modifiant les conditions matérielles et organisationnelles qui déterminent la qualité et le sens donné au travail par les salariés. Ce colloque a été l’occasion de faire le point sur l’état des connaissances : conditions de travail en Europe, en France, dans le secteur associatif et mesures et déterminants du présentéisme.

6EME ENQUETE EUROPEENNE DES CONDITIONS DE TRAVAIL

Agnès Parent-Thirion d’Eurofound a présenté les évolutions récentes des conditions de travail en Europe à partir de la 6e enquête européenne des Conditions de travail (EWCS).

Les premiers résultats de l’enquête ont été analysés à partir de 7 indicateurs :

1. l’environnement physique du travail,
2. l’environnement social,
3. l’intensité du travail,
4. l’utilisation des compétences et la discrétion au travail,
5. les revenus du travail,
6. les perspectives d’avenir du poste de travail,
7. et la qualité du temps de travail.

Ces indicateurs caractérisent la vie au travail, mesurée par le bien-être, la santé, l’équilibre vie privée-vie professionnelle, l’engagement et la motivation, un travail soutenable, et un travail rémunérateur. Pour retrouver l’ensemble de l’analyse : Sixth European Working Conditions Survey – Overview report
Cinq groupes de postes de travail ont été construits :

1. High Flying (« haut Vol »), cette catégorie recouvre 22% des postes dans l’Union Européenne, 25% en France
2. Smooth ( « fonctionnement stable » ), 25% dans l’Union Européenne, 15% en France
3. Active Manuel ( « travail manuel actif »), 22% dans l’Union Européenne, 26% en France
4. Under Pressure ( « sous pression ») 13% dans l’Union Européenne, 22% en France
5. et Poor Quality ( « pauvre qualité » ), 19% dans l’Union Européenne, 13% en France

Les horaires atypiques (travail le week end, longue journée de travail (plus de 10 heures), travail posté et de nuit, caractérisent la vie professionnelle d’une proportion importante de travailleurs dans l’UE (figure 5). Plus de la moitié de l’ensemble des travailleurs travaillent au moins un samedi par mois (52 %), tandis qu’un tiers (32 %) font des journées de travail de 10 heures au plus au moins une fois par mois.

Le travail le dimanche est en légère augmentation (30 %), tout comme le travail posté (21 %), tandis que 19 % des travailleurs sont engagés dans un travail de nuit.

Horaires de travail atypiques entre 2000 et 2015 (%)

Enfin, l’enquête permet de construire un indicateur des heures de travail rémunérées et non rémunérées et d’identifier certains freins à l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes. La réalisation de l’objectif d’Europe 2020, visant un chiffre de 75 % des 20-64 ans dans l’emploi, dépend largement de l’augmentation de la participation des femmes au marché du travail en Europe. Pour atteindre une plus grande participation des femmes, il est nécessaire de comprendre l’interaction du temps de travail avec les autres domaines temporels tels que le temps de trajet et le travail non rémunéré. Les résultats confirment que les responsabilités familiales et le travail domestique non rémunéré ne sont pas partagés de manière égale entre les hommes et les femmes : celles-ci accomplissent une part plus importante du travail non
rémunéré.

Indicateur composite des heures de ravail rémunérées et non rémunérées des hommes et des femmes

ENQUETE SUR LES CONDITIONS DE TRAVAIL EN FRANCE EN 2013

Amélie Mauroux de la Dares (Ministère du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social) a présenté les résultats de la dernière enquête sur les conditions de travail en France : Conditions de travail Reprise de l’intensification du travail chez les salariés.

Entre 2005 et 2013, pour les salariés de France métropolitaine, les changements organisationnels ont repris et les contraintes de rythme de travail se sont accrues, après la relative stabilisation enregistrée entre 1998 et 2005. Cette intensification a été plus marquée dans la fonction publique que dans le secteur privé. D’ailleurs, le contrôle ou suivi informatisé du travail est la contrainte de rythme qui s’est le plus diffusée.

Sur la même période, les marges de manœuvre tendent à se réduire pour toutes les catégories socioprofessionnelles, sauf pour les ouvriers non qualifiés. Les salariés signalent des possibilités de coopération plus importantes avec leurs collègues ou leur hiérarchie, ce qui est susceptible d’atténuer les effets de l’intensification. Néanmoins les tensions sont plus fréquentes avec les collègues ou les clients et usagers. De même, les salariés sont plus nombreux à vivre au travail des situations exigeantes sur le plan émotionnel (être en contact avec des personnes en situation de détresse, devoir calmer des gens).

D’après l’enquête Conditions de Travail 2013, le sentiment d’insécurité de l’emploi a fortement augmenté entre 2005 et 2013, en particulier pour les salariés en CDI, les agents de la fonction publique et les non-salariés. La dégradation de la situation économique augmente le chômage mais accroît également l’insécurité. Or les salariés qui craignent pour leur emploi, en CDI ou dans la fonction publique, tendent à faire valoir moins pleinement leurs droits : ils sont plus nombreux que les autres à venir travailler même quand ils sont malades, à dépasser les horaires normaux sans compensation ou à ne pas prendre tous leurs congés. Ils disposent moins souvent de consignes de sécurité, les respectent moins systématiquement quand ils en ont, et sont plus touchés par les accidents du travail. Ils peuvent moins facilement s’exprimer en cas de désaccord avec leur supérieur. Pour retrouver la publication d’Elisabeth Algava sur l’Insécurité de l’emploi et exercice des droits dans le travail.

Olivier Brolis (Université de Louvain) a spécifiquement travaillé sur les salariés du secteur associatif. Fortement croissant depuis les années 1980, le secteur associatif est devenu un pôle important de l’emploi en France où il rassemble plus de 11% des salariés. Les emplois sont moins rémunérés et marqués par des durées de travail plus courtes. Le rythme de travail est moins intensif (moins de pénibilités physiques déclarées) et les horaires plus conciliables avec la vie privée et surtout les possibilités de participer sont plus nombreuses et d’être « fier » de son travail. Mais les situations peuvent être très contrastées suivant le profil des travailleurs, les domaines d’activité, etc. Si l’attrait des tâches réalisées (variété et créativité, autonomie au travail) est mis en avant, en revanche, des tensions avec les « usagers / clients » sont plus fortes que dans d’autres secteurs d’activité. Il est également à signaler que les écarts entre salariés qualifiés et non qualifiés sont plus faibles sur toutes les dimensions de la qualité de l’emploi. Ces organisations sont plus ouvertes aux femmes et moins discriminantes au niveau salarial.

Le présentéisme se définit comme étant « le comportement du travailleur qui, malgré des problèmes de santé physique et/ou psychologique nécessitant de s’absenter, persiste à se présenter au travail »). Ce phénomène a été décrit dans la présentation de Joseph Lanfranchi (Univ. Paris Panthéon-Assas)
Le présentéisme au travail : mesures et déterminants.

L’enquête Conditions de Travail 2013 est la première enquête française qui propose une mesure de ce phénomène et évalue à la fois son étendue et ses déterminants. Ainsi, 44% des salariés ont déclaré qu’il leur était arrivé d’aller travailler tout en pensant qu’ils auraient dû rester chez eux en raison de leur état de santé au cours des douze derniers mois. Les salariés du secteur public et les femmes sont plus nombreux que les salariés du secteur privé et les hommes à aller travailler même s’ils sont malades. Le présentéisme diminue avec l’âge mais augmente avec l’ancienneté. Il serait nécessaire d’étudier plus précisément les liens du présentéisme avec la santé des travailleurs et leur productivité.

@ : mbobbio unaf.fr


Image : Bannière « Eclairages sur la qualité du travail »
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