UNAF - Vacances et loisirs en famille

Réalités Familiales n°116/117

Vacances et loisirs en famille


27/01/2017

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Par Jean-Philippe Vallat, Directeur des Politiques et Actions familiales et des Etudes à l’UNAF, et par Hakim Boudaoud, Animation et suivi du réseau des Observatoires des familles de l’UNAF

En 2016, année anniversaire des congés payés, l’UNAF a dédié l’étude annuelle de l’Observatoire des familles, qu’elle anime avec les UDAF et URAF, aux attentes et à la vision des familles concernant les vacances et, plus largement, les loisirs.

Cette enquête repose sur des échantillons de 3 000 adresses sélectionnées aléatoirement, par département ou région, parmi les ménages allocataires des CAF ayant au moins un enfant à charge âgé de 3 à 15 ans. Au total, 17 000 familles, de 55 départements, ont répondu au questionnaire.

Les vacances : un temps familial avant tout

On observe à quel point la question des liens familiaux est primordiale dans les attentes vis-à-vis des vacances. En effet, pour 85 % des répondants, les vacances sont synonymes de « temps passé en famille entre parents et enfants ». Cette représentation est partagée par l’ensemble des familles, quelle que soit leur catégorie sociale : 90 % pour les agriculteurs, 88 % pour les artisans/commerçants, 87 % pour les ouvriers, 85 % pour les employés et les professions intermédiaires, puis à 74 % pour les retraités.
Le partage d’activités en famille est aussi très présent chez les répondants : 45 %. C’est une représentation des vacances partagée par toutes les familles, quelle que soit leur catégorie sociale, sauf pour les familles dont le référent est sans activité professionnelle (47 % pour les cadres et les professions intermédiaires, 45 % pour les ouvriers et 38 % pour les sans activité professionnelle).
Pour 19 %, les vacances sont également un moyen de passer du temps avec une famille « élargie » au-delà des liens parents/enfants (temps passé en famille avec les grands-parents, les oncles, les cousins). Les familles dont le référent est cadre, tout comme celles dont le référent est retraité sont celles qui mettent en avant le fait que les vacances sont l’occasion de passer du temps en famille élargie (23 % contre 19 % pour les professions intermédiaires ou encore 16 % pour les familles dont le référent est ouvrier).

L’objectif d’un entretien et d’un renforcement des liens familiaux pendant les vacances transcende donc largement les frontières sociales.

Les objectifs moins directement familiaux sont importants, mais à un niveau bien moindre. Ainsi, les vacances sont synonymes de repos pour 52 % des répondants. Partir et voyager (dépaysement) est également quelque chose d’important pour 48 % des familles interrogées. Même si elles apparaissent pour les autres catégories, les notions de repos, de départ et d’activités en famille apparaissent logiquement davantage chez les familles dont le référent travaille. Les familles dont le référent est cadre mettent davantage en avant le fait de partir ou voyager (63 % contre 40 % pour les familles dont le référent est ouvrier), ce qui peut s’expliquer par des ressources financières plus importantes.

Pour 26 % des répondants, c’est le coût qui est un élément très présent : les vacances sont chères. L’aspect coûteux des vacances est, sans surprise, mis particulièrement en avant par les familles dont le référent est ouvrier ou sans activité professionnelle (respectivement 35 % et 41 % contre 9 % seulement quand le référent est cadre).

Les bienfaits des vacances : une rupture avec le quotidien

L’analyse des bienfaits liés aux vacances peut compléter ces renseignements sur les activités pratiquées pendant cette période.

Les vacances sont sources de relâchement, de découverte et d’épanouissement. Pour les familles, les vacances sont avant tout l’occasion de couper avec un quotidien parfois routinier (66 %) en faisant des choses différentes (41 %). 34 % déclarent même ressentir un état de bien-être général à cette occasion.
Pour les familles, les bienfaits sont concrets. 25 % déclarent que les liens familiaux se sont resserrés pendant les vacances. Ce sentiment est présent dans l’ensemble des catégories sociales : 27 % pour les artisans et commerçants, 26 % pour les employés et les cadres, 25 % pour les ouvriers et 23 % pour les professions intermédiaires.
7 % expriment même le fait qu’ils ont découvert des traits de caractère de leur(s) enfant(s).

Le budget : premier obstacle pour les familles

90 % des familles qui ne sont pas parties en vacances (au moins 4 nuits consécutives) mettent en avant des raisons financières pour expliquer leur non-départ. 23 % mettent en avant des raisons professionnelles.

Le niveau de revenus est très lié à la catégorie socioprofessionnelle. C’est pourquoi il est très corrélé à la possibilité de départ ou non en vacances :

  • 93 % des ouvriers et des sans activité professionnelle, 92 % des employés et des retraités ou 88 % des professions intermédiaires avancent des raisons financières pour expliquer leur non-départ contre 72 % pour la catégorie cadre. On notera que, pour les cadres, l’obstacle financier est certes un peu moins présent, mais qu’il reste la principale raison au non-départ.
  • Pour expliquer leur raison du non-départ, certaines catégories mettent davantage en avant des contraintes professionnelles : 71 % des agriculteurs les mettent en avant ainsi que 43 % des artisans, commerçants et référents d’entreprise. C’est aussi le cas pour 32 % des cadres, mais seulement 24 % des professions intermédiaires, 23 % des employés et 22 % des ouvriers.
    Comme autre raison au non-départ, 14 % mettent en avant des raisons familiales. Elles restent très minoritaires pour toutes les catégories : 18 % des professions intermédiaires, 17 % des sans activité professionnelle, 16 % des cadres, 13 % des employés ou encore 11 % des ouvriers.

Nous avons cherché à mesurer plus largement la contrainte financière ressentie par les familles au-delà des situations de non-départ : parmi les répondants, 63 % estiment ne pas disposer de ressources financières suffisantes pour « passer de bonnes vacances en famille », avec des différences territoriales marquées (51 % Haute-Garonne ; 72 % Pas-de-Calais ; 74 % Aude). 37 % estiment qu’elles en ont les ressources suffisantes.

Sur ce sentiment majoritaire, les écarts sociaux se creusent entre les familles. En effet, 76 % des familles dont le référent est cadre estiment disposer de ressources financières suffisantes pour « passer de bonnes vacances en famille » contre 52 % des agriculteurs, 50 % des professions intermédiaires, 39 % des retraités ou encore 26 % des employés, 22 % des ouvriers et seulement 12 % des sans activité professionnelle.

Les conséquences du non-départ en vacances sur les relations familiales

Ne pas partir en vacances engendre des conséquences pour les familles, conséquences que nous avons voulu préciser.

La culpabilité de ne pas offrir des vacances à ses enfants est de loin le premier sentiment éprouvé par les familles répondantes : c’est un sentiment cité par 69 % des parents qui ne sont partis en vacances avec leurs enfants.
Pour 32 %, la situation a des répercussions sur le quotidien de la famille (fatigue, stress…). La frustration est également présente chez 29 % des parents.
Seuls 6 % des parents déclarent que cela n’a aucune incidence sur leur vie familiale.
L’enquête confirme donc le risque de dégradation de l’image de soi des parents, lié au non-départ. Indirectement ou plus directement, le non-départ risque donc d’affecter les liens familiaux au quotidien.

Des dispositifs d’aides au départ en vacances méconnus

Alors qu’une proportion significative de familles répondantes ne sont pas parties en vacances depuis plusieurs années, on constate que les dispositifs d’aides au départ en vacances sont méconnus par les familles.
45 % ignorent totalement leur existence et 32 % les méconnaissent. 77 % des répondants ne connaissent donc pas ou pas assez les aides mises à disposition des familles. Chiffre d’autant plus élevé que, pour rappel, 63 % des répondants ont déclaré ne pas disposer de ressources financières suffisantes pour passer de bonnes vacances en famille.

Quel lien entre vacances en famille et loisirs en famille ?

Notre enquête, portant à la fois sur les vacances et les loisirs, nous permettait de vérifier s’il y avait, de la part des familles ne partant en vacances, une « compensation » par des loisirs en famille ou à destination des enfants au quotidien plus fréquents.
Malheureusement, au détriment des enfants de certaines catégories sociales, cette « compensation » n’apparaît pas. Les familles qui ne partent pas en vacances sont aussi celles qui font le moins d’activités en famille. Certains pourraient parler de « double peine » pour les enfants de certaines familles qui ne partent pas en vacances et font moins d’activités avec leurs parents durant l’année.
Les écarts se creusent entre les enfants, surtout pour les activités culturelles extérieures, les activités sportives extérieures et les activités récréatives extérieures.

Quels loisirs effectués ensemble ou séparément ?

Nous nous sommes penchés sur les activités pratiquées par les parents et les enfants (ensemble ou pas) à la maison et/ou en extérieur au cours des six mois précédant l’enquête.
De manière générale, en ce qui concerne les activités à domicile, il n’y en a pas qui soient exclusivement faites pendant les vacances par les familles.
Certaines activités sont naturellement et fortement pratiquées en famille : la télévision, les sorties « récréatives » mais aussi les jeux. Parmi ces activités naturellement « familiales », toutes ne sont pas forcément productrices de lien familial à un niveau égal.

D’autres activités mobilisent davantage un des parents avec un des enfants comme les sorties culturelles ou les activités sportives. Enfin, certaines activités sont beaucoup plus individualisées : pratiques artistiques (parents et enfants), mais aussi loisirs liés aux multimédias (surtout pour enfants).

Loisirs : des contraintes différenciées selon les familles

60 % des familles aimeraient pratiquer une activité avec leur(s) enfant(s) mais ne le font pas.
On observe une inégalité entre les familles en fonction de leur appartenance sociale. En effet, alors que 70 % des familles dont le référent est sans activité professionnelle, ou 63 % quand il est ouvrier, déclarent qu’il y a des activités qu’ils aimeraient faire avec leurs enfants mais qu’ils ne font pas, ils ne sont « que » 47 % quand le référent de famille est cadre.

La principale raison invoquée par les familles pour expliquer la non-pratique d’une activité est le coût élevé de celle-ci. Des différences sociales apparaissent : 82 % pour les familles dont le référent est sans activité professionnelle, 77 % quand il est ouvrier, contre seulement 37 % quand il est cadre supérieur.
La deuxième raison mise en avant est la conciliation vie familiale et vie professionnelle. 40 % des familles ne font pas certaines activités car elles manquent de temps pour des raisons professionnelles. 39 % mettent en avant le fait qu’elles manquent de temps pour des raisons domestiques (devoirs, courses, ménages…).
En cumulant le manque de temps pour raison professionnelle et le manque de temps pour raison domestique, 79 % des parents sont concernés ; la notion de temps serait donc la première raison de non-exercice d’une activité avec leur(s) enfant(s).

À noter que 24 % des familles expliquent le fait de ne pas pratiquer une activité en famille car celle-ci n’existe pas à proximité de leur domicile, notamment dans les territoires ruraux (11 % Alpes-Maritimes, 14 % Nord ; 34 % Lot, 36 % Gers et Haute-Saône, 39 % Eure-et-Loir, 44 % Creuse).

La famille comme soutien

Par ailleurs, même si les parents rencontrent certaines contraintes organisationnelles, il apparaît que la solidarité familiale est largement présente au sein des familles interrogées. En effet, des adultes (autres que les parents) peuvent prendre le relais pour partager des activités avec les enfants. Il s’agit principalement des grands-parents (69 %), mais aussi des amis ou voisins (30 %) peuvent dépanner de temps à autre.

La famille est un milieu propice à la transmission des goûts en matière de loisirs. Cela s’inscrit dans une découverte où l’enfant est accompagné par les parents qu’il prend pour exemple. Ainsi, 69 % des parents disent avoir transmis le goût d’une activité qu’ils pratiquent ou ont pratiqué à leur(s) enfant(s).

Conclusion

Notre enquête dresse des éléments importants pour la connaissance du « fait social » constitué par le départ en vacances et les loisirs. Pour les parents, une attente essentielle concernant les vacances porte sur le temps passé en famille et le resserrement des liens parents-enfants, avant même celle du repos ou de la rupture avec le quotidien. La dimension des liens familiaux doit donc être une préoccupation déterminante dans l’organisation même des vacances pour les familles. Comment les favoriser, les revitaliser à l’occasion des vacances ?

Notre enquête révèle aussi l’ampleur de l’obstacle financier au départ en vacances pour les familles, obstacle qui est le principal frein au départ. Face à cet obstacle, qui dépasse les seules catégories défavorisées, même s’il pèse plus fortement sur elles, les dispositifs d’aides sont dispersés, hétérogènes dans leurs critères et leurs modalités entre acteurs privés et publics. Du coup, ils sont mal connus et mal compris, même quand les familles en bénéficient. Cette méconnaissance est d’autant plus gênante que ces aides sont plébiscitées par les familles bénéficiaires et sont parfois, en dehors de leur dimension financière, le support d’actions de renforcement des liens familiaux et sociaux.

Les loisirs sont aussi des moments importants d’activation du lien familial, avec un enjeu de transmission des goûts très présent dans beaucoup de familles. Certains loisirs sont davantage pratiqués « en famille » comme la télévision, les jeux de société, les sorties culturelles, mais aussi la musique ou le sport. Mais la pratique artistique et surtout l’usage des multimédias sont très individualisés. Il y a donc une véritable réflexion à mener sur les loisirs qui permettent le mieux une activation des liens familiaux. Le manque de temps explique le renoncement à des loisirs familiaux davantage que le coût ou le manque d’offres à proximité, cette dernière problématique étant tout de même particulièrement présente dans les territoires ruraux.

Autant d’éléments qui encouragent l’UNAF à partager les résultats de cette enquête afin de favoriser le départ en vacances qui, nous l’avons vu, est loin d’être superflu pour les familles.


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Réalités Familiales n° 116-117 : « Loisirs et vacances en famille »
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E-mail : realites.familiales unaf.fr

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