UNAF - Éduquer en vacances ?

Réalités Familiales n°116/117

Éduquer en vacances ?


27/01/2017

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Par Didier Pleux, Psychologue clinicien

Le temps des vacances... Si, pour de nombreux parents, cela rime avec un moment privilégié en famille, pour d’autres, c’est plus soucieux : comment cela va-t-il se passer, les enfants vont-ils être satisfaits, que doit-on faire pour que tout aille pour le mieux ?

Il s’agit bien de « vacances », d’un moment de vie différent des autres mois de l’année, mais doit-on pour autant quitter notre fonction parentale ? Certains vous diront que l’idéal est de vivre de manière totalement différente, de changer les habitudes et qu’il est important de montrer un autre visage, une autre façon d’être à sa progéniture. D’autres vous conseilleront de ne pas baisser la garde et de ne rien « lâcher » côté exigences et routines de vie, au risque d’une rentrée catastrophique. Comme le plus souvent, la sagesse pourrait bien être de savoir proposer une sorte de compromis : vivre des vacances sans être pour autant en vacance de tout.

Trouver l’équilibre entre désir et réalité

J’ai toujours pensé, et mes livres sur l’éducation en témoignent, que l’enfant, tout comme l’adulte, n’est heureux que s’il sait harmoniser ses « désirs » avec les « réalités ». Lorsque le déséquilibre est grand, l’être humain devient très vulnérable et tout aléa de vie devient vite insupportable. Tout cela est bien sûr majoré chez nos enfants, puisqu’ils sont plus vulnérables que nous. La permissivité éducative, lorsqu’elle se traduit par des carences éducatives, engendre des attitudes de « petits rois », avec leur cortège de dysfonctionnements : refus de toute contrainte, de tout effort, quête incessante de plaisir immédiat, chosification d’autrui qui n’est là que pour le bon plaisir d’un ego devenu tout puissant... Mes hypothèses ont été malheureusement incomprises, et de mauvaises interprétations me prêtent un souci de « retour aux bonne vieilles méthodes », aux blouses grises, bref, à l’autoritarisme parental. Non, l’autorité « en amont » n’a rien à voir avec la répression, et les quelques conseils qui vont suivre sur la gestion des vacances avec nos enfants veulent illustrer cette volonté de compromis entre donner du plaisir à son enfant et ne pas lui faire quitter le réel pour autant. Il est possible d’appréhender le temps des vacances avec ses enfants ni de façon laxiste, ni de façon « autoritariste » !

Savoir lâcher prise tout en restant exigeant

Alors, parlons « plaisir » avant tout ! L’être humain a besoin de vivre des moments de satisfaction intense et ce n’est pas en vacances qu’il faut déroger à cette loi. Il n’est pas question que ces moments de partage avec votre enfant soient synonymes de « rééducation d’été » ! Il est donc souhaitable, dans un premier temps, que ces mois d’été soient aussi une période où votre enfant va vivre de nouvelles expériences et son autonomie doit être, bien sûr, favorisée. Peut-on lui laisser prendre certaines initiatives qui ne sont pas toujours possibles au quotidien, quand la scolarité ou les occupations professionnelles parentales ne laissent pas trop de libertés ? Choisir tel ou tel menu de repas, initier telle ou telle activité et vivre seul certains loisirs s’il est adolescent ? Ainsi, les vacances deviennent pour lui une expérience de vie où tout n’est pas régenté, dicté, décidé, désiré par les parents, et cela est bon pour sa propre estime et sa confiance en soi. De plus, ce nouveau vécu change la perception parfois trop réductrice que les enfants ont de leurs parents, tant ces derniers peuvent paraître distants, parfois difficiles ou conflictuels et peu amènes du fait d’occupations quotidiennes quelquefois trop stressantes. Mais, attention, ne succombons pas au « tout et son contraire » ! La tentation est parfois très grande de laisser notre enfant décider d’un maximum de choses et d’oublier les exigences que nous avions tout au long de l’année. S’il est utile d’être, par exemple, plus souple sur les horaires et certains loisirs, il n’est pas opportun de lui faire vivre une vie complètement à l’opposé de celle de l’année dite scolaire. C’est pourquoi je conseille toujours de mettre le curseur au milieu : savoir lâcher prise tout en restant exigeant sur les « fondamentaux » de vos règles éducatives. Oui, il est recommandé qu’un enfant prenne l’initiative d’un dîner à condition qu’il participe au maximum à tout ce qui est contraignant : achats, préparation du repas, etc. Oui, il est justifié de ne pas garder certaines routines au niveau des horaires, à condition de refixer des limites pour l’heure du coucher ou du lever.

Si votre enfant a une petite tendance à « l’intolérance aux frustrations », il faudra être très prudent : en effet, il risque bien de comprendre le nouveau mode de vie « vacances » comme celui qu’il voudra désormais vivre au quotidien le reste de l’année ! Un autre conseil : il sera bon de toujours rééquilibrer une nouvelle liberté avec de nouvelles exigences pour qu’il augmente son « seuil de tolérance aux frustrations ». Il n’aime pas trop les randonnées et vous adorez cela, il refuse les visites de tels ou tels lieux, il ne réclame que des activités « Club Med », tenez bon ! L’enfant doit aussi apprendre, même en vacances, que le parent existe, qu’il a ses goûts, qu’il veut proposer, partager, transmettre, et qu’il n’est pas qu’une chose qui lui apporte constamment une réponse à ses propres désirs. Combien de parents veulent faire plaisir en changeant tel ou tel programme de vacances car ils craignent d’imposer une activité qui déplaît à l’enfant ? Faire avec, partager avec ses parents, tenir compte de leur culture et de leurs choix est aussi une réalité très structurante pour l’enfant et même pour... l’adolescent, qui, contrairement à la légende psy, veut des adultes qui existent et non des punching-balls passifs et à leur solde.

Et si on changeait quelques mauvaises habitudes ?

Chez notre enfant, il existe bien d’autres réalités qu’il ne faut pas oublier !
Sa réalité scolaire : s’il a vécu une année difficile, il est conseillé de ne pas trop oublier que la trêve sera de courte durée. S’il est bon de retrouver une bulle d’oxygène en vacances, pour certains enfants, il est tout aussi souhaitable de garder un certain rythme d’apprentissage : ainsi, il est bénéfique d’accorder un temps régulier pour rattraper telle ou telle matière enseignée, de combler certaines carences avant la reprise des cours. Les fameux cahiers de devoirs de vacances peuvent être utiles. Si, par ailleurs, notre enfant a beaucoup de mal avec les règles du quotidien, ne transformons pas la période d’été en « no man’s land » côté exigences : demandons-lui certaines routines quotidiennes pour aider aux tâches ménagères, soyons prudents à ne pas trop « lâcher prise » avec les horaires de coucher, de repas, etc. Certains enfants prennent malheureusement pour acquis définitifs certaines des permissivités parentales pourtant justifiées en temps de vacances. Quant aux plus fragiles, n’hésitez pas à supprimer certains loisirs comme les longues heures passées devant les écrans pour entamer une sorte de désintoxication si les habitudes sont quelque peu addictives. Favorisez le sport chez un tempérament passif, stimulez la lecture chez celui qui quémande du « faire », initiez des loisirs collectifs chez celui qui s’isole, créez de l’ennui pour l’hyperactif... Prendre en fait le contrepied de mauvaises habitudes prises dans l’année.
Certes, il n’est pas question, je le répète, de transformer vos vacances en un camp de rééducation, tout le monde doit trouver un second souffle et se voir vivre différemment à cette période. Mais, il nous appartient de ne pas tout oublier de la réalité (Je me souviens de l’expression du jeune Julien, 14 ans, que je voyais en consultation à la rentrée : « Maintenant c’est le retour au bagne, la vraie vie, c’était cet été... »), et d’en profiter pour aborder certains sujets qui fâchent, de passer de nouveaux « contrats », de générer de nouveaux défis pour appréhender la nouvelle année : faire le point sur tout ce qui va bien et tout ce qui doit être travaillé pour ne pas retomber dans les mêmes impasses.

Les vacances, si elles se doivent d’être un moment de vie différent, ne peuvent nous éviter, à nous les parents, d’éduquer... Ce qui signifie de tenter ce savoir-faire entre « plaisirs et réalités », et pour tout dire de faire vivre l’incontournable « Amour et... frustrations » ! l


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Réalités Familiales n° 116-117 : « Loisirs et vacances en famille »
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