UNAF - Allocution de Hubert BRIN, Président de l’UNAF

60e anniversaire de l’UNAF

Allocution de Hubert BRIN, Président de l’UNAF


18/06/2005

Monsieur le Ministre,

Bienvenue à cette célébration du 60e anniversaire de l’UNAF.

Depuis bientôt 10 ans que nous nous connaissons et que, dans les fonctions que vous avez occupées, nous avons appris à travailler ensemble, je n’avais pas imaginé notre situation d’aujourd’hui. Je n’avais pas imaginé que j’aurais l’immense plaisir de vous accueillir en tant que ministre en charge de la famille, et en plus au moment du 60e de l’UNAF.

Vous avez accepté cette charge lors de la constitution du Gouvernement dirigé par Monsieur Dominique de Villepin, vous m’en voyez réjoui car je sais votre attachement à la famille et à la politique familiale.

Je voudrais également noter, parce que le fait en est assez rare, que vous avez également en charge le handicap et la dépendance. Handicap et dépendances, deux réalités qui, dans notre pays, permettent de mesurer tous les jours au travers de la vie des familles qui y sont confrontées, ce que veulent dire les mots solidarité, affection et amour.

Simplement, et même si je mesure ce que cette affectation peut vouloir dire en termes de charges et soucis supplémentaires, nous sommes heureux qu’elle existe car elle est porteuse d’une signification d’unité dans les diverses fonctions et responsabilités familiales.

Vous le savez, pour nous chaque membre de la famille n’est pas locataire ou propriétaire de son logement d’un côté, parent d’élève d’un autre ou encore consommateur d’un troisième mais le tout à la fois, marqué par la situation économique, sociale ou culturelle qui conditionne souvent l’harmonie de l’ensemble et la recherche du bonheur pour chacune d’elle.

C’est d’abord tout cela que depuis 60 ans les générations de militants familiaux ont défendu pied à pied et je crois que ce n’est que simple justice de dire que la France n’aurait pas la politique familiale qu’elle a, même si des progrès restent toujours à faire, si les militants de l’UNAF et de tous les mouvements familiaux n’avaient pas été présents, et parfois pressants partout où se jouent les intérêts des familles.

Votre présence parmi nous aujourd’hui, je la reçois comme un immense merci de la République Française à toutes celles et à tous ceux qui ont permis que vive cette idée toujours moderne, même dans ses différences, la Famille.

Sans refaire toute l’histoire de ces 60 ans, je me permettrais simplement de faire 2 ou 3 rappels qui me semblent nécessaires.

Le premier a trait à la déclinaison de notre sigle Union Nationale des Associations Familiales, Unions Départementales des Associations Familiales et nous sommes nombreux à le vivre dès aujourd’hui, c’est pourquoi nous souhaitons qu’elles soient demain reconnues par la loi Unions Régionales des Associations Familiales.

Le pluriel adopté dans cette déclinaison indique la liberté des familles pour créer et adhérer à l’association familiale correspondant à leurs sensibilités ou organisant la réponse solidaire à leurs besoins. Il signifie aussi depuis 1975 l’obligation d’une représentation pluraliste dans chacune de ses instances.

En cela, et même s’il reste des efforts de développement des associations familiales à faire notamment en milieu sur-urbanisé, l’UNAF est bien représentative de l’ensemble des Familles françaises et étrangères vivant en France.

Le deuxième trait se rapporte à la modernité de la décision du Gouvernement provisoire de la République de créer l’UNAF le 3 mars 1945.

Bien sûr cette décision fut prise dans le contexte particulier de la reconstruction de la France en partant du constat simple qu’aux côtés des forces politiques, des pouvoirs publics et des organisations du monde du travail, la famille et les familles devaient avoir leur place naturelle dans la construction d’un avenir meilleur.

Aujourd’hui, aucun observateur économique ou social n’irait affirmer que la société continue à se construire et à se gérer en ne tenant compte que de la sphère politique et publique d’un côté, du monde du travail de l’autre.

L’ensemble de la société civile organisée et notamment le secteur associatif est devenu un acteur incontournable.

Parmi le secteur associatif, les associations familiales y ont toujours, et doivent toujours y avoir une place particulière. Je sais que vous partagez cette conviction.

Pourquoi une place particulière ?

Tout simplement parce que la famille, les familles quels que soient leur forme ou leur statut, demeurent le premier lieu de transmission et d’apprentissage de la liberté et de la responsabilité, des droits et des devoirs, de la solidarité, y compris intergénérationnelle et de l’égalité, de la dignité... Le premier lieu de transmission et d’apprentissage des règles, toujours à réaffirmer, du mieux vivre ensemble. Cela est si vrai que dès lors qu’une famille n’assume pas cette fonction, nombreux sont ceux qui crient haro sur la famille sans même se soucier des conditions économiques, sociales et culturelles dont je parlais tout à l’heure.

Cela est si vrai que dans les cas les plus graves, la République elle-même -et c’est son rôle- la République elle-même impose les rappels à l’ordre.

Une place particulière aussi parce que c’est bien dans la famille, dans les familles que se jouent l’avenir et le dynamisme d’un pays au travers du renouvellement des générations.

Le troisième rappel que j’ai choisi parmi beaucoup d’autres, c’est qu’en étant sur le champ de la famille nous sommes aussi sur ceux du sens de l’homme et du sens de la démocratie.

De ce point de vue je ne reprécise pas ce que j’ai dit tout à l’heure sur la place particulière pour la famille.

De ce point de vue il est tout aussi nécessaire pour chaque citoyen tout comme pour la préparation de la décision publique, de regarder ce que nous dit « le fait familial » :

repli sur soi, communautarisme ou ouverture au monde, et j’ose encore le dire ouverture à l’Europe,
société du lien ou société des biens, la relation ou la possession ? le sens réel, immédiat ou le temps long ?
du social, du solidaire, du collectif ou de l’individuel voire de l’individualisme,
et je pourrai encore décliner longtemps les sujets sur lesquels il nous semble nécessaire de revisiter ce qui fait ou devrait encore faire évidence, tous les sujets sur lesquels nous avons devoir de débusquer ce qui dans la modernité n’est pas obligatoirement progrès pour l’homme.

Nous n’irons pas au-delà pour aujourd’hui même si ce n’est pas l’envie qui nous manque.

Cependant, célébrer un anniversaire, qu’il soit 60e, ou moins ou plus, n’a de sens que s’il s’ouvre sur l’avenir, mais là l’exercice n’est plus aussi simple que cela.

Pour autant, les militants familiaux ici présents ne comprendraient pas que j’occulte quelques questions d’actualité.

Soyons cependant très clairs, nous n’attendons pas de vous des annonces précises quant aux politiques qui seront conduites dans les semaines à venir, ce serait nier le temps nécessaire à la compréhension des dossiers dans leur interaction et leur complexité, ce serait nier le temps nécessaire aux divers arbitrages pour aboutir à la décision publique.

A cet instant, je crois utile de dire pour tous, mais vous le savez nous nous connaissons suffisamment, la cordialité de mon propos est à l’exacte intensité des convictions et de la détermination de l’UNAF et de son Conseil d’administration qui s’est réuni hier matin. Elle ne la masque pas au contraire elle la révèle.

Ce serait nier le temps nécessaire, ai-je dit, ce serait aussi se tromper de lieu car l’UNAF tient plus que tout au maintien de la Conférence annuelle de la Famille, à Matignon, présidée dans sa totalité par le Premier Ministre autour des ministres concernés dont vous-même bien sûr, et de l’ensemble des acteurs familiaux, des partenaires sociaux et des représentants des collectivités territoriales. En effet les politiques à conduire en direction des familles ne concernent pas que l’échelon central de l’Etat, elles trouvent déjà et trouveront demain encore des réponses dans la proximité à l’échelon des communes, ou intercommunal, des départements et des régions. Elles trouvent en partie aujourd’hui mais devront aussi trouver encore plus demain des réponses dans la conciliation entre la vie professionnelle et la vie familiale.

La Conférence annuelle de la famille, c’est ce qui permet tous les ans de dire et redire que investir dans la famille, c’est investir dans l’avenir.

C’est ce qui permet tous les ans d’améliorer pas après pas la situation de l’ensemble des familles.

C’est ce qui permet tous les ans de choisir qu’une partie des marges économiques doit être investie pour les familles ayant des enfants à charge et pas seulement sur la santé ou sur la vieillesse, deux sujets tout aussi éminemment familiaux bien sûr.

Monsieur le Ministre, parce que de nombreux militants familiaux assurent un mandat de représentation dans les Caisses d’Allocations Familiales nous savons bien ici qu’une des difficultés à laquelle vous vous trouvez confronté notamment parce que vous avez aussi en charge la sécurité sociale, se trouve dans la négociation de la Convention d’objectif et de gestion entre l’Etat et la Caisse Nationale des Allocations Familiales.

Nous connaissons l’importance des chiffres, nous savons aussi que la Prestation d’Accueil du jeune Enfant, négociée et décidée lors de la Conférence de la Famille 2003, a produit des effets positifs pour les familles supérieurs à la prévision, nous avons donc conscience de la difficulté des arbitrages à venir entre les garanties à donner pour le respect des engagements contractuels passés (COG) et la nécessité de décisions nouvelles pour l’avenir : Conférence de la famille.

Les deux termes de l’équation ont leur importance. Sur les engagements contractuels auxquels il convient d’ajouter les 15 000 places d’accueil annoncées par le Premier ministre, tout doit être fait pour que la décision ne vienne pas entraver la dynamique d’une meilleure réponse aux besoins des familles.

Sur les décisions nouvelles pour l’avenir, certaines qui ne nécessitent pas d’engagement financier lourd doivent pouvoir trouver des réponses. Je pense notamment à la carte famille nombreuse.
D’autres ne doivent pas souffrir de retard. C’est notamment le cas pour tout ce qui touche aux droits de l’enfant et à l’Internet.

D’autres enfin méritent un traitement particulier à gérer dans le temps. Je pense en tout premier lieu au logement. Je pense ensuite ou dans le même temps ou en priorité -vous le voyez les choix sont larges- je pense aux propositions faites pour améliorer la situation démographique de notre pays qui même si celle-ci n’est pas catastrophique n’en est pour autant pas totalement satisfaisante.

Sur ce sujet, je me permettrais de vous redire ici - même si je sais d’avance que vous le partagez :
la question démographique est une question de long terme car une question de changement culturel, mais plus on retarde la prise de décision plus on hypothèque l’avenir à échéance de 20-25 ans.

Par ailleurs, nous savons bien l’un et l’autre que les effets des décisions se traduiront par une montée en charge financière sur plusieurs années, les marges nécessaires au moment de la décision sont moindre à mobiliser.

Vous redire aussi que la question des arbitrages financiers doit à notre sens aussi être regardée à l’aune de la dette que par ailleurs, nous adultes, nous transférons à la charge de nos enfants.

Investir dans l’avenir, car la dépense pour les familles n’est en fait rien d’autre qu’un investissement pour l’avenir, investir dans l’avenir c’est dire collectivement à nos enfants que nous avons besoins d’eux pour continuer à construire le monde de demain.

Un dernier mot encore sur la politique familiale. Monsieur le Ministre, l’UNAF reste fermement opposée à la fiscalisation des allocations familiales.

Bien sûr, Monsieur le Ministre, je pourrais ici aborder de nombreux autres sujets, le temps et le lieu ne s’y prêtent pas forcément. C’est pourquoi je souhaite que vous receviez une délégation du Bureau de l’UNAF pour échanger plus longuement sur chacun d’eux, nous pourrions aussi aborder les thèmes de la Conférence annuelle de la famille 2006 que le Conseil d’administration souhaite traiter autour des solidarités intergénérationnelles. Aborder aussi la place des familles et de leurs associations dans les médias publics.

Je voudrais néanmoins terminer mon propos en évoquant 3 sujets.
Je serai bref.

La réforme du fonds spécial qui permet à l’UNAF de remplir ses missions. Bien sûr les textes étaient obsolètes et trouvaient quelques difficultés à s’appliquer. Nous n’avions pas attendu le 3 mars 2005 pour nous en apercevoir, le dire et engager la négociation pour le réformer.

Un texte a été adopté lors de la loi de financement de la sécurité sociale. Il permet de sécuriser pour longtemps l’indépendance de l’UNAF pour l’exercice de ses missions et nous nous en félicitons.
Néanmoins, il comporte également une novation au travers des conventions d’objectifs entre l’UNAF et l’Etat, entre l’UNAF et les UDAF.

Cette novation entraîne des changements profonds dans les modalités du rendu compte sur l’utilisation des financements qui nous sont accordés.

Malheureusement, le décret d’application et les arrêtés complémentaires ne sont toujours pas finalisés. Chaque jour qui passe rend plus périlleuse la réussite de cette nécessaire opération et accroît l’inquiétude des Présidents et des Conseils d’administration. Nous souhaitons vivement que ce dossier aboutisse avant l’été afin de prendre les mesures qui s’imposent pour pouvoir être pleinement opérationnel en juin 2006.

Deuxième sujet : les URAF
Nous sommes toujours dans l’attente de leur inscription dans la loi afin qu’elle soit officiellement reconnue. Nous espérons que cette démarche aboutisse d’ici à juin 2006. En attendant nous avons besoin de votre appui pour que nous puissions poursuivre l’attribution des moyens financiers qui leur sont nécessaires.

Dernier sujet : la réforme de la protection juridique des majeurs.
Ce qui a été préparé par le précédent Garde des Sceaux a globalement reçu notre aval. Donc du point de vue du Code civil tout est quasiment prêt. Reste la question des arbitrages et du dépôt de ce texte finalisé devant le Parlement. Nous comptons sur vous Monsieur le Ministre pour que cette réforme puisse enfin aboutir. Elle est, même si cela n’est pas aussi évident de prime abord une question par réalité, familiale ne serait-ce que parce que ce sont d’abord les familles qui assurent la protection des plus faibles de leurs membres, et qu’elles ont aussi besoin de signes de reconnaissance. Lorsque cette protection est assurée par un tiers, les familles ont besoin de sécurité. C’est ce que nous réalisons dans les services de tutelle.

Merci par avance pour tout ce que vous pourrez faire sur ces 3 dossiers.

Pour le reste, la décision politique viendra en son temps et à son heure, mais je sais que pour vous, comme pour les militants familiaux ici présents, comme pour moi-même cette décision n’a de sens que si elle vise à servir les hommes et le pays, et que s’agissant de la famille, la décision politique trouve tout son sens lorsqu’elle permet à chaque famille de faire vivre dignement son projet d’amour.

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