UNAF - Entraide entre familles monoparentales : le réseau Parents solos et Compagnie

Réalités Familiales n°122/123

Entraide entre familles monoparentales : le réseau Parents solos et Compagnie


12/06/2018

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Par Laure Skoutelsky, Déléguée nationale de l’association Parents solos et Compagnie

Les parents solos réussissent à mener de front ce que beaucoup de parents partagent à deux. Comment font-ils ? Les ressources personnelles et le recours à l’organisation collective constituent leurs principaux leviers d’actions. Néanmoins ces compétences et ces capacités ne sont pas toujours reconnues. Et trop souvent, les parents solos, encore aujourd’hui restent victimes d’une certaine stigmatisation et leurs difficultés demeurent sous-estimées.

Comment peut-on affirmer ces propos ? Parce que sont les conclusions d’une étude action menée en 2016. Et qui se vérifient aujourd’hui tous les jours au contact des parents rencontrés par Parents solos et Compagnie, association pour l’entraide et l’appui aux parents solos.

Petit retour en arrière…

En 2015, le Ministère des Familles propose de mettre en place un réseau d’appui de proximité pouvant toucher l’ensemble des parents solos, privilégiant les logiques d’entraide et de solidarité pour répondre aux besoins de répit.
De grandes têtes de réseaux associatives [1] (dont l’UNAF) répondent à la sollicitation de la Ministre. Afin de vérifier la pertinence d’un tel projet, la décision est prise de mener une étude [2] de faisabilité qui repose sur deux approches complémentaires. Des entretiens avec des acteurs de terrains et des réseaux associatifs d’une part et le recueil du point de vue des parents solos d’autre part.
Si l’importance des associations de terrain a été mise en évidence, c’est sur l’apport des parents solos que nous nous proposons de revenir ici. Avec une précision d’importance : pour Parents solos et Compagnie, le parent solo est celui qui se reconnait comme tel, sans aucune autre définition juridique ou administrative.

Les groupes focus de parents solos

37 personnes ont participé à cinq groupes distincts ne présentaient qu’un point commun : elles, ou ils (on compte trois pères dans l’effectif) élèvent seuls - ou quasiment leurs enfants. Elles ont été sollicitées par des associations de terrain intervenant dans le champ social et éducatif. Cette façon de procéder a permis de composer des groupes reflétant la diversité des situations et des origines de la monoparentalité : du veuvage à la personne divorcée, de la mère célibataire à celle qui a fui les violences conjugales.
La méthodologie [3] utilisée a permis d’élaborer un questionnaire sans biais ni orientation dont l’analyse a fait apparaitre les caractéristiques de la mono- parentalité par ceux qui la vivent.

Neuf thématiques ont été mises au jour pour caractériser les difficultés ou les contraintes vécues. Et, on va le voir, elles ne se réduisent pas à des problèmes matériels, loin s’en faut.

Les caractéristiques de la situation de mono- parentalité par ceux qui la vivent

La solitude dans l’exercice des responsabilités familiales arrive en tête des difficultés rencontrées. Il s’agit ici de la responsabilité de la vie de toute sa famille, dans tous ses aspects, avec l’angoisse et les soucis que cela peut représenter.
Et c’est sans doute l’un des principaux intérêts de cette étude d’avoir permis de lever le voile sur une problématique dont les parents solos ne parlent jamais. C’est avec l’approfondissement du débat, dans le cadre des échanges entre pairs qu’elle a finalement émergé. Avec une illustration sans fioriture entendue à Nantes : « Je suis seule au monde. Si je meurs, que vont devenir mes enfants ? »

Corollaire de cette thématique, le souci dans l’éducation des enfants arrive également dans le peloton de tête des difficultés vécues. Contrairement à ce qui se dit souvent, ce n’est pas l’exercice de l’autorité qui pose problème à ces parents. Mais le fait d’être seul-e empêche, beaucoup en sont conscient-es, le dialogue et le recul, qui s’opère dans les couples parentaux (sous réserve que ces derniers fonctionnent). Et la gestion des enfants devient alors difficile et angoissante. Avec un besoin rarement satisfait : « Quand on est parent solo, on aimerait bénéficier d’un soutien bienveillant pour l’éducation de son enfant ».

Bien sûr, les questions financières suivent de près avec la fragilité face à l‘emploi lorsqu’on a la chance d’en avoir un. Car la conciliation vie familiale- vie professionnelle lorsqu’on est seul à élever un enfant se réalise systématiquement au détriment de la seconde. Et les revenus ne suivent pas : une personne au moins dans chacun des groupes cumulait deux voire, trois emplois.

Dernière thématique majoritaire, le rapport tendu avec les institutions et principalement avec les services sociaux. Trois griefs reviennent en boucle : l’aide financière ne répond qu’imparfaitement à la demande, les injonctions sont parfois contradictoires et difficiles à mettre en œuvre. Mais le plus souvent évoqué et le plus mal vécu reste ce si fort ressentiment d’un jugement et l’absence d’écoute… qui conduit très souvent à l’évitement des services et des dispositifs.

La séparation, l’épreuve pour tout-e-s

A ces quatre thématiques il faut rajouter dans l’ordre, et peu éloignées, la pression permanente « qui épuise », l’oubli de soi au profit de ses enfants, le regard des autres « qui jugent » (et notamment les institutions) et plus pragmatique mais prégnante en zone rurale, la dépendance au transport.

Quant à la séparation tous ceux qui l’ont vécue le confirment : voulue ou subie, le temps de la rupture reste un moment éprouvant. « Pendant la période de la séparation, on doit tout gérer en même temps, on a l’impression que l’on va se noyer ».
A un point tel que pour beaucoup de fondatrices d’associations de parents solos, c’est le souvenir de cette épreuve qui les a conduit à s’investir dans l’entraide.

Compétences personnelles et organisations collective, les principales ressources des parents solos

Et ce sont bien les ressources portées par les individus, leur force, leur combativité et leur capacité à s’entraider qui permet à chacun-e de s’en sortir.
Alors qu’ils se sentent dévalorisés et déconsidérés, ces parents solos et notamment les mères conservent et même développent une réelle estime de soi. Ainsi dans la Nièvre : «  J’étais tellement malheureuse que quand j’ai basculé dans la monoparentalité, j’ai recommencé à avancer ». Ou à Pierrefitte « J’ai découvert que les femmes sont aussi compétentes que les hommes » Ou encore à Lille : « Si je remonte en arrière, je n’avais pas confiance en moi mais maintenant quand je regarde mon parcours j’en suis fière ».

L’organisation collective est mise en avant à Nantes : « On rencontre tous les mêmes écueils. On doit mettre en commun cette expérience. On doit chercher ensemble les solutions et les tuyaux des uns et des autres sont bénéfiques ». Confirmation à Paris « Les groupes de parole sont extrêmement importants car il ne faut pas rester seul dans des situations extrêmes ».

Parents solos et Compagnie, l’entraide et l’appui pour les parents solos

On comprendra donc qu’avec de tels résultats la décision a été prise de créer un réseau d’entraide s’appuyant à la fois sur les associations de terrain et sur le soutien à l’organisation collective des parents solos. L’association aujourd’hui poursuit donc trois missions :
• Changer le regard sur les parents solos en sensibilisant sur les réalités vécues par les parents solos sur leurs compétences et leurs ressources. Cette présente contribution en est l’exacte illustration.
• Valoriser et soutenir l’entraide et l’organisation collective des parents solos en développant leur pouvoir d’agir. Ce que nous faisons en accompagnant le développement des collectifs et en leur donnant un coup de pouce financier grâce à notre fonds de soutien.
• Prévenir l’isolement des parents solos, en portant à leur connaissance l’existence de ressources locales via la plate-forme « Parents solos et Compagnie » qui référence les associations de terrains développant, l’aide, l’accueil et l’écoute de ces parents trop isolés. l

Les groupes focus et l’élaboration du questionnaire


Cinq groupes d’une dizaine de parents constitués à Nantes (44), Lille (59) Paris (75), Pierrefitte (93) et dans un village de la Nièvre (58).
• Une seule question posée « C’est quoi, aujourd’hui, être en situation mono-parentale ? »
• Production par les participants d’une série d’affirmations qui deviennent autant de propositions sur lesquelles ils sont amenés à se prononcer.
• Un logiciel color vote, associé à un ordinateur et un vidéo projecteur permet ensuite, grâce à un boitier individuel, que chaque participant s’exprime sur l’intégralité des propos en votant sur chacun des items grâce à un code couleur de 7 degrés allant de « je ne suis pas du tout d’accord » à « je ne souhaite pas répondre à cette question ».
• La production de chaque groupe est ensuite croisée et analysée afin d’élaborer un questionnaire soumis à l’ensemble des participants. Ce questionnaire est sans biais puisque l’intégralité des items a été produite par les personnes elles-mêmes concernées par le sujet.


Pour commander ce numéro :

Réalités Familiales n° 122-123 : « Familles à l’épreuve de la séparation »
Prix : 10 € + 3,15 € de frais de traitement, à commander à l’UNAF, Service communication : 28, place Saint-Georges 75009 Paris Tél. : 01 49 95 36 00
E-mail : realites.familiales unaf.fr

[1Association de la Fondation Etudiante pour la Ville – AFEV, Fédération des centres sociaux et socio-culturels de France – FCSF, Fondation pour l’Enfance, France Parrainages, Grands parrrains , Ligue de l’Enseignement, Parrains par mille, Union Nationale des Associations Familiales – UNAF

[2L’étude à l’origine de Parents solos et Compagnie : http://parents-solos-compagnie.org/le-rapport-detude-du-reseau-parents-solos/

[3Voir l’encart

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