UNAF - L’UNAF auditionnée sur la protection de l’Ecole

L’UNAF auditionnée sur la protection de l’Ecole


16/01/2019

Le 11 janvier dernier, l’UNAF, représentée par J-Philippe VALLAT, en charge de la Direction Politiques, actions familiales et des Etudes et Patricia HUMANN, coordonnatrice du pôle « Ecole - Petite enfance - Jeunesse » a été auditionnée par la mission sur la protection de l’Ecole.

A la suite de l’agression d’un professeur du lycée Edouard Branly de Créteil et l’émotion que ce phénomène a généré au sein de toute la population, le gouvernement a souhaité engager une large concertation avec les partenaires de l’école pour identifier des mesures concrètes destinées à prévenir les violences et renforcer la protection de l’école.

Une mission a été confiée en ce sens à Mme Béatrice Gille, rectrice de l’académie de Montpellier, Mme Agnès Le Brun, Maire de Morlaix et vice-présidente de l’association des maires de France, M. Stéphane Testé, député de la Seine Saint Denis, et Hubert Schmidt, inspecteur général de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche qui assure la coordination opérationnelle de la mission.

La mission a été chargée de conduire une large concertation avec les administrations de l’Etat, les collectivités et les partenaires de l’école pour analyser les dispositifs existants, mais aussi d’orienter ses travaux en trois directions :

• La sécurisation des abords des établissements, avec le renforcement des liens avec les forces de sécurité et les collectivités territoriales ;
• L’accompagnement de la parentalité et la responsabilité des familles pour prévenir les violences, les incivilités ou encore l’absentéisme scolaire ;
• L’identification de réponses concrètes à la situation des élèves hautement perturbateurs dans le premier degré, et exclus à plusieurs reprises dans le deuxième degré, et en particulier pour ces derniers, la mise en place éventuelle de structures éducatives pour les accueillir temporairement.

L’UNAF a réaffirmé qu’elle n’est pas favorable à la suppression des allocations familiales, comme cela a été évoqué dans la Presse, pour les enfants qui font preuve de violence. Sur le principe : les allocations familiales ne sont pas un « livret de bonne conduite » des parents. Elles sont là pour compenser les charges liées à la présence d’enfants.

L’UNAF rappelle que plusieurs mesures sur le sujet ont déjà existé par le passé : En 1959, une ordonnance lie le versement des allocations familiales à la présence effective des élèves à l’école. Jugé peu efficace, le dispositif est supprimé en 2004. En 2006, le « contrat de responsabilité parentale » permet au président d’un conseil général de demander à la CAF de couper les allocations aux parents des élèves souvent absents ou qui « troublent le fonctionnement de leur établissement scolaire ». Mais la mesure est très peu appliquée. En janvier 2011, la loi Ciotti, du député (alors UMP) des Alpes-Maritimes, n°2010-1127 du 28 septembre 2010 a proposé des mesures de suspension des allocations familiales en cas d’absentéisme scolaire auxquelles l’UNAF s’est opposée (lire en rappel la réaction de l’UNAF, la loi n° 2013-108 du 31 janvier 2013 l’a abrogé.

Toutes les mesures prises n’ont pas révélé leur efficacité. Aujourd’hui, le procureur de la République peut poursuivre « l’un ou l’autre parent d’un enfant soumis à l’obligation scolaire ou pour toute personne exerçant à son égard l’autorité parentale ou une autorité de fait de façon continue » devant le tribunal de police (code pénal (CP), art. R.624-7). Il est alors reproché au parent « de ne pas imposer à l’enfant l’obligation d’assiduité scolaire sans faire connaître de motif légitime ou d’excuse valable ou en donnant des motifs d’absence inexacts » : ces faits contraventionnels sont punis « de l’amende prévue pour les contraventions de la 4e classe » (750 euros).

Pour l’UNAF, la suppression des allocations familiales paraît, par ailleurs, peu adaptée pour gérer la violence scolaire :

• Soit les parents essaient de régler le problème mais ne maîtrisent pas leur enfant. Ils sont alors démunis et leur supprimer un revenu n’aura aucun impact sur la violence du jeune.

• Soit les parents soutiennent leur enfant violent, contre l’institution scolaire. Il s’agit alors d’une ignorance des règles républicaines et d’un manque de respect des institutions qui appellent aussi une réponse éducative à l’égard des parents eux-mêmes. L’angélisme ne peut être de mise : on ne peut masquer le fait que certains parents n’ont pas la bonne attitude vis-à-vis de l’Ecole. L’analyse des tweets liés au #pasdevague montre des exemples de parents agressifs, de parents d’élève qui défendent les enfants violents envers et contre tout…

Dans ces cas de figure, l’UNAF considère qu’il n’y a pas de réponse miracle, même s’il apparaît que le dialogue reste la meilleure solution, éventuellement en faisant appel à des médiateurs (parents relais etc...). La suppression des prestations ne fera en tout cas qu’accentuer cette rupture entre la famille et les institutions publiques.
Le soutien à la parentalité est bien sûr une bonne solution de prévention : des groupes de paroles de parents permettent d’aider les parents à mieux gérer la violence de leurs enfants.

Mais concernant les violences scolaires, la réponse doit être aussi collective et il faut mobiliser toute la communauté éducative sur le sujet. Ce sujet : la violence dans l’établissement peut faire l’objet d’un vrai sujet de travail en commun réunissant chef d’établissement, CPE, professeurs, parents et élèves. « Le fait d’impliquer tous les membres de la communauté scolaire à passer d’une culture de la passivité à une culture de la réactivité face aux problèmes de violence favorise l’acquisition de compétences civiques chez les élèves » dit un rapport de la DGESCO sous la responsabilité d’Eric Debarbieux professeur à l’Université Paris-Est Créteil et président de l’Observatoire International de la Violence à l’École. Pour ce faire il faut certes une volonté et une stabilité des équipes car cela nécessite un travail important et de longue haleine.

Rapprocher les familles de l’école est par ailleurs la prévention qui nous paraît la plus efficace : l’UNAF et les UDAF s’impliquent dans l’animation des espaces parents prévus par la loi de 2013 de Refondation de l’école de la République, car elles considèrent que c’est un bon outil pour favoriser de bonnes relations familles – Ecole. Pour l’UNAF, ce dispositif qui a fait ses preuves, est une piste à développer davantage en lien avec l’Education nationale qui joue un rôle moteur.

Enfin, vis-à-vis des élèves, il est à la fois nécessaire de prévenir et de traiter la violence. En termes de prévention, on peut citer :

• l’éducation à la non-violence et aux compétences psycho-sociales dès le primaire (cf. conférence sur l’éducation à la non-violence),
• les programmes d’élèves médiateurs dans les cours de récréation (cf. association « génération médiateurs »).

Pour traiter la violence, il est nécessaire d’établir une certaine fermeté : interdire et punir toutes les violences, de favoriser l’appel à l’adulte pour les victimes afin de sortir de la loi du silence.

@ : phumann unaf.fr

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