UNAF - Politique familiale : la Présidente de l’UNAF s’est exprimée devant l’ensemble des Présidents des UDAF et URAF et des Directeurs des UDAF réunis à Annecy

Samedi 23 et dimanche 24 mars 2019

Politique familiale : la Présidente de l’UNAF s’est exprimée devant l’ensemble des Présidents des UDAF et URAF et des Directeurs des UDAF réunis à Annecy


27/03/2019

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L’UNAF a réuni à Annecy, les samedi 23 et dimanche 24 mars 2019, les Présidents des UDAF et URAF et les Directeurs des UDAF venus de Métropole et d’Outre-mer. La Présidente de l’UNAF, Marie-Andrée BLANC a ouvert la rencontre devant les officiels du département, M. Pierre LAMBERT, Préfet, Mme Françoise CAMUSSO, 1re Vice-présidente du Conseil départemental et en présence de la Présidente de l’UDAF, Annick MONFORT et du Directeur, Christophe DUBOIS.

Extraits choisis du discours de la Présidente de l’UNAF.

Discours de la Présidente de l’UNAF

Monsieur le Préfet,
Madame la Vice-Présidente du Conseil départemental,
Mmes et M. les Présidents et Directeurs,
Mes chers amis,

4 mois seulement sont passés depuis notre rencontre organisée à Paris. Mais que de bouleversements pour notre pays depuis cette date ! Rappelons-nous : le mouvement des gilets jaunes venait à peine de démarrer. Personne ne pouvait alors imaginer la suite. Et nul ne peut dire aujourd’hui qu’elle en sera l’issue.

Nous avions bien vu la perte de confiance des familles liées à de nombreux facteurs qui se sont poursuivis après 2017. Baisses répétées de prestations, hausses des coûts, sentiment d’injustice, inquiétudes sur l’avenir : autant d’alarmes qui n’ont pas été assez entendus.

Ce malaise des familles, vous l’avez observé depuis longtemps dans vos territoires. Vous les connaissez ces ménages qu’un sociologue a qualifié de « petits moyens » :

  • ceux qui travaillent, paient des impôts, des taxes, et qui ont le sentiment de trop gagner pour être aidés et pas assez pour bien vivre ;
  • ceux qui habitent dans des zones rurales ou périurbaines, et qui sont confrontés aux difficultés de transports, d’accès à la santé, à l’éloignement des services publics, à la dématérialisation « à marche forcée ».

Cette crise sociale est inédite dans sa forme et dans sa durée. Son fond est partagé par de nombreux français, au-delà du public des gilets jaunes, ce qui prouve un malaise bien plus général.

Mais cette contestation ne peut pas, non plus, justifier les actes inacceptables de destruction et de violence contre les personnes et contre les biens qui se répètent chaque samedi. Nous l’avons dénoncé en décembre, et nous le redisons avec force aujourd’hui : il est urgent d’apaiser les tensions, et de retrouver les chemins du dialogue.
C’est dans cet objectif que nous nous sommes mobilisés autour du grand débat national.

Lancé en janvier par le Président de la République, il vient de s’achever au niveau national et régional : deux mois de débats sur quatre grands thèmes choisis par le Gouvernement : fiscalité, transition écologique, services publics et débat démocratique, 10.000 réunions, près d’1 million et demi de contributions en ligne.

Notre Institution y a pleinement joué son rôle. Nous avons élaboré un document formulant des constats et des propositions, que nous vous avons largement diffusé. Nous avons participé au comité de suivi tenu par le Premier Ministre chaque mois à Matignon. Nous avons collaboré aux 4 conférences thématiques organisées par le Gouvernement. Nous avons participé aux travaux du CESE qui ont abouti à un avis intitulé « Fractures et transitions : réconcilier la France ». Ce document vous est d’ailleurs distribué.

Nous avons réalisé une campagne siglée UNAF UDAF URAF, relayée sur les supports de communication et sur les réseaux sociaux. Vos initiatives ont été déposées sur un site dédié « granddebat.unaf.fr » et chaque semaine via la lettre.

Nous vous avons appelé à participer à cette action pour encourager les familles à participer à ce grand débat, afin de témoigner de leurs difficultés. Personne ne devait se sentir en retrait ou exclu de cette démarche citoyenne.

Nous nous sommes tous impliqués pour porter la voix des familles. Quelle meilleure preuve de l’apport des corps intermédiaires pour organiser la parole des personnes, dans le respect et l’écoute, et pour mieux faire fonctionner la démocratie !

Les chiffres sont éloquents : 70 UDAF et 3 URAF ont participé au Grand débat, sous de multiples formes. Vous avez organisé ou co-organisé 60 réunions, débats et ateliers, auxquels ont participé 2 500 personnes. Et une quinzaine d’actions ont été déployées par notre réseau à destination des publics fragiles accompagnés.

Alors un grand Bravo pour votre mobilisation !

Même lorsqu’ils n’utilisent pas les termes de « famille » ou de « politique familiale », c’est bien de leur vie familiale que nos concitoyens parlent : leurs difficultés de vie, la crainte du déclassement, les dépenses contraintes qui pèsent dans leur budget familial, les difficultés de garde d’enfants, d’emploi, de transport ou encore de logement.

Le mouvement des gilets jaunes a rendu visibles ces familles qui ont du mal à joindre les deux bouts. La présence de femmes sur les ronds-points, a été remarquée. Attention néanmoins à ne pas cantonner les difficultés aux seules familles monoparentales, au risque, à nouveau, de créer des réponses catégorielles. Au final, ces réponses très ciblées ne répondent pas aux problèmes de fond. Les réponses doivent être globales, et récréer une forme de cohésion à laquelle les Français aspirent.

Le pouvoir d’achat est central dans les revendications. Il n’est pas le même selon qu’on est un célibataire ou une famille avec des revenus équivalents. Afin d’identifier les spécificités et avancer des propositions concrètes, nous venons de lancer un chantier sur la question du niveau de vie des familles Nous avons sollicité des experts, des économistes, mais aussi plusieurs travailleurs sociaux des UDAF pour témoigner des difficultés des familles qu’elles accompagnent dans le cadre de l’aide éducative budgétaire ou de mesures MJAGBF. Nous devons convaincre par cette double expertise : « scientifique » si l’on peut dire, et « de terrain » parce que notre réseau connaît les familles et les aide au quotidien.

De vos contributions, nous voyons apparaître des demandes fortes des familles qui ont participé aux débats :

1°) La mise en place d’une fiscalité plus juste, progressive, et transparente.
Elle rejoint notre demande de mieux tenir compte des charges familiales en matière fiscale. La proportion croissante des prélèvements touchant les ménages comme la CSG ou la TVA, conduit à des iniquités fortement ressenties par les familles.

2°) L’aspiration à une vie décente sans peur du lendemain
Ceci rejoint notre combat pour renforcer la politique familiale. Concrètement, il faut réindexer les prestations familiales sur le coût de la vie dès 2020 et améliorer l’indexation de certaines prestations dont l’efficacité est liée à l’évolution des salaires comme le complément mode de garde ou l’indemnisation du congé parental.
Il faut lutter contre le mal-endettement qui peut frapper n’importe quelle famille, par exemple en généralisant à tous les clients le plafonnement global des frais bancaires liés aux incidents de paiement ou aux irrégularités de compte.

3°) Un emploi conciliable avec la vie de famille
La meilleure garantie est le maintien ou l’accès à un emploi, et donc aux ressources liées au travail. Les dispositifs de petite enfance qui doivent être revus pour bien mieux articuler les services avec les autres modes d’accueil, dont le congé parental qui doit être réformé. Il faut ré-investir dans ces politiques. Cela passe aussi par l’amélioration de l’accueil périscolaire au-delà des 6 ans de l’enfant.

4°) Un meilleur accès aux services publics, ainsi qu’aux services de santé.
La dématérialisation de certains services doit s’accompagner d’une obligation d’accompagnement des personnes qui ne peuvent exercer leurs droits.
L’accès aux soins et à la santé sur les territoires est une priorité qui ressort fortement du Grand Débat. Le projet de Loi sur le système de santé qui est débattu actuellement au Parlement, apporte des réponses pour mieux structurer l’offre de soins dans les territoires. Son but est d’améliorer la permanence et la continuité des soins. Mais le maintien de la liberté d’installation et de choix du médecin permettra-t-il vraiment de lutter contre les déserts médicaux ?

Ce Grand Débat touche à sa fin avec une discussion prochainement au Parlement. Le Président devrait clôturer cette séquence, avant la fin du mois d’avril, mais nul ne sait les annonces qui seront faites.

Nous suivrons tout cela de près d’autant que les décisions auront des conséquences budgétaires.

Un plan d’urgence de plus de 10 milliards d’euros a été débloqué début décembre, pour améliorer le pouvoir d’achat des ménages. Son financement en 2020 ne doit pas se traduire par de nouvelles économies faites au détriment des familles. Ce serait incompréhensible !

Les réformes à venir devront tenir compte de l’expression des citoyens qui se déplacés en nombre, au risque sinon d’une crise sans issue.

• Il faudra le faire pour le Logement en faisant très attention sur l’impact de la réforme de la « contemporanéisation » des APL prévue courant 2019.
Nous avons relayé au plus haut niveau nos inquiétudes sur ses conséquences, au vu de l’ampleur des économies annoncées. Cela suppose qu’il y aura de nombreux perdants. Nous craignons qu’en faisant varier le montant des allocations selon les ressources à l’instant T, les familles voient leurs budgets déstabilisés. L’incertitude sur les montants perçus risque d’entrainer de l’insécurité tant pour les allocataires que pour les bailleurs. Si cette réforme a bien lieu, je vous invite à mobiliser vos représentants dans les CAF pour interroger leurs caisses sur sa mise en œuvre et identifier les problèmes, afin d’évaluer rapidement les impacts et les risques.

• Avec la création d’un Revenu Universel d’activité, les APL seront au cœur des négociations à venir
Cette réforme très ambitieuse vise la simplification et un meilleur accès aux droits par la fusion de plusieurs minima sociaux. Nous avons dit à la secrétaire d’Etat, Christelle DUBOS – nos réticences à intégrer les APL dans ce Revenu. La dépense logement est spécifique, elle ne doit pas être diluée dans l’ensemble des ressources. Plus globalement, au cours de la concertation que la ministre va mener à partir du mois d’avril, nous serons vigilants sur la prise en compte des enfants dans le futur système.

• La réforme des retraites : Nous sommes pleinement concernés.
Les droits familiaux en matière de retraite représentent plus de 15 Milliards d’euros sans parler des pensions de réversion.
L’objectif est d’adapter ces droits aux évolutions de la société : croissance de l’activité professionnelle des femmes, diminution de la part des familles nombreuses, diversité des modes d’union.
Ces buts sont légitimes, comme la volonté de réduire les écarts de pension entre les femmes et les hommes. Mais il faut éviter le risque d’effets « pervers » : pénaliser trop fortement les familles nombreuses, réduire les droits des veuves ou des mères au foyer, évincer les pères de tous droits alors qu’on cherche par ailleurs à promouvoir leur implication dans la vie familiale.

Nous sommes à peu près les seuls à parler de ces risques. D’où nos rencontres avec les partenaires sociaux chargés de négocier avec le Gouvernement, pour les alerter et relayer nos arguments. Je vous demande de faire de même auprès de vos parlementaires.

• Cette semaine, le Haut Commissaire, Jean-Paul DELEVOYE, faisait un lien entre cette réforme et le financement de la dépendance. C’est l’autre gros dossier dont la ministre Agnès Buzyn est en charge.
La concertation « Grand âge et autonomie » prend fin la semaine prochaine avec la remise à la ministre d’un rapport présentant les orientations. Elles ont vocation à alimenter un projet de loi sur la dépendance courant de l’année.
Aidants familiaux, obligation alimentaire, décision d’entrée en EHPAD, tutelles familiales….Les familles sont en première ligne face au vieillissement d’un proche. Les UDAF aussi, notamment celles qui gèrent des mesures de protection juridique.
Nous avons élaboré une contribution rappelant nos positions de fond, notamment sur l’obligation alimentaire ou le soutien aux aidants familiaux, et avons proposé des solutions concrètes autour des formules innovantes expérimentées dans notre réseau : l’habitat inclusif, la coordination des soins ou encore le projet de médiation familiale dans les situations de perte d’autonomie, sur lesquelles nous réfléchissons avec la CNSA.

Dans les dossiers de la Ministre, il y a aussi la révision des lois de bioéthique sur laquelle nous avons contribué. Mais le calendrier de dépôt du projet de Loi reste incertain.

D’autres réformes n’ont pas attendu la fin du Grand Débat :

  • La Loi sur la Justice va être promulguée. Elle renforce le mouvement de déjudiciarisation, et comporte des évolutions significatives pour la Protection Juridique des majeurs.
  • Les travaux sur la parentalité et sur l’enfance se poursuivent avec les pouvoirs publics. Nous y consacrerons une part importante de notre rencontre.
    Compte-tenu de la mobilisation de notre réseau dans le domaine de la protection de l’enfance, l’UNAF prendra toute sa place dans la concertation qui s’ouvre sur la construction de la stratégie de protection de l’enfance.
  • Je pense aussi à la mise en œuvre de la stratégie de lutte contre la pauvreté.
    Elle prévoit la généralisation des points conseil Budget pour lesquels notre réseau est en première ligne, avec un déploiement en 2019 que nous vous présenterons demain. Elle englobe une amélioration du financement des dispositifs de médiation familiale et d’espaces de rencontre par la CNAF. Sur ce point, les choses trainent : nous sommes intervenus auprès de la CNAF et du délégué interministériel pour débloquer des fonds alors que la situation est urgente. Je rencontre prochainement Olivier NOBLECOURT à ce sujet, et notre délégation à la CNAF travaille pour augmenter les financements en jouant sur la fongibilité obtenue dans la COG grâce à l’action de l’UNAF.
    Autre point important : un fonds d’investissement social sera prochainement présenté qui permettra de financer des projets innovants par exemple dans le domaine de la petite enfance. Nous vous informerons sur les modalités d’organisation de ce fonds.

Du Grand Débat, nous ne savons pas ce qu’il en sortira. Notre conviction, c’est qu’on ne pourra pas tourner la page de la crise et continuer comme avant.

(...)

Ceci nous encourage à évoluer sur plusieurs plans :

• Nous devons mieux intégrer l’expression des bénéficiaires des services dans le fonctionnement des UDAF.
Favoriser la participation des personnes, c’est promouvoir une forme de cohésion sociale et d’intérêt général qui dépasse le seul service rendu aux usagers.

• Nous devons davantage relayer la parole des familles, sur leurs réalités de vie ancrées dans le quotidien.
L’observatoire des familles en est un bon support. L’enquête « grands parents » envoyée aux familles en février va nous apporter des données à relier avec les réformes sur les retraites et sur le vieillissement notamment. La prochaine enquête portera sur la conciliation vie familiale – vie professionnelle avec un accent mis sur la dimension territoriale de cette question. Vous pourrez disposer de résultats propres à votre département ou région, pour début 2020, soit en amont des élections municipales. Je vous incite donc à vous joindre à cette enquête.

• Nous devons davantage rassembler.

C’est tout l’enjeu du chantier du développement associatif
Notre plan national (le PNDA) se poursuit. Les actions se multiplient, mobilisant les UDAF, les URAF, les associations familiales, les mouvements et l’UNAF. D’octobre 2018 à février 2019 nous avons animé des ateliers de travail décentralisés réunissant vos référents développement associatif. L’ensemble du territoire a été quadrillé. Des leviers de développement ont été réfléchis collectivement. Un recueil de ces initiatives sera mis à votre disposition dans les prochaines semaines. Les mouvements familiaux ont aussi un rôle à jouer.

(...)

• Nous devons développer notre offre de services aux familles, et diversifier nos financements.

Notre réseau est un acteur de terrain, porteur de solutions diverses pour les familles de notre pays. Une des conditions de notre efficacité, c’est de valoriser l’originalité du modèle que nous proposons. Cette reconnaissance peut se traduire dans le cadre de l’Economie Sociale et Solidaire, un champ en pleine structuration qui peut offrir des opportunités réelles en termes de partenariats et de financements. D’où le choix que nous avons fait d’inviter Christophe ITIER, Haut commissaire à l’Economie sociale et solidaire et à l’innovation sociale auprès du ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire, qui a accepté de participer à notre rencontre.

(...)

Je vous remercie.

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