UNAF - Et les pères !

Réalités Familiales n°124/125

Et les pères !


12/03/2019

Illustration article L’association Et les pères !, apolitique et aconfessionnelle, avec le Centre Social J. Brel de Port-de-Bouc comme partenaire fondateur, membre de l’UDAF 13, a pour vocation de favoriser l’implication éducative des pères, notamment dans les quartiers populaires. Ses membres fondateurs, Abobékrine DIOP et Pascal CREMER, ont apporté leur témoignage lors du colloque sur « la place des pères ».

Par Abobikrine DIOP, Directeur du centre social Jacques Brel et cofondateur de l’association « Et les pères ! » et Pascal CREMER, Cofondateur de l’association « Et les pères ! ».

Abobikrine DIOP

L’initiative Et les pères ! a débuté de manière empirique au sein du centre social où une réflexion s’est engagée sur la place des père dans une France qui parait traditionnelle, ancienne. On parle d’un seul père et d’une seule mère. Pourtant, les transformations sociétales bouleversent ce modèle et s’avèrent plus aiguës dans les milieux populaires. Si dans les milieux bourgeois, la parentalité peut être déléguée, elle peut, dans les milieux populaires, souffrir d’une forme d’emprise et de confiscation des travailleurs sociaux sur les normes d’éducation et les besoins des enfants. Les parents ne démissionnent pas mais leur autorité, leur fonction et leur transmission éprouvent des résistances de la part des milieux scolaires et sociaux qui tentent d’orienter et de modifier leurs regards parentaux à travers diverses initiatives dans le cadre des politiques publiques, pour qu’ils changent de cap, d’orientation.

Lors de migrations depuis un territoire au-delà de la Méditerranée jusqu’en France, les parents arrivent avec leurs modèles d’éducation. Ils doivent, en peu de temps, se déshabiller d’un costume. Ils sont mal à l’aise. Voilà quelques jours, j’ai accompagné à la maternelle un enfant d’origine cambodgienne, nouvellement arrivé en France, qui s’appelait Ahi. Or, l’enseignante ne le connaît que sous le nom de François car le père s’est senti forcé de franciser le nom. Cet enfant, à deux ans et demi, voit sa filiation perturbée. La fonction paternelle l’est inévitablement aussi, puisqu’il ne porte pas le même nom à la maison et à l’école.

Ces questions de la migration et leur impact sur le vivre ensemble doivent être prises en compte. Elles ne relèvent pas du folklore, et s’avèrent bien ancrées dans les transformations sociétales. Un groupe de pères, multiculturels et intergénérationnels, a été constitué. Grâce aux expériences des uns et des autres, cette association a pu montrer les compétences sur le terrain des parents, qui sont loin d’être démissionnaires au sein des territoires dans lesquels nous sommes déployés.

Pascal CREMER

Nous travaillons en effet depuis neuf ans en tandem fructueux pour lancer et entretenir cette action en milieu d’habitat social. Abobikrine DIOP, directeur de centre social, a été un tremplin important pour ce projet. Je viens du milieu HLM et bailleur social, où j’étais responsable d’un service Médiation, développement urbain et amélioration du cadre de vie.

En 2008-2009, nous avons tenté d’inverser la réflexion, en affirmant que l’amélioration de la vie d’un quartier passait par un travail au cœur de la cité, au sein de la famille, portant donc sur l’absence du père, absolument criante. Les lieux de socialisation ne s’adressaient qu’à la mère, agissant avec le père comme s’il était absent. Dans ces cités, le père était absent et malheureux de l’être.

Des groupes de parole ont ainsi pris naissance, encadrés par des pédopsychiatres. Une trentaine de pères se sont réunis pour échanger sur leurs difficultés, répondant à une urgence et à une nécessité d’agir. Ces groupes de paroles ont progressivement été complétés par des actions et des activités concrètes. Des échanges se sont tenus, y compris avec les mères qui se posaient beaucoup de questions. Elles ont été convaincues, assez facilement, de l’utilité de cette démarche, qui n’allait aucunement à l’encontre de la mère. Il s’agissait surtout de la part des pères d’un témoignage important. Les pères souhaitaient affirmer leur présence pour améliorer les liens dans le quartier et être présents auprès des enfants, pas forcément les leurs. Rapidement, une véritable amélioration a été observée, avec un lien à renouer, à réparer, pas seulement dans le quartier mais chez les hommes, les individus et dans les familles. Les parcours de ces personnes sont marqués par de nombreuses ruptures, par rapport aux origines mais aussi sociologiques et individuelles. Notre travail revêt ainsi l’aspect du développement personnel. l

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Réalités Familiales n° 124-125 : « Etre père aujourd’hui ! »
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