UNAF - « Créer un modèle de protection sociale contemporain »

Réalités Familiales n°128/129

« Créer un modèle de protection sociale contemporain »


09/01/2020

Illustration article

3 questions à...

Marie-Anne Montchamp, Présidente de la CNSA

Quelles sont les missions de la Caisse nationale pour la solidarité et l’autonomie ?

La CNSA a été créée en 2004, après l’épisode caniculaire de 2003. Ce choc collectif a conduit à la création de la fameuse Journée de solidarité, et la création de CNSA, dont la vocation était de garantir l’affectation de cette nouvelle ressource à l’accompagnement du grand âge. On a associé à ces politiques de l’autonomie, la question du handicap. La CNSA est une institution nouvelle, car les politiques d’autonomie sont des politiques de transversalité, mais aussi des politiques qui s’articulent avec les politiques des territoires. L’originalité de la CNSA réside aussi
dans son conseil de direction très large et rassembleur de toutes les parties prenantes (Etat, collectivités, syndicats, associations…). La caisse gère un budget de plus de 27 milliards d’euros consacré à cette politique pour l’autonomie des personnes âgées et handicapées.

Quel est le « coût », pour la famille, de la prise en charge d’une personne dépendante ?

Avant la famille, c’est d’abord la personne concernée qui assume sa prise en charge, et cette prise en charge est liée à différents aspects. Tout d’abord, il y a les soins médicaux. Ceux-ci sont pris en charge par l’Assurance maladie. En fonction des types de dépenses, dans ce domaine la solidarité nationale joue son rôle, même si certains « restes à charge » sont importants.
Mais quand on avance en âge, faire le ménage, les courses, cuisiner, peut devenir compliqué, et restreindre le cercle social. Cette fonction peut peser sur la famille quand c’est elle qui prend le relais. Économiquement elle pèse lourd, surtout sur les classes moyennes pour qui le faible montant des aides rend très difficile l’accès à une aide à domicile. Ainsi le droit de vieillir chez soi relève du luxe. Or c’est très clair : les gens veulent pouvoir vieillir chez eux.
Avec l’âge, les besoins en matière de logement changent aussi : un logement bien chauffé, avec des équipements adaptés (douche, ascenseur) c’est primordial pour vieillir chez soi. Or leur coût peut être extrêmement lourd.
En vieillissant, on a enfin besoin de présence, de contacts humain qui ne peuvent être l’objet d’une transaction monétaire. Cette fonction affective est nécessaire, elle passe par la famille. Mais comment assurer cette présence quand on travaille, quand on habite loin ? La charge mentale : c’est un coût immatériel mais pourtant important pour les familles.

Dans la Loi Grand âge, quelles mesures seraient de nature à soulager les familles ?

Pour le Conseil de la CNSA, la Loi Grand âge doit être une loi d’orientation qui réponde aux différents aspects que j’ai cités, de matière transversale : elle doit mettre au centre la volonté des personnes, en mobilisant ici la politique du logement, là l’aménagement du territoire, là la politique de santé, ici de nouveaux métiers… Des mesures strictement budgétaires ne sauraient suffire pour adapter notre modèle de protection sociale à l’avancée en âge. Pour permettre aux personnes de vieillir chez elle, comme elles le souhaitent, il faut renforcer le secteur de l’aide à domicile. Comment ? Avec le congé proche aidant, on voit bien l’importance de la solidarité publique : c’est un signe très positif, une reconnaissance du caractère irremplaçable de l’aidant familial. Mais elle montre aussi ses limites : le montant et la durée d’indemnisation – 3 mois sur l’ensemble de la carrière - sont insuffisants. Au sein des entreprises, il faut négocier pour compléter ce congé, notamment avec les groupes de protection sociale. C’est l’ensemble des acteurs de la société qui doivent se mobiliser pour faire face au vieillissement et inventer un modèle de protection sociale contemporain. En soutenant l’innovation, la CNSA remplit une fonction de laboratoire, et prépare le modèle d’après. L’accueil familial, l’habitat inclusif y ont d’ailleurs toute leur place.


Lire le sommaire

Pour commander ce numéro :

Réalités Familiales n° 128-129 : « Familles face au grand âge »
Prix : 10 € + 3,15 € de frais de traitement, à commander à l’UNAF, Service communication : 28, place Saint-Georges 75009 Paris
Tél. : 01 49 95 36 00
E-mail : realites.familiales unaf.fr

Haut de page