UNAF - Aidants : quelles responsabilités des entreprises ?

Réalités Familiales n°128/129

Aidants : quelles responsabilités des entreprises ?


16/01/2020

Illustration article Quatre millions de salariés sont aidants familiaux : quels sont les enjeux pour les entreprises ? Interview croisée d’Hélène Valade, Présidente de l’Orse, et de Guillemette Leneveu, Directrice générale de l’Unaf.

Propos recueillis par la rédaction

A quelles difficultés se retrouvent confrontés les aidants salariés ?

Guillemette Leneveu : Chacun peut être un jour confronté à la perte d’autonomie d’un membre de sa famille, qu’elle soit liée à l’âge ou non. Les configurations familiales et les situations vécues par les salariés concernés peuvent être très diverses. Aussi, les contraintes induites par le rôle d’aidant vont peser différemment : fatigue, charge mentale, contraintes de temps, financières, psychologiques, matérielles… Cette charge est difficile à évaluer, et les aidants eux-mêmes ont souvent du mal à discerner parmi leurs interventions quotidiennes, celles qui sont liées à leur rôle. D’ailleurs, se retrouvent-ils vraiment dans cette appellation d’aidant, alors qu’il s’agit souvent pour eux d’apporter une aide en tant que fille ou fils, époux ou comme mère ou père, avec ce mélange de problématiques : charge émotionnelle, relations avec les frères et sœurs, au-delà des contraintes en temps, financières, etc. Ce dévouement peut néanmoins avoir des répercussions sur leur propre santé, physique et mentale, avec un risque d’épuisement. Dans certaines situations, la vie de famille, et notamment le couple peut aussi faire les frais d’une trop grande charge, avec potentiellement des séparations qui vont encore fragiliser l’aidant…

Pour les salariés, les questions de conciliation entre vie familiale et professionnelle se posent de façon aiguë, non seulement lorsqu’ils ont des enfants en bas âge, des ados, des jeunes, mais aussi des parents âgés. Cette problématique est d’autant plus forte pour la génération des 50-65 ans, celle qui aide ses parents très âgés et qui représente 37 % des aidants selon le baromètre des aidants BVA d’octobre 2019. On les appelle d’ailleurs « génération pivot » car ils font face à une double pression : soutenir leurs enfants jeunes adultes et venir en aide à un membre de leur famille en perte d’autonomie… tout en maintenant une activité professionnelle.

Hélène Valade : La charge mentale lorsqu’on parle de parentalité est d’autant plus importante lorsqu’il s’agit de l’aidance. L’entreprise doit élargir sa vision – et sa prise en charge de la parentalité – pour considérer le sujet de façon plus globale et parler de « parentalité à 360° ». Les salariés sont de nos jours de plus en plus demandeurs de flexibilité, et les salariés en situation d’aidance le sont davantage encore. Il est important pour eux de se maintenir à leur poste : tout d’abord parce que les salariés aidants ont besoin de revenus ; ensuite parce que quelle que soit leur charge mentale, le monde du travail reste un monde où ils peuvent penser à eux et à autre chose que leurs responsabilités personnelles. Même si cela parait quelque peu paradoxal, c’est un monde qui leur offre la possibilité de s’investir autrement, de s’épanouir.

Quelles peuvent être les conséquences sur la vie professionnelle de l’aidant ?

Guillemette Leneveu : Les récentes enquêtes montrent que les salariés aidants ressentent un manque d’efficacité au travail en raison de stress et de fatigue. Ils déclarent également des craintes : craintes d’être bloqués dans leur évolution professionnelle, de perdre leur emploi ou encore d’être stigmatisés. Se maintenir dans l’emploi répond à une double nécessité pour les aidants de personnes en perte d’autonomie : d’abord, maintenir un niveau de vie souvent affecté par la prise en charge financière d’une aide professionnelle… Et aussi comme le relève très justement Hélène, le travail peut constituer un espace protégé, sanctuarisé, où le salarié peut échapper un temps à ses contraintes d’aidant, avoir des relations sociales « normales » en dehors de la relation potentiellement pesante aidant/aidé. Les aidants ont donc la volonté de maintenir leur emploi : mais encore faut-il qu’ils en aient la possibilité. Le droit a tout récemment évolué en assortissant le congé proche aidant d’une indemnité journalière. C’est un premier pas, mais les dispositions doivent aller plus loin pour en faire un outil de conciliation vie familiale-vie professionnelle vraiment efficace. L’indemnisation, équivalente à l’allocation journalière de présence parentale, est un minimum pour garantir l’effectivité de ce droit au congé. Par ailleurs, les situations d’aide pour les salariés dépassent largement le champ du congé proche aidant, qui est conditionné à un niveau de dépendance (bénéficier de l’APA ou GIR 1, 2 ou 3). Or les salariés qui accompagnent une personne âgée ou un membre de leur famille atteint par une maladie grave ou chronique peuvent avoir besoin de ce même type d’aide. Au-delà de ces stricts aspects financiers, c’est sans doute de souplesse dans l’aménagement de leur travail dont ces personnes ont besoin, dans une relation de confiance avec leur employeur, dans leur intérêt mutuel. Il faut aussi continuer de développer des offres de répit sur l’ensemble du territoire pour permettre aux aidants de souffler et éviter l’épuisement qui est fréquent pour tous les aidants, plus encore pour les salariés avec des répercussions sur leur emploi : manque de temps, stress, fatigue, absences…

Hélène Valade  : Cette réalité peut rendre plus difficile le vécues par leurs salariés. Mettre en place des bilans de santé réguliers est une première étape pour prévenir ces situations. Mais là encore, l’employeur peut agir pour permettre à ses salariés d’avoir accès à des temps de répit. Il faut pouvoir développer des palettes de réponses non rigides, d’autant que les salariés peuvent être confrontés à des situations compliquées sur une période longue. Tout l’enjeu est de pouvoir prendre en compte les aidants, en lien avec les équipes de travail, par exemple dans la planification des absences ou des congés. L’employeur peut aussi vraiment avoir un rôle de facilitateur, en guidant les salariés vers les offres proposés par le groupe de protection sociale auquel est affilié l’entreprise, en identifiant des structures proposant des solutions de répit identifiées localement, en se rapprochant de l’Association nationale pour les Chèques vacances pour proposer des solutions de financement des vacances.

Comment l’Unaf et l’Orse agissent pour améliorer la prise en compte des aidants salariés en entreprise ?

Hélène Valade : L’Orse est une association loi 1901 qui a pour vocation d’accompagner les organisations qui en sont adhérentes dont la définition et le déploiement d’une politique RSE. Pour cela l’Orse met en place un réseau d’organisations membres qui facilite l’identification de bonnes pratiques et démarches innovantes et permet d’accompagner au travers de réunions et groupes de travail les structures qui le souhaitent sur un sujet, comme par exemple les aidants, ou sur un autre.

De plus, l’Orse et l’Unaf ont publié le premier guide à destination des entreprises sur les salariés aidants puis l’ont remis à jour il y a 2 ans pour tenir compte des changements législatifs, dont l’élargissement de la définition de proche aidant.

La publication de cet ouvrage est un outil mis à la disposition des entreprises afin qu’elles comprennent mieux les enjeux de cette thématique et qu’elles identifient des bonnes pratiques d’autres entreprises à mettre en place. Cela permet de les sensibiliser au sujet et vient en complément des groupes de travail qu’organise l’Orse ainsi que des événements publics en partenariat avec l’Unaf.

Guillemette Leneveu : Reconnaissance officielle du rôle des aidants familiaux, inscription dans la loi du droit au répit, mise en place d’une expérimentation de baluchonnage, indemnisation du congé de proche aidant : ces avancées sont importantes pour l’Unaf, engagée depuis des années en faveur d’une reconnaissance de leur rôle crucial. Améliorer la prise en compte des salariés aidants nécessite également d’approfondir nos connaissances sur leurs situations. C’est pourquoi l’Unaf soutient les recherches et enquêtes sur cette thématique. Nous restons mobilisés pour que tous les aidants familiaux voient leur situation s’améliorer et qu’ils soient mieux soutenus par les pouvoirs publics. Le travail de sensibilisation des entreprises mené avec l’Orse nous permet d’impliquer les entreprises et de nous appuyer sur elles pour faire avancer la cause des aidants familiaux. 

En savoir plus : Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises www.orse.org


Lire le sommaire

Pour commander ce numéro :

Réalités Familiales n° 128-129 : « Familles face au grand âge »
Prix : 10 € + 3,15 € de frais de traitement, à commander à l’UNAF, Service communication : 28, place Saint-Georges 75009 Paris
Tél. : 01 49 95 36 00
E-mail : realites.familiales unaf.fr

Haut de page