UNAF - Assemblée plénière du CESE : Accord de Paris et neutralité carbone en 2050 - Débat d’actualité sur la Francophonie

Assemblée plénière du CESE : Accord de Paris et neutralité carbone en 2050 - Débat d’actualité sur la Francophonie


19/03/2020

L’assemblée plénière du Conseil économique, social et environnemental s’est tenue les 10 et 11 mars 2020. Parmi les trois questions, étaient inscrites à l’ordre du jour :
- Accord de Paris et neutralité carbone en 2050 : comment respecter les engagements de la France ?
- Un débat d’actualité sur la Francophonie en lien avec l’ouverture de la semaine de la Francophonie

Accord de Paris et neutralité carbone en 2050 : comment respecter les engagements de la France ?

DECLARATION ECRITE DU GROUPE DE L’UNAF (annexée au Journal Officiel)

Corinne Le Quéré, Présidente du Haut Conseil pour le Climat précisait au Sénat le 19 février dernier sur le processus engagé « Cette boucle de rapports et de réponses est originale ; elle doit permettre d’assurer la constance des actions de long terme du Gouvernement et guider la société vers la neutralité carbone. » Par la présente résolution, le CESE s’inscrit dans cette démarche inédite pour faire respecter les trajectoires d’émission avec un financement indispensable et dans le respect de l’équité sociale et territoriale.

« Anticiper pour ne pas subir ! » c’est le slogan de l’Unaf depuis longtemps. Le pays avance à petits pas alors que le changement climatique s’accentue. Investissements insuffisants, retards qui s’accumulent, report des efforts à faire : ce sont autant d’incertitudes sur l’avenir de nos enfants et des générations suivantes.

Parmi les préconisations de la présente résolution, le Groupe de l’Unaf retient celle visant à une transition juste. Il faut s’assurer de la soutenabilité des mesures et préserver le pouvoir d’achat des ménages, le cas échéant par des mesures d’accompagnement. Pour ce faire, des indicateurs de suivi sur la dimension sociale sont à prévoir : un taux d’effort énergétique des ménages par catégorie de foyers mais aussi un indicateur de suivi du niveau de sensibilisation des citoyens.

Deuxième axe important pour les familles, articuler la stratégie à toutes les échelles, en créant des interfaces tant avec l’Europe qu’avec les régions, souvent porteuses d’innovations par la connaissance des leviers locaux mobilisables. Les territoires sont les lieux clés pour une action globale et efficace et doivent être plus en lien avec les objectifs nationaux. SNBC, SRADDET et PCAET locaux doivent mieux s’articuler et être mis en cohérence afin de mesurer et suivre le plus justement possible les efforts de chaque territoire.

Enfin, les changements de comportements de tous et toutes ne se feront qu’avec une indispensable information, sensibilisation et formation tout au long de la vie, depuis la famille, l’école et le lieu de travail.

Le Groupe de l’Unaf a voté la résolution.

Débat d’actualité sur la Francophonie en lien avec l’ouverture de la semaine de la Francophonie

La parole est à Mme Koné au nom du groupe de l’Unaf.

Mme Koné. « Bonjour à tous. Madame la Secrétaire générale, vous avez pratiquement répondu à notre question. J’approuve vraiment et j’applaudis votre indignation par rapport à l’utilisation que l’on aurait pu faire comme langue officielle de travail au sein de l’Union européenne.

L’Unaf, au nom des familles, soucieuse de l’avenir de leurs enfants et de l’insertion de ceux-ci dans l’espace européen et mondial, suggère que d’une manière concertée en Europe l’enseignement des langues se fasse sur la base d’un trilinguisme dès l’enseignement primaire. A l’enseignement de la langue maternelle du pays dans lequel on est installé, devrait s’ajouter celui de deux langues « pivots » : l’anglais représentant la famille des langues saxonnes et germaniques mais aussi et surtout le français celle d’origine latine. D’une manière plus générale, il faut donner à chacun une langue non seulement pour communiquer mais aussi pour s’exprimer et partager avec d’autres les valeurs communes de la société dans laquelle il vit.

Dans cet esprit, l’Unaf tient à rappeler la nécessité de renforcer les moyens d’acquisition du français proposé à ceux qui veulent s’installer durablement dans notre pays et de soutenir les associations qui les proposent. À travers l’accès à une pratique indispensable de la langue française, c’est aussi la connaissance des valeurs sociales et civiques qu’elle véhicule qui permettra l’intégration.

Par ailleurs, se « jouent » aussi à travers la langue, des conceptions du droit et de l’organisation des sociétés. Emmanuel Todd, un anthropologue, souligne qu’à partir de là s’expliquent des différences dans les structures sociales et la diversité des voies d’accès à la démocratie et au droit. En matière de politique sociale par exemple, l’approche anglo-saxonne est marquée par l’autonomie de la personne et le respect de sa liberté alors que l’approche plus latine véhiculée notamment par la francophonie fait place à l’égalité, à la solidarité entre les personnes, à la dimension familiale et intergénérationnelle.

Ces différentes approches imprègnent les conceptions politiques en matière d’éducation des enfants, de politique familiale, de soutien à la parentalité, de médiation familiale et nécessitent une concertation européenne dans ces domaines.
J’en viens à ma question Madame la Secrétaire générale.
Au vu du départ de la Grande-Bretagne de l’Union européenne et compte tenu du fait que 19 États membres de la francophonie appartiennent à l’Union européenne, ne pensez-vous pas opportun de permettre que le français devienne langue officielle et de travail au sein de l’Union ?
Je vous remercie de votre attention. »

Réponse

Mme Mushikiwabo. « La langue française ne peut pas se concevoir aujourd’hui au-delà et en dehors de la riche diversité linguistique qui caractérise le monde, y compris le monde francophone, diversité dans nos pays où le français n’est que rarement la langue matérielle de tous ces locuteurs, y compris en France en vertu de l’immigration, diversité au niveau international. De nouveaux équilibres linguistiques se créent en vertu de la multipolarité des relations internationales.

Il est vrai aussi que notre mode d’action n’est pas le combat, mais plutôt la promotion. L’OIF représente plusieurs Etats et gouvernements où la langue française cohabite avec plusieurs langues à commencer par les langues maternelles et dans notre conception de cette cohabitation des langues, les langues régionales et langues maternelles sont absolument importantes. Dans cette mosaïque linguistique, la langue française se porte bien, mais pourrait mieux se porter si l’on faisait plus d’efforts, comme je l’ai dit tout à l’heure.

Encore une fois, je pense que le Brexit nous a donné une opportunité, mais nous aurions dû agir bien avant le départ de la Grande Bretagne.

Encore une fois, Monsieur le Secrétaire d’État, vous avez parlé du monde publicitaire, mais il n’y a rien qui nous empêche de faire de la publicité dans plusieurs langues à commencer par le français. Le mode d’action, c’est augmenter d’une manière consciente la présence et l’importance de la langue française tout en sachant qu’à côté de la langue française, il y a aussi toutes ces autres langues.
Je crois que le potentiel est là et que l’on devrait plutôt faire beaucoup d’efforts.
Mais pour garantir un bel avenir à notre langue partagée, nous devrons faire porter nos efforts dans le domaine de l’éducation.

Je pense que nous avons un travail de perception à faire surtout pour que la jeunesse francophone aujourd’hui (y compris la jeunesse francophone et française ici dans ce pays), trouve que la langue française est une belle langue de communication, une langue qui n’est pas compliquée pour communiquer, qui peut s’adapter, une langue qui ne doit pas être perçue comme une langue ésotérique, une langue de la poésie, de la littérature, mais une langue qui peut pour la jeunesse représenter leur expression de tous les jours.

Notre rôle, en tout cas le rôle de la francophonie, est de faire en sorte que ces aspects de la langue qui parlent à la jeunesse, qui sont facile d’accès, utilisables facilement, puissent être disponibles, surtout pour cette jeunesse. La jeunesse francophone que ce qu’elle attend de la langue française et de la francophonie en tant qu’organisation, c’est de les aider à avoir accès au travail, à l’emploi.
Il y a ce travail à faire en termes d’éducation, mais aussi sur quel genre d’éducation. Il faut que l’on aille vers les attentes qui sont exprimées notamment par la jeunesse. Ce qui est sûr, c’est que cette mosaïque de langues y compris des langues régionales et de langues maternelles, est une réalité du monde linguistique aujourd’hui et à laquelle nous devons non seulement nous adapter, mais aussi apporter une plus-value pour la langue française.

J’ai fait référence tout à l’heure à la tribune que j’ai publiée dans Le Monde lors du Brexit ; je ne suis pas du tout pour la guerre des langues, mais je trouve que la langue française doit de plus en plus en plus occuper sa place et c’est ce travail, j’allais dire ce combat, mais ce n’est pas un combat, que nous devons faire ensemble.

Il est important par exemple au niveau de l’Union européenne tout simplement de faire un rééquilibrage et peut-être que le Brexit nous donne l’opportunité de le faire.
Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie est membre associé de notre organisation ; ce gouvernement fait beaucoup d’efforts en matière de diffusion de la langue française et de la francophonie en Asie pacifique où nous avons quelques membres notamment par la création d’espaces francophones dans les Alliances françaises, dans des pays de la région. Il en existe un à Cambera en Australie, à Nagoya au Japon et à Canton en Chine.

Je parlais tout à l’heure des communautés francophones dans des pays qui ne sont pas membres. Vous seriez étonné du nombre de francophones et de francophiles dans le monde, qui ne sont pas dans des pays-membres ou institutions de la francophonie. Il est très important pour nous que ce ne soit pas très loin d’ici à Londres toute une partie francophone, en grande partie française, mais j’étais dans la région de Washington il y a une semaine, entre Washington et New-York, en passant par Philadelphie et Baltimore, il y a toute une communauté francophone.

Nous devons animer cette vie francophone et la langue française dans ces communautés-là qui ne demandent que cela, qui ne demandent qu’un petit coup de pouce et une petite mobilisation pour pouvoir faire rayonner la langue française. »
M. Lemoyne. « J’ai trouvé très intéressante l’intervention de Mme Koné sur la distinction entre la perception anglo-saxonne qui vise plutôt l’individu (en grec, individu, c’est un atome, donc cela renvoie à quelque chose d’isolé) alors que notre conception latine est beaucoup plus liée aux solidarités concrètes, territoriales. On parle d’ailleurs plus de personnes avec tout ce que cela porte d’enracinement dans un certain nombre de communautés. C’est en tous les cas assez fécond de voir ce que cela véhicule en termes de valeurs et de rapport aux autres. »

@ : cmenard unaf.fr

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