UNAF - Assassinat d’un enseignant : les propositions de l’Unaf face à la radicalisation et aux atteintes à la laïcité

Assassinat d’un enseignant : les propositions de l’Unaf face à la radicalisation et aux atteintes à la laïcité

04/11/2020

La Présidente de l’Unaf, Marie-Andrée Blanc, et Guillemette Leneveu, Directrice Générale, accompagnées de Patricia Humann, coordonnatrice du pôle « Ecole - Petite enfance - Jeunesse » ont rencontré, le 20 octobre dernier, Nathalie Elimas, Secrétaire d’Etat chargée de l’éducation prioritaire.

Cette rencontre a été l’occasion de réitérer, 5 ans après les attentats de 2015, les propositions que l’Unaf avait formulées et qui restent pleinement d’actualité, suite à l’assassinat de l’enseignant le 16 octobre dernier. Lire en rappel, le communiqué de presse.
L’Unaf a rappelé son souhait, avec son réseau de 100 Udaf et de 6000 associations familiales d’être unies toutes ensemble contre cette barbarie et d’être aux côtés des enseignants.

Participer à l’unité nationale autour de l’école et des enseignants

Il est primordial aujourd’hui de donner sens et de renforcer la coéducation qui a pour vocation que parents et enseignants puissent, chacun à la place qui est la leur, avoir un discours cohérent vis-à-vis des enfants, des jeunes …
Or, toutes les études continuent de montrer qu’il y a une réelle difficulté de communication entre parents et enseignants : les enseignants trouvent souvent les parents trop intrusifs, les parents disent que les enseignants ne communiquent pas suffisamment et n’ouvrent pas leur porte.

Certaines écoles cependant pratiquent réellement la coéducation : c’est le cas par exemple de l’école Pajol à la Goutte d’or avec l’expérience des papothèques (*)

Informer les parents et débattre en amont des sujets importants

Concernant les valeurs de la République et la laïcité : la notion de laïcité à l’école est à travailler, et à exposer aux parents. Que signifie-t-elle concrètement dans la vie de tous les jours ? de l’école, du collège, du lycée, dans les programmes ? Sur quels fondements elle repose ? Elle n’exclut pas la connaissance des religions, bien au contraire.

Concernant le sujet de la liberté de la presse : Qu’est-ce que la liberté de la presse ? Les notions de caricature ? D’injure et de diffamation ? Ces questions ne sont pas simples. Les enseignants devraient peut-être être davantage formés sur ces questions : comment sans renoncer, ne pas heurter les consciences ? Et informer les parents face à ces cours.

Que peut faire le mouvement familial ?

Experte des réalités de vie des familles, dans tous les domaines de la vie quotidienne, (logement, santé, surendettement, parentalité, vulnérabilités,...), l’Unaf peut apporter sa contribution et son aide aux écoles, établissements scolaires et ce, de différentes manières, par exemple, par le biais des Espaces parents : l’Unaf et son réseau sont engagés dans l’animation de ce dispositif. C’est un outil mais d’autres existent, tels que les cafés des parents, des conférences régulières sur les questions de soutien à la parentalité…

Quelques exemples :

A Chaumont l’Udaf de Haute Marne anime 5 espaces parents dans des écoles REP d’un quartier. L’Unaf a présenté un documentaire « Les parents sur le chemin de l’école » qui décrit l’implication de l’Udaf de Haute Marne, dans l’animation de l’« espace parents » ; + Lire

L’Udaf du Bas-Rhin anime les associations familiales du département qui interviennent dans les écoles, dans des cafés parents, espaces parents …Ils ont créé un jeu de plateau pour expliquer l’école aux parents, pour débattre des sujets écoles « Class’ parents » ; + Lire ;

L’Udaf du Val-de-Marne a réalisé un guide de bonnes pratiques sur les espaces parents que l’on retrouve d’ailleurs sur Eduscol (+ lire) et publie régulièrement une lettre d’information sur ce qui se passe dans les « espaces parents » du département.

Dans tous ces départements, l’académie reconnaît le rôle de l’Udaf et encourage l’engagement auprès des écoles et collèges. L’Unaf regrette que dans d’autres départements, les projets d’animation des espaces parents par les Udaf n’aboutissent pas.

Par ailleurs, l’Unaf et les Udaf sont très engagées, aux côtés de la Ligue de l’enseignement, dans le dispositif Lire et faire lire. Des livres pour enfants qui abordent les valeurs de la République existent. Avec l’aide du réseau des 20 000 bénévoles engagés dans Lire et faire lire, l’Unaf peut mener une réflexion sur le sujet.

Propositions de lutte contre la haine en ligne

Suite aux derniers évènements, il semble plus que nécessaire de réguler au mieux, Internet, plateformes et moteurs de recherche pour lutter contre la haine en ligne et la propagande à la violence et renforcer la connaissance des outils de signalement. Tous contenus visant les incitations à la haine, la violence, les injures à caractère raciste ou encore religieux n’ont pas lieu de se retrouver sur internet qui, par sa force de propagation, accentue cette violence.

Il devient aujourd’hui urgent de mettre en place un dispositif législatif et un régime juridique adaptés qui permettent de lutter efficacement contre cette propagation de haine en ligne, et donner à l’ensemble des acteurs les moyens nécessaires pour effectuer cette régulation. La proposition de la loi Avia allait dans ce sens mais elle a été retoquée par le Conseil constitutionnel.

Il faut davantage responsabiliser les réseaux sociaux et les sites internet même si ces plateformes sont internationales. Il s’agira d’imposer des conditions strictes mais réalistes aux plateformes, en interrogeant leur responsabilité dans la diffusion de ces contenus. Il faut les considérer comme des éditeurs hébergeant des contenus (comme avec une maison d’édition). Néanmoins, il faut mettre en place des gardes fous juridiques pour que cette régulation ne soit pas à la discrétion des plateformes.

Il faut pouvoir identifier rapidement les personnes mises en cause dans cette diffusion de « haine sur internet » souvent faites sous couvert de pseudonymat, et prendre les mesures nécessaires (suppression des contenus, fermeture des comptes, transmission aux autorités policières).

Les plateformes doivent donner à chacun la possibilité de signaler un contenu incitant à la haine, la violence,… vers les plateformes de signalement telles que Pharos ou point de contact et ce, de façon accessible, lisible et compréhensive par tous. Il faut notamment donner davantage de moyens aux plateformes de signalement pour agir face aux contenus inappropriés et créer une cellule spéciale en charge de réguler les contenus haineux.

L’éducation au numérique notamment auprès des familles – parents et enfants – doit systématiquement inclure un volet relatif à la lutte contre les propos haineux, les comportements toxiques et largement diffuser les outils de signalement disponibles. L’Unaf et les Udaf à travers leur dispositif visant à favoriser un usage responsable du numérique œuvrent d’ores et déjà dans ce sens notamment via la production de ressources propres ou en partenariat notamment avec le Centre de Liaison pour l’Education aux Médias et à l’Information (Clemi).

Plus généralement, il convient de renforcer la sensibilisation, la formation sur « le civisme en ligne » de tous les citoyens pas uniquement les jeunes. Il faut une mobilisation citoyenne pour repérer et limiter la propagation des messages et discours haineux.

Il faut aussi pousser le contenu positif, citoyen, pédagogique en ligne et favoriser le contre-discours.

Les pouvoirs publics doivent s’engager pleinement dans cette démarche même s’ils doivent aussi s’appuyer sur les acteurs économiques et sur l’engagement de la société civile pour assurer cette obligation de résultats.

(*) Citation retenue lors du colloque sur les relations parents écoles « Il faut proposer aux familles que l’établissement soit un nouveau groupe d’appartenance et les convier à des espaces de prévention et de médiation pour que parents et enfants se sentent affiliés à l’école. »

@ : phumann unaf.fr - num unaf.fr

Haut de page