UNAF - L’Unaf a été auditionnée par la mission d’information du Sénat sur la politique en faveur de l’égalité des chances et de l’émancipation de la jeunesse

L’Unaf a été auditionnée par la mission d’information du Sénat sur la politique en faveur de l’égalité des chances et de l’émancipation de la jeunesse


28/04/2021

Audition de l’Unaf par la mission d’information sur la politique en faveur de l’égalité des chances et de l’émancipation de la jeunesse

Le Sénat a mis en place une mission d’information sur la politique en faveur de l’égalité des chances et de l’émancipation de la jeunesse. C’est dans ce cadre que la Présidente de l’Unaf, Marie-Andrée Blanc, et Patricia Humann, coordinatrice du pôle Ecole, petite enfance, jeunesse, ont été auditionnées par Monique Lubin, rapporteure. Cette audition a été l’occasion pour l’Unaf de répondre à plusieurs questionnements :

1. Dans quelle mesure les inégalités sociales trouvent-elles, selon vous, leur origine dans l’enfance, voire la petite enfance ?

Beaucoup d’études montrent que les inégalités sociales ont un impact sur le développement du jeune enfant.

Lors de l’entrée en maternelle : on constate de grandes différences de niveau de langage, de nombre de mots acquis par les enfants. Bien sûr, chaque enfant a un rythme d’apprentissage différent, l’un développera plus la motricité et l’autre le langage mais dans une étude récente du Ministère de l’Education nationale, il est noté à titre d’exemple qu’un enfant a entendu 30 millions de mots de moins quand il est dans un milieu défavorisé que quand il est dans un milieu favorisé.

Le diplôme de la mère intervient concernant le niveau de langage du bébé : Cf. présentation lors du séminaire « Premiers pas » organisé par la Cnaf et France Stratégie, de Lidia Panico, chargée de recherche à l’Institut National d’Etudes Démographiques (Ined). Le niveau de langage du bébé s’étale entre -2 et 2,5 en fonction du niveau d’études de la mère.

Ceci a aussi été souvent montré concernant la réussite scolaire. Même si un dossier de l’IFE (Institut français de l’éducation) montre que le niveau social des parents n’est pas toujours une fatalité pour la réussite scolaire : certains enfants réussissent malgré un niveau d’études faible des parents.

La corrélation positive entre diplômes et niveaux de compétences n’est pas systématique. Plus de 12 % des personnes [du panel de l’enquête IVQ] ayant seulement un certificat d’études primaires se retrouvent ainsi dans l’un des deux meilleurs groupes de compétences. B. Castets-Fontaine évoque, dans certaines familles de milieux populaires, l’existence d’une croyance dans l’excellence potentielle des enfants de la part des parents et des enfants. « Cette croyance peut devenir prophétie autoréalisatrice » et induire un engagement des élèves dans l’institution scolaire favorable à leur réussite (Castets-Fontaine, 2011).

Pendant la scolarité, toutes les évaluations montrent par ailleurs, dès le primaire, de fortes différences entre les résultats des élèves de REP et hors REP.

La dernière évaluation montre en revanche un bon résultat du dispositif du dédoublement des classes de CP, CE1 en REP puisqu’entre 2018 et 2019, l’écart de compétences s’était réduit entre REP et hors REP en CE1. Mais malheureusement, il s’est à nouveau recreusé durant 2020 du fait des confinements.

En français, alors que les écarts étaient stables entre 2018 et 2019 entre les élèves en éducation prioritaire et les élèves dans le secteur public hors éducation prioritaire, on observe entre 2019 et 2020 une hausse des écarts de performance mais qui ne dépasse jamais deux points sauf dans deux domaines. En mathématiques, la hausse des écarts entre l’éducation prioritaire et le public hors éducation prioritaire est moins marquée qu’en français. » (Note d’information 21.02 janvier 2021 de la DEPP, département statistique de l’éducation nationale).

L’évaluation en seconde montre aussi des grandes différences entre lycées en fonction du niveau social des élèves : 14,6 points d’écart en français et 29,6 points d’écart en mathématiques entre les lycées du groupe 1 (défavorisés) et lycées du groupe 5 (favorisés).

Le problème est que l’école française ne parvient pas suffisamment à réduire les inégalités. Nous sommes sur ce point dans les derniers des pays de l’Ocde pour l’enquête PISA (évaluation des élèves de 15 ans).

2. Les modalités d’accueil du jeune enfant sont-elles, selon vous, de nature à réduire le déterminisme social ? Quel regard portez-vous sur la politique en la matière ?

Certaines études montrent qu’un enfant accueilli en crèche a un plus fort développement du langage à 2 ans et demi que s’il est gardé par ses parents, par une assistante maternelle ou par ses grands-parents. On n’enregistre pas la même différence en ce qui concerne le développement moteur.
D’où la proposition du HCFEA (Haut conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge) dans le rapport sur la qualité de l’accueil du jeune enfant, rapport auquel l’Unaf a largement contribué, de :
• Favoriser un accueil en EAJE plusieurs demi-journées par semaine pour les enfants gardés par leurs parents, pour des ateliers d’éveil. Dans le cadre de la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté, un appel à manifestation d’intérêt vient d’être lancé au printemps 2021 auprès des territoires les plus fragiles pour les aider à construire des projets territoriaux d’accueil pour tous.

• L’Unaf n’est cependant pas pour un accès exclusif des enfants les plus défavorisés aux crèches publiques, laissant aux autres familles uniquement les crèches privées ou l’accueil par les assistantes maternelles. Il y a un risque de non mixité sociale.
• L’Unaf n’est pas non plus favorable à une politique « extrême » comme celle mise en place dernièrement au Danemark, qui supprime les allocations familiales des familles qui ne mettent pas leurs enfants en crèche dans les zones à forte population immigrée.

L’Unaf est favorable et pointe l’importance de :
• développer le nombre de places en crèches : il manque 230 000 places de mode d’accueil,
• développer le bonus mixité social pour les EAJE,
• développer la transparence de l’attribution des places en crèches par les communes,
• développer les RAM (maintenant Relais petite enfance) et l’accès des assistantes maternelles à ceux-ci pour des ateliers d’éveils. Les parents d’ailleurs privilégient les assistantes maternelles qui fréquentent les RAM,
• créer un véritable service public de la petite enfance avec un acteur public désigné comme responsable de garantir une place d’accueil pour chaque famille qui le souhaite.

3. Comment aider davantage les familles modestes afin de lutter contre les phénomènes d’assignation sociale et géographique ?

Pour la petite enfance : Il faut aider les parents à trouver ou retrouver un emploi. Pour cela il faut développer des crèches AVIP, en lien avec pôle emploi permettant aux parents de faire garder leur enfant quand ils cherchent un travail. Seuls 24 départements ont labellisé des crèches AVIP.

Pendant l’enfance

• Rapprocher les parents de l’école pour qu’ils puissent mieux aider les enfants dans leur scolarité. Une dizaine d’Udaf sont impliquées dans l’animation d’espaces pour les parents dans les écoles et collèges. Les espaces parents, cf. le film documentaire Unaf « les parents sur le chemin de l’école » à Chaumont.

• Développer le dispositif de « dédoublement » des classes de CP, CE1 qui a donné de bons résultats.

• Développer les CLAS (Contrat locaux d’accompagnement à la scolarité) qui sont beaucoup plus présents dans les quartiers prioritaires et en milieu urbain, alors que l’on sait que les familles modestes ne sont pas uniquement dans ces quartiers (70% des élèves appartenant à des familles modestes sont scolarisés hors éducation prioritaire).

• Développer le mentorat, l’accompagnement scolaire : telle que l’action de l’Afev, que nous soutenons.

Pendant l’adolescence et la jeunesse

  • Développer les transports : le Cnesco note « une inégalité d’accès au collège et encore davantage au lycée, avec des temps de transports qui peuvent être très longs dans certains territoires peu denses. Les académies de Reims, Dijon, Montpellier, Grenoble, Toulouse, Corse, Guyane et de la Réunion sont marquées par des temps de transports élevés. » Nous avons les mêmes retours des Udaf dans les DOM.
  • Améliorer l’orientation des jeunes, l’accès aux stages, la mobilité des jeunes.
  • Développer les dispositifs d’égalité des chances pour l’accès au supérieur– classe prépa intégrée, les « cordées de la réussite » et les « internats d’excellence ».

4. Parmi les actions en direction des jeunes hors milieu familial et hors milieu scolaire, lesquelles mériteraient d’être davantage soutenues et amplifiées pour répondre aux inégalités touchant les jeunes issus des familles les plus fragiles ?

L’Unaf a contribué au rapport du HCFEA enfance sur les tiers lieux/ tiers temps. A retenir pour cette population : si le sport est développé pour tous les enfants ou presque (8 enfants sur 10), ce n’est pas le cas des pratiques artistiques et culturelles (4 enfants sur 10), des activités scientifiques et technologiques (moins de 10%), les pratiques d’engagement (faible même si une dynamique émerge), et des vacances (25% des enfants ne partent pas en vacances).

L’Unaf est favorable :

• à la relance des colonies de vacances, des mouvements de jeunesse et de l’engagement bénévole des jeunes. L’Unaf a, sur ce point, réalisé une étude qualitative sur le sujet, l’apport en compétences, en maturité est très important pour les jeunes qui s’engagent dans les mouvements de jeunesse notamment. (Etude qualitative Unaf n°7 sur le bénévolat des jeunes
• au développement du service civique, qui est un bon moyen d’insertion pour les jeunes : l’Unaf et les Udaf sont investies dans ce dispositif.

A un autre niveau : l’Unaf met en œuvre, aux côtés de la Ligue de l’enseignement, l’action « Lire et faire lire ». 20 000 bénévoles partagent avec plus d’1 million d’enfants le plaisir de lire. L’Unaf souhaite que ce dispositif aujourd’hui développé dans les crèches et les écoles, puisse s’étendre auprès des familles vulnérables, dans les centres sociaux, les CHRS …

5. Quel regard portez-vous sur les outils d’aides en faveur des jeunes ? Connaissez-vous des initiatives originales qui mériteraient d’être diffusées plus largement ?

Pour les jeunes NEET (Not in Education, Employment or Training : « ni étudiant, ni employé, ni stagiaire ») : développer le dispositif « Garantie jeune » qui fonctionne bien, car il allie formation, soutien financier et accompagnement social.

Bourses dans le supérieur : trop de familles ne les connaissent pas et n’en font pas la demande.

Et elles ne prennent pas assez en compte dans le calcul l’aspect « éloignement géographique de la famille » et la nécessité de se loger ailleurs. Cet aspect est pris en compte mais pas suffisamment. Il n’y a pas de comparaison entre le budget d’un étudiant qui doit changer de ville pour étudier et un étudiant qui peut rester chez ses parents car il y a de nombreuses universités près de chez lui.

Développement des logements étudiants et des solutions solidaires comme le « Parisolidaire » « Ensembles 2 générations », des logements étudiants en échange d’un service ou d’une présence chez une personne âgée.

Initiatives originales à développer : le Bafaf citoyen : financement du Bafa par la mairie en échange d’une action de solidarité.

6. À quel moment et sous quelles formes faut-il agir pour lutter contre le décrochage scolaire ?

Pour l’Unaf, il convient d’agir au plus tôt en menant une double action : il faut éviter aux élèves de se retrouver en situation de décrochage et remettre sur les rails ceux déjà en décrochage ou considérés comme étant à risque.

L’étude réalisée par l’Unaf sur l’absentéisme scolaire (étude qualitative) a montré qu’il y a 3 grandes raisons d’absentéisme : le mal-être (dont la confrontation à la violence ou au harcèlement au sein du collège, lycée), l’orientation « par défaut », l’échec scolaire.

Pour l’Unaf, comprendre quelle est la raison des absences est primordial et ceci le plus tôt possible, pour pouvoir y remédier. Pour cela, il faut que le professeur principal ou CPE rencontre et échange avec les parents et qu’ils cherchent ensemble des solutions.

Il faudrait aussi créer des tiers lieux pour que les adolescents qui ne supportent plus l’école puissent « souffler » (A titre d’exemple : l’accueil de jour Adoval de l’association le Valdoco, pour les jeunes en rupture scolaire).

Il faut développer et revaloriser l’apprentissage, tout en sécurisant la période du stage en entreprise, surtout pour les jeunes « infra-bac ». (cf étude qualitative Unaf sur l’apprentissage).

Développer les solutions telles que les Maisons familiales rurales qui permettent sous statut scolaire une alternance avec l’entreprise ou les Ecoles de production

@ : phumann unaf.fr

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