UNAF - Remise de la médaille de la Famille à l’Elysée

Cérémonie

Remise de la médaille de la Famille à l’Elysée


01/06/2006

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Le Président de la République a remis, en présence du Ministre délégué à la Sécurité Sociale, aux personnes âgées, aux personnes handicapées et à la famille et du Président de l’UNAF, le mercredi 31 mai 2006 au Palais de l’Elysée, la Médaille de la Famille, à 78 mères et pères de famille de métropole et d’outre-mer.

La médaille de la Famille est une distinction honorifique décernée aux personnes qui élèvent ou qui ont élevé dignement au moins quatre enfants, « afin de rendre hommage à leurs mérites et de leur témoigner la reconnaissance de la nation » (Code de l’Action sociale et des familles, art. D215.7 à D215.13).


Discours de Hubert Brin, Président de l’UNAF

Monsieur le Président de la République,

Une fois encore, vous nous faites l’honneur de nous rassembler pour honorer des femmes et des hommes qui, dans des conditions parfois particulièrement difficiles, ont fait le choix de la maternité et de la paternité.

Soyez-en très chaleureusement et très sincèrement remercié au nom de l’UNAF et en mon nom personnel.

Car choisir, aujourd’hui, d’être père ou mère d’une famille nombreuse révèle une bonne dose d’inconscience tant dans le monde qui est le nôtre l’aventure de l’éducation des enfants est incertaine. Elle relève certes en tout premier lieu des parents, mais aussi de l’école, mais encore -même s’ils rechignent à le reconnaître- mais encore des médias. Vous connaissez ces chiffres, Monsieur le Président : 800 heures de face à face pédagogique contre 1 400 heures de face à face à l’écran en moyenne par an et par enfant.

Les enfants et les parents d’aujourd’hui sont dans cette réalité.
Réalité qui s’accélère et qui inquiète à juste titre avec le développement de l’internet à partir des téléphones « mobiles ».

Une incidente cependant sur ce sujet, à la fois pour marquer mon admiration pour les parents ici présents qui ont assumé leurs responsabilités, à la fois pour marquer mon inquiétude quant à notre société en devenir. A l’occasion d’un accord de partenariat entre l’UNAF et les entreprises d’accès au téléphone mobile, ces dernières nous ont livré ce chiffre inquiétant : 1 % des enfants de 2 ans ont un téléphone mobile personnel.
Ces technologies offrent des espoirs inimaginables, et il faut les soutenir, mais elles peuvent aussi, malheureusement avec le concours des parents eux-mêmes, être des armes redoutables contre une construction psychique harmonieuse des enfants.

De plus, elles conduisent à ce que le temps et l’espace ne veulent plus rien dire dans l’univers de nos enfants du XXIe siècle, alors que ces deux notions demeurent incontournables pour la construction de la famille et des personnes qui la composent.

Il est cependant intéressant de noter dans une enquête de l’UNAF et de la Délégation Interministérielle à la famille, que 74 % des Français sont intéressés par les programmes de télévision lorsqu’ils traitent des questions d’éducation ou d’autorité. Preuve s’il en est besoin que ces sujets sont bien au cœur de la responsabilité parentale. Preuve s’il en est besoin que les parents souhaitent être éclairés et accompagnés pour réussir dans leurs fonctions d’éducation et de transmission des règles du mieux vivre ensemble alors que, ou plutôt parce que, nous le savons bien l’environnement de nos enfants offre des images en contradiction avec ces apprentissages pourtant si nécessaires à notre cohésion sociale.

Mais c’est notre monde, et c’est dans ce monde-là que les hommes et les femmes, pères et mères de familles qui sont ici présents, ont fait le choix de cette merveilleuse aventure de l’éducation.
Il m’apparaît donc un juste retour des choses qu’ils soient distingués par la République.

Il faut donc une dose d’inconscience dans le choix de cette aventure, mais celui-ci révèle tout autant une confiance absolue dans l’avenir. Et c’est bien cette espérance qui doit demeurer au cœur des transformations de notre société. C’est pourquoi dans les grands choix macro-économiques qui s’imposent, il doit toujours y avoir une part réservée aux familles ayant des enfants à charge, même si les politiques de santé et de vieillesse sont aussi des politiques familiales.

Là encore, nous pouvons aborder cette question au travers de l’éducation des enfants et des images contradictoires que le monde des adultes donnent à voir.

L’un des premiers apprentissages de l’enfant, en plus de l’amour, de la solidarité, du respect de soi et des autres, est sans doute l’apprentissage du temps.

Tout n’est pas possible tout de suite. Et sur ce registre, pour en venir à des sujets plus terre à terre, les parents qui réfléchissent à l’éducation de leurs enfants, leurs apprennent qu’on ne finance pas ses dépenses courantes à crédit car cela conduit à la faillite. Or que faisons-nous, nous les adultes, nous continuons à tirer un chèque en blanc sur les ressources de nos enfants.

Dans un contexte non pas de raréfaction de l’argent public, mais de diminution des marges à répartir, des choix de priorités imposeront inévitablement des redéploiements entre les grands secteurs des politiques publiques, entre la solidarité collective, familiale et l’effort individuel.

Tout est question d’équilibre et d’équité dans la répartition de ces choix. Tout est donc aussi question d’éducation et notamment d’éducation à la négociation.
Ce n’est ni la rue, ni la violence qui peuvent être les chemins de la satisfaction à nos multiples besoins mais la négociation car elle seule nous place dans une posture d’écoute, de dialogue et de décisions raisonnées.

C’est, de là où je suis, me semble t-il, le chemin incontournable que nous devons prendre nous les adultes, y compris nos grandes organisations sociales, y compris l’UNAF. Car laisser à penser à nos enfants que nous serions dans un monde sans contraintes ne peut que les entraîner vers des impasses individuelles et collectives. Cela suppose bien évidemment que ces organisations soient animées par le souci de l’intérêt général et soient représentatives de la population.

Le souci de l’intérêt général pour les familles obligera l’UNAF à poursuivre sa posture de négociation telle que je l’ai citée juste avant dans mon propos.
Quant à la question de la représentativité, elle se pose aussi pour l’UNAF et elle devra l’examiner sereinement certes, mais aussi résolument, si nous voulons remplir les missions que lui a confiées le législateur.

Sur un autre sujet, là encore, question d’éducation : l’apprentissage de la vie en société. S’il est nécessaire que chacun fasse l’effort d’exprimer toutes ses potentialités, un individualisme exacerbé ne peut servir de base à la cohésion sociale.
A cet égard, il m’apparaît nécessaire de toujours conserver un équilibre entre droits et devoirs individuels et droits et devoirs familiaux ou collectifs.
Nous avons bien perçu au travers des événements de la fin de l’année dernière que la responsabilité parentale devait être ré-interrogée. Comment dans notre monde du XXIe siècle transmettre les plages d’interdits et celles de la liberté qui forment nos règles de vie commune ?

Il y aurait encore, Monsieur le Président de la République, de multiples angles pour aborder la question de l’éducation, mais ce n’est ni le moment, ni le lieu pour en faire une analyse exhaustive. J’en citerai malgré tout encore deux : le développement durable qui exige que nous révisions nombre de nos comportements, et le handicap, parce qu’il dérange notre conception égoïste d’un monde parfait qui, s’il était mis en oeuvre, conduirait inévitablement d’ailleurs à le rendre inhumain.

Cependant, si j’ai essentiellement insisté dans mon propos d’aujourd’hui, sur ce sujet : l’éducation, c’est simplement parce qu’il est au cœur de la vie des familles.
Contrairement à ce que nous avons pu lire ces derniers temps, tout ne se joue pas à la petite enfance, on n’est pas délinquant dès la maternelle. Mais l’âge de l’enfance qui est l’âge d’une socialisation autrement plus délicate à gérer doit faire l’objet d’une priorité pour les politiques publiques à venir. D’où la question suivante : comment rendre ce temps utile à la structuration de la vie en société ?

Les parents qui sont là devant vous aujourd’hui, ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour que tous leurs enfants deviennent des citoyens libres, solidaires et responsables et participent à leur manière à la construction d’un monde plus harmonieux pour tous.

C’est bien cet exemple là qu’il nous faut suivre aujourd’hui.

Monsieur le Président de la République, vous le savez, cette cérémonie est aussi pour moi personnellement un moment très particulier puisque c’est la dernière fois que je m’exprime devant vous. Je voudrais donc remercier particulièrement Philippe Bas pour la qualité du travail engagé et dire ici publiquement que j’ai toujours trouvé auprès de vous écoute et attention à la cause des familles et vous avez toujours été un ardent défenseur de la Conférence de la famille, cette grande réussite française qui nous est enviée par de nombreux pays, et aussi un défenseur de l’UNAF.

Soyez-en remercié.

Soyez aussi remercié pour la chaleur et l’humanité de votre accueil, au nom de l’UNAF, au nom de tous les parents qui ont eu la chance de participer à cette cérémonie, ils en gardent tous, j’en garderai personnellement aussi, un souvenir ému.


Discours de Monsieur Jacques Chirac, Président de la République.

Monsieur le ministre,
Monsieur le Président, cher Président
Madame la Présidente,
Mesdames, Messieurs,
Mes chers amis,

Je suis, bien sûr, heureux de vous accueillir aujourd’hui, ici, pour remettre la médaille de la famille, l’une des plus belle que l’on puisse imaginer, aux parents rassemblés aujourd’hui. Des parents d’origine de toute la France, de métropole et d’outre-mer, et qui incarnent notre pays dans toute sa diversité et dans son unité.

Cette cérémonie traditionnelle est l’occasion de rendre un hommage républicain et légitime aux valeurs d’engagement, de solidarité, de liberté et de responsabilité qui sont au cœur même, comme l’a souligné le Président, du projet familial. C’est aussi l’occasion de réaffirmer combien notre société a besoin des familles pour sa cohésion et pour son avenir.

Cette cérémonie, Monsieur le Président, revêt c’est vrai, vous l’avez souligné, un caractère particulier, alors que vous avez décidé de quitter vos fonctions à la tête de l’UNAF. Depuis dix ans, vous avez fait évoluer cette grande institution qui a célébré, l’an dernier, son 60e anniversaire. Vous avez exprimé les attentes des familles. Vous avez défendu leurs intérêts. Vous avez fait du pluralisme de l’UNAF une richesse et une force. Vous avez imposé l’institution comme un partenaire incontournable des pouvoirs publics et aussi de toutes celles et de tous ceux qui œuvrent en faveur des familles.

En vous, je veux rendre hommage au militant, au négociateur, au médiateur. Je salue l’engagement de l’homme de conviction, toujours à l’écoute des autres et ouvert à toutes les réflexions.

J’ai l’occasion aussi de redire à la Présidente du Conseil d’administration de la CNAF, chère madame PRUDHOMME, toute mon estime et tout le respect que j’ai pour votre action.

Dans quelques semaines, le Premier ministre réunira la Conférence de la famille.

Nous pouvons, sans aucun doute, être fiers de ce que nous avons fait ensemble pour améliorer les prestations en faveur de la petite enfance. Avec la création de la prestation d’accueil du jeune enfant, la PAJE, le montant annuel sera passé de 8 milliards à près de 11 milliards d’euros. L’offre de garde a été élargie et diversifiée. Et cela dans le respect des principes d’universalité, de simplicité des aides et de respect du libre choix des familles. C’est beaucoup votre œuvre. Et c’est un atout pour notre démographie, qui est l’une des clés de la vitalité de notre Nation. Je suis fier, aussi de ce que nous avons fait ensemble en faveur de l’adolescence, un âge trop souvent délaissé par nos politiques familiales.

Pour cette année 2006, j’ai demandé que la Conférence de la famille consacre ses travaux à la solidarité entre les générations. Il faut en effet sortir ou évoluer et sortir de cette conception trop étroite de la famille, sur laquelle repose largement notre politique familiale. Une famille qui serait composée des seuls parents et de leurs enfants et qui ne pourrait compter que sur elle, ou sur des solidarités collectives, pour réaliser ses projets, ce n’est pas cela notre objectif.

Car telle n’est pas la réalité des familles. La réalité des familles, c’est souvent celle de trois ou quatre générations aujourd’hui, compte tenu de l’évolution de l’âge et de la vie. Ce sont des générations parfois séparées par la géographie mais toujours rassemblées par ce lien unique qu’est le lien familial.

La réalité des familles, aujourd’hui, ce sont ces jeunes adultes qui n’ont pu s’installer qu’avec l’aide matérielle des grands-parents. C’est celle de jeunes grands-parents qui travaillent encore et dont les enfants recherchent un emploi. C’est, pour des parents qui viennent d’achever l’éducation de leurs enfants, s’occuper de leurs propres parents ou grands-parents désormais dépendants.

Notre responsabilité, c’était d’agir pour renforcer les solidarités collectives face au défi du vieillissement de notre population. Nous l’avons fait avec la réforme des retraites et la création d’une nouvelle branche de protection sociale pour les personnes âgées dépendantes.

Notre responsabilité, c’est aussi de faire en sorte que l’ensemble de notre législation reconnaisse et encourage toutes les solidarités familiales. Nous avons franchi une première étape en facilitant les donations entre grands-parents, parents et enfants. Il faut aller plus loin en ayant une approche globale portant sur la protection sociale, la fiscalité, le droit du travail, la validation des acquis de l’expérience. C’est tout le sens des décisions qui devront être prises début juillet par le Gouvernement.

Je souhaite que pour l’an prochain, les travaux de la Conférence de la Famille s’engagent sur un autre défi essentiel : faire en sorte que le temps extra-scolaire soit un temps d’épanouissement pour les enfants et pour les adolescents. Dans les familles où les deux parents travaillent tard, dans les familles monoparentales, souvent modestes, dans les quartiers en difficulté, nous devons faire en sorte qu’aucun enfant, aucun adolescent, c’est l’objectif, ne soit, en quelque sorte, livré à lui-même.

Certes, dans ce domaine, nous ne partons pas de rien. Mais les pouvoirs publics, les collectivités locales, les associations, les caisses d’allocations familiales, parfois sollicitées à l’excès, agissent trop souvent en ordre dispersé.

Et nous n’utilisons pas à plein tout ce qui existe. Il faut ouvrir plus largement les salles de classe et les équipements sportifs des écoles, des collèges, des lycées, et ceci, hors du temps scolaire. Nous devons y organiser des études surveillées et proposer aux enfants des activités culturelles et sportives. C’est essentiel pour l’égalité des chances et pour l’apprentissage des disciplines individuelles et collectives. Le réseau de la Jeunesse et des Sports doit être également mieux mobilisé, en particulier avec les enseignants de l’Éducation nationale. Nous devons aussi aider les clubs sportifs à dépasser leurs légitimes particularismes pour accueillir les enfants et adolescents qui en ont besoin. Et donner plus d’ampleur au programme Ville, vie, vacances.

Il faut aussi tout mettre en œuvre pour que les services utiles aux familles soient disponibles dans chaque ville, dans chaque quartier. Faire en sorte que ces services soient accessibles après l’école, les week-ends, pendant les vacances. Il faut solvabiliser les familles, pour que les plus modestes puissent raisonnablement y avoir un accès naturel. S’assurer, toujours, de la disponibilité et de la qualité de l’encadrement.
*
Monsieur le Président, cher Hubert BRIN,

Comme vous, je crois en l’importance majeure pour la Nation de la politique familiale. Une politique familiale qui doit s’adapter en permanence aux évolutions de notre société. Notre responsabilité, ce n’est pas seulement de verser des allocations, même lorsqu’elles sont légitimes et naturelles ou nécessaires. C’est de plus en plus de soutenir l’action éducative des familles, de conforter l’autorité parentale et la solidarité entre les générations.

Et ces défis sont ceux de l’avenir, ils sont une nécessité, ils doivent être pris en compte. Nous devons nous y engager et les relever ensemble.

Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
Je vous remercie. |

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