UNAF - Conférence de la famille 2006 - Discours du Président François Fondard

Conférence de la famille 2006

Conférence de la famille 2006 - Discours du Président François Fondard


03/07/2006

Monsieur le Premier Ministre,

Il y a 10 ans, en 1996, se tenait la première Conférence de la famille. C’est un anniversaire important pour le Mouvement familial car durant cette période, pouvoirs publics et partenaires économiques et sociaux ont construit ensemble les évolutions de notre politique familiale. L’observation du chemin parcouru depuis cette date montre que la Conférence annuelle de la famille est devenue un moment clé et incontournable, qu’elle est désormais installée dans le fonctionnement de nos institutions et qu’elle est certainement un modèle de partenariat qu’il faut préserver, voire imiter.

Ces 10 ans de Conférence de la famille ont permis de grandes avancées pour une meilleure conciliation de la vie familiale et professionnelle, un soutien à la fonction parentale, une amélioration des aides, un renfort de l’accueil de la petite enfance ; plus récemment elle a été marquée par la mise en place de la PAJE ou la création du nouveau congé parental. Si la France aujourd’hui occupe une place particulière par ses taux de fécondité et d’activité féminin largement supérieurs à la moyenne de l’Union Européenne, elle le doit très probablement au dynamisme de cette politique familiale. Mais nous connaissons aussi le caractère fragile de ces chiffres. Nous avons d’autres défis à relever : les conséquences du déséquilibre démographique et le poids de la dette sur les générations futures.

C’est la raison pour laquelle nous sommes si attachés à ce rendez-vous annuel, Monsieur le Premier Ministre et je tiens à vous remercier d’avoir accepté de le présider. Je remercie également Philippe BAS pour son implication dans sa préparation, et pour le climat de confiance qu’il sait instaurer.

Certains se sont étonnés que le thème de cette année, l’intergénérationnel, soit traité sous l’angle de la politique familiale, alors qu’il devrait, selon eux, relever des politiques d’aide aux personnes âgées ou aux personnes handicapées. Pour nous, la politique familiale consiste à aider les familles durant toute la durée du cycle de vie, dans l’accomplissement de leurs responsabilités, dans leur rôle de solidarité intergénérationnelle et de transmission de valeurs. L’allongement de la durée de vie, la coexistence de plusieurs générations au sein de la famille ont fait émerger de nouvelles questions, les parents peuvent assumer une double charge, celle résultant des enfants et celle provoquée par la dépendance éventuelle de leurs aînés. Cette situation conforte notre conception d’une politique familiale nécessairement globale.

Plus de 2 millions de personnes aident régulièrement, à titre non professionnel, un de leurs proches, ascendant ou descendant. Le principal mérite de cette conférence est de donner enfin une existence officielle à ces hommes « de l’ombre », ou plutôt à ces femmes puisque ce sont elles en majorité qui consacrent leur temps et leur énergie à aider un membre de leur famille. Cette conférence de la famille est une première grande étape car elle marque une reconnaissance publique à l’égard de ces aidants familiaux, et au-delà à la solidarité familiale. Cette reconnaissance n’est pas à fonds perdus car le « coût social » de l’aidant familial est bien moindre que celui d’un intervenant professionnel. Les solidarités intergénérationnelles sont en toutes circonstances un contrat gagnant entre la société et les familles.

Les rapports remis par M. CORDIER et M. BRIET ont parfaitement identifié les attentes des aidants familiaux, à savoir :

  • conserver du temps pour une vie personnelle et familiale,
  • maintenir, s’ils le souhaitent, une activité professionnelle,
  • préserver leur santé morale et physique.

Et pour y répondre, l’UNAF a avancé, dès le lancement des travaux, trois propositions fortes :

  • la création d’un congé permettant aux familles de suspendre leur activité professionnelle, pour prendre soin d’un parent dépendant, sans hypothéquer leur vie professionnelle ;
  • des mesures pour faciliter le « répit » des aidants familiaux auprès des personnes âgées, dépendantes ou handicapées
  • la prise en compte par l’Etat des services d’aide et de conseils auprès des tuteurs familiaux. Plus de la moitié des majeurs protégés ont comme tuteur ou curateur un proche, membre de la famille qui ne bénéficie d’aucun système d’information et de formation. Sous l’égide du mouvement familial, des services d’aide sont mis en place avec des financements aléatoires. Nous avons besoin du soutien et de la reconnaissance de l’Etat pour organiser ce service aux familles et aux personnes vulnérables.

Puisque j’évoque la situation des personnes sous tutelle, je voudrais relayer auprès de vous, Monsieur le Premier Ministre, le souhait de l’ensemble des associations que le projet de loi relatif à la protection juridique des majeurs, que vous avez soumis au Conseil d’Etat, soit présenté rapidement au Conseil des ministres, et que les financements soient améliorés.

Enfin, l’intergénérationnel concerne également les jeunes. Les parents consacrent des efforts importants pour aider leurs enfants, bien au-delà de leur 18 ans, à élaborer des projets d’insertion professionnelle. Dans un avis du Conseil Economique et Social en 2001, dont le président de l’UNAF était le rapporteur, il était proposé que des prêts soient accordés aux jeunes pour faciliter leur prise d’autonomie et leur entrée dans la vie active. Cette proposition est plus que jamais d’actualité.

Cette conférence suscite beaucoup d’espoirs auprès de ceux qui assument des charges lourdes, souvent dans la solitude, et qui attendent un soutien de la collectivité. Son principal mérite est de les faire sortir de l’ombre, et de reconnaître que si la famille reste dans l’esprit des Français l’espace premier de la solidarité, elle doit pouvoir s’appuyer sur une plus grande solidarité publique.

Voir aussi : Conférence de la Famille 2006 - Pour la solidarité familiale : reconnaissance et soutien

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