UNAF - Les Familles Gouvernantes

Les Familles Gouvernantes

30/08/2002


Les Familles Gouvernantes - 10 ans déjà avec l’UDAF de la Marne

Dossier réalisé avec "Le Journal
de l’Action Sociale"

Depuis 10 ans, I’UDAF de la Marne a mis en place "les familles
gouvernantes" auprès des majeurs placés sous un régime
de protection juridique. L’UDAF de la Marne a constitué ce dossier,
respectant le désir des acteurs de décrire le cheminement du
projet, ses bénéfices et ses difficultés. Parce que, chacun
le sait, l’expérience des uns n’est pas reproductible, telle quelle !
En revanche, comprendre les implicites, repérer les parcours, les
concepts, les choix, les modalités de participation des partenaires,
le poids du subjectif, voilà une série d’indicateurs qui apparaissent
dans la description de cette réalisation.

Je formule le voeu que les gestionnaires des politiques sociales s’en
emparent et facilitent le développement deformules qui respectent
les personnes. « Ta dignité, c’est ma dignité ». Puisse
ce mot extrait du livre de la 13e journée contre la misère
(18 février 2001), être partagé par tous, familles, acteurs,
gestionnaires, gouvernantes.

Hubert BRIN
Président de l’UNAF


Sommaire :
1. Les auteurs
2. Les acteurs
3. Les bénéficiaires


1. Les auteurs

Le concept des familles gouvernantes est né à l’Union départementale
des associations familiales (UDAF) de la Marne, avec le soutien du juge
des tutelles, confronté à la difficulté de prise en charge
d’une population marginale, polyhandicapée ou/et en situation d’exclusion.
Ce projet est unique en France : il a pris naissance à Reims et s’étend
désormais sur tout le département de la Marne. Aujourd’hui à
Reirns, Epernay et Châlons en Champagne, 170 personnes sous tutelles
sont prises en charge par 35 gouvernantes. En effet, comme aime à
le rappeler Madame BRENNER, initiatrice du projet, "nous en avions
assez d’avoir un pourcentage important de gens qui se suicidaient, de
gens qui vivaient dehors, faisant l’aller et retour entre les services
d’urgences psychiatriques, les hôtels minables et la rue. Nous avons
en tutelle une population cumulant
isolement intensif,
social
et familial, maladie mentale et alcoolisme qui engendrent
des troubles du comportement énormes incompatibles avec la vie en
société’. Il
y a dix ans, l’idée est donc venue d’embaucher
une gouvernante habitant le même immeuble pour gérer et accompagner
cinq personnes en tutelle réparties en deux appartements et ceci
dans tous les actes de leur vie quotidienne. Cette expérience innovante
ne pouvait pas voir le jour, sans le partenariat actif des organismes
logeurs, du secteur médico-hospitalier, qu’il a fallu convaincre
avec patience et ténacité...

Aujourd’hui, au coeur de « Croix-Rouge », un quartier périphérique
défavorisé de la ville de Reims, cinq adultes sont devenus co-locataires
et salarient une personne en tant qu’employée de maison. Ils résident
dans deux appartements dans le même immeuble que la salariée ;
leur gouvernante. C’est la proximité de la gouvernante qui permet
le maintien et l’insertion en milieu ordinaire. Depuis les « mini-structures »
se sont multipliées.

La gouvernante : une véritable fonction

Le terme de gouvernante n’a pas été choisi au hasard. Il
correspond à un statut référencé dans la Convention
collective nationale du travail du personnel employé de maison du
3 juin 1980.

Il s’agit d’un emploi à caractère familial, la salariée
ayant pour mission de "veiller au confort physique et moral et
d’assurer une présence responsable".
Dans l’esprit du projet,
la gouvernante peut représenter pour les personnes sous tutelle avec
les caractéristiques pré-citées la mère nourricière,
rassurante, accueillante, présente, satisfaisant les besoins primaires.
La gouvernante doit à la fois faire preuve d’autorité, de rigueur,
d’assurance, dans son quotidien, mais aussi d’affection et de maternage.
C’est aussi une forme de « désir caritatif » qui la motive.
Ce désir s’épanouit dans un travail rémunéré,
par le biais d’un statut, et d’une mission fondée sur la disponibilité.
Le recrutement de la gouvernante s’effectue à partir d’un réseau
de connaissances et de reconnaissance dans le quartier. Tous les mois,
un psychiatre du Centre hospitalier intervient pour aborder des problèmes
spécifiques liés au travail de la gouvernante (problèmes
liés à l’alcoolisme, psychose, alimentation). De plus, l’équipe
des gouvernantes participe à la formation action engagée par
I’UDAF visant à une meilleure santé des populations les plus
démunies des services de tutelle.

La gouvernante au quotidien...

L’accompagnement de la personne est un processus d’intervention sociale,
individuel, d’intérêt collectif qui tend à permettre à
la personne de valoriser ses capacités dans un échange avec
elle-même, les autres et l’environnement. La gouvernante, accompagne
dans la vie de tous les jours l’ensemble des actes d’assistance, de présence
et de soins prodigués afin de redonner aux personnes en tutelle un
cadre de vie normal. Elle doit respecter les personnes et se faire respecter
 : il faut savoir être sévère si nécessaire, mais aussi
faire preuve de compréhension et de chaleur. Elle doit savoir prendre
du recul face aux situations se présentant dans l’appartement afin
de faire face avec calme à toutes les éventualités. En
cas de problème, elle peut appeler le responsable de service 7 jours
sur 7 (même à son domicile personnel), les délégués
et les médecins. Elle décide, s’il y a urgence, de l’hospitalisation
de la personne.

Sur une plage horaire allant du matin 8 heures à l’heure du dîner,
du lundi au vendredi, la gouvernante assure le ménage, les courses
et les repas, le suivi des rendez-vous médicaux...

Le week-end, le travail est le même en dehors du ménage. Il
est assuré en binôme (avec la gouvernante la plus proche) pour
permettre les repos et les congés.

Les gouvernantes sont également sollicitées lors d’une crise,
y compris la nuit.

La gouvernante assure :

  • L’accompagnement dans le logement.
  • La restauration
  • L’hygiène et les soins
  • Les loisirs et vacances...

Et, par ailleurs ...

Toutes ces personnes sous tutelle ou curatelle de I’UDAF de la Marne,
sont accompagnées par des délégués garants du projet
individuel de chacun, ils assurent le suivi administratif, éducatif
et comptable de chaque adulte.

Un fonctionnement simple, un coût financier moindre

Le service « Famille Gouvernante » fonctionne sans aucune subvention,
uniquement à partir des ressources propres des personnes sous tutelle.

Le coût financier pour chaque adulte s’élève au maximum
à 6 000 francs par mois tout compris : une économie pour la collectivité.

C’est à partir de cinq adultes employeurs qu’une création d’emploi
est possible pour des raisons financières : les cinq employeurs permettent
de dégager un salaire net de 9 000 francs par mois.

Les gouvernantes sont issues et connues du quartier, caractère essentiel
pour favoriser une intégration immédiate des personnes sous
tutelle... fonction familiale et solidaire, fonction économique et
sociale, tel est l’enjeu de cette réalisation.

Benoît MULLER
Directeur de I’UDAF de la Marne

L’Avis de la Vice-Présidente du Tribunal de Grande Instance de Reims

Une volonté de qualité

La charge de travail des Juges des tutelles qui s’occupent de la protection
des incapables majeurs augmente régulièrement depuis plus de
10 ans et à l’aube du troisième millénaire les enjeux qualitatifs
des mesures de protection apparaissent comme un défi qu’il faut relever.
Derrière la gestion des biens, ce sont les choix de vie de la personne,
le respect de sa dignité ou son retrait progressif de la société
qui sont en jeu. C’est cette philosophie et l’écoute attentive des
demandes provenant « du terrain » c’est-à-dire des majeurs
protégés eux-mêmes qui ont poussé I’UDAF de la Marne
à tenter une expérience innovante que j’ai découverte en
1994 et qui s’est développée sous l’appellation "Familles
Gouvernantes" : faire de la personne le centre du dispositif. Pour
la juridiction, les Familles Gouvernantes sont une création répondant
aux besoins du terrain.

Un constat

Un grand nombre de majeurs ne peuvent vivre au quotidien sans être
épaulés et sont soit trop jeunes, soit insuffisamment handicapés
pour être pris en charge par un établissement. De plus, ils
ne rentrent dans aucune catégorie définie (handicap physique,
handicap mental ou handicap social) et cumulent plusieurs sortes de difficultés
(dépressions nécessitant un suivi psychiatrique, plus alcoolisme
nécessitant un suivi médical, plus désocialisation après
plusieurs années de vie dans la rue nécessitant une prise en
charge sociale, etc.). Enfin leur état est susceptible d’amélioration
et la mesure de protection doit leur permettre de retrouver leur dignité
et de reprendre si possible leur place dans la société. Or,
en France, il n’existe pas de structure permettant d’appréhender
la personne dans sa globalité et de prendre en charge des problématiques
complexes. De plus certaines familles prenant en charge elles-mêmes
un majeur protégé ont besoin de temps de récupération
et ne trouvent pas les relais qui leur permettent de se reposer afin de
continuer à assumer leur rôle.

Les Familles Gouvernantes : une réponse

La prise en charge du majeur protégé repose donc sur deux principes
 :

  • recréer une ambiance familiale, une présence, un lien affectif
    en partageant des moments et des actions,
  • rémunérer une gouvernante (piller affectif de la maison)
    en mettant en commun les possibilités financières de plusieurs
    majeurs protégés.

Ce projet a démontré qu’il permettait de concilier des aspirations
souvent considérées comme étant contradictoires :

  • la protection et la liberté, en s’assurant que le majeur dispose
    à la fois de possibilités personnelles de vie et remplit ses
    obligations ;
  • la pluridisciplinarité des partenariats : avec les organismes
    logeurs, les médecins généralistes, les médecins
    psychiatres, le Juge des tutelles et le gérant de tutelle, le secteur
    social ;
  • le respect des compétences de chacun organisées autour
    de la suprématie du terme de « projet global » qui vise
    chaque personne coordonnée par la gouvernante et I’UDAF ;
  • la sécurité (le majeur protégé est l’employeur
    de la gouvernante et colocataire de l’appartement, il n’est pas soumis
    au bon vouloir d’une Institution) ;
  • la flexibilité en fonction de l’amélioration de son état,
    le majeur protégé a la possibilité de revenir vivre dans
    sa famille ou de devenir autonome s’il le souhaite.

Des résultats spectaculaires pour un Coût modéré

Entre 1994 et 1999, j’ai assisté à un développement important
du nombre de personnes prises en charge dans le cadre des familles gouvernantes.

Cette réalisation a fait l’unanimité auprès :

  • des organismes de logement social qui ne rencontrent plus aucun retard
    dans le paiement des loyers et plus aucun problème de troubles
    de voisinage ;
  • des autres locataires de l’immeuble qui ne ressentent plus la « différence »
    des majeurs protégés ;
  • des médecins généralistes et spécialistes, notamment
    psychiatres, qui aboutissent à des résultats beaucoup plus
    patents grâce à un suivi régulier des traitements et
    des contacts privilégiés avec la gouvernante ;
  • des familles qui reconnaissent la qualité de vie des leurs en
    famille gouvernante, et peuvent intégrer un passage en famille
    gouvernante dans leur projet global de prise en charge du majeur protégé ;
  • des majeurs protégés eux-mêmes qui retrouvent leur
    dignité, sortent de l’exclusion et vivent « normalement » ;
  • du Juge des tutelles, maillon indispensable de ce dispositif puisqu’il
    ordonne la mesure de tutelle aux prestations sociales ou la mesure civile
    (tutelle plus souvent en curatelle 512) qui permet à I’UDAF de
    gérer les biens, condition sine qua non de la prise en charge en
    famille gouvernante.

En tout état de cause, je souhaite rendre hommage à Monsieur
DEGREMONT, Préfet de la Région Charente-Ardennes pour le soutien
sans faille qu’il a manifesté à cette action. Je souhaite tout
comme lui que le dispositif soit pérenne, stabilisé notamment
par une reconnaissance juridique.

Anne GONGORA
Vice Présidente du Tribunal de Grande Instance de Reims

 


2. Les acteurs

Expérimenter, innover, encourager

L’expérimentation doit être le fer de lance de nos politiques
sociales qui trop souvent restent campées sur des modes de fonctionnement
statiques. Pourtant, bien que l’article 1 du décret du 25 août
1976 relatif aux institutions sociales et médicosociales nous invitait
à promouvoir cette expérimentation, il nous faut bien constater
que les réalités sont peu diversifiées.

L’aventure de l’expérimentation appelle des passionnés et des
partisans. Les partisans sont ceux qui en bout de compte vérifient
l’adéquation du droit et de la finance, les passionnés sont
ceux qui explorent des terrains d’utopie ou d’ambition.

Bien évidemment, il est préférable pour ces autorités
de « tutelle » que sont les DDASS et les conseils généraux,
que ces terrains soient plutôt d’ambition, c’est-à-dire ceux
qui ouvrent la voie vers l’insertion de la catégorie de population
cernée dans l’environnement le plus ordinaire, le plus logique, le
plus humain qui soit. Telle est somme toute la démarche entreprise
par I’UDAF de la Marne qui depuis dix ans « s’échine » à
faire reconnaître la pertinence de son projet d’intégration
de personnes polyhandicapées dans ce milieu naturel de vie qu’est
la cité.

Alors, certes, l’exercice est délicat, car la population concernée
est fragile et le voisinage n’est pas « a priori » habitué.
L’exercice est difficile aussi parce que le contexte juridique est peu
favorable : qui est compétent pour autoriser ces conditions de suivi
des personnes, quelle responsabilité juridique confier à une
gouvernante qui finalement n’est issue d’aucun des mondes habituels de
l’action sanitaire et sociale, quel jugement porter sur les modalités
de rémunération de ces personnels « supplétifs »
 ? Telles pourraient être les interrogations qui limiteraient le développement
de cette formule d’aide et de protection aux personnes handicapées.

Pourtant, force est de reconnaître que l’expérience - à
petits pas - a non seulement rendu de véritables services aux personnes
qui en ont bénéficié, mais surtout les a aidées à
franchir des caps difficiles dans les situations d’angoisse et de conflit
qu’elles traversent souvent. C’est en soit le succès de cette expérimentation,
et l’encouragement pour tous ceux qui en douteraient que là où
il y a une volonté, il y a un chemin

Guy CARRIEU,
Directeur général des Services du Département de la Marne

 

Le Foyer Rémois " SA HLM Reims et les Familles Gouvernantes

À l’origine, était la SA HLM de Reims

L’origine du projet repose sur la volonté commune de I’UDAF de la
Marne et d’un organisme logeur, la SA « Le foyer Remois », de
répondre aux problèmes soulevés par l’accueil dans le parc
HLM d’adultes sous tutelle et/ou de personnes handicapées psychiques.

De manière non exhaustive, nous avions à nous préoccuper
des blocages suivants :

  • L’image négative et les résistances des locataires et de
    l’organisme logeur à accueillir des personnes fragiles pouvant
    occasionner des conflits et des tensions en raison de problèmes
    de comportements.
  • L’insuffisance de l’offre de logements, avec des petits loyers et
    des charges modérées, en raison d’une demande croissante de
    logements, de la part des familles en faveur d’adultes sous tutelle,
    disposant de modestes ressources issues des revenus sociaux.
  • L’inadaptation de l’offre de logements HLM aux caractéristiques
    de ces personnes (problèmes de comportements, nécessité
    d’adaptation et de sécurisation des appartements selon la nature
    ou la gravité du handicap : handicap mental et/ou physique). Face
    à tant de problèmes, I’UDAF et "Le foyer Reimois"
    ont décidé d’initier et d’expérimenter un dispositif
    original celui des familles gouvernantes...

Une définition simple

Il s’agit d’assurer le droit au logement de personnes handicapées
psychiques, dans un cadre sécurisé : tant au niveau de l’aménagement
proprement dit des logements, qu’au niveau de l’environnement et de créer
un lieu de vie convivial par la voie d’appartements partagés par
deux ou trois adultes co- placés sous la responsabilité d’une
famille dite « gouvernante ».

Sans conclure et pour continuer ensemble

Cette expérience de gestion de plusieurs appartements, proches les
uns des autres, permet de concilier une appropriation individuelle du
logement et un fonctionnement collectif type résidence.

Les résultats de l’expérience sont positifs. Les locataires
assurent la charge de leur loyer, et ce faisant, de leur intégration
dans l’environnement, les troubles de voisinage tant redoutés n’ont
pas lieu...

Les personnes sous tutelle transforment leur propre image et la représentation
de l’image de la tutelle. Les partenaires sont « solidement solidaires ».

Daniel HANNOTIN,
Directeur du Développement
Agnès BEGUSSEAU
Agent de développement social/Urbain

 


3. Les bénéficiaires

L’avis des médecins

Nous sommes psychiatres traitant de nombreux patients de ces structures.
Nous l’avons été comme hospitaliers au CHU et le sommes comme
libéraux.

Il faut rendre hommage à l’équipe de I’UDAF pour l’immense
travail réalisé dans les structures de réhabilitation psychosociale
que sont les appartements avec famille gouvernante. Repères, assistance
et protection, hygiène et soins, activités, tout ce dont le
malade mental a besoin est développé dans ces appartements dans
une logique de partenariat avec différents acteurs du soin psychique.

Cette réhabilitation psychosociale concerne essentiellement des
malades psychotiques mais aussi des patients atteints de démence
voire certains individus sans pathologie avérée mais déstabilisés
et engagés dans une spirale désintégrative sociale et psychologique.

Pierre DENEKER, découvreur des neuroleptiques, a dit : "En
France, quand quelqu’un trouve quelque chose, d’abord on dit ce n’est
pas vrai, ensuite on dit ce n’est pas important, enfin on dit c’est vrai,
c’est important, mais ce n’est pas lui qui l’a trouvé".
Qu’on
ne s’y trompe pas : la méthode de I’UDAF fonctionne bien. Elle est
indispensable à la prévention des rechutes et à la réintégration
sociale de bien des patients du département. Elle comble un vide
en ce qui concerne les structures post-hospitalières. Ne pas abandonner
le patient psychotique à son destin tragique et ceuvrer pour permettre
sa réinsertion même protégée et partielle suppose
assouplissement des mentalités et pratiques.

Nous rencontrons dans ces structures humanité, dévouement,
échange, formation réciproque ; il y règne finalement un
pragmatisme qui promeut - enfin ! - une représentation positive de
la maladie mentale. Mais nous croyons qu’il y a plus : ces structures
ne sont ni un traitement psychique, ni un traitement social de la psychose,
elles sont les deux, c’est-à- au centre du nécessaire aux malades.

Docteur Alain PERCEAU
Docteur Thierry BROCHIER

La création par I’UDAF d’un service de familles gouvernantes mettant
à la disposition, dans de bonnes conditions matérielles et environnementales,
un lieu d’hébergement pour des malades atteints d’une pathologie
neuro- grave et

chronique, hospitalisés souvent depuis de longues années, a
constitué une nouvelle et heureuse perspective pour cette population
très handicapée qui a pu ainsi se réinsérer socialement
en retrouvant un minimum d’autonomie hors les murs de l’hôpital.

En effet, ces patients n’avaient jusqu’alors aucune possibilité
de sortir de l’hôpital psychiatrique, faute de « soutienfamilial »,
les lieux d’accueil médico-sociaux type centre d’aide par le travail,
maison d’accueil spécialisé, ou foyer de vie, ne se déclaraient
pas en mesure d’assurer la prise en charge de ces malades, enfin le dispositif
des secteurs psychiatriques hors hospitalisation, n’était pas suffisamment
équipé en locaux et en personnels pour pallier les difficultés
permanentes de vie de ces patients. Et nous avons désormais un recul
suffisant pour confirmer l’intérêt de ces familles gouvernantes.
Les patients ainsi placés et suivis en consultations dans les centres
médico -psychologiques, et par des visites à domicile par l’équipe
de secteur, dans ces familles gouvernantes, ont pu nous dire et nous montrer
leur satisfaction et combien leur vie s’en est trouvée profondément
changée.

Peu d’entre eux d’ailleurs ont été réhospitalisés,
ou pendant de courts séjours lorsque leur état s’aggravait temporairement.

En outre, c’est en partie grâce à cette initiative de I’UDAF
que l’impératif gouvernemental de la diminution du nombre de lits
d’hospitalisation, en particulier en psychiatrie, a pu se réaliser,
permettant par exemple pour le service dont j’avais la responsabilité
médicale, de passer en 20 ans de 130 lits à 20 lits.

Précisons cependant que cette diminution drastique a eu par ailleurs
des conséquences souvent très défavorables pour beaucoup
de malades qui continuent à relever de notre spécialité.
Mais ceci est une autre histoire.

Docteur J. P. DELISLE, psychiatre des Hôpitaux

L’avis de la Directrice générale de l’OPAC de Reims

Les familles gouvernantes nous ont été proposées en 1993
par le service des tutelles aux prestations sociales de Sandrine BRENNER,
pour loger dans de bonnes conditions des adultes sous tutelle, sous la
responsabilité d’une « gouvernante »demeurant à proximité.

L’OPAC a répondu favorablement pour deux, puis cinq et aujourd’hui
36 logements, de type 3 ou 4, pour accueillir divers profils de personnes
en difficulté sociale, médicale, de comportement dans des logements
du quartier Université (2 000 logements réalisés en 1970
et réhabilités en 1993). Dans ce secteur, la rotation des locataires
et la disponibilité des logements permettent d’accueillir plus facilement
les adultes sous tutelle et, dans le même immeuble ou à proximité,
la famille gouvernante. Le quartier dans lequel s’est déroulée
l’expérimentation est classé Zone Franche Urbaine depuis 1997.

Pour l’OPAC de Reims, souvent sollicité par les équipes psychiatriques
pour reloger des patients en « milieu ouvert » sans réelle
garantie de suivi médical et comportemental, l’expérience des
familles gouvernantes montre le chemin à suivre : un réel accompagnement
social des personnes, des logements parfaitement entretenus par leurs
occupants, aucun problème d’impayé ou de voisinage.

Cette expérience peut être transposée dans d’autres quartiers
et d’autres villes, compte tenu de son antériorité. Mais, en
tout état de cause, sa réussite dépendra du volontarisme
de femmes et d’hommes à organiser l’accompagnement de proximité
des adultes sous tutelle. Elle est aussi fondée sur la qualité
du partenariat entre l’OPAC et I’UDAF Nous poursuivrons ce travail bénéfique
pour tous.

Élisabeth CHERY, Directeur général de l’OPAC
de Reims


Pour en savoir plus

UDAF de la Marne - 65, rue Grande Étape 51035 Chalons-en-Champagne
Cedex
Tél : 03 26 69 47 50
UNAF - 28, place Saint-Georges 75009 Paris Tél : 01 49 95
36 00

 

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