UNAF - UDAF 35 - Ille-et-Vilaine - Le temps des familles en Ille-et-Vilaine (2002)

Enquête thématique

UDAF 35 - Ille-et-Vilaine - Le temps des familles en Ille-et-Vilaine (2002)


31/08/2002

Observatoire des familles 2002

Synthèse de l’enquête « Le temps des familles en Ille-et-Vilaine » diffusée en septembre 2002 par l’Union Départementale des Associations Familiales 35 auprès d’un panel représentatif de 330 ménages

« overbooking » ?

Le regard porté par les ménages sur leur propre temps est un peu l’histoire paradoxale des petits changements et des grandes constantes en même temps que la rencontre de la conformité et des diversités.

Si l’émiettement des modes de vie s’exprime à travers la variété des emplois du temps, l’habitant d’Ille-et-Vilaine n’a de cesse de résoudre une unique équation : Son temps est minimum mais il doit faire le maximum ... Que le temps fait défaut quand les séquences et les activités semblent, pour tous, se succéder à un rythme effréné ! Et si le « doit faire » n’a pas toujours le même degré de contrainte d’un individu à l’autre, il est, sans cesse, plus ou moins teinté de cette culpabilité à ne rien faire ... Le droit à la paresse, cheval de bataille de quelques sociologues rêveurs est moins que jamais d’actualité.

Si le fractionnement des emplois du temps déclarés est de rigueur, il ne tient évidemment pas d’un phénomène aléatoire mais de la combinaison logique de facteurs familiaux, géographiques, socioprofessionnels et psychologiques. Et à propos de cette presque lapalissade, peu de choses ont changé depuis quelques années : Le citadin célibataire est plus enclin à se divertir, les professions indépendantes sont encore les championnes du temps de travail et la mère de famille salariée fait toujours deux journées en une... Bref, vécus ou ressentis, les emplois du temps des individus ont très souvent leurs surtemps.

Temps des hommes, temps des femmes...

Les facteurs pèsent plus ou moins. Le territoire de vie, par exemple, ne paraît guère influent. En dehors des loisirs, l’agenda des champs est assez proche de celui des villes et la vague périurbaine, de Cancale à Redon et de Paimpont au Pertre, uniformise un peu les habitudes.

La catégorie socioprofessionnelle, le diplôme et le revenu agissent de façon à peine plus perceptible : Le stakhanovisme, déjà évoqué, des professions indépendantes, les diplômes qui s’accordent plutôt mal avec les tâches domestiques et le sentiment de trop travailler proportionnel à l’importance du bulletin de paie ne créent pas véritablement la surprise.

La situation familiale, elle, est particulièrement contrastante. Plus que le statut du couple, c’est surtout la parenté qui déteint sur les emplois du temps. Et elle agit fortement sur certaines composantes : Le père et la mère de famille déclarent deux fois plus de temps de travail et deux fois mois de temps de loisirs que les autres. Ce qui est plus étonnant c’est que le temps déclaré passé en famille n’est pas plus important que pour les personnes n’ayant pas d’enfant à charge - environ un tiers de l’emploi du temps de la semaine pour les uns et les autres - alors que le « temps domestique » apparaît amoindri.

Sur ce dernier point, la propension des parents à s’organiser constituerait, peut-être, la nuance. Ce serait une indiscutable évidence si le facteur sexe n’était justement le « poids lourd » des différences !

La dichotomie homme/femme est tenace ! Le poids de la représentation sociale, ajoutée à la généralisation de l’activité professionnelle féminine a consacré une immuable répartition des contraintes entre les hommes et les femmes. En raccourci un peu provocateur, monsieur fait des heures sup’ et un peu de cyclisme entre amis alors que madame se charge des tâches domestiques, des contraintes familiales et de plus en plus, des heures supplémentaires pour être professionnellement concurrentielle.

L’approche individuelle et sexuée des temps risque bien de faire long feu tant la différence est marquée et constante entre le temps des hommes et celui des femmes...

« Inéganisation » au sein des couples biactifs...

De ces entrecroisements, il ressort néanmoins, au regard des principales composantes « temps de travail » et « temps en famille » une typologie assez nette des ménages : Le couple biactif avec ou sans enfant à charge en est devenu un modèle dominant assez homogène. Et comme pour ajouter au constat du paragraphe précédent, les différences y sont encore accrues en son sein !

D’aucun évoque la persistance des inégalités hommes/femmes. Et c’est vrai que la mère active a fort à faire entre la concurrence ci-dessus évoquée et la culpabilité qui demeure de ne pouvoir assumer pleinement le rôle d’épouse et de mère de famille. Cette crainte de la défaillance a probablement entraîné les femmes vers un manque d’exigence envers leur conjoint sur le partage des obligations domestiques et des responsabilités familiales. On se demande pourtant si elles n’y gagneraient pas plus à être encore moins exigeantes, en partageant les savoir-faire - certaines activités comme les courses alimentaires s’apparentent presque à une « chasse gardée » - en reconnaissant que les méthodes masculines de nettoyage et de rangement ne sont pas si improductives... d’autant que les hommes semblent relativement entreprenants pour certaines « besognes » dans lesquelles ils trouvent même du plaisir, confer la préparation des repas.

D’autres, au contraire, allèguent effectivement la formidable capacité des ménages à s’organiser... Au motif que l’égalité n’est pas l’égalitarisme, ils considèrent plutôt que l’équilibre du couple se situe « dans l’approche dynamique des compromis et des négociations entre conjoints » plus que dans la répartition mathématique des contraintes...

Si les deux approches se tiennent, les réalités du ménage moderne sont davantage de l’ordre de « l’inéganisation », contraction de « l’égalité » et de « l’organisation »...

Notons que, aux côté du modèle nucléaire et biactif dominant, les parents solos - 18 % des familles avec enfants à charge - sont les pilotes d’une course contre la montre où les marges de manœuvre sont forcément resserrées. Les trois quarts sont actifs et leurs emplois du temps déclarés font apparaître un temps en famille et une occupation professionnelle proéminents au dépend des activités plus personnelles.

Grincements des périodes transitoires et recherche d’un nouvel équilibre

Les retraités, bon pied bon œil, constituent un autres groupe relativement accordé dont les déclarations confirment qu’il est à la fois gros consommateur de temps de loisirs et principal producteur de vie associative et d’engagements sociaux en tous genres.

Ces tendances rappellent que l’âge demeure la variable la plus tangible et que les rythmes s’apprécient aussi à l’échelle d’une vie. Nous constatons, à travers les témoignages que les périodes transitoires apparaissent plus que jamais chaotiques : L’articulation des temps est un exercice encore plus difficile lorsqu’on est dans une période charnière. Le passage d’un cycle à un autre, à la manière, notamment, des jeunes en cours d’insertion professionnelle et des nouveaux retraités constitue souvent un risque de rupture et de désarroi. Le manque de repères dans le temps, voire de contraintes, peut être source d’ennui comme de surmenage.

D’une façon générale, un individu sur trois trouve son emploi du temps déséquilibré. Il apparaît que pour les hommes, le temps passé dans l’activité professionnelle est véritablement trop contraignant pour laisser une marge de manoeuvre ... c’est en tout cas ce que révèlent les mécontents. Pour les femmes, comme pour corroborer un peu plus les propos tenus par ailleurs sur les couples biactifs, il ressort que le sentiment d’oppression est davantage le fruit des contraintes familiales ! Notons, contre toute attente, que les astreintes domestiques n’apparaissent que très secondairement comme un facteur d’adversité, talonnées de très près par cet écueil « montant » que sont les transports (Citées par 5 à 7 % des répondants). On considère, dans le sillon des couples biactifs, que le temps de travail et sa réorganisation sont les principaux leviers pour un nouvel équilibre...

Attention à la face cachée des temps partiels

A la question ouverte « Quelle est la mesure qui permettrait de mieux articuler votre temps en famille avec les autres temps ? », 10 à 15 % des personnes interrogées misent effectivement sur la réduction du temps de travail. Pourtant, loin de constituer le remède miracle, une de ces variantes, le travail à temps partiel cache une réalité bien différente ... a fortiori quand il s’agit de l’emploi féminin.

58 % des femmes qui composent le panel sont des actives occupées. Plus d’un tiers d’entre elles ont un emploi à temps partiel et désignent de nouveau, en masse, la précarité et le non choix comme les implicites du travail à mi-temps ou à trois-quarts temps. La problématique demeure éminemment féminine et affecte plus exactement les mères de familles employées. Nous relèverons que moins de 6 % des hommes actifs - volontiers quinquagénaires mais rarement chargés de familles - déclarent travailler moins de 35 heures par semaine alors qu’un quart d’entre eux indique des semaines de plus de 40 heures ( Contre seulement 10 % des femmes).

Ce n’est donc pas le travail à temps partiel qui facilite la conciliation des temps mais plutôt le choix et la souplesse des horaires, comme en témoigne la majorité des autres actives à temps plein. Sur cette question, nous constatons aussi que moins d’un actif sur deux déclare pouvoir choisir son temps de travail alors que plus d’un sur quatre jure qu’il ne lui convient pas. Quel est l’impact des 35 heures sur ce panorama ?

L’apport des 35 heures ? Couci-couça !

Ce n’est pas aussi étonnant que la réduction du temps de travail soit aussi fréquemment mentionnée, même au lendemain ou au surlendemain de l’application des 35 heures. Dans le sillon des multiples études nationales qui en ont fait une évidence, les ménages d’Ille-et-Vilaine ont montré une « RTT » à deux vitesse. Une moitié constitués des bataillons d’employés de petites entreprises et d’une vaste galaxie d’indépendants pas concernés directement par la réduction du temps de travail et lui portant un regard forcément critique et une autre moitié tout autant bénéficiaire que bienveillante...

Le constat plutôt mitigé porte néanmoins quelques évolutions (Des progrès ?) : La première est que les 35 heures semblent avoir vaguement ouvert la brèche d’une plus forte implication masculine dans les responsabilités familiales. 57 % des hommes déclarent, en effet, utiliser le temps libéré pour leur famille, c’est à dire autant et même davantage que les femmes ! La deuxième est que, à l’inverse de la tendance générale qui vise à stigmatiser le « non faire », on subodore, avec la RTT, une rassurante légitimité à affirmer « prendre du repos » et « profiter du temps »...

Pour le reste, les mêmes causes produisant les mêmes effets, le temps libéré par les 35 heures renvoie fatalement aux différences hommes / femmes au sein du couple : Les représentations sociales, la culpabilité féminine s’expriment avec force dans le interstices de l’ARTT à travers les activités personnelles des messieurs et les surtemps domestiques des dames.

Quand famille et travail font bon ménage

La facilitation, pour les ménages, à concilier les temps et les contraintes tient aussi de l’interrelation qui s’établit entre ceux-ci. Entre la famille et le travail par exemple. Depuis le fin du « paternalisme » puis sous l’ère du « patriarcat » basé sur la division sexuée du travail et, enfin, au cours des dernière décennies qui ont consacré l’étanchéité des sphères, le travail et la famille avaient pris l’habitude de ne pas faire bon ménage.

La réalité d’aujourd’hui est un peu différente : Petit à petit les ponts se construisent et la famille, récemment tabou au bureau ou à l’usine devient, au grand jour, une variable reconnues du bien-être de l’actif. Inversement, les astreintes professionnelles se développent.

Quelques pratiques significatives en témoignent : Plus de 60 % des actifs - plus souvent cadres diplômés de l’enseignement supérieur qu’ouvriers ou employés - déclarent avoir la possibilité de « moduler » leurs horaires pour des contraintes occasionnelles, généralement familiales, voire personnelles.

Ils sont aussi 70 % à reconnaître avoir des communications non professionnelles sur leur lieu de travail. Les préoccupations familiales y sont, de nouveau, presque systématiquement l’objet des échanges (y compris pour les célibataires sans enfant !).

77 % des femmes et 46 % des hommes déclarent encore parler de la famille avec leurs collègues de travail.

A contrario, l’engagement professionnel entre en force au cœur de la « vie privée » et familiale. 30 % des actifs déclarent, en effet, avoir des obligations professionnelles lorsqu’ils sont en famille (37 % des hommes et 24 % des femmes). Cette obligation se cumule pour un quart des couples biactifs.

S’inscrivant dans une réalité temporelle différente, le congé parental d’éducation représente une forme d’interrelation choisi par 15 % des femmes en activité (2 % des hommes) qui s’arrêtent de travailler pendant deux à trois années en majorité, complètement ou partiellement, pour s’occuper de leurs enfants. A l’heure où une nouvelle forme d’allocation - le complément de libre choix de la PAJE - va venir modifier les conditions de cette possibilité, les familles mettent, encore et toujours, l’accent sur les obstacles du retour à l’emploi . Décalage entre horaires de travail et horaires « sociaux » et autre question d’employabilité sont à l’ordre du jour.

Et 15 % de temps de loisirs...

Pour terminer sur une note « divertissante », il apparaît que les loisirs occupent environ 1/6e de nos emplois du temps. La « quote-part » n’a pas connu de profonds bouleversements au cours des dernières années en dehors du léger « bonus » dont les hommes surtout ont bénéficié avec les 35 heures et du penchant des aînés de plus en plus marqué. Là encore, le changement le plus notable tient dans la succession des activités qui donne à chacun le sentiment d’être sous pression.

Aux premiers rangs des loisirs réguliers, le sport occupe une place particulière. Un adulte sur deux déclare le pratiquer entre une et deux heures par semaine. Une pratique au demeurant individuelle et très différenciée entre les sexes : Les femmes, volontiers citadines actives et célibataires et les hommes, cadres, diplômés à revenu élevé y sont particulièrement assidus. En définitive le temps consacré est fortement conditionné par le fait d’avoir des enfants pour les femmes et par le temps de travail pour tout le monde.

Les loisirs « du dedans » ou de la maison - au palmarès desquels on trouve, par ordre de popularité, la lecture, le bricolage, le jardinage et la télévision - sont un autre type de pratique que l’on préfère, en général, pratiquer seul. A contrario, les sorties extérieures - dont le cinéma, roi des divertissements où un individu sur deux déclare être allé au cours des six derniers mois - sont des moments privilégiés à vivre en couple ou en familles.

Au chapitre des vacances, on retiendra que si le taux de départ augmente globalement, la durée des séjours a tendance à se réduire. Pour autant, seulement un ménage sur deux - volontiers urbain, diplômé de l’enseignement supérieur et cadre - part plus d’une fois en vacances par an. Pour le reste, si le fait d’avoir des enfants est effectivement connecté à celui de partir en vacances, 42 % des familles ne partent qu’une seule fois par an. Et une famille sur six déclare encore ne jamais partir...

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