UNAF - Agir sous contrainte. Etre « sous » tutelle ou curatelle dans la France contemporaine

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Agir sous contrainte. Etre « sous » tutelle ou curatelle dans la France contemporaine


30/11/2000

Illustration article


Alors qu’elle représente près d’1% de la population rançaise,
et qu’elle croît constamment, la population « judiciairement
protégée » (« bénéficiant » d’une tutelle, d’une curatelle
ou d’une tutelle aux prestations sociales) est largement méconnue
en France. Que signifie être « sous tutelle » ? Comment
vivent les personnes judiciairement protégées ?

« Être sous tutelle » signifie vivre sous l’emprise d’un
puissant système de contraintes, certaines reconnues et
d’autres beaucoup plus insidieuses. Toutefois, la personne judiciairement
protégée réagit et déploie des tactiques qui lui permettent
d’accomplir ce qui semble souvent être un but ultime :
la conquête et la reconnaissance de son identité. Cet ouvrage se
conclut par quelques propositions, pour modifier la loi et l’organisation
du système tutélaire, ou pour envisager d’une autre
manière la relation entretenue avec la personne judiciairement
protégée.

Au-delà d’une étude de terrain, cet ouvrage pose la question
de la nature de la loi, du travail social, ou de la simple relation,
qui sont à la fois et indissociablement des contraintes et
des portes de secours pour une personne souvent en détresse.
La gageure, pour celui qui est chargé d’une mesure de protection
comme celui qui agit dans le « social », est alors d’amenuiser
la contrainte afin de laisser plus de champ à l’épanouissement.

Gilles SÉRAPHIN, sociologue, est responsable de l’Observatoire National des Populations « Majeurs protégés » (ONPMP) de l’UNAF

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Commentaire sur cet ouvrage

"Résultat d’une recherche, le petit ouvrage de Séraphin est bien loin de ses travaux précédents qui proposaient une représentation des imaginaires de Douala. mais si les deux deux terrains sont géographiquement éloignés - le Cameroun n’est pas la France - la rigueur du travail anthropologique est la même. Comme est similaire l’attention portée à des personnes vivant des conditions objectives de marginalisation ou d’exclusion et à la réappropriation qu’elles effectuent de leur environnement, procès isomorphes décrits dans ces diverses recherches.

Il est un truisme d’affirmer que nos sociétés produisent de l’exclusion ; elles-mêmes en ont conscience et ont forgé des instruments palliatifs dont la vocation est d’atténuer leur propre rudesse. Au rang de ces filets sociaux, la mise sous tutelle ou sous curatelle est une mesure de protection juridique offerte, voire imposée, à des personnes dont l’incapacité, complète ou partielle, de gérer leurs droits civiques et civils a été attestée par un tribunal. Cette procédure les amène à voir un tuteur agir en leur nom ou un curateur les conseiller et les contrôler. Les populations concernées par ces actes administratifs et juridiques sont, pour une faible partie, des personnes âgées pour lesquelles la gestion quotidienne devient difficile en raison des atteintes du temps, pour une autre part, des personnes déficientes mentalement ou victimes de lourds problèmes psychologiques et, enfin, pour une part grandissante, des personnes souvent jeunes, en situation de désinsertion sociale. À travers les deux parties de son opuscule, Séraphin dresse d’abord le portrait de ces personnes, de l’action des différents intervenants qui les encadrent et de leurs réactions à cet encadrement. Ensuite, fort de cette description de terrain acquise par la collaboration et la familiarité obtenues dans un service tutélaire, il présente une critique constructive des réformes alors en cours - nous sommes en 1999 - dans la protection juridique des majeurs.

Sauf pour le Français qui serait spécialiste de ce débat, somme toute très technique, l’intérêt de l’ouvrage est ailleurs. Il réside dans la description ethnographique de cette action sous contrainte, il se tapit dans les tranches de vie qui nous sont brossées. Sa valeur est dans l’importance donnée aux pratiques, celles des personnes sous tutelle, celles des tuteurs. Les personnes sous tutelle sont toujours dépourvues, au sens de la loi et de l’administration, mais ne s’arrêtent pas pour autant d’exister et d’avoir des actions et des réalisations concrètes, des comportements et des stratégies. Les tuteurs quant à eux passent parfois - heureusement pas toujours - à côté des demandes qui leur sont formulées.

La place faite aux gens, les vrais, ceux faits de chair et sang, est essentielle dans ce travail ; cette ouverture est ce qui lui donne sa valeur et sa grandeur. Les personnes sous tutelle nous sont surtout données à comprendre dans l’empathie d’une relation. Il en est de même des curateurs qui les entourent. Séraphin, en fréquentant les premiers et en accompagnant les seconds, nous apporte des tranches de vie humaine où ce qui importe avant tout - il y revient dans les propositions qu’il adresse à l’administration - est la relation interpersonnelle qui se tisse et unit des individus d’univers très différents. Par le débat plus large sur l’insertion qu’il induit, l’auteur nous offre une rétlexion sur le travail social, sur ses enjeux comme sur ses contraintes. Par la qualité de la description des situations qu’il nous propose - quelques extraits plus longs et quelques portraits plus circonstanciés y aident - il nous donne aussi un ouvrage d’anthropologie de notre modernité avancée.

Frédéric Moens
Facultés Universitaires Catholiques de Mons Institut des _ Hautes Études des Communications Sociales

Commentaire paru dans la revue « Recherches sociologiques »
"2004/1 : Socio-anthropologie de la rencontre des médecines"
sous la direction de Olivier Schmitz
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