UNAF - L’UNAF présente à la Conférence européenne « flexicurité » organisée par la Présidence française de l’Union européenne et la Commission

Formation tout au long de la vie et sécurisation des parcours professionnels

L’UNAF présente à la Conférence européenne « flexicurité » organisée par la Présidence française de l’Union européenne et la Commission

24/11/2008

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La présidence française de l’Union européenne et la Commission européenne ont organisé, les 13 & 14 novembre 2008 à Paris, une conférence sur la formation tout au long de la vie.

La formation tout au long de la vie est au cœur des principes de flexicurité adoptés par le Conseil européen en décembre 2007. Ces principes constituent désormais une référence dans les débats nationaux et européens sur le travail et l’emploi.
Avec cette conférence sur la formation tout au long de la vie et la sécurisation des parcours professionnels, la présidence française a voulu promouvoir le rôle de la formation dans la sécurisation des transitions sur le marché du travail.

Améliorer l’accès à la formation tout au long de la vie et la qualité de cette formation constitue un enjeu de première importance, tant pour développer de nouvelles compétences et améliorer le fonctionnement du marché du travail, que pour stimuler la compétitivité et la croissance économique. Ce doit être une priorité.

Le champ de la formation professionnelle laisse encore subsister pour les décideurs politiques la difficulté à mettre en œuvre des politiques de formation efficaces. S’il est reconnu que l’amélioration des compétences et de l’employabilité vont de pair, il reste à identifier précisément les compétences nécessaires.

Comme l’a souligné le ministre, M. Laurent Wauquiez, ce sujet constitue un enjeu sociétal prioritaire. D’ici à 2020, il faudra que l’Europe des 25 renouvelle 85 millions d’emplois, et en crée 20 millions, en s’adaptant aux mutations de tous ordres qui vont s’accélérant. Les cycles économiques s’accélèrent, les secteurs porteurs s’usent plus vite, et les travailleurs doivent dès à présent varier leur parcours professionnel. Il s’agit de le leur permettre et de les aider.

Pour cela, il faut abolir les craintes de ne pas retrouver d’emploi. La politique de formation doit être la solution qui assurera à tout un chacun d’acquérir, de maintenir, et d’augmenter son « capital – emploi », son « employabilité » selon un terme parlant et maintenant usité. Formation initiale, formation continue, valorisation des acquis de l’expérience en sont les moyens principaux.

En France, les moyens financiers ne manquent pas, mais c’est l’efficience des dispositifs qui est en cause. D’où l’intérêt de cette conférence, qui par la méthode du benchmarking (évaluation par comparaison avec d’autres modèles), peut fortement contribuer à établir un diagnostic et à proposer des mesures concrètes.

Cette conférence a été organisée en trois sessions, qui ont étudié successivement : les constats et les enjeux ; quel contenu pour les politiques publiques à adopter ; perspectives pour le futur. Les débats ont été très riches, malgré des difficultés inévitables de traduction (majorité des interventions en anglais) : on nous pardonnera de n’en donner qu’un reflet, privilégiant les aspects français.

1/ La première session s’est appuyée sur de nombreuses analyses statistiques pour donner un panorama européen des disparités d’accès des adultes à la formation. Nous en retiendrons les données pour la France :*
On constate de fortes inégalités d’accès, selon le statut de la personne, la taille de l’entreprise, etc. Par des mécanismes malheureusement naturels, ce sont surtout les personnes disposant déjà d’une bonne formation qui bénéficient des possibilités offertes (plus on dispose d’une bonne base éducative, mieux on peut comprendre les enjeux, s’informer, surmonter les obstacles pour accéder à la formation). Et ce sont paradoxalement les moins diplômés qui ont le moins recours à la formation.
Entre entreprises, les mécanismes actuels aboutissent à ce que les PME financent la formation des personnels des grandes entreprises ! Il y a donc là déjà une première préoccupation : permettre aux personnes les plus vulnérables de bénéficier de la formation.

Autre constat, le manque de réactivité dans les formations offertes. Ceci va de l’inadaptation technique de la formation au métier, qui s’est modernisé, jusqu’à l’obsolescence absolue de l’activité concernée (il existe encore des offres d’enseignement correspondant à des activités disparues sans espoir de retour).

Les systèmes de formation sont peu lisibles, trop compliqués d’accès : il faut mesurer la difficulté pour quelqu’un qui maîtrise peu les connaissances fondamentales de savoir où s’adresser, de remplir correctement les formalités, ne serait-ce que de rédiger les réponses aux questionnaires.

Enfin, on observe un cloisonnement impressionnant entre les multiples acteurs, publics et privés, de la formation. Le terme d’ « atomisation » a été employé. Par ailleurs, certaines mesures fiscales destinées à encourager les entreprises conduisent à des dérives sur les résultats.

En résumé, la situation de la France n’est pas isolée parmi celles des autres États-membres. Les mesures jusqu’ici adoptées n’ont pas permis d’atteindre les objectifs européens, tout en étant coûteuses et peu efficaces

2/ La deuxième session avait pour préoccupation de rendre plus effective la formation professionnelle dans la sécurisation des parcours, grâce aux politiques publiques.
Du constat qui précède découle naturellement l’analyse des solutions :

  • Impliquer davantage les entreprises ;
  • Cibler ceux qui ont le plus besoin de formation, et les aider, y compris par un accompagnement aussi personnalisé que possible. Dépasser la fréquentation par statut.
  • Prendre en compte rapidement les évolutions de l’économie, et les aléas du marché du travail ; anticiper pour adapter les politiques publiques.
  • Permettre à chaque personne d’être l’actrice de sa carrière professionnelle, et l’encourager à jouer de cet atout. Articuler beaucoup plus éducation initiale et formation professionnelle pour aboutir à une véritable formation tout au long de la vie.
    « Revisiter » le caractère scolaire de la formation intiale.
  • Rattraper les manques de la formation initiale pour tous les non-diplômés.
  • Savoir renseigner toute personne sur les possibilités de requalification, ou d’amélioration de la qualification, accompagner dans les transitions professionnelles.
  • Clarifier le partage des compétences et les conditions de coordination en vue de renforcer, rendre effectivement accessible l’information, et l’accompagnement dans sa mise en œuvre.
  • Déterminer où s’arrête la politique publique, et jusqu’où elle doit aller, pour assurer la possibilité des transitions de carrière.
  • Faire en sorte que les conditions d’exercice de la formation soient compatibles avec les contraintes du destinataire : calendrier, horaires, proximité, modalités, contenus, garde des enfants, etc. L’enseignement à distance comporte des potentialités encore non exploitées.
  • Plus généralement, veiller à mettre en œuvre les éléments définis dans la « Stratégie de Lisbonne », qui conserve toute son actualité : garantir la maîtrise des fondamentaux (traditionnels, mais aussi modernes, tels l’usage des technologies de l’information, des langues étrangères, de l’ordinateur…) à l’issue de la formation initiale, impliquer davantage les interlocuteurs sociaux dans le développement des programmes éducatifs, donner le niveau nécessaire aux investissements publics et privés, amplifier (ou créer) conseil et « guidance » (mélange d’information, d’initiation, d’accompagnement), s’occuper des moins qualifiés.
  • On n’aura garde d’oublier d’organiser la formation des formateurs, et d’éviter (par des encouragements très concrets) que les bons ne soient attirés par l’exercice de leur métier davantage que par son enseignement.
  • Enfin, sans épuiser le sujet, on a insisté sur la territorialisation des formations, afin qu’elles dépassent le cadre de l’entreprise (passer de la branche d’activité à la filière, notamment), et soient adaptées aux particularités du bassin.

On comprend que le rôle incontournable d’une politique publique en la matière est d’assurer l’efficacité et l’équité : on ne peut laisser jouer totalement le marché.

Plusieurs exemples de bonnes pratiques de divers pays ont été évoqués, et doivent donner lieu à examen pour en évaluer la transposabilité.

3/ La troisième session devait étudier les perspectives pour le futur. Malheureusement, une alerte à la bombe a considérablement réduit les débats en provoquant l’évacuation du ministère. Cependant, les travaux des deux sessions précédentes contiennent déjà les voies à développer. L’accent a été mis sur le fait que la crise économique actuelle, avec ses conséquences sur le chômage, renforce la nécessité de jouer la formation : l’accroissement des compétences permet d’oser la prise de risques pour entreprendre, créer, s’adapter.

Il y a une relation directe entre formation et sécurité de l’emploi : elle passe par la coordination des politiques financière, sociale, de l’emploi, de l’investissement. Elle exige une analyse fine de la qualité (les conditions de mise en œuvre sont essentielles : pourquoi l’Écosse, qui consacre davantage d’efforts à la formation professionnelle que l’Angleterre, a-t-elle une productivité moindre ? La réponse tiendrait à ce que l’une fait des formations courtes mais nombreuses, l’autre en faisant moins, mais plus longues.
La question dominante sera la possibilité de sécuriser les transitions, que chacun ait droit à l’erreur, et puisse se reconvertir ou s’adapter, sans se heurter à des impossibilités ou subir les épreuves qui leur sont actuellement liées.

En guise de conclusion pour le mouvement familial, on retiendra l’appel lancé par M. Joël Decaillon, secrétaire confédéral de la Confédération européenne des syndicats : la réponse ne doit pas seulement venir des partenaires économiques traditionnels ; elle doit être collective, et associer - notamment - les ONG. Les difficultés de définition puis d’application des politiques nécessaires sont en effet très lourdes, et exigent l’acceptation, donc l’information, la compréhension et la participation de tous.

Contact : jldubelloy unaf.fr

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