UNAF - Quatorze associations et huit personnalités dénoncent l’article autorisant la publicité pour l’alcool sur Internet

Alcool

Quatorze associations et huit personnalités dénoncent l’article autorisant la publicité pour l’alcool sur Internet

25/05/2009

14 associations et 8 personnalités issues du monde de la santé publique ont organisé, le 19 mai 2009, une conférence de presse pour dénoncer l’article autorisant la publicité pour l’alcool sur internet.

En effet, l’article 24 quater autorise la publicité pour l’alcool sur « les services de communications en ligne à l’exclusion de ceux qui, par leur caractère, leur présentation ou leur objet, apparaissent comme principalement destinés à la jeunesse, ainsi que ceux édités par des associations, sociétés et fédérations sportives ou des ligues professionnelles au sens du code du sport, sous réserve que la propagande ou la publicité ne soit ni intrusive, ni interstitielle. »

Cette mesure, votée par l’Assemblée nationale, dans le cadre de la discussion parlementaire du projet de loi «  Hôpital, patients, santé et territoires », ne nous paraît pas cohérente ni compréhensible par le public et notamment les familles.
En effet, d’un côté le Gouvernement et les parlementaires annoncent vouloir lutter contre l’alcoolisme chez les jeunes, s’alarment de la mortalité prématurée liée à la consommation d’alcool et d’un autre acceptent une autorisation très large de la publicité sur ces produits, sur le principal support de communication des moins de 25 ans. La politique de santé publique, pour être efficace, a besoin de cohérence. Le vote de cet article ne va pas dans ce sens.

Par ailleurs, la notion de « sites principalement destinés à la jeunesse » paraît particulièrement floue et totalement inadaptée dans le cadre de l’Internet. Il est indispensable, lors du débat au Sénat, de revenir sur ce dispositif. Les intérêts de santé publique doivent prévaloir sur ceux de l’industrie alcoolière, c’est pourquoi l’UNAF s’est associée à cette action.
Une lettre ouverte a été adressée au Président de la République, au Premier ministre, au Gouvernement et à l’ensemble des parlementaires afin que le Parlement revienne sur cette disposition.



Lettre ouverte
à Monsieur le président de la République,
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs les parlementaires

8 Français sur 10 opposés à la publicité pour l’alcool sur l’Internet [1]

L’alcool est la substance psychoactive la plus consommée en France et la seconde cause de décès évitable. C’est un facteur de violences, d’insécurité, d’accidents et de maladies. La France est l’un des plus gros consommateurs de boissons alcooliques au monde. En réduire la consommation est prioritaire pour la santé publique.
Accroître sur Internet les possibilités de promotion de l’alcool à une époque où l’alcoolisation et l’ivresse explosent chez les jeunes est un risque de société majeur : à 16 ans, âge où se construit la personnalité, 57 % des jeunes ont un accès quotidien à Internet.
Internet allie la puissance de la télévision à l’interactivité et à la personnalisation de la relation avec l’utilisateur. Cette aptitude à s’adapter à l’interlocuteur est redoutable et supprime l’efficacité des mesures prétendant limiter la publicité pour l’alcool.
La proposition des députés d’exclure les sites qui apparaissent principalement destinés à la jeunesse n’est pas adaptée à la situation réelle : il n’existe aucune frontière sur Internet et les jeunes, virtuoses du surf sur la toile, s’affranchissent largement des sites qui leur sont prétendument dédiés.
A nos yeux, les solutions durables à la crise de la viticulture française résident dans des solutions concertées entre la profession et les pouvoirs publics, plutôt que dans la publicité pour l’alcool.
En réalité, ce projet de publicité sur Internet serait une arme donnée aux grands groupes industriels de l’alcool, qui sont les seuls à pouvoir se l’offrir à grande échelle pour accéder à une part croissante du marché.

Interdire la vente d’alcool aux mineurs, laisser l’alcool à la vente dans les points de vente de carburant tout en permettant la pression publicitaire auprès des jeunes est une solution ambigüe, puisque l’on ne peut vouloir une chose et son contraire. C’est un risque majeur que d’ouvrir la publicité pour l’alcool à ce média surpuissant et incontournable pour les jeunes qu’est internet. C’est un risque élevé aussi que de limiter et non d’interdire la vente dans les stations-service, parce que la mesure n’est pas réellement contrôlable. Le faire au travers d’une loi qui « a pour objet de prendre les mesures de nature à garantir la protection de la santé des jeunes » est paradoxal.

Les acteurs de la filière alcool, tout particulièrement les grands groupes industriels, n’hésitent pas à dénoncer un soi-disant hygiénisme moralisateur : pourtant, la majorité de la population souhaite maintenir sous contrôle l’usage de l’alcool, prenant en considération les efforts des familles, des acteurs sanitaires et sociaux, des éducateurs à la santé, des milieux associatifs, des élus locaux, qui tous travaillent à limiter les conséquences et les drames sanitaires et sociaux liés à l’alcool, en particulier chez les jeunes et chez leurs proches, dans leurs familles.

Devant la volonté apparente de ne pas vouloir donner suite aux propositions constructives (par exemple l’amendement 530) des associations, seul le maintien d’un interdit de la publicité sur Internet est cohérent avec les principes de la loi Evin. Cet interdit est, en outre, facile à faire respecter si les contrevenants sont sévèrement punis.
Monsieur le président de la République, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres et les parlementaires, nous demandons solennellement le maintien de l’interdiction de la publicité sur Internet et l’interdiction de la vente d’alcool dans les points de vente de carburant.
Le choix qui sera fait au terme du débat parlementaire indiquera de manière explicite dans quelle mesure la priorité des pouvoirs publics est bien de promouvoir la santé : c’est, d’une certaine manière, un choix de société qui engagera la responsabilité des pouvoirs publics, sans doute pour de nombreuses années, aux yeux de la population de notre pays. Les signataires de cette présente lettre ouverte, chacun dans leur singularité d’acteur du mouvement social exposé aux ravages de l’alcool, appellent l’ensemble de la population à interpeller leurs élus pour s’opposer à ce projet qui entretiendrait un risque de société majeur.

Les signataires
Pr Gérard DUBOIS, porte parole
Association Avenir Santé France
Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie
Association nationale des intervenants en toxicomanie et addictologie
Automobile club médical de France
Comité national de liaison des régies de quartier
Fédération des acteurs de l’alcoologie et de l’addictologie
Fédération française d’addictologie
La mutuelle des étudiants
Ligue contre la violence routière
Ligue nationale contre le cancer
Société française de santé publique
Union française pour la santé bucco-dentaire
Union nationale des associations familiales
Union nationale des mutuelles étudiantes régionales

Et en leur nom propre
Dr Philippe BATEL
Mr Yves BUR, Député
Mr Claude EVIN, Député
Pr Claude GOT
Mr Jean-Marie LE GUEN, député
Pr Roger NORDMANN
Mme Anne-Marie PAYET, Sénatrice
Pr Maurice TUBIANA


PDF - 51.8 ko


[1Les Français et les mesures « alcool » du projet de loi Bachelot. Conférence de presse ANPAA du 18 février 2009. Enquête ANPAA / Ligue nationale contre le cancer / IFOP sur un échantillon représentatif de 1007 personnes âgées de 15 ans et plus.

Haut de page