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L’Unaf introduit la conférence Vers le Haut « En demande-t-on trop aux familles ? »

A l'invitation de "Vers le Haut", de grands acteurs de soutien aux familles, dont l'Unaf, sont venus présenter leurs initiatives et souligner l'importance de mieux accompagner les parents dans l'exercice de leur responsabilité éducative. Ainsi, la Présidente de l'Unaf, Marie-Andrée Blanc est intervenue le 28 septembre 2023, en introduction de la conférence intitulée "En demande t-on trop aux familles ?".

Education : en demande-t-on trop aux familles ?

L’étude de VersLeHaut « Le sens de l’autorité », publiée le 15 juin 2023, constatait qu’« au quotidien, de nombreuses familles éprouvent des difficultés dans l’exercice de l’autorité » et suggérait que « l’accompagnement des familles permettrait de favoriser la prévention des abus d’autorité et la cohérence de l’action éducatives des adultes. »

Pour prolonger cette réflexion, VersLeHaut a souhaité réunir, le 28 septembre 2023, des grands acteurs du soutien aux familles dont l’Unaf, pour :

C’est dans ce cadre que la Présidente de l’Unaf, Marie-Andrée Blanc, a ouvert la rencontre.

Introduction de la Présidente de l’Unaf

Je tiens à exprimer mes remerciements à « Vers le haut » pour cette invitation et pour le choix du sujet qui nous rassemble aujourd’hui, un sujet que j’ai l’honneur d’introduire.

La question que vous posez ce soir « en demande-t-on trop aux familles ? » est à la fois provocatrice et inspirante.

Evidemment on ne peut y répondre de manière définitive par un oui ou par un non.

Ce qui est sûr, c’est que l’on demande beaucoup aux parents.

Cela se lit dans notre droit qui énonce des obligations très lourdes. Je prendrai comme exemple l’obligation d’entretien de l’article 371-2 du code civil qui stipule que « chacun des parents contribue à l’entretien et à l’éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l’autre parent, ainsi que des besoins de l’enfant » Le code rappelle que « cette obligation ne cesse de plein droit ni lorsque l’autorité parentale ou son exercice est retiré, ni lorsque l’enfant est majeur. ». Nous pouvons apprécier l’ampleur de cet engagement demandé aux parents, dans le temps et dans l’étendue des responsabilités.

Au-delà de ces obligations traditionnelles, on demande aussi certainement de plus en plus aux parents.

Le « métier » de parent est percuté par l’ampleur des défis liés au numérique, aux réseaux sociaux qui véhiculent des messages qui viennent brouiller, concurrencer, évincer les messages éducatifs des parents.

La multiplicité de messages contradictoires sur ce qu’est « le bon parent » constitue aussi une pression permanente tout en ne fournissant pas de repères consensuels comme en témoignent les controverses récurrentes, encore récemment, entre éducation positive et autorité indispensable.

Bref, à une charge déjà structurellement lourde sont venus s’ajouter de nombreux facteurs de brouillage et de confusion.

Or, face à ces difficultés croissantes, le discours tenu sur les parents est souvent négatif, voire punitif : il existe malheureusement des parents maltraitants mais il existe aussi et surtout des parents qui veulent bien faire, qui font de leur mieux et qui ne sont pas suffisamment mis en avant dans les médias.

Pour l’Unaf, face aux difficultés, il faut certes rappeler aux parents leurs responsabilités mais aussi les aider à les accomplir.

C’est pourquoi je déplacerais la question posée ce soir : certes on en demande beaucoup aux parents – et c’est peut-être normal et inévitable – mais la question est : comment les aide-t-on à faire face à leurs responsabilités ? Quels constats peut-on dresser sur la façon dont les pouvoirs publics, les employeurs, l’école, et finalement la société toute entière, prennent en compte la situation de parent ?

Quelques remarques.

Sur le plan économique j’ai rappelé l’obligation d’entretien qui pèse sur les parents. Elle pèse lourd. Selon un calcul qui date de 2012, sur les quelque 30 000€ annuels que coûte un enfant, tout compris (éducation, soins médicaux, etc.), 62% sont directement pris en charge par leurs parents. Premiers financeurs de leurs enfants, les parents constituent à eux seuls un dispositif de protection sociale évalué à 300 milliards d’euros. C’est un montant comparable aux dépenses annuelles de l’assurance maladie ou des retraites. C’est dix fois le montant des prestations familiales versées aux familles.

Or face à cette charge, notre politique familiale qui soutient économiquement les parents a été fortement amoindrie depuis 2010- 2011.

Depuis des années, l’Unaf au côté des associations familiales que nous réunissons, lutte contre la dégradation des principaux moteurs de notre politique familiale : les prestations financières et fiscales qui baissent, la pénurie de solutions de garde qui perdure, la quasi-disparition du congé parental…

Aujourd’hui, le gouvernement montre, et c’est heureux, un regain d’intérêt pour la politique familiale. Mais que de terrain perdu ! Surtout, comment un parent peut- il avoir confiance dans une politique familiale qui change tous les ans et ne garantit rien pour l’avenir ?

Autre question majeure, celle du temps : éduquer, acquérir une autorité cela prend du temps, le temps du dialogue, du partage…

Le monde du travail accorde—t-il suffisamment ce temps que réclament les nouvelles générations de salariés ? Sans doute pas assez. C’est pourtant un enjeu considérable pour recruter et fidéliser dans un contexte de tension sur le marché de l’emploi.

En 2007, seulement 18% des parents éprouvaient, au moins plusieurs fois par mois, des difficultés à remplir leurs responsabilités parentales à cause du temps passé au travail. C’était le plus bas taux d’Europe. Aujourd’hui, ce taux, que je vous livre en exclusivité car nous le mesurons chaque année, est estimé à 40%.

L’autre exemple de ce soutien affaibli et parfois mal ciblé : c’est le rôle accordé aux pères. Nous avons mené une enquête en 2016 : près de 11 000 pères y ont répondu ! Nous avons organisé un colloque et réalisé une publication. Nos travaux ont montré une envie d’implication des pères, leur souhait de faire davantage et différemment de leur propre père. Notre enquête révélait aussi les difficultés auxquelles ils se heurtent pour exercer leur paternité : contraintes professionnelles, faible reconnaissance de leur rôle dans les institutions comme l’école, la Justice, le monde du travail. 56% répondaient qu’ils avaient le sentiment que la société donnait moins d’importance au rôle du père qu’à celui de la mère

On a déploré l’absence des pères lors des émeutes de juin dernier mais se préoccupe-t-on suffisamment  de leur donner une place ?

Prenons le monde du travail. Selon une étude récente publiée dans le journal le Monde, les pères qui veulent s’impliquer dans la sphère familiale se heurtent à des stéréotypes puissants dans le monde professionnel. Notre enquête montrait pourtant leur envie majoritaire de s’impliquer dès les premiers mois de l’enfant. La France tarde à la transposer une directive européenne qui impose un congé parental mieux indemnisé de manière – entre autres- à être mieux réparti entre les deux parents. Depuis des années, contre vents et marées, et bien souvent seule dans ce combat, l’Unaf plaide pour cette réforme. La ministre des solidarités et des familles a eu des propos encourageants sur ce sujet. Nous attendons avec impatience d’en voir la traduction dans les textes budgétaires qui arrivent en discussion au parlement.

Prenons les pouvoirs publics : ont-ils une action volontariste en direction des pères ? Oui, pour les contraindre à acquitter leurs obligations lors des séparations à travers un dispositif massif d’intermédiation des pensions alimentaires. C’est une réponse mais qui n’est pas suffisante.

On ne se préoccupe pas suffisamment de la préservation des liens familiaux post-séparation.  1 quart des jeunes adultes, dont les parents se sont séparés durant leur enfance, ont perdu tout lien avec leur père selon une étude de la DREES. Les politiques publiques ont insuffisamment pris en compte la nécessité de préserver les liens de chaque parent avec ses enfants – hormis bien sûr les situations dans lesquelles cette préservation serait contraire à l’intérêt de l’enfant. La médiation familiale n’est pas assez connue et soutenue, de même que le conseil conjugal et familial.

Prenons la question de l’école. L’institution scolaire ne voit pas suffisamment dans les parents de possibles alliés. Ils sont même parfois perçus comme des menaces comme le montre la gestion par le rectorat de Versailles des plaintes émises en particulier par les parents d’enfants harcelés. Pourtant, c’est en s’appuyant sur les parents que l’école peut faire réussir les enfants.  

A cet égard, il existe des expériences très positives d’engagements d’enseignants pour soutenir les enfants en difficultés avec des réussites à la clef qui reposent sur l’implication et le dialogue avec les parents, à qui on redonne du même coup confiance et donc une légitimité en termes éducatifs.

Chacun doit être à sa place : il ne s’agit pas non plus de transférer aux parents des tâches ou des responsabilités excessives. Je pense en particulier à la question des devoirs à la maison, source d’inégalités, sur laquelle nous avons mené une étude qualitative innovante, que je vous invite à découvrir sur notre site internet. Nous avons donné la parole aux parents, aux enseignants mais aussi aux enfants et identifié des bonnes pratiques à diffuser.

Pour l’Unaf, il ne s’agit pas de dénoncer telle ou telle institution pas plus que d’incriminer les parents, mais de trouver des solutions ensemble.

Il y a des villes labellisées « amies des enfants » …. Peut-on imaginer les moyens d’une société qui soit davantage « amie des parents » ? Vous me permettrez d’en faire un objectif majeur de notre après-midi.

Je vous remercie.