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AG Unaf des 14 et 15 juin 2025 – allocution du Président de l’Unaf devant la ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles, Catherine Vautrin

"La famille est une richesse pour notre société, à condition qu’on la respecte, qu’on l’accompagne, et qu’on lui donne les moyens d’exister pleinement". Retrouvez l'allocution de Bernard Tranchand, Président de l'Unaf, lors de l'Assemblée Générale de l'Unaf qui s'est tenue les 14 et 15 juin à Dijon en présence, le samedi matin, de Catherine Vautrin, ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles. L'occasion d'interpeller la ministre sur trois points cruciaux qui se jouent aujourd'hui pour l'avenir des familles. Retrouvez en ligne son allocution.

Assemblée Générale de l’Unaf à DIJON
Discours de Bernard TRANCHAND
Président de l’Unaf

Madame la Ministre,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mme la présidente du Haut conseil de la famille, de l’enfance et des âges,
Chers bénévoles, professionnels, et partenaires de l’Unaf,
Mes chers amis,

Nous voici rassemblés pour célébrer les 80 ans de la création de l’Unaf et des Udaf.
80 ans d’engagement au service des familles.
Bienvenue aux représentants de nos Unions, de nos mouvements nationaux, de nos 6 000 associations adhérentes, venus de toute la France ! Bienvenue aux anciens présidents de l’Unaf : Hubert BRIN et François FONDARD, présents pour cet anniversaire, avec une pensée spéciale pour Marie-Andrée BLANC et pour tous ceux qui nous ont précédés.  Bienvenue aux personnalités qui participeront à nos débats.
Depuis 1945, l’Etat nous a confié une mission claire et ambitieuse : représenter l’ensemble des familles, sans aucune distinction. 80 ans plus tard, cette mission est plus que jamais d’actualité.
Votre venue, Mme la Ministre, est là pour en témoigner : nous sommes très honorés et vous remercions vivement.
L’Unaf agit pour faire reconnaître la place centrale des familles dans notre société. Plus de 10 000 représentants familiaux bénévoles et plus de 8 000 salariés, défendent les droits des familles et, par les services, les soutiennent dans leurs difficultés. Avec cet anniversaire, plus qu’une institution, nous célébrons ensemble une idée forte : la famille est une richesse pour notre société, à condition :

Beaucoup de familles affrontent des difficultés économiques, sociales ou psychologiques. Quand elles vacillent, c’est l’ensemble de la société qui est ébranlée. Peu d’entre-elles sont épargnées par les fragilités, les tensions, les doutes. Les deux tiers des parents évoquent une charge mentale pesante, entre vie professionnelle, éducation des enfants, et gestion du quotidien. 
Avec l’inflation, le niveau de vie des familles avec charge d’enfants a été écorné durablement. Et l’écart entre le désir d’enfants et le nombre de naissances continue à grandir.
C’est tout le rôle de l’Unaf de faire remonter ces difficultés au cœur des politiques publiques, pour les traduire en propositions, et en accompagnements. Avec notre réseau d’associations implanté dans les territoires, nous sommes à la fois des capteurs des réalités de vie des familles, et des acteurs de solutions. Vis-à-vis des pouvoirs publics, nous sommes certes exigeants mais surtout constructifs.

Concrètement, nous pouvons être fiers :

Nos actions sont multiples. Nous pouvons être fiers :

Plus récemment encore :

Notre réseau porte des solutions innovantes. Il intervient dans des territoires éloignés de tout, et souvent abandonnés par d’autres acteurs. Il le fait par conviction avec un sens profond de l’intérêt général, et ce, même quand les financements restent fragiles.
Si l’Unaf repose sur des fondations solides, ses portes restent grandes ouvertes sur les réalités actuelles et sur les évolutions du monde. Ces évolutions ne sont pas sans conséquences pour les familles :

Face à ces évolutions, nous devons être proactifs pour répondre aux attentes des familles.
Chers amis, nous comptons sur vous tous.


Mme la Ministre,

Nous souhaitons interpeller le gouvernement sur 3 points cruciaux qui se jouent, aujourd’hui, pour l’avenir des familles.

1er point : La chute des naissances et le besoin d’une relance de la politique familiale

Depuis des années, l’Unaf alerte sur la chute de la fécondité et sur son écart avec le désir d’enfants qu’elle a pu chiffrer. La fécondité est tombée en dessous de 1,6 enfants par femme et depuis quelques mois, les décès sont supérieurs aux naissances en France : une situation inédite depuis la seconde guerre mondiale. Plus personne n’exclut la possibilité d’un lien entre la baisse des naissances et la dégradation continue de la politique familiale depuis dix ans. Cette situation compromet l’équilibre de l’ensemble de notre modèle de protection sociale.

Dans ce contexte, redresser les comptes sociaux en faisant à nouveau des coupes au sein de la branche famille, serait un contre-sens majeur. Les réformes successives de coups de rabots et de ciblage sur des catégories restreintes de familles, ont montré leur inefficacité, puisque tous les indicateurs se sont dégradés :
– taux d’emploi des parents,
fécondité, et même taux de pauvreté des enfants.
Ne reproduisons pas les mêmes erreurs !
Les calculs budgétaires de court terme font courir de grands risques pour l’avenir. Pour maintenir un haut niveau de contributeurs pour les décennies à venir, il faut investir dans la politique familiale. Ces investissements sont essentiels pour garantir le maintien de notre système, pour les générations à venir.
La branche Famille a été largement mise à contribution pour compenser les déficits des autres branches. En excédent budgétaire, elle n’a vraiment pas besoin de nouvelles ponctions pour être à l’équilibre.
Le gouvernement lui-même insiste sur la nécessité, de travailler sur les recettes, c’est-à-dire sur l’emploi. C’est justement ce que permet la politique familiale par une meilleure conciliation qui facilite l’accès et le maintien dans l’emploi.
La priorité, selon nous, est de reconstruire le congé parental. Cela passe par une meilleure indemnisation.
Mieux indemnisé, le congé parental deviendra un vrai choix. Une réforme ambitieuse adresserait un signal positif et concret, très attendu par les parents. Cette réforme cocherait toutes les cases :

Soutenir les premières années de vie d’un enfant, c’est investir dans toute une vie.  C’est bien l’enjeu du Service Public de la Petite enfance que l’Unaf a soutenu auprès des parlementaires pour les convaincre de l’inscrire dans la Loi.
Notre réseau s’engagera :

Pour les parents, trouver une place en crèche ou chez une assistante maternelle, reste un problème, auquel s’ajoute désormais celui du coût de l’accueil. Il ne cesse d’augmenter, avec des déplafonnements, des augmentations de tarifs, et la part excessive des crèches lucratives.
Mme la ministre, vous avez annoncé, cette semaine, la mise en place au 1er septembre prochain, de la réforme du Complément Mode de garde – le CMG -, versé aux familles qui font garder leur enfant.
Elle comprend deux volets :

Cette réforme risque de faire des gagnants hypothétiques et des perdants certains. Aussi nous demandons qu’elle soit évaluée dès septembre 2026, pour en corriger éventuellement les paramètres.
Enfin, nous entendons parler d’éventuelles réformes fiscales pour faire face aux déficits. Nous demandons que les réflexions prennent en compte les charges d’enfants. Notre système socio-fiscal le fait de moins en moins, avec des prélèvements non familialisés comme la CSG ou la TVA.

2nd point crucial : le rôle des parents et la protection des enfants

Deux tiers des parents nous disent se sentir dépassés par leurs responsabilités. 80% considèrent qu’il faudrait donner plus de repères aux parents pour éduquer leurs enfants. Ces chiffres nous rappellent qu’assumer son rôle de parent ne va jamais de soi. C’est souvent faire face à des injonctions contradictoires : devoir être ferme mais bienveillant, être présent au domicile mais performant au travail. Souvent, on n’entend parler que de réponses punitives, pour responsabiliser les parents. C’est pourtant d’une véritable stratégie de soutien à la parentalité dont ils ont besoin. Depuis longtemps, l’Unaf travaille sur la gestion des écrans, des réseaux sociaux, du cyberharcèlement. C’est la première difficulté dont nous parlent les parents.
Nous constatons avec satisfaction que le gouvernement agit au niveau européen pour maintenir la pression sur les plates-formes et les grands acteurs du numérique. Des mesures sont envisagées pour interdire ou limiter les écrans auprès des jeunes. C’est une bonne chose mais il faut outiller les parents pour les aider à appliquer ces règles au sein de la famille. Ils ont besoin de disposer d’un accompagnement adapté et de qualité, tenant compte de leurs réalités de vie, dans les territoires. C’est tout l’objet du label « P@rents, parlons numérique », que nous pilotons, à la demande de l’État, en collaboration avec le ministère, la CNAF, et de nombreux partenaires. Ce label, lancé officiellement il y a plus d’un an, souffre toujours d’un manque de visibilité et de soutien, rendant son déploiement difficile.
Nous souhaitons, Mme la ministre, que vous impulsiez une nouvelle dynamique, en incitant l’ensemble des acteurs, à s’investir pleinement dans sa réussite.
Les séparations peuvent aussi perturber l’exercice de la parentalité.

Ces dernières années, l’État et la branche Famille se sont beaucoup mobilisés pour améliorer le paiement des pensions alimentaires. Il faut aller plus loin. Travailler sur les liens familiaux, est tout aussi essentiel, en permettant aux deux parents d’exercer pleinement leur coparentalité.
Les Caf mettent en place des parcours pour les parents après la séparation. Nous avons des idées pour les enrichir avec :

Nous souhaitons que ces actions engagées par notre réseau, soient davantage connues pour en faire bénéficier les familles qui en ont besoin. Nos professionnels observent que les séparations parentales sont de plus en plus marquées par des situations de violences intrafamiliales.
La loi interdit l’intervention des médiateurs familiaux pour ces situations, et pourtant, les juges aux affaires familiales, sans solution, les orientent vers eux, tandis que les espaces de rencontre sont déjà totalement saturés. Les parents séparés, en conflit, se retrouvent seuls face à des exigences de coparentalité qu’ils ne peuvent pas assumer, sans aide. C’est pourquoi nous appelons à la création d’un service à l’accompagnement de la coparentalité dans ces situations complexes, et à un soutien renforcé des équipes. Il y va de la protection des enfants.
Nous saluons, Mme La ministre, votre volonté de prendre « à bras le corps » la situation calamiteuse de la protection de l’enfance, qui porte atteinte aux droits des enfants. Les mineurs victimes de violences doivent, selon la Loi, bénéficier d’une assistance par le biais de l’administration ad hoc, lorsqu’ils ne peuvent pas être défendus par les titulaires de l’autorité parentale. Nous connaissons bien le sujet car plus de 40 Udaf exercent ces mandats. Faute de financements, la survie de cette mission est menacée dans bien des départements. Nous demandons la création d’un véritable statut, accompagné d’un plan de formation.
D’autres leviers peuvent aider à reconstruire la protection de l’enfance en mobilisant davantage les ressources qu’offre la société civile : recours à des tiers dignes de confiance mais aussi au parrainage de proximité sur lequel notre réseau est investi. Le législateur a souhaité que les départements généralisent ce parrainage. Nous en sommes encore loin.
Autre levier indispensable pour éviter les risques d’expulsions locatives : aider à une meilleure gestion du budget familial. Chaque jour, nos professionnels s’y emploient au moyen de la Mesure judiciaire d’aide à la gestion du budget familial. Efficace et peu coûteuse, cette mesure de protection de l’enfance doit être mieux connue.
Les jeunes sortants de l’ASE, sont souvent en grandes difficultés quand les dispositifs d’accompagnement s’interrompent brutalement. Des Udaf expérimentent des dispositifs innovants reposant principalement sur l’habitat pour les aider à l’insertion. Disposer de la sécurité d’un toit permet de reprendre confiance et d’échapper à la rue. Avec l’accès aux soins, aux droits et surtout à une formation, les résultats sont très encourageants :  la réinsertion à la fois sociale et professionnelle est facilitée. Nous pensons que ces initiatives, là aussi, méritent d’être valorisées et étendues.

3ème point crucial : la prise en charge de la perte d’autonomie liée au vieillissement, au handicap ou à la maladie

Toutes les familles sont concernées. Les politiques d’aides aux aidants familiaux ont progressé, grâce à nos actions avec les associations concernées. Nous continuons à réclamer que ces politiques intègrent les aidants de personnes atteintes de maladies chroniques, et qu’une définition unique et harmonisée inclue toutes les catégories de personnes aidées pour simplifier les parcours. Nos amendements sont prêts, il ne reste plus qu’à vous convaincre, Mme la Ministre, pour les faire adopter !
Sur le financement de la perte d’autonomie, l’urgence est de ne pas laisser sans solution les personnes et les familles confrontées à des restes à charge très élevés, du fait de longues durées de séjour en EHPAD ou à domicile.  Nous avons là aussi des propositions.
S’agissant des retraites, nous siégeons au sein du conseil d’orientation – le COR – qui travaille actuellement sur les droits familiaux. Nous sommes vigilants sur les évolutions proposées.
Enfin, vous le savez, notre réseau est le 1er opérateur de la Protection juridique des majeurs, tant pour protéger les personnes, que pour soutenir les familles qui exercent les mesures. Plus d’un million de personnes en France sont concernées, des chiffres en constante augmentation.
Avec une étude d’impact, nous avons chiffré les gains socio économiques de cette politique qui s’adresse aux personnes vulnérables : un gain de plus d’un milliard d’euros par an. Comme dans d’autres secteurs, nous souffrons d’un manque d’attractivité des métiers, rendant la gestion par les services extrêmement complexe.
Par ailleurs, nous tirons la sonnette d’alarme sur l’absence de pilotage par l’Etat des agréments qui sont donnés dans les territoires. De plus en plus de mandataires s’installent en libéral :

Ce faisant, L’Etat contribue à affaiblir les associations qui accueillent les publics les plus vulnérables et qui sont soumises à des obligations strictes. L’Etat prend de grands risques vis-à-vis des personnes qu’il doit protéger. N’attendons pas qu’un scandale éclate, après celui des EHPAD privés, et celui des crèches lucratives, pour réagir.
Nous en appelons à vous, Mme la Ministre, pour que cette politique publique soit mieux reconnue et mieux régulée.

Chers amis,

Les défis de notre pays sont immenses. L’État ne réussira pas seul. Il a besoin des familles. Il a besoin des associations, il a besoin de vous ! Alors je veux vous dire courage et merci à vous, les bénévoles de terrain, les militants familiaux, les professionnels, nos chers collaborateurs. Les familles sont notre force. Vous êtes la force des familles !
Cet anniversaire est le vôtre. Il célèbre votre travail essentiel. Il est tourné vers l’avenir, il est porteur d’espoir pour les familles de notre pays. Alors joyeux anniversaire à tous ! Et longue vie à l’engagement familial !